Décider de créer un mastermind en partant de ses propres ratés d’accompagnée – pas de ses succès – c’est une posture assez rare dans le marché du coaching francophone. C’est pourtant exactement ce qu’Aurélie Gauthey, coach business et fondatrice du podcast Née pour Impacter, raconte dans l’épisode 106 de son podcast. Elle avait entre 2 000 et 10 000 euros de chiffre mensuel, elle cherchait un espace pour passer un palier. Elle n’en a pas trouvé. Alors elle l’a construit.
Ce qui est frappant dans sa démarche – et c’est pas si courant dans ce secteur – c’est la précision des griefs. Pas un vague ‘j’étais pas satisfaite’. Une liste. Une quinzaine de frustrations accumulées sur plusieurs années d’investissement dans des masterminds à 10 000, 20 000, 30 000 euros. Et chaque frustration est devenue une brique de Liberté Indécente, son mouvement d’accompagnement lancé en octobre 2025.
Il y a quelque chose de presque clinique dans sa façon de disséquer ce qui n’allait pas. Et en même temps quelque chose de très incarné. Elle parle de ses propres moments de solitude après les visios collectives. De l’argent gaspillé à payer un mastermind pendant les mois où elle n’avait plus de challenges. Du moment où elle réalisait qu’elle était la plus avancée de la salle – et qu’elle passait son temps à coacher les autres alors qu’elle payait pour être coachée.
Résultat annoncé : un programme qu’elle qualifie d’indécent dans son rapport qualité-prix, construit autour des angles morts qu’elle a elle-même vécus. Avec l’ambition de générer plusieurs millions et de changer des milliers de vies d’entrepreneurs. Elle avait déjà produit 4 millions avec son accompagnement précédent. Ça donne une base sérieuse pour évaluer la promesse.
Le piège du mastermind classique : quand les conseils ne t’appartiennent pas
Voilà le truc que personne ne dit ouvertement sur les masterminds premium. Tu paies 20 000 euros. Le mentor principal disparaît derrière d’autres coachs. Et pendant tes dix minutes de hot seat, tout le groupe te balance ses idées dans tous les sens.
Aurélie Gauthey le formule avec une précision qui fait mouche :
« Tu poses ta question, bah voilà, ma problématique c’est que je sais pas quel lancement faire. Là, tout le monde arrive, tout le monde te balance toutes ses idées. Ah bah moi je serais toi, je ferais un challenge. Et puis en fait, tu sors de là, tu es hyper excitée. Tu as noté un milliard d’idées et puis tu te dis ben bah ouais, mais je choisis laquelle ? »
C’est exactement le problème. L’excitation du groupe masque l’absence de discernement individuel.
Le résultat concret, elle l’a observé chez d’autres : des entrepreneuses qui tentaient tout ce qu’on leur avait suggéré, dans le désordre, en dehors de leur énergie. Certaines ont vu leurs ventes baisser. D’autres ont failli fermer leur activité – parce qu’une idée brillante donnée en groupe ne prend pas en compte qui tu es, ce que tu vends, à qui tu le vends. Ce qu’elle a voulu construire à la place, c’est un espace où on soulève le capot : quelles sont tes ambitions réelles, tes non-négociables, ta zone de génie. Et les conseils viennent après, pas avant.
C’est aussi pour ça que créer un mastermind sur candidature – et pas en inscription libre – était non négociable pour elle. La qualité des échanges dépend directement du niveau homogène des membres. (Ce qui est plus rare qu’on ne le croit dans les offres du marché.)
La solitude qui coûte cher : ce que personne ne règle entre les sessions
Trois masterminds en un an. Trois fois le même constat. En dehors des visios collectives, l’isolement total.
Elle décrit les moments où elle posait des questions entre les sessions et recevait des réponses légères, sans vraie proposition. Ou pire – un ‘appel d’aide’ proposé qui ne répondait pas vraiment au problème. Les célébrations collectives existaient, les soutiens profonds non. Elle se retrouvait seule dès que l’écran s’éteignait.
« J’avais l’impression qu’on partageait nos célébrations, nos résultats, mais c’était un peu la limite, alors cette phrase est très drôle mais limite qui a la plus grosse quoi. Et ça s’arrêtait là. »
Voilà. Dit comme ça, c’est cru. Mais c’est précisément ce que beaucoup n’osent pas nommer.
Sa réponse dans Liberté Indécente : des rencontres en présentiel trimestrielles, dans des villes différentes – Bordeaux, Montpellier – pas pour travailler mais pour se voir, boire un verre, danser, connecter. Pas obligatoires. Juste disponibles. Et un Telegram privé où les coulisses se partagent en direct, comme cet audio matinal qui est devenu l’épisode lui-même.
Cette dimension humaine du business – le lien réel, pas le lien de performance – c’est d’ailleurs un sujet qu’elle creuse régulièrement. Si tu veux comprendre pourquoi la posture de leader et la sécurité intérieure jouent un rôle central dans l’attraction de clientes, cet épisode complémentaire va dans le même sens.
créer un mastermind sans choisir entre le Yang et le Yin
Ce point-là est peut-être le plus structurant de toute sa démarche.
Le marché de l’accompagnement féminin en France se coupe en deux. D’un côté les programmes très stratégie, performance, chiffres. De l’autre les espaces abondance, flow, féminin sacré, loi d’attraction. Et rarement les deux en même temps, dans la même cohérence.
Aurélie Gauthey a été dans les deux. Et dans les deux, elle a vécu des angles morts. Elle raconte avoir rencontré des entrepreneures qui avaient investi pendant un, deux, trois ans dans des espaces ‘abondance’, et qui ne savaient toujours pas créer une offre concrète, identifier leur modèle de vente, construire une stratégie réseaux. Mais elle a aussi vu des entrepreneures épuisées par du pur marketing de performance sans jamais recalibrer leur énergie intérieure.
