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88. CEO & Délégation: L’erreur de rester loyale à une équipe qui ne correspond pas à ton prochain palier de croissance ou de vision

Épisode diffusé le 25 septembre 2025 par Aurélie Gauthey

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La gestion d’équipe entrepreneur, c’est le sujet que tout le monde évite – et celui qui plante le plus de business en silencieux. Pas un problème de stratégie. Pas un problème de visibilité. Une équipe qui ne correspond plus à ta vision, et tu peux continuer à publier du contenu tous les jours, à tester des tunnels de vente, à faire des lancements : tu avanceras en portant du béton sur le dos.

Aurélie Gauthey le sait mieux que personne. Fondatrice du mouvement Née pour Impacter, coach pour entrepreneures, elle gère des équipes depuis cinq ans. Elle a eu jusqu’à vingt personnes. Elle est aussi descendue à deux. Et dans l’épisode 88 de son podcast, elle dit des trucs qu’on entend rarement dans les espaces de formation – pas parce que c’est secret, mais parce que c’est inconfortable.

Ce qui m’a frappé, c’est la précision chirurgicale avec laquelle elle décrit les mécanismes psychologiques qui font qu’une CEO compétente reste pendant des mois – parfois un an – dans une relation d’équipe qui lui coûte de l’argent, de l’énergie, et des larmes le soir dans son lit. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la loyauté mal dirigée. Et la nuance est importante.

Alors voilà ce que j’ai retenu de cet épisode – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à interviewer des dirigeants en croissance.

L’équipe qui t’a lancée ne te mènera pas au prochain palier – et c’est normal

C’est le postulat de départ, et il dérange. Aurélie Gauthey pose ça dès l’introduction de l’épisode comme une évidence – mais une évidence que personne n’ose dire à voix haute dans les masterminds.

L’idée, c’est simple : les compétences, l’énergie et la posture dont tu as besoin pour aller de 0 à 5 000 euros par mois ne sont pas les mêmes que celles qui t’emmèneront de 5 000 à 20 000. Et donc, mécaniquement, les personnes qui t’ont accompagnée dans la première phase ne sont pas forcément celles qui peuvent t’accompagner dans la deuxième.

La plupart du temps quand un business stagne – et un business qui stagne a souvent des causes invisibles – on cherche du côté de la stratégie, du modèle de vente, de la visibilité. Rarement du côté de l’équipe. C’est le point aveugle.

« Les entrepreneurs qui font déjà 5, 10 000 euros par mois et plus, ils sont bloqués en pensant qu’il s’agit d’une stratégie, d’un besoin de renouveau dans le modèle – et parfois ça vient de l’équipe. »

Voilà. Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais derrière cette phrase, il y a des mois de culpabilité et des dizaines de milliers d’euros perdus.

Ce qui rend la gestion d’équipe entrepreneur si compliquée à ce stade précis, c’est l’affect. Tu as traversé des périodes dures avec certaines personnes. Elles ont été là quand personne d’autre ne croyait à ton projet. Leur retirer leur poste ressemble à une trahison – même quand c’est objectivement la bonne décision.

Exécutantes contre alliées : la distinction qui change tout dans la gestion d’équipe entrepreneur

Deux mots. Aurélie Gauthey les pose en opposition et ils résument un an de frustration d’un coup.

Une exécutante fait ce qu’on lui dit. Elle est là de lundi à vendredi, elle accomplit ses missions, elle livre dans les délais. C’est déjà bien – et dans certains rôles, c’est exactement ce dont tu as besoin.

Une alliée, c’est autre chose. C’est la personne qui, le dimanche soir avant la fermeture d’un lancement, va vérifier d’elle-même si les emails sont partis. Personne ne lui a demandé. Elle le fait parce qu’elle se sent concernée par le résultat – pas seulement par sa mission.

« Le dimanche, c’est la fermeture des ventes. Ben naturellement, elle se dit « Ah bah tiens, je vais aller voir si tout fonctionne parfaitement, s’il y a pas des demandes, des emails. » Et en fait, c’est jamais une question qu’elle m’a demandé, elle le fait d’elle-même naturellement. »

C’est exactement le problème. Pas parce que les exécutantes sont mauvaises – mais parce que quand tu portes un mouvement, quand tu es visionnaire, tu as besoin de gens qui portent avec toi. Pas juste à côté.

