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[Best Episode] Rêver grand avec Max Piccinini – Episode 88

Épisode diffusé le 9 avril 2025 par Estelle Ballot

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Penser grand, c’est une phrase qu’on entend souvent – et qu’on applique rarement. Max Piccinini, coach ayant accompagné plus de 150 000 personnes dans 25 pays, pose une question simple dans l’épisode 88 du Podcast du Marketing : à quel moment exact avez-vous arrêté de rêver comme quand vous aviez 7 ans ? Parce que selon lui, ce n’est pas un problème de personnalité. C’est un conditionnement. Et le pire, c’est qu’il a des complices qu’on ne soupçonne pas.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode, c’est pas le discours de coach motivationnel qu’on attend. Piccinini commence par démolir ce discours-là. Il dit lui-même que la motivation sans travail de fond, c’est comme accélérer avec le frein à main enclenché. Ce genre d’autocritique dans un genre qui en manque cruellement, ça mérite qu’on s’y arrête.

Estelle Ballot, qui anime le podcast, joue un rôle intéressant ici. Elle n’est pas commode. Elle coupe, elle questionne, elle avoue ses propres résistances – dont celle, très honnête, de ne pas avoir compris qu’elle devenait entrepreneur avant d’en être une. Et c’est précisément cette friction qui rend la conversation utile. Pas un monologue de scène. Un vrai échange.

La question centrale reste entière à la fin de l’intro : si penser grand est notre état naturel, pourquoi est-ce que ça demande autant d’efforts pour y revenir ?

Ce que penser grand veut vraiment dire – et ce que ce n’est pas

Commençons par déblayer. Penser grand, dans la bouche de Piccinini, ce n’est pas se convaincre qu’on va devenir milliardaire d’ici décembre. C’est quelque chose de plus fondamental.

«Ça veut dire penser plus que la moyenne et commencer à s’autoriser à vivre une vie selon ses propres termes.»

Dit comme ça, ça paraît presque banal. Mais la deuxième partie de la phrase est celle qui pique : «selon ses propres termes». Pas selon les termes du système, des profs, de la famille, des collègues.

Il y a une observation qui revient plusieurs fois dans la conversation et que je trouve juste : personne n’est attiré par la médiocrité. On ne va pas voir un film médiocre en se disant «super, exactement ce qu’il me faut». On ne choisit pas une pièce de théâtre moyenne quand on peut voir quelque chose d’extraordinaire. L’attraction pour le grand, pour l’exceptionnel, c’est câblé dans notre cerveau. Ce qui ne l’est pas, c’est la permission de l’appliquer à sa propre vie.

Et là, Piccinini introduit une distinction que je n’avais pas vue venir. Penser grand n’est pas une compétence qu’on acquiert. C’est une compétence qu’on a perdue et qu’on doit retrouver. La nuance change tout à l’approche.

Si c’est une acquisition, on est en manque. Si c’est une restauration, on a juste besoin de gratter le vernis. (Et le vernis, on va voir, a été appliqué couche par couche depuis la maternelle.)

L’électrochoc à 14 ans qui a tout changé

Piccinini ne parle pas en théorie. Il y a un moment dans l’épisode où la conversation change de registre, et c’est là que l’épisode devient vraiment intéressant.

Il a perdu son père à 14 ans dans un accident de la route. Parents divorcés depuis ses 10 ans. Mini-dépression qui suit. Et puis, progressivement, une prise de conscience brutale.

«J’avais pas juste la compréhension intellectuelle, j’avais mon père à l’enterrement qui était dans un cercueil et j’avais compris réellement que j’allais y passer un jour moi aussi. C’était bon, c’était bon une théorie.»

Voilà. La mort comme argument pédagogique le plus efficace qui soit.

