Le pinterest ads scale jusqu’à 1000 euros par jour, c’est possible – et c’est beaucoup moins mystérieux qu’on ne le croit, à condition de ne pas appliquer les réflexes de Meta. Luc Bermond, fondateur de l’agence Pin Ads et l’un des rares spécialistes francophones qui gèrent des comptes Pinterest à plein temps, l’a dit sans détour dans ce deuxième épisode avec Danilo Duchesnes : la plateforme a ses propres règles, et les ignorer coûte cher.
Ce qui m’a frappé en écoutant cette conversation, c’est que Luc ne parle pas de Pinterest comme d’un réseau social. Il parle d’un moteur d’inspiration avec une couche publicitaire dessus. La nuance est capitale. Parce que dès que tu comprends ça, tout change – la créa, le ciblage, les fenêtres d’attribution, la patience nécessaire en phase de lancement.
1000 euros par jour, c’est le plafond raisonnable évoqué. Loin des 10 000 euros quotidiens que Danilo cite pour certains comptes Meta. Mais Pinterest, ce n’est pas Meta. Et c’est précisément pour ça que ça vaut la peine d’en parler sérieusement.
Ce que la créa Pinterest exige que Meta ne t’apprend pas
Commençons par l’évidence que tout le monde rate. Sur Pinterest, le son est coupé par défaut. Pas en sourdine comme sur Instagram – coupé. La personne doit activement appuyer sur un bouton pour l’entendre.
Luc l’a formulé clairement :
Sur Pinterest, la différence entre Pinterest et Meta et Instagram c’est que globalement sur Pinterest le son il est quasiment jamais lancé. Il faut vraiment que la personne appuie sur le bouton lancer le son pour écouter justement la créa.
Voilà. Donc toutes tes vidéos UGC où la créatrice explique le produit pendant 30 secondes – sans sous-titres, c’est mort avant même d’avoir commencé.
Et pourtant Luc confirme que l’UGC fonctionne très bien sur Pinterest, notamment dans la beauté. La condition : les sous-titres sont non négociables. Ce qui était un détail sur Meta devient ici une question de survie de la créa. (Il a même précisé que les formats UGC performaient très peu au lancement de Pinterest il y a 18 mois – et que c’est aujourd’hui l’un des top formats dans certaines thématiques. L’algo a évolué, les annonceurs pas tous.)
L’autre règle de créa qui distingue Pinterest, c’est la logique d’inspiration vs. performance brute. Fond blanc, packshot classique, flèches dans tous les sens pour pointer les bénéfices – ça marche sur Meta, parfois très bien. Sur Pinterest ?
On a une grosse différence en terme de perf entre les créa shopping fond blanc et ce qui est la majorité finalement des produits packshot fond blanc, classique produit fond blanc et typiquement de switcher ça avec des visuels plus d’ambiance. Sur Pinterest on va chercher l’inspiration. Et du coup d’avoir des visuels d’ambiance et non pas des visuels fond blanc, ça crée une grosse différence, en terme de perf c’est le jour et la nuit entre les deux.
C’est exactement le problème de beaucoup d’annonceurs qui arrivent de Meta : ils transfèrent leur bibliothèque de créas sans rien adapter. Ça marche parfois – Luc le reconnaît, et c’est d’ailleurs sa méthode de départ pour les nouveaux clients – mais sur le long terme, les créas gagnantes sur Pinterest sont différentes.
Un dernier truc sur la créa que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt : Pinterest affiche 4 à 6 épingles côte à côte sur le feed. Pas une image plein écran comme sur Instagram Stories. Du coup, un produit minuscule au centre d’un visuel trop chargé – personne ne voit ce que tu vends. Le produit doit être au premier plan, lisible en format timbre-poste. C’est bête, mais Luc dit avoir vu beaucoup de marques rater ça.
Et le copywriting ? 50 caractères maximum pour le texte qui accompagne la pub. Autant dire que la bataille se joue entièrement sur le visuel. Les fondamentaux du copywriting restent utiles pour cadrer l’angle, mais sur Pinterest, tu n’as pas la place de les déployer.
Routine, couleur, inclusivité : les 3 leviers créa que l’algo Pinterest adore
Trois concepts reviennent dans la conversation comme des signaux forts. Premier : la notion de routine.
