cheffe d'entreprise

86. Je ne rêvais pas d’etre cheffe d’entreprise, juste impacter la vie de mes clientes entrepreneures therapeute coach ….

Épisode diffusé le 16 septembre 2025 par Aurélie Gauthey

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Être cheffe d’entreprise – vraiment cheffe d’entreprise, avec la TVA, l’URSSAF, les tableaux de trésorerie et les nuits où tu portes tout toute seule – ça n’a jamais été le rêve d’Aurélie Gauthey. Ce qu’elle voulait, c’était changer des vies. Coach et mentor pour femmes entrepreneures, fondatrice du mouvement Nés pour impacter, elle a bâti un business qui a généré plus de 4 millions d’euros. Et elle dit, cash, qu’elle déteste ce rôle.

Ce n’est pas une posture. Ce n’est pas du personal branding inversé pour paraître humble. C’est une tension réelle, documentée sur 8 ans d’entrepreneuriat, avec des erreurs chiffrées, des équipes qui ont tourné, des nuits à se demander pourquoi elle continue. Et c’est précisément pour ça que ça mérite qu’on s’y arrête.

Parce que le discours ambiant – les millions, l’équipe de rêve, la liberté totale – ne dit jamais ce qu’il y a derrière. Ce que ça coûte vraiment d’être à la tête d’une structure qui porte 7, 10, 15 salaires. Ce que ça fait de prendre une décision humaine qui déchire. Et ce que ça signifie de générer 4 millions et revenir quand même à l’essentiel.

Quand vouloir aider les gens te transforme en cheffe d’entreprise sans le voir venir

Le truc avec Aurélie Gauthey, c’est qu’elle n’a pas ouvert une entreprise. Elle a commencé à coacher. À aider. À transformer des femmes qui subissaient leur vie financière en femmes qui la choisissaient. Et puis, un jour, il y avait un numéro SIRET. Des déclarations. Une comptable qui soupire.

Sa formulation dans le podcast est exacte :

Je me disais oh non, je suis coach, oh non, je suis auto-entrepreneur, oh non, moi juste j’accompagne les gens à changer de vie. Oui, pourtant tu as déclaré ton entreprise. Pourtant tu as un numéro de Sirette.

C’est exactement le problème. On devient cheffe d’entreprise par glissement, pas par décision.

Ce mécanisme – le glissement vers la responsabilité sans l’avoir voulu – est probablement le plus sous-estimé dans tout le discours entrepreneurial. On te parle de mindset, de vision, d’alignement. Personne ne te dit que le jour où tu signes ton premier vrai contrat avec un prestataire, tu viens de basculer dans quelque chose d’irréversible. Et que la machine, une fois lancée, a sa propre logique.

Aurélie l’a compris aux alentours des 300 000 euros de chiffre d’affaires. Avant ça ? Elle gérait tout. Seule. Avec la conviction ferme qu’elle le ferait mieux que n’importe qui d’autre. (Ce qui est souvent vrai au début, et toujours faux à l’échelle.)

Les 20 000 euros perdus, l’histoire qu’on ne raconte jamais

Il y a un moment dans le podcast où Aurélie sort une anecdote qu’elle n’avait pas prévu de raconter. Elle le dit elle-même. Et c’est souvent là, dans les choses non prévues, que se trouvent les vraies informations.

Il y a environ trois ans, voulant déléguer sans vraiment déléguer – comprends : confier les chiffres à quelqu’un dont ce n’était pas la compétence pour éviter d’y toucher elle-même – elle s’est retrouvée avec des tableaux financiers erronés. Des décisions d’investissement pub, de formation, de croissance, prises sur des données fausses. Deux fois.

Il y a eu des grosses erreurs et je me suis retrouvé avec un trou de 20 30 000 €. Donc je prenais des décisions sur des tableaux financiers de est ce que je peux investir en pub ? Est-ce que je peux me payer une nouvelle formation ? Est-ce que je peux… sur des chiffres qui n’étaient pas bons.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais 20 à 30 000 euros de trou à cause d’un refus d’aller regarder les chiffres soi-même, c’est une leçon que beaucoup d’entrepreneurs portent en silence.

