stratégie de contenu

20. Comment la « Big Rock Théory » va vous aider à créer du meilleur contenu ?

Épisode diffusé le 26 septembre 2021 par Caroline Mignaux

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La stratégie de contenu, c’est souvent le premier truc qui part en vrille quand une marque grossit. Un blog à alimenter, un podcast à lancer, une chaîne YouTube, des stories, des newsletters – et au bout de trois semaines, tout le monde est épuisé et personne ne sait plus pourquoi on fait tout ça. Caroline Mignaux, fondatrice de Richmaker et animatrice du podcast Marketing Square, a une réponse à ce chaos. Et elle vient d’un prof de gestion du temps, d’une jarre en verre, et de quelques cailloux.

Ce qu’elle décrit dans cet épisode, c’est une méthode qui s’appelle la Big Rock Theory – ou théorie du gros caillou, si on préfère le français. Concept emprunté à Stephen Covey dans The Seven Habits of Highly Effective People. Pas un framework sorti d’une agence parisienne. Un truc vieux, éprouvé, et qui s’applique à la production de contenu avec une précision qui m’a un peu surpris.

Parce que le problème de fond, dans la stratégie de contenu, c’est rarement le manque d’idées. C’est l’ordre dans lequel on les pose.

La jarre, le gravier et le sable – ou pourquoi l’ordre change tout

L’histoire que raconte Caroline Mignaux, elle est simple. Presque trop. Un professeur entre dans une salle de classe avec une jarre vide. Il la remplit de gros cailloux jusqu’au bord. Il demande à ses élèves si la jarre est pleine. Ils disent oui.

Puis il sort un sac de gravier. Il verse. Ça passe entre les cailloux. Puis du sable. Puis de l’eau.

« La morale de l’histoire, c’est pas euh il faut remplir à ras bord votre emploi du temps ou c’est pas il y a toujours de la place euh ou c’est pas plus c’est gros, plus ça passe. La morale de l’histoire, c’est tout simplement, mettez en premier les grosses choses, mettez en priorité les gros cailloux. »

Dit comme ça, ça a l’air évident. Et pourtant.

Ce que la plupart des équipes content font – et j’ai vu ça chez des boîtes avec des budgets marketing sérieux – c’est exactement l’inverse. On commence par remplir la jarre de sable. Des stories quotidiennes, des tweets réactifs, des posts LinkedIn improvisés. Et au moment où il faudrait poser les gros cailloux – les contenus longs, les livres blancs, les séquences vidéo – il n’y a plus de place. Plus d’énergie. Plus de budget.

La métaphore de Covey n’est pas nouvelle. Mais appliquée à une stratégie de contenu, elle prend une forme très concrète que Mignaux détaille bien.

3 sujets piliers : la règle du chiffre qui tient

Trois. C’est le nombre que Caroline Mignaux revient sans cesse dans cet épisode. Trois objectifs. Trois sujets piliers. Trois problématiques à « abattre » avec sa production de contenu.

« Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous aider à vendre, à faire comprendre votre produit ou à élever en fait la satisfaction de vos utilisateurs. Définissez vos gros cailloux et partez de là et pas l’inverse. »

Ce qui m’agace – enfin, ce qui m’agace dans le bon sens – c’est que c’est un conseil qu’on entend tout le temps mais que personne n’applique vraiment. Parce que définir trois sujets, ça veut dire en éliminer vingt autres. Et ça, c’est souvent là que ça coince.

La stratégie de contenu par piliers – ce qu’on appelle aussi content pillars dans les briefs d’agence – n’est pas une invention de Mignaux. Mais son angle est différent. Elle ne demande pas « sur quels sujets voulez-vous communiquer ? ». Elle demande : qu’est-ce qui vous aide concrètement à vendre, à expliquer votre produit, ou à fidéliser vos clients ?

C’est une question business, pas une question éditoriale. Et ça change tout à la façon dont on construit ensuite la déclinaison.

Pour aller plus loin sur la méthode Content Factory et ses 4 formats, il y a un épisode dédié qui creuse exactement ce mécanisme de déclinaison.

Un contenu fort, décliné à l’infini – le vrai levier

Voilà le coeur de la méthode. Et c’est là que la stratégie de contenu devient vraiment opérationnelle.

Caroline Mignaux donne un exemple très précis dans la transcription : un livre blanc sur le co-marketing. Ce format long devient le gros caillou. Et à partir de là :

  • Des mini-vidéos avec des interviews inspirantes
  • Des articles de blog thématiques
  • Des démonstrations produit sur YouTube

Bref, un seul contenu stratégique qui alimente une année entière de production. Elle cite aussi le cas d’un de ses clients, Adixware, qui a construit tout un écosystème de contenu autour d’un livre blanc sur « cartonner ses entretiens dans la tech ». Infographies hebdomadaires, témoignages pour le site, posts LinkedIn. Tout ça depuis une seule source.