Et là, Aurélie Gauthey raconte quelque chose qui m’a un peu scotché : elle s’est sentie seule pendant des années, entourée de collaboratrices qui accomplissaient parfaitement leurs missions. L’équipe tournait. Le contenu sortait. Les process existaient. Et pourtant – personne pour dire « ouais, ça avance, courage » après un live difficile.

Ce sentiment d’isolement au sommet, il est réel. Et il est particulièrement pervers dans la gestion d’équipe entrepreneur parce qu’il ne se voit pas de l’extérieur. Tout a l’air de fonctionner.

Pourquoi tu gardes quelqu’un que tu sais devoir lâcher

Là, on entre dans le vif du sujet. Et c’est là que l’épisode devient vraiment utile – parce qu’Aurélie Gauthey ne fait pas semblant.

Elle liste, sans notes, ce qu’elle a entendu dans des masterminds d’entrepreneurs avancés :

  • « Je ne me paye plus pour payer mon équipe. »

Ou encore : une salariée accumulant les arrêts maladie depuis un an, coûtant 6 000 euros par mois (charges comprises) à une entrepreneuse qui ne se verse plus de salaire – et qui n’arrive pas à mettre fin à la collaboration parce que « la pauvre, elle a eu un problème de santé ».

Ou : quelqu’un dont l’équipe refuse de s’engager dans un nouveau projet parce que « elle veut pas, elles sont pas d’accord. » Et la CEO qui demande ce qui est juste pour elle – pas ce qui est juste pour l’équipe. (C’est le retournement que j’ai trouvé le plus radical dans cet épisode.)

« Je ne me vois pas lui retirer son emploi et son salaire, donc tant pis si elle me fait des erreurs régulières, tant pis si elle est négative, je ne me vois pas arrêter avec elle émotionnellement. »

Là, tu reconnais quelqu’un autour de toi – ou toi, il y a six mois. La culpabilité, c’est un levier de paralysie extraordinairement efficace. Et elle s’alimente d’un affect réel, légitime, qui ne devrait pas pour autant piloter des décisions de gestion d’équipe entrepreneur à 10 000 euros par mois.

Aurélie Gauthey compare ça aux relations amoureuses – et elle a raison, même si la comparaison fait toujours un peu grincer des dents dans les contextes business. « Cet homme m’a manqué de respect. – Ah oui, mais peut-être que c’est de ma faute parce que… » Le mécanisme est identique. Tu justifies l’inacceptable parce que tu te demandes si c’est toi le problème. Et parfois, tu l’es – en partie. Mais seulement en partie.

La communication dans les relations professionnelles – et la façon dont on pose (ou pas) ses attentes – joue un rôle énorme ici. On y revient.

Le parking, les pleurs, et la blessure de l’abandon

Il y a un moment dans l’épisode où Aurélie Gauthey devient vraiment concrète. Elle raconte une scène précise : le parking avant sa séance de sport, il y a quatre ans. Elle reçoit un audio d’une membre de son équipe – quelqu’un avec qui ça ne fonctionnait plus depuis des mois. Et elle s’effondre.

Pas de colère. Des pleurs. Parce que dans l’entretien initial, cette collaboratrice lui avait confié avoir été souvent abandonnée, souvent trahie. Et ce mot – abandon – est venu la chercher dans ses propres blessures.

« Je me vois m’effondrer en pleurs en me disant « Je ne sais pas comment je vais lui dire que j’arrête. » Parce que dans l’entretien de départ, elle m’avait expliqué dans sa vie de femme, d’entrepreneur, elle avait été souvent abandonnée, souvent trahie. Et c’est venu me chercher dans toutes mes propres blessures. »

C’est la scène la plus honnête de l’épisode, je crois. Parce qu’elle montre que les difficultés de gestion d’équipe entrepreneur ne sont pas que managériales. Elles sont aussi thérapeutiques. Les dynamiques qu’on rejoue au bureau, ce sont souvent des dynamiques qu’on rejoue ailleurs depuis longtemps.