Ce que ça dit sur la délégation, c’est plus subtil que le discours habituel. Déléguer ne veut pas dire disparaître. Ça ne veut pas dire confier une zone entière de ton business à quelqu’un et ne plus jamais regarder. La frontière entre ‘je me libère de ce qui m’épuise’ et ‘je crée un angle mort dans ma propre boîte’ est très mince. Et Aurélie l’a payée cash – enfin, deux fois.

Elle le reconnaît d’ailleurs : elle pense encore aujourd’hui qu’elle a laissé aller trop d’endroits dans son entreprise. Non pas par paresse. Par croyance – celle qu’être dans ‘l’énergie haute’, dans la transmission, dans le coaching, nécessitait de ne pas être plombée par les détails opérationnels. C’est une logique qui se tient. Jusqu’au moment où un membre de l’équipe part et que tu réalises que tu ne sais pas ce qui tourne dans ce pôle-là.

La vraie cheffe d’entreprise ne passe pas ses journées à coacher

Soixante heures de management par mois à un moment. Puis 80 heures de coaching. Puis les réunions juridiques où elle cherche son bras droit du regard parce qu’elle ne comprend rien à la double TVA selon le pays de résidence du client. Puis Asana, qu’elle a mis deux ans à adopter et dans lequel elle a quand même réussi à ‘retourner complètement’ les projets avec Alice, une autre membre de l’équipe, en une session de travail.

Ce portrait – la fondatrice qui court entre ses zones de génie et les contraintes opérationnelles – est probablement plus représentatif de la réalité entrepreneuriale que n’importe quel témoignage de ‘j’ai tout délégué et maintenant je travaille 3 heures par jour’.

Et cette tension a un coût. Aurélie le formule clairement :

Je passais beaucoup plus de temps à manager, à micro manager, à micro contrôler, à vérifier, à valider, à expliquer qu’à coacher.

Voilà. Le paradoxe de la croissance : plus tu réussis à toucher des gens avec ce que tu sais faire, plus tu dois passer de temps à faire autre chose pour que ça continue à fonctionner.

Ce n’est pas une erreur de parcours. C’est la mécanique normale d’une structure qui grandit. Mais le discours dominant sur l’entrepreneuriat féminin ne le dit pas assez. On vend la liberté, le laptop sur la plage, les voyages. On ne vend pas les 50 recrutements en 4 ans, les 40 contrats rompus, les larmes d’entrepreneurs que tu croises dans une soirée coaching et qui te disent qu’ils ne peuvent pas se séparer d’une personne qui les coûte cher parce qu’elle était là depuis le début. Ça, l’épuisement du modèle entrepreneurial, c’est souvent là que ça coince vraiment.

cheffe d’entreprise à 4 millions : ce que ça veut dire en vrai côté finances

4 millions de chiffre d’affaires. Le chiffre qui circule, qui impressionne, qui sert parfois de benchmark dans les conversations de mastermind. Aurélie le pose différemment.

30 000 euros de charges fixes mensuelles, sans les campagnes pub, sans l’URSSAF, sans les impôts. Multiplie par 12. Tu arrives à 360 000 euros de sortie obligatoire avant de te payer, avant d’investir, avant de faire quoi que ce soit d’autre. Et si tu ajoutes 100 000 euros de budget pub annuel – ce qui est modeste pour une structure de cette taille – tu es à 460 000 euros de plancher incompressible.

Bref : générer des millions ne signifie pas les mettre dans sa poche. Et le salaire réel d’une fondatrice qui porte 7 ou 10 personnes autour d’elle est souvent beaucoup plus modeste qu’on ne l’imagine depuis l’extérieur. (C’est un sujet tabou dans le milieu, et c’est dommage – parce que ça alimente des fantasmes qui conduisent à des comparaisons inutiles et parfois destructrices.)

Aurélie le dit sans détour : elle connaît des entrepreneurs avec de gros business qui ne se paient pas pour payer leur équipe. Elle en a vu pleurer parce qu’ils ne pouvaient pas se séparer d’une personne fidèle devenue une charge. Elle a elle-même envisagé, sérieusement, de tout arrêter pour reprendre 5 à 10 clientes par mois en solo – et se faire potentiellement le même salaire, sans les responsabilités.

Ce moment de bascule – quand tu calcules que la simplicité pourrait te rapporter autant que la complexité – est un test de cohérence. Est-ce que tu continues parce que tu veux l’impact, ou parce que tu ne sais pas comment reculer ? Et si ce n’est ni l’un ni l’autre, la perte de sens en business arrive souvent par là.