« Je suis convaincue que l’un sans l’autre ça ne fonctionne pas. Ne pas avoir de stratégie mais avoir que de l’abondance, du flow, de la connexion, ça fonctionne pas et avoir que du marketing, ça fonctionne pas. Et j’arrivais pas à trouver ces espaces où il y a les deux. »
Dit clairement. Et honnêtement, c’est le point sur lequel le marché francophone est encore très en retard.
Sa solution : elle tire les cartes ET elle te construit une stratégie de lancement à 30 000, 40 000 ou 50 000 euros. Les deux. Pas en alternance. Ensemble. Et pour les entrepreneures qui se retrouvent dans cet entre-deux – atypiques, HPE, HPI, multipotentielles – c’est souvent la première fois qu’elles trouvent un espace qui ne leur demande pas de choisir entre leurs parties. L’épisode sur le fait d’oser être libre et indécente sans se brider explore exactement cette tension.
Le shift intérieur qu’on oublie toujours de faire
Changer de branding. Faire un shooting photo. Augmenter ses prix. Modifier quelques mots dans sa page de vente.
Elle voit ça régulièrement. Des entrepreneures qui ont suivi tous les conseils techniques, investi dans l’image, et qui reviennent en disant ‘ça marche pas’. Sa réponse est directe : c’est parce qu’il n’y a pas eu de shift identitaire réel. Les actions continuent de pointer vers l’ancienne version – la sauveuse, la perfectionniste, la femme forte qui donne toujours plus pour compenser. (Et ça, aucun branding ne le corrige.)
Ce recalibrage intérieur, elle le considère comme une colonne vertébrale de Liberté Indécente. Pas comme un bonus ésotérique en marge de la stratégie. Comme une condition de base pour que la stratégie fonctionne. Il y a des loyautés à lâcher, des deuils à traverser, une nouvelle posture à incarner avant même de toucher aux outils. Le sujet des identités limitantes qui bloquent la croissance – femme forte, perfectionniste, sauveuse – est traité en profondeur dans un autre épisode de la série.
C’est aussi pour ça que créer un mastermind avec un vrai volet mindset – pas juste des séances de motivation mais un accompagnement du recalibrage – était central dans son cahier des charges.
Le modèle économique indécent : flexibilité, one-to-one et bilan trimestriel
Trois masterminds sur un an. Trois fois coincée à payer des mois ‘creux’ où elle n’avait plus de problématiques à résoudre. Et trois fois le même regret dès que l’accompagnement se terminait – les challenges revenaient, pile au mauvais moment.
« Comme par hasard, quand l’accompagnement se finit, bam, je me retapais des challenges en pleine tronche et je me disais ‘Ah je suis dégue. Là j’aurais eu besoin d’y être.’ »
Le modèle qu’elle a conçu en réponse : pas de cohorte, pas de rentrée fixe. On rejoint quand on en a besoin. On part quand ça roule. On revient si les challenges reprennent. C’est un modèle à l’abonnement flexible, ce qui est – pour un accompagnement premium – assez peu commun.
Et des séances individuelles avec elle, pas avec une équipe de sous-coachs, disponibles à tarif préférentiel pour les membres. Parce que quand tu investis dans un espace de croissance, tu veux que le mentor – celui qui a construit son propre business – soit réellement présent dans ta trajectoire. Pas juste visible sur une landing page.
Il y a aussi le bilan trimestriel collectif – ralentir, intégrer, ajuster – parce que la plupart des entrepreneures avancent la tête dans le guidon et continuent d’exécuter des actions qui ne ramènent ni client ni revenu. Le sujet des 7 vraies raisons du plafond de croissance à 5 000-10 000 euros est directement lié à cette mécanique.
Quant au ‘fois 10’ – un concept qu’elle cite pour différencier Liberté Indécente des espaces où on avance en petits pas – l’idée n’est pas de s’épuiser mais de penser plus grand avant d’agir. Si tu publies trois posts sur ton positionnement, le groupe va te demander ce que ça donnerait d’être interviewée sur un podcast international ou de faire un article de magazine. Rêver fois 10. Imaginer fois 10. Et agir ensuite avec ce recul.
Ce que ce lancement dit du marché du coaching en 2025
Honnêtement – et c’est ma lecture, pas celle d’Aurélie Gauthey – ce qui est intéressant ici dépasse la description d’un programme.
Ce qu’elle documente, c’est une rupture de confiance avec le format mastermind classique. Des entrepreneures qui ont payé entre 10 000 et 30 000 euros pour des espaces où elles ne se sont jamais senties vraiment connues. Où les conseils étaient génériques. Où le lien avec le mentor était quasi inexistant. Où la communauté était plus compétitive que solidaire. C’est un retour de bâton logique après des années de promesses marketing décalées de la réalité.
La question qui reste ouverte – et elle ne la ferme pas dans l’épisode – c’est celle de la scalabilité. Créer un mastermind aussi personnalisé, avec du one-to-one inclus, des présentiels trimestriels, une connaissance fine de chaque membre… à quel volume est-ce que ça tient ? Quand le mouvement devient vraiment mondial – comme elle le projette – est-ce que la promesse de profondeur reste tenable ?
Elle le dit elle-même à mi-parcours de l’épisode : l’expérience client à 1 000 euros et à 30 000 euros ne peut pas être la même. Et ce qu’elle construit aujourd’hui tient à sa présence personnelle. C’est sa force. Et potentiellement sa contrainte.
Pour aller plus loin sur la façon dont elle pense le rapport entre stratégie et intuition dans le marketing, un épisode antérieur de la série aborde exactement cette tension entre performance et flow.