« À partir de ce livre blanc, j’ai déjà toutes les réponses pour alimenter en contenu toute mon année. »

C’est exactement le problème que règle cette approche.

La stratégie de contenu en mode déclinaison, c’est pas du recyclage paresseux. C’est une logique d’extraction : on prend ce qui a de la valeur dans un format long, et on le redistribue dans des formats courts adaptés à chaque canal. L’article de blog devient un extrait audio. L’extrait audio devient une story. La story devient un visuel Canva. Et le visuel Canva rappelle à quelqu’un qui l’a vu trois semaines plus tôt qu’il devrait lire le livre blanc.

Ce que Caroline Mignaux pointe aussi – et c’est une nuance qu’on oublie souvent – c’est la question du contenu qui marche déjà. Avant de créer du nouveau, elle recommande de remettre à jour les bestsellers existants. Les « remaster », comme elle dit. Un bon contenu de l’année dernière, réactualisé, peut souvent faire mieux qu’un contenu flambant neuf sur un sujet mal ciblé.

Sur la question de la fréquence de publication sur les réseaux, un autre épisode de Marketing Square apporte des données précises sur la durée de vie des posts – à lire en complément.

Les outils qui font tourner la machine – et ceux qui ne font pas miracles

Canva. Miro. Headliner. Ausha. Artboard Studio.

Caroline Mignaux cite une liste d’outils dans cet épisode, et je vais être honnête : la partie tooling, c’est souvent là où les épisodes de podcast perdent en densité. On glisse sur des recommandations affiliées et on oublie le fond. Ici, c’est un peu plus nuancé.

Canva, elle en fait « le nerf de la guerre pour dupliquer les contenus ». La fonction resize – qui adapte automatiquement un visuel aux formats de chaque réseau – est clairement sous-utilisée par la majorité des équipes content que j’ai croisées. (Et pourtant c’est gratuit, enfin, la version de base.)

Miro pour le mind map, ça tient la route. Pas parce que c’est l’outil le plus sexy du marché, mais parce que cartographier visuellement sa stratégie de contenu avec une équipe, c’est souvent le seul moyen de voir les trous. Un tableau blanc collaboratif force une conversation que les briefs Word n’ont jamais vraiment réussi à déclencher.

Headliner et Ausha pour transformer des extraits audio en petites vidéos – c’est un usage précis, pas universel. Ca marche bien pour les podcasteurs qui veulent teaser un épisode sur Instagram ou LinkedIn. Pour les autres, c’est anecdotique.

La limite réelle de toute cette toolbox, c’est qu’elle suppose que les gros cailloux ont été définis en amont. Si vous n’avez pas vos trois piliers, Canva et Miro ne vont pas vous aider. Ils vont juste accélérer le chaos.

La stratégie de contenu qui commence par une carte

Ce que Mignaux recommande comme point d’entrée pratique, c’est le mind map. Cartographier avant de produire. Planifier les actions avant, pendant, après chaque contenu pilier.

« Quelle est ma big ID, comment est-ce que je la décline et comment est-ce que je peux en fait l’éclater en différents formats ? Comment est-ce que un épisode de podcast bah ça fait à partir de la retranscription, on peut faire un article de blog. »

Voilà. C’est exactement le process qu’on applique ici, d’ailleurs – transformer une transcription en article de fond. Pas un résumé. Pas une reformulation. Un contenu avec une logique propre, qui peut ranker sur Google indépendamment du podcast d’origine.

L’idée de cartographier les trois temps – avant, pendant, après – c’est ce qui transforme une production de contenu artisanale en quelque chose de scalable. Avant la sortie d’un épisode : une story teaser avec une phrase forte. Pendant : la diffusion de l’audio. Après : l’article, les infographies, les citations visuelles.

Ce qu’elle ne dit pas explicitement dans l’épisode, mais qui est implicite dans toute sa démarche : cette approche ne fonctionne que si quelqu’un est responsable de la carte. Un mind map collaboratif sur Miro sans owner, c’est joli mais ça plante au bout de deux semaines.

Pour les freelances et solopreneurs qui se demandent si une page entreprise LinkedIn est utile quand on est indépendant, la logique de piliers de contenu s’applique aussi – peut-être plus encore, parce que les ressources sont limitées.

Ce que la Big Rock Theory ne résout pas – et c’est bien de le dire

J’aurais voulu qu’on me dise ça plus tôt – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise, c’est que la théorie des gros cailloux est une méthode de priorisation, pas une méthode de création. Elle vous dit quoi poser en premier. Elle ne vous dit pas comment faire en sorte que ce contenu soit bon.