50 recrutements, 40 contrats rompus : l’équipe comme chantier permanent

Quinze personnes au premier million. Retour à cinq au deuxième. Remontée. Redescente. Et aujourd’hui, une équipe stable, chaque personne à sa place, qui peut faire tourner la boîte sans que la fondatrice soit là.

Ce chemin-là – d’une personne seule qui gère tout à main nue jusqu’à 300 000 euros à une structure autonome – a pris 8 ans. Et plusieurs dizaines de recrutements ratés, de collaborations mal calibrées, de décisions humaines ‘qui déchirent le cœur’, selon ses mots.

Ça m’a demandé des dizaines… j’ai peut-être fait 50 recrutements en 3 ans, 4 ans, je me rends pas compte. Ça m’a fait faire 40 contrats rompus, des incompréhensions, du stress.

Ce chiffre – 50 recrutements en 4 ans – mérite qu’on s’y attarde. Ça veut dire en moyenne un recrutement par mois. Ça veut dire que trouver la bonne équipe n’est pas un projet, c’est un processus continu. Et que la stabilité qu’elle décrit aujourd’hui n’est pas le fruit d’une méthode de recrutement parfaite, mais d’une accumulation d’erreurs et d’ajustements sur presque une décennie.

Ce qui m’agace dans le discours sur la délégation – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’interviewais des fondateurs pour Journal du Net – c’est qu’on parle toujours de ‘comment déléguer’ sans dire combien de fois tu vas te planter avant d’y arriver. Structurer son business prend du temps, et les premières versions sont rarement les bonnes. C’est une info utile. Elle change la façon dont on vit les échecs.

Aurélie ajoute une nuance qui va à rebours de l’injonction à ‘tout déléguer’ : déléguer n’exclut pas le contrôle. Et ne pas vouloir ‘péter une durite’ à force de gérer les détails ne doit pas devenir une excuse pour créer des angles morts. La cheffe d’entreprise qui ne sait pas ce qui se passe dans son propre pôle financier, c’est elle. Et elle l’assume.

Ce qu’on projette sur les entrepreneurs qu’on suit – et ce qu’on rate

Il y a un passage dans le podcast où Aurélie sort de ses propres anecdotes pour parler de ce qu’elle observe autour d’elle. Les entrepreneurs reconnus sur les réseaux. Ceux qu’on voit ‘heureux en façade’. Ceux qui souffrent.

Et là elle pose une question qui coupe court à pas mal de commentaires qu’on lit en ligne :

Si aujourd’hui je te disais que tu as un business qui marche, tu as une abondance de clients, ça prend de l’ampleur, tu as de l’impact. Sois honnête avec moi, sois honnête avec toi. Tu refuserais tout ça sous prétexte que tu ne veux pas gérer une équipe ?

C’est le bon retournement. Parce que critiquer les choix d’un entrepreneur depuis l’extérieur – la taille de l’équipe, le modèle de revenu, les décisions RH – sans avoir porté la responsabilité d’une structure, c’est facile. Très facile.

Et Aurélie le dit sans diplomatie excessive : aller coacher dans les espaces des autres, sans avoir à gérer la comptabilité, les non-paiements, le recrutement, les charges, c’est ‘le plus facile’. Ce n’est pas un jugement de valeur. C’est une description de la différence de charge réelle entre les deux positions.

Mais – et c’est une nuance qu’elle aurait pu ne pas formuler – ce n’est pas parce que c’est plus facile que c’est moins légitime. Le problème, c’est quand la position ‘facile’ se double d’un commentaire sur les choix de ceux qui portent la position ‘difficile’. Là, ça devient déplacé. Et elle le dit avec une franchise qui tranche.

Ce regard-là sur la réalité des entrepreneurs – ce qu’on projette dessus, ce qu’on ne voit pas – rejoint des sujets qu’elle aborde ailleurs, notamment sur la peur de tout perdre et les décisions qu’on prend quand on est au bord du gouffre. Ce n’est pas le même registre. Mais c’est la même honnêteté.

Quatre pistes concrètes pour une cheffe d’entreprise qui veut tenir sans s’effacer

Aurélie finit l’épisode sur quatre points. Pas un framework. Pas une méthode en 7 étapes. Des positions – des choses qu’elle a apprises en les vivant, pas en les lisant.