Ce qui suit, c’est sa mère qui lui tend «Comment se faire des amis» de Dale Carnegie – et là, quelque chose s’ouvre. L’idée qu’on peut changer ses pensées, ses émotions, ses actions. Que les pires événements peuvent devenir du carburant plutôt que des boulets. Piccinini était millionnaire avant 30 ans, parti de zéro, famille sans culture entrepreneuriale. Pas parce qu’il avait un talent spécial. Parce qu’il avait arrêté de se laisser convaincre que c’était impossible.

Ce n’est pas un argument pour glamouriser le deuil. C’est un argument pour regarder en face ce que la confrontation à la finitude fait au rapport qu’on a avec ses propres rêves. La plupart d’entre nous n’attend pas ce genre de choc pour se fixer des objectifs vraiment ambitieux – et c’est peut-être le problème.

Pourquoi on a arrêté de penser grand – et qui est responsable

C’est la partie de l’épisode qui va faire tiquer quelques profs si jamais ils écoutent. Piccinini est cash. Le système éducatif français n’est pas conçu pour encourager penser grand. Il est conçu pour créer des salariés fonctionnels.

«On va même pas te dire qu’est-ce qu’il te ferait plaisir. On va te dire choisis un job qui a dans lequel il y a de la place. Choisis d’être ingénieur parce que il y a pas de chômage chez les ingénieurs.»

C’est excessif ? Peut-être un peu. Mais pas tort.

Le conditionnement opère sur plusieurs niveaux simultanés. L’école compare sur un seul type d’intelligence – rationnelle, académique – en ignorant l’intelligence spatiale, émotionnelle, musicale, physique. On perd confiance. On se retrouve entouré 8 heures par jour de personnes dont la trajectoire professionnelle est souvent peu compatible avec «rêver sans limite». L’environnement fait le boulot silencieusement.

Et il y a le cerveau reptilien, qu’on sous-estime constamment. Rester dans le troupeau – même un troupeau qui pense petit – c’est plus sécurisant neurologiquement que de partir seul vers quelque chose d’incertain. Notre cerveau a 3 millions d’années d’évolution qui lui crient de rester groupé. Les lions ont disparu de la plupart de nos quartiers, mais le circuit, lui, est toujours là.

Entre 3 et 7 ans, le cerveau est une éponge totale. Il enregistre aussi bien les langues étrangères que les croyances sur l’argent, le risque, la réussite. «Les riches sont des salauds», «il faut travailler dur pour gagner peu», «reste dans ta lane» – tout ça s’installe à un âge où on n’a aucune capacité critique pour le filtrer. C’est là que le syndrome de l’imposteur commence à germer, bien avant qu’on sache même ce que le mot veut dire.

La méthode en 3 temps pour réapprendre à penser grand

Piccinini détaille un process en trois étapes. Je le trouve honnête sur ce que chaque étape implique vraiment.

Étape 1 : Prendre conscience. Identifier ses schémas, ses croyances limitantes, ses peurs. Comprendre pourquoi on fait ce qu’on fait. Pas pour se flageller – pour cesser de se juger. Il y a une distinction fine ici : on n’est pas nul, on a juste une mauvaise stratégie. La nuance change tout à l’auto-compassion disponible pour travailler ensuite.

L’histoire du chauffeur de taxi à Strasbourg illustre bien ça. Un type brutal en surface, «un gros con» de prime abord – et qui en cinq minutes de conversation réelle révèle qu’il a fui la guerre, qu’il envoie la moitié de son salaire à sa famille restée en Roumanie. L’empathie comme outil anti-jugement, y compris envers soi-même.

Étape 2 : Casser le schéma. C’est là que le marketing entre dans la danse – littéralement. Piccinini utilise le concept de pattern interrupt, qu’Estelle reconnaît immédiatement comme une mécanique centrale des feeds sociaux. Une image inattendue, un son qui surprend, un geste physique qui rompt la routine cognitive.

«Une blague, sortir un truc qui a rien à voir, en criant, faire quelque chose de complètement surprenant, ce qui fait que le cerveau va être en alerte.»