Autrement dit : si votre livre blanc sur le co-marketing est ennuyeux, toutes les déclinaisons Canva du monde ne vont pas le sauver. Vous allez juste distribuer du contenu ennuyeux dans plus de formats. Ce qui est, d’une certaine façon, pire.

Et puis il y a la question de la mesure. Caroline Mignaux la mentionne en conclusion – « mieux mesurer vos résultats » – mais elle n’entre pas dans le détail. C’est un angle entier qui manque dans cet épisode. Comment sait-on que nos gros cailloux sont les bons ? Sur quelle base on les redéfinit en cours d’année ? Si le livre blanc ne génère pas de leads, est-ce que c’est le sujet qui était faux, ou la déclinaison ?

Ce sont des questions que la stratégie de contenu par piliers ne tranche pas d’elle-même. Il faut un dispositif de mesure en parallèle – et ça, c’est souvent la partie que les équipes content repoussent jusqu’au moment où le budget est remis en question.

Mais bon. La méthode reste solide. Et pour quelqu’un qui démarre ou qui repart de zéro après une période d’éparpillement total, définir trois gros cailloux et construire à partir de là, c’est clairement mieux que de continuer à produire dans tous les sens.

Sur le sujet de la stratégie de contenu appliquée au recrutement et à l’image de marque employeur, cet épisode avec Manon Roucher de JOB4 montre une autre façon de décliner des piliers dans un contexte RH – un angle souvent négligé.

Et si la question du bon moment pour engager sur LinkedIn se pose après avoir défini vos piliers, la méthode de Thibault Louis offre un complément tactique intéressant sur le passage à l’exécution.

La stratégie de contenu n’est pas une science exacte. Mais elle a besoin d’un squelette. La Big Rock Theory, c’est peut-être juste ça – une façon de poser les os avant de mettre la chair.

Questions fréquentes

C'est quoi la Big Rock Theory en marketing de contenu ? +
La Big Rock Theory, ou théorie du gros caillou, vient du livre The Seven Habits of Highly Effective People de Stephen Covey. Appliquée à une stratégie de contenu, elle dit une chose simple : définissez d'abord vos contenus les plus importants - vos gros cailloux - avant de vous occuper des formats secondaires. Si vous commencez par les petits formats, vous n'aurez jamais l'énergie ni le budget pour les contenus de fond qui font vraiment la différence.
Comment définir ses piliers de contenu avec la méthode Big Rock ? +
Caroline Mignaux recommande de partir de trois questions business : qu'est-ce qui aide à vendre, à faire comprendre le produit, et à satisfaire les utilisateurs ? Ces trois axes deviennent vos sujets piliers. Ensuite seulement, vous déclinez en formats plus courts. Trois piliers, pas sept. Et si vous avez du mal à en éliminer, c'est souvent signe que votre stratégie de contenu n'est pas encore assez ancrée dans vos objectifs commerciaux réels.
Comment décliner un contenu principal en plusieurs formats ? +
Un livre blanc ou un long format peut générer des articles de blog, des extraits vidéo, des infographies, des témoignages clients, des posts LinkedIn et des stories. L'outil Canva et sa fonction resize permettent d'adapter rapidement un visuel à tous les formats réseau. Headliner ou Ausha transforment des extraits audio en petites vidéos. L'idée est de ne pas créer de nouveau contenu pour chaque canal, mais de redistribuer ce qui existe déjà dans des formats adaptés.
Quels outils utiliser pour une stratégie de contenu basée sur les piliers ? +
Miro pour cartographier sa stratégie de contenu en mind map collaboratif. Canva pour décliner les visuels sur tous les formats. Headliner ou Ausha pour les extraits audio en vidéo. Ces outils ne remplacent pas la réflexion stratégique - si les piliers ne sont pas définis, les outils accélèrent juste la production de contenu sans direction.
La stratégie de contenu par piliers fonctionne-t-elle pour les petites équipes ? +
C'est même là qu'elle est la plus utile. Une petite équipe ou un solopreneur ne peut pas tout couvrir. Définir trois sujets piliers force une concentration des ressources là où elles ont le plus d'impact. Le risque inverse, produire en mode réactif sur tous les canaux, mène à l'épuisement sans résultats mesurables.
Comment mesurer si sa stratégie de contenu par piliers fonctionne ? +
C'est la limite que Caroline Mignaux n'adresse pas complètement dans cet épisode. Elle mentionne l'idée de mieux mesurer ses résultats, mais sans entrer dans le détail. En pratique, il faut définir des KPIs par pilier - pas juste des métriques de vanité comme les impressions. Le bon indicateur, c'est celui qui se connecte directement à l'objectif business du pilier : leads générés, taux de conversion, satisfaction client mesurée.

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