Déléguer vite ce qui vide. Pas ce qui est ‘non stratégique’ selon un cadre théorique. Ce qui te met en énergie basse, toi, concrètement. La comptabilité pour Aurélie. Peut-être autre chose pour toi.

Structurer à son image. Pas au modèle d’un entrepreneur qu’on admire sur Instagram. Sa courbe à elle : seule jusqu’à 300 000 euros, 15 personnes au premier million, retour à 5, remontée, retour à un format stable. Chaque palier testé, goûté, ajusté. Pas planifié.

Faire le deuil du contrôle total. Ce qui est difficile quand une partie de l’identité – et du sentiment d’utilité – est liée au fait qu’on a besoin de toi. Aurélie le reconnaît : elle aimait qu’on ait besoin d’elle. Aller vers une équipe autonome, c’était aussi lâcher quelque chose de cette identité-là.

S’autoriser à changer de cap. Revenir à une offre one-to-one. Coacher chez les autres. Réduire. Ce n’est pas reculer – c’est s’écouter. Et dans deux ans, elle pourrait refaire un épisode pour dire l’inverse. Elle le dit elle-même. Ce qui est, pour le coup, une façon de tenir une position sans prétendre qu’elle est définitive.

Aucun de ces quatre points ne règle quoi que ce soit en une session de réflexion. Mais ils posent une question utile : pourquoi ton business stagne ou t’épuise, c’est souvent que tu n’as pas encore répondu à ‘quel modèle te correspond vraiment’. Et ça, ça prend du temps. Beaucoup plus que prévu.

Questions fréquentes

Comment devenir cheffe d'entreprise quand on veut juste coacher ou accompagner ? +
C'est souvent un glissement progressif. Tu commences à accompagner des clients, tu déclares une activité, et tu te retrouves avec un numéro SIRET, une comptable et des responsabilités légales sans avoir vraiment décidé d'être cheffe d'entreprise. La plupart des entrepreneures dans le coaching ou le développement personnel vivent ce moment de réalisation - parfois aux alentours des 100 à 300 000 euros de chiffre d'affaires.
Quand faut-il déléguer quand on est cheffe d'entreprise ? +
Le signal le plus fiable, c'est l'énergie. Dès qu'une tâche te vide systématiquement et te prend du temps que tu pourrais consacrer à ce que tu fais vraiment bien - coacher, créer, vendre - c'est le moment de déléguer. Aurélie Gauthey a attendu d'avoir 80 heures de coaching par mois avant de déléguer ses premières sessions. Elle dit aujourd'hui qu'elle aurait dû le faire plus tôt.
Peut-on générer des millions en tant que cheffe d'entreprise et ne pas se payer beaucoup ? +
Oui, et c'est plus fréquent qu'on ne le croit. Avec 7 salaires, des outils, des campagnes pub et les charges sociales, une structure à plusieurs millions peut avoir 30 000 euros ou plus de sorties fixes mensuelles. Ce qui reste pour la fondatrice peut être très inférieur au chiffre d'affaires affiché. Le chiffre d'affaires n'est pas un salaire.
Comment gérer une équipe quand on déteste le management ? +
Aurélie Gauthey a mis 8 ans et environ 50 recrutements pour trouver un équilibre stable. Sa réponse : structurer des pôles avec des responsables clairement identifiés, s'appuyer sur un bras droit opérationnel, utiliser des outils comme Asana pour la gestion de projets, et accepter de ne pas tout contrôler - tout en gardant un regard sur les zones critiques comme la comptabilité.
Cheffe d'entreprise : comment éviter le burnout quand la croissance s'accélère ? +
En ne copiant pas le modèle des autres. La question n'est pas 'comment les entrepreneurs qui réussissent gèrent-ils leur équipe' mais 'quel modèle me correspond à moi'. Certaines fonctionneront mieux avec deux personnes et une offre simple. D'autres avec une structure plus grande. Aller goûter, ajuster, réduire si nécessaire - c'est une stratégie, pas un échec.
Faut-il tout savoir de sa propre entreprise pour bien la diriger ? +
Pas nécessairement tout - mais les zones critiques, oui. Aurélie Gauthey a payé deux fois le prix de tableaux financiers tenus par des personnes dont ce n'était pas la compétence : 20 à 30 000 euros de trou dans les comptes. Déléguer ne signifie pas abandonner le contrôle sur des sujets qui peuvent mettre ta structure en danger.

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