Aurélie Gauthey ne développe pas sur ce point dans l’épisode – elle le frôle et passe à autre chose. Mais c’est le nœud de tout. La peur de perdre quelqu’un, de passer pour la mauvaise, de « se prendre pour quelqu’un » parce qu’on ose mettre fin à une collaboration – ça ne vient pas de ton MBA. Ça vient de beaucoup plus loin.

Et la conclusion qu’elle tire est simple, brutale, et juste : « il y a un moment donné où il faut arrêter de s’abandonner personnellement pour ne plus abandonner les autres. »

Ce que tu penses être logique ne l’est pas pour les autres

Deuxième grande claque de l’épisode. Et celle-là, elle concerne le recrutement autant que le management quotidien.

En 2024, Aurélie Gauthey recrute un homme pour porter l’image de son entreprise, sa voix, sa communication. Investissement important. Et elle découvre, après coup, que cette personne ne sait pas vraiment ce qu’elle vend – ni comment elle coache – ni qui sont ses clientes.

Il est arrivé avec sa méthode. Une méthode éprouvée dans d’autres entreprises. Il l’a appliquée. Sauf qu’il a oublié de se demander qui était Aurélie Gauthey – et ce qui la rend différente.

« Ce que tu penses être une évidence ne l’est pas pour les autres. Et à partir du moment où tu n’exprimes pas clairement ce que tu désires, tes évidences, tes envies, tes besoins… dans tes relations, tu ne peux pas exiger que ça se passe comme toi tu l’imaginais dans ta tête. »

C’est une déception double qu’elle décrit : envers le recrutement, et envers elle-même. Parce que c’était à elle de vérifier que la personne avait compris ses offres, ses valeurs, sa cliente idéale. Elle ne l’a pas fait. Elle a supposé que c’était évident.

Cette leçon-là concerne directement la posture de CEO. Et elle s’applique à la gestion d’équipe entrepreneur à tous les niveaux – pas seulement au recrutement de profils senior. Tu ne peux pas demander à quelqu’un de tenir une fréquence qu’il n’a jamais entendue. Si tu veux assumer pleinement ton rôle de cheffe d’entreprise, ça passe par exprimer ce qui te semble évident – parce que pour les autres, ça ne l’est pas.

La gestion d’équipe entrepreneur, dans ce sens-là, c’est d’abord un travail de clarification. De toi vers les autres. Pas l’inverse.

On ne te fait que ce que tu acceptes – et ta posture crée ton équipe

C’est la phrase que son coach lui a dite un jour, et qu’elle répète dans l’épisode comme si elle voulait que ça rentre.

« On ne me fait que ce que j’accepte. »

Une personne arrive en réunion avec un quart d’heure de retard, sans s’excuser, puis demande à couper sa caméra parce que son esthéticienne arrive pour lui faire les ongles. (Ce n’est pas une fiction – Aurélie Gauthey raconte l’anecdote avec une pause, et tu sens encore la stupéfaction.) Et la réunion continue. Parce qu’on a laissé passer.

Une autre gère sa boîte mail pendant les heures de pointe d’un lancement tout en prenant d’autres clients en parallèle. Et quand on lui dit que ce n’était pas OK, elle répond qu’elle « pensait pouvoir gérer. »

Ce qui m’agace dans ces situations, c’est que la responsabilité n’est jamais unilatérale. Aurélie Gauthey le dit elle-même : elle a accepté. Et tant qu’on n’a pas posé clairement les règles, mis en place un process, et eu la conversation de fond – on n’est pas en mesure d’exiger autre chose. Mais une fois que c’est fait ? Une fois que les attentes sont exprimées, que l’accord est pris, et que la personne répète les mêmes comportements ?

Là, c’est non. Et on n’attend pas le quinzième incident.

Aurélie Gauthey propose une méthode qu’elle donne dans ses masterminds : des tableaux factuels, critère par critère. Est-ce que cette personne correspond à ta vision actuelle ? Est-ce qu’elle peut soutenir le prochain palier ? Est-ce que la collaboration te coûte plus d’énergie qu’elle ne t’en apporte ? Le passage au factuel enlève une couche d’émotionnel – et ça permet d’agir.