Pour un client comme Spring (produits d’entretien), les vidéos unboxing qui cartonnent sur Meta n’ont pas marché sur Pinterest. Ce qui a fonctionné ? Montrer quelqu’un qui ouvre le lave-vaisselle, qui y glisse la lessive, qui referme. Un geste quotidien, banal, presque contemplatif. L’angle routine.
Deuxième levier : la couleur. Pour les marques de mode, Luc a observé que les épingles qui sortent du lot ne sont pas forcément celles qui montrent le meilleur produit – ce sont celles qui affichent une couleur inattendue. Un sac avec une teinte qui dénote du blanc-gris-noir habituel du feed. La personne clique, arrive sur le site, et là elle fouine. Elle regarde d’autres produits, elle scrolle, elle s’inspire encore. (Ce comportement de navigation longue sur Pinterest se retrouve aussi sur le site de la marque – les taux de scroll sont plus élevés que sur d’autres sources de trafic.)
Troisième levier, et celui-là arrive directement de la roadmap produit de Pinterest : l’inclusivité via l’IA. La plateforme a développé un système – baptisé Lia en interne – qui personnalise le feed en fonction de la teinte de peau, de la corpulence, des préférences visuelles de l’utilisateur. Pour les marques beauté et mode qui ont des gammes inclusives, des produits adaptés à différents profils, ça a créé des performances organiques qui sont apparues du jour au lendemain.
En tant qu’annonceur, tu n’as pas la main là-dessus. C’est du placement automatique. Mais si tu as ce type de contenu dans ton catalogue – et que tu ne le poussais pas parce qu’il sous-performait avant – c’est le moment de revoir ta stratégie créa.
Pinterest ads scale : pourquoi l’algo te force à ralentir pour aller plus vite
La phase d’apprentissage sur Pinterest, c’est le sujet qui élimine la moitié des annonceurs avant qu’ils n’aient eu une chance.
Sur Meta, 7 jours suffisent souvent pour avoir une première lecture valable. Sur Pinterest, les 5-7 premiers jours sont systématiquement mauvais. L’algo teste des poches d’audience, des créas, des combinaisons. Et pendant ce temps-là, les performances sont au fond. Luc est direct là-dessus :
Il y a beaucoup d’annonceurs qui s’arrêtent au bout de 5 jours alors qu’ils sont juste en pleine phase d’apprentissage et c’est totalement naturel d’avoir des résultats revus à la baisse au démarrage. Parce que l’algo est taillé comme ça et il met plus de temps.
C’est exactement le problème. La plupart ne passent pas ce cap. Ce n’est pas une question de budget non plus – Luc a testé 5 euros, 20 euros, 200 euros par jour au démarrage, et le gap de performance entre un petit et un gros budget est moins important qu’on ne l’imagine. C’est une question de temps. Sa recommandation : démarrer avec un budget que tu es prêt à dépenser pendant 10 jours sans regarder les résultats à court terme.
Pour le pinterest ads scale proprement dit, la logique est encore plus différente de Meta. Doubler le budget d’une campagne qui performe ? Sur Meta, ça peut passer. Sur Pinterest, ça relance pratiquement la phase d’apprentissage. Du coup, la méthode recommandée par Pin Ads, c’est la duplication – créer de nouvelles campagnes avec de nouveaux angles créa, de nouveaux ciblages, de nouveaux mots-clés, plutôt que d’augmenter le budget des campagnes existantes. Les méthodes de scale sur Facebook peuvent inspirer la logique, mais les techniques concrètes ne se transposent pas directement.
Luc le résume bien : on est plus sur le Facebook de 2017. Il y a plus de bidouille, plus de tests manuels, plus de granularité nécessaire. L’algo de Meta est tellement puissant qu’il compense beaucoup d’erreurs. Sur Pinterest, le média buyer doit vraiment faire son travail – gérer la dualité mots-clés / centres d’intérêt, surveiller les bugs de plateforme (qui sont courants), adapter les structures de compte. Ce n’est pas une plateforme où tu mets de l’argent et tu regardes la machine tourner.
Pour aller plus loin sur la logique d’apprentissage algo, les mythes sur la phase d’apprentissage Facebook ads donnent des repères utiles – même si les mécaniques ne sont pas identiques sur Pinterest.