En coaching individuel, ça peut être une baffe (métaphorique, précisons), un élastique au poignet, un éclat de rire hors contexte. En séminaire de plusieurs centaines de personnes, c’est la musique et le mouvement physique – ce qui explique le format qu’il a importé de Tony Robbins en France, et que beaucoup regardaient au début comme un truc à l’américaine un peu bizarre.

Étape 3 : Répéter pour reconditionner. Une prise de conscience ponctuelle ne change rien. Le cerveau fonctionne par répétition. La nouvelle croyance doit être pratiquée jusqu’à ce qu’elle soit automatique – exactement comme on apprend à conduire ou à taper au clavier sans regarder les touches. Ce n’est pas glamour comme concept. Mais c’est honnête. Et c’est cohérent avec ce qu’on sait des neurosciences du changement d’habitude.

Ce qui m’agace un peu, c’est qu’on reste vague sur la temporalité. Combien de répétitions ? Sur quelle durée ? Piccinini parle par expérience de terrain et c’est sa légitimité – 150 000 personnes accompagnées, c’est un échantillon respectable. Mais la question du «combien de temps» reste ouverte.

Le corps comme déclencheur – ce que les neurosciences confirment

Un moment de l’épisode qui passe vite mais qui mérite qu’on s’y attarde : le lien entre mouvement physique et prise de décision.

Piccinini est formel. Les grandes décisions ne se prennent pas assis. L’état émotionnel élevé – son «triple E» – est une condition nécessaire au vrai changement. Et cet état ne s’atteint pas en restant sur une chaise avec les épaules en avant à prendre des notes.

Estelle, qui anime depuis son bureau de salon en période Covid, fait une connexion frappante : ses propres grandes décisions de vie ont toujours été prises en mouvement. Ce n’est pas anecdotique. Les études en neurosciences citées dans l’épisode convergent : le mouvement oxygène le cerveau, déclenche la sérotonine, élève l’énergie disponible pour la décision. Rester assis tue la créativité et la productivité bien plus sûrement qu’une mauvaise organisation du travail.

(Le tapis de marche pour télétravailleurs, que beaucoup trouvent ridicule, commence à ressembler à un outil sérieux vu sous cet angle.)

Et il y a quelque chose de plus profond là-dedans. Le fils de 18 mois de Piccinini ne s’arrête jamais de bouger – et déborde d’énergie. On a été conditionnés à rester immobiles sur des bancs d’école, pas parce que c’est bon pour apprendre, mais parce que ça facilite la gestion d’une salle de classe. Ce qui est dans l’intérêt du système n’est pas nécessairement dans l’intérêt du cerveau.

Ce parallèle entre immobilité physique et immobilité mentale est l’une des idées les plus denses de l’épisode. Et elle rejoint directement la mécanique des décisions de pivot d’entreprise : les meilleurs pivots se prennent rarement lors d’une réunion Zoom de 9h un mardi matin.

Penser grand, ce n’est pas penser seul

L’environnement revient comme un fil rouge tout au long de l’épisode. Penser grand dans un environnement qui pense petit, c’est comme essayer de garder une flamme allumée sous la pluie.

Piccinini compare la France et les États-Unis sur ce point – et il fait attention de ne pas tomber dans l’américanolâtrie béate. Il dit clairement qu’il y a des choses qu’il aime moins là-bas. Mais sur la culture de l’entrepreneuriat et du rêve, il concède que le contraste est réel : un portier dans un hôtel américain va vous parler de son projet de boîte. En France, c’est culturellement impensable.

Ça évolue – et c’est visible sur les dix dernières années. L’écosystème startup français a changé le discours ambiant. Mais le conditionnement de fond est encore là, dans les familles, dans les salles de classe, dans ce réflexe collectif de tempérer les ambitions des autres dès qu’elles dépassent la moyenne.

Le rapport à l’argent joue un rôle central dans ce conditionnement – et si vous voulez creuser ce point précis, l’épisode sur comment votre rapport à l’argent influence votre stratégie est un complément logique à ce que Piccinini développe ici.