C’est l’opposé de la liste mentale infinie qu’on tourne en boucle à 23h quand on n’arrive pas à dormir. Et cette charge mentale qui tourne en rond dans la tête d’une entrepreneur est précisément ce qui empêche de prendre des décisions claires sur l’équipe.

La gestion d’équipe entrepreneur, en résumé : ta posture crée ton équipe. Pas l’inverse. Si tu te comportes comme une exécutante face à ton équipe – si tu négocias tes propres limites par peur de décevoir – tu obtiendras des exécutantes qui négocient les leurs.

Et pendant ce temps-là, tu t’épuises dans un modèle qui ne te correspond plus – en croyant que c’est le modèle le problème.

Mais bon. Changer d’équipe, c’est plus facile à dire qu’à faire. Et Aurélie Gauthey ne prétend pas le contraire – elle a pleuré sur un parking, elle aussi. La question c’est : combien de temps tu restes à pleurer ?

Questions fréquentes

Quand faut-il changer d'équipe quand on est entrepreneur ? +
Il n'y a pas de moment idéal - mais il y a des signaux clairs. Si tu gardes quelqu'un depuis plusieurs mois en sachant que ça ne fonctionne pas, si tu ne te payes plus pour maintenir les salaires de ton équipe, ou si des membres freinent activement ta vision, c'est que le changement est déjà en retard. Aurélie Gauthey recommande de passer par une grille factuelle : cette personne peut-elle soutenir le prochain palier de ton business ? Si la réponse honnête est non, attendre ne changera rien.
Comment faire la différence entre une exécutante et une alliée dans son équipe ? +
Une exécutante accomplit ses missions dans le cadre défini. Une alliée va au-delà - pas parce qu'on lui demande, mais parce qu'elle se sent investie dans la mission. Elle vérifie d'elle-même si les emails sont partis un dimanche de lancement. Elle te prévient quand quelque chose cloche avant que tu le demandes. Elle s'intéresse à ce que tu fais, à tes clientes, à ta vision. Les deux profils ont leur utilité - mais selon ton stade de croissance, tu as besoin de l'un ou de l'autre.
Comment gérer la culpabilité quand on doit se séparer d'un membre de son équipe ? +
C'est la question que tout le monde esquive. La culpabilité vient souvent d'un affect réel - la personne a été là dans les moments difficiles, elle a une situation compliquée. Ce sentiment est légitime. Mais Aurélie Gauthey pose une question plus difficile : à quel moment arrêtes-tu de t'abandonner toi-même pour ne pas abandonner les autres ? La gestion d'équipe entrepreneur passe par accepter que changer d'équipe n'est pas trahir - c'est évoluer.
La gestion d'équipe entrepreneur peut-elle vraiment bloquer la croissance d'un business ? +
Oui, et c'est précisément ce que la plupart des formations ne disent pas. On cherche le problème du côté de la stratégie, du modèle de vente, de la visibilité. Mais une équipe qui ne correspond plus à ta vision te coûte du temps, de l'argent et de l'énergie - souvent bien plus que n'importe quelle erreur de stratégie. Le problème, c'est que ce coût est diffus et difficile à chiffrer précisément.
Comment exprimer ses attentes clairement à son équipe ? +
Ce que tu penses être une évidence ne l'est pas pour les autres. C'est la leçon qu'Aurélie Gauthey a apprise à ses dépens en 2024. Exprimer ses attentes clairement, c'est verbaliser ce qui te semble évident : comment tu vends, qui sont tes clientes, quelles sont tes valeurs. Et vérifier que la personne en face a bien compris - pas supposer que oui. Un process écrit, des points réguliers, des critères factuels : c'est ce qui enlève l'émotionnel des décisions de management.
Quelle est la différence entre déléguer et avoir une vraie équipe en tant qu'entrepreneur ? +
Déléguer, c'est confier des tâches. Avoir une vraie équipe, c'est travailler avec des personnes qui portent la mission avec toi - pas seulement leur poste. La distinction peut sembler floue, mais elle est concrète : une personne qui délègue se retrouve à gérer seule les urgences pendant un lancement. Une personne entourée d'alliées sait qu'elle peut se reposer parce que quelqu'un d'autre a pris le relais avant même qu'elle le demande.

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