Attribution et tracking : le problème dont personne ne parle vraiment
Le navigateur interne de Pinterest est mauvais. Pas médiocre – mauvais. Luc l’avoue sans filtre, et il s’applique lui-même la règle : quand il scroll Pinterest et veut passer à l’acte d’achat, il ouvre dans Chrome.
Ce comportement – sortir du navigateur natif pour aller sur Chrome ou Safari – crée une déperdition de tracking massive. La personne arrive sur ton site, ajoute au panier, achète. Mais Pinterest ne voit pas la conversion. Dans certains cas, ce sont des conversions qui remontent sur Google (brand search directe), sans qu’il y ait eu le moindre euro dépensé en Google Ads. Le dashboard Shopify ne les attribue pas non plus à Pinterest.
C’est une réelle problématique que la plateforme a côté attribution, et même en mettant des UTM et cetera, ils sortent du coup. Assez compliqué de traquer certaines conversions. Mais la plupart remontent quand même.
La réponse à ce problème : le tracking server side. Obligatoire. Pas optionnel, pas « à faire un jour ». C’est ce qui permet de récupérer des données de plateforme correctes malgré les sorties de navigateur. Et ensuite, piloter avec un outil tiers pour avoir une vue consolidée sur toutes les plateformes. (Ce problème d’attribution croisée entre Pinterest et Google, Meta et Google Analytics – c’est structurel, pas un bug qui sera corrigé la semaine prochaine.)
Sur les fenêtres d’attribution, Luc est nuancé : pas de règle unique. Un achat beauté impulsif – 1 jour clic, 1 jour vu peut suffire. Un achat avec cycle de réflexion – 7 jours vu. Une marque qui fait du full Pinterest et vend du mobilier haut de gamme – 30 jours vu. Ce qui compte, c’est de regarder les gaps entre fenêtres courtes et longues pour comprendre où se situent vraiment tes conversions. Sur Meta, tout le monde regarde par défaut le 7 jours clic 1 jour vu. Sur Pinterest, c’est une erreur de copier ce réflexe sans réfléchir.
La question de l’UGC et du tracking me renvoie d’ailleurs à un épisode qui traite ça en profondeur – comment produire des créas UGC performantes pour les social ads, avec des mécanique applicables à Pinterest également.
L’IA sur Pinterest : en retard sur Meta, mais pas sans intérêt
Sur la partie automatisation et intelligence artificielle, Luc est honnête : Pinterest a beaucoup moins d’annonceurs que Meta, donc beaucoup moins de data, donc des solutions IA moins avancées pour le pilotage des campagnes. Il n’y a pas encore d’équivalent à Advantage+ Shopping sur Pinterest. Les campagnes shopping restent relativement automatisées en ciblage, mais ça ne va pas aussi loin.
Là où Pinterest a clairement investi, c’est sur la recherche visuelle et l’inclusivité – ce système Lia dont on a parlé plus haut. La plateforme analyse visuellement les produits pour les proposer aux bonnes personnes. Elle identifie teintes de peau, corpulences, styles. C’est développé à fond aux US, ça arrive progressivement en France.
Et en tant qu’annonceur, la bonne nouvelle c’est que certains contenus qui sous-performaient avant – produits grande taille, gammes inclusives – sont aujourd’hui boostés automatiquement par cet algo. Pas de levier à activer. Juste avoir le contenu dans son catalogue.
Mais sur le pilotage budgétaire automatisé, les enchères intelligentes, la création assistée – on est en retard. Luc le dit clairement : Pinterest est un peu en décalé par rapport à Meta. Ce n’est pas une critique, c’est un état des lieux. Les tendances IA sur Facebook ads en 2024 donnent une idée de l’écart entre les deux plateformes.
Ce qui m’agace un peu dans certains discours sur Pinterest, c’est qu’on présente la plateforme comme une alternative facile à Meta. Ce n’est pas ce que dit Luc. C’est une plateforme différente, qui demande plus de travail manuel, qui punit plus sévèrement les erreurs de structure, et qui récompense les annonceurs qui comprennent vraiment la logique d’inspiration de ses utilisateurs. C’est une opportunité – pas un raccourci.
Si tu veux comprendre comment le premier épisode posait les bases de tout ça – structure de compte, ciblage, premiers pas sur la plateforme – le guide Pinterest Ads e-commerce partie 1 avec Luc Bermond est le point de départ logique avant de s’attaquer au pinterest ads scale.