La question qui reste : est-ce qu’on peut vraiment penser grand seul, par la seule force de la volonté individuelle ? Piccinini dirait que non – et que c’est précisément pour ça qu’il existe des séminaires, des coachs, des communautés. Ce qui ressemble à du business model est aussi, dans sa logique, une réponse cohérente au problème qu’il a identifié.

Pour ceux qui travaillent sur la question du positionnement et de la valeur – qui est souvent là où penser grand cogne le plus fort concrètement – la question du pricing et de la valeur perçue mérite aussi d’être posée en parallèle. On ne demande pas de grands tarifs si on ne se croit pas capable de grandes choses. Le lien est direct.

Bref. Cet épisode n’est pas parfait – certains passages restent en surface, et j’aurais aimé plus de concret sur la durée et la fréquence du reconditionnement. Mais il pose quelques questions qui ne se referment pas facilement. Notamment celle-ci : si penser grand ne demande pas plus d’énergie que penser petit, pourquoi est-ce qu’on continue à choisir le confort de la médiocrité ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce que ça veut dire concrètement penser grand ? +
Penser grand, selon Max Piccinini, ce n'est pas se fixer des objectifs financiers démesurés. C'est s'autoriser à vivre selon ses propres termes - pas ceux du système, de la famille ou de l'environnement immédiat. C'est retrouver la capacité naturelle qu'on avait enfant de ne pas poser de plafond à ses aspirations.
Pourquoi est-ce qu'on arrête de penser grand en grandissant ? +
Piccinini pointe deux responsables principaux : le système éducatif, conçu pour créer des salariés fonctionnels plutôt que des rêveurs autonomes, et l'environnement immédiat. Entre 3 et 7 ans, le cerveau enregistre sans filtre toutes les croyances sur ce qui est possible ou pas. Et rester dans le troupeau - même un troupeau qui pense petit - reste neurologiquement plus rassurant que d'en sortir.
Comment réapprendre à penser grand ? +
En trois étapes selon Piccinini. D'abord prendre conscience de ses schémas et croyances limitantes - sans se juger. Ensuite casser le schéma via un pattern interrupt, une rupture cognitive qui remet le cerveau en alerte. Enfin répéter la nouvelle croyance jusqu'à ce qu'elle devienne automatique. La troisième étape est la moins glamour et souvent la plus négligée.
Penser grand et le marketing, quel rapport ? +
Le lien est direct sur plusieurs points. La décision d'achat est émotionnelle avant d'être rationnelle - Estelle Ballot le rappelle dans l'épisode. Le pattern interrupt, technique centrale du reconditionnement mental, est aussi la mécanique qui fait qu'un post stoppe le scroll. Et sur le plan business, penser grand influence directement le pricing, le positionnement et la capacité à demander de la valeur pour ce qu'on fait.
Le mouvement physique aide vraiment à penser grand ? +
Oui, et ce n'est pas du mystique. Le mouvement oxygène le cerveau, déclenche la sérotonine et élève l'état émotionnel - ce que Piccinini appelle le triple E, état émotionnel élevé. Les grandes décisions se prennent rarement assis. Les neurosciences confirment que l'immobilité prolongée nuit à la créativité et à la productivité. C'est pour ça que ses séminaires intègrent mouvement et musique - pas pour faire le show.
Est-ce qu'on peut penser grand seul, sans coach ni séminaire ? +
Piccinini est honnête là-dessus : l'environnement a un pouvoir énorme. Être entouré de personnes qui pensent grand facilite massivement le travail. Ça ne veut pas dire qu'un coach est obligatoire - mais ça veut dire que l'isolement dans un environnement qui pense petit est un vrai frein. Certaines personnes y arrivent seules par des déclencheurs intenses, comme une perte ou un échec majeur. Pour les autres, construire délibérément son environnement est sans doute la première action concrète.

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