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[Best Episode] L’importance du passage à l’action avec Roger Ormières – Episode 146

Épisode diffusé le 4 juin 2024 par Estelle Ballot

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Le passage à l’action – tout le monde dit que c’est important, personne n’explique vraiment pourquoi on n’y arrive pas. Ou plutôt : on explique mal. On vous parle de procrastination, de zone de confort, de courage. Des mots valises qui ne changent rien pour celui qui se retrouve à peaufiner sa page de vente pour la huitième fois au lieu de la publier. J’ai écouté l’épisode 146 du Podcast du Marketing, un des plus écoutés de la série d’après Estelle Ballot qui le rediffuse, et dedans Roger Ormières – coach professionnel qui accompagne des entrepreneurs à forte visibilité, des influenceurs, des CEO de startups, depuis dans l’ombre – dit des trucs que j’aurais aimé entendre il y a dix ans.

Roger n’a pas un parcours classique. Il passait, il y a pas si longtemps selon Estelle, plus de temps en avion que sur terre. Aujourd’hui il coache des gens que vous suivez probablement sans le savoir. Et sa conviction tient en une phrase : seule l’action fait progresser. Ça a l’air banal. Ça ne l’est pas.

Ce que personne ne fait vraiment avant de se lancer

La question qu’on évite toujours : j’ai peur de quoi, exactement ? Pas en général. Précisément. Roger pousse ses clients à lister – vraiment lister – toutes les choses qui peuvent arriver de pire si ils passent à l’action. Et là, quelque chose de bizarre se produit.

La liste est courte. Souvent, elle tient en trois lignes. Et surtout, elle révèle un truc que Roger pointe avec une précision chirurgicale :

« Parfois j’ai peur en fait d’une seule personne. Et dans ta tête il y avait des milliers de personnes et en fait il y en a qu’une seule. »

Voilà. C’est exactement le problème.

On se construit des scénarios catastrophe avec une foule hostile alors qu’au fond, c’est peut-être l’avis d’un ancien collègue ou d’un concurrent qu’on redoute. Une fois que tu identifies que ta peur a un visage précis – et pas une armée -, le rapport de force change. Roger appelle ça remettre en cause ses représentations. Moi j’appelle ça désintoxiquer son cerveau de ses propres fictions.

Et après avoir listé les peurs ? Il faut lister les ressources. Ce que personne ne fait, dit-il. Presque mot pour mot.

« On pense à notre peur mais on ne pense pas aux ressources qu’on a à disposition qui nous permettent de pouvoir réussir à faire que cette peur en fait… en fait je suis complètement con en fait. J’ai juste à demander à Estelle ou suivre le podcast d’Estelle pour me rendre compte que finalement en fait c’est pas si grave que ça. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Ça l’est. C’est surtout la chose qu’on saute systématiquement.

Le cerveau est une machine de survie – pas un outil de prise de décision

Trois fonctions primaires au cerveau : survivre, manger, se reproduire. Roger le dit cash, sans fioriture. Tout le reste – nos ambitions, nos projets, nos formations à lancer – est secondaire du point de vue du cerveau. Profondément, physiologiquement secondaire.

Estelle amène l’image du chemin balisé, assez juste : le cerveau veut qu’on reste sur le sentier qu’il connaît parce que là il sait qu’on ne mourra pas. Sortir du chemin ? Danger potentiel. La falaise est peut-être là, sur le côté. Le cerveau allume des warnings. Roger complète avec quelque chose qui m’a arrêté :

« Il y a aucun cerveau qui est allé dehors qui a dit hop, je reviens et je vais vous dire comment ça se passe à l’intérieur. Donc à aucun moment, il y a un cerveau qui a été en direct avec la réalité. »

Le cerveau ne connaît pas la réalité. Il connaît ses représentations de la réalité. Ce qui veut dire que la peur de lancer ta formation – la peur physique, le cortisol qui monte – repose sur une simulation interne, pas sur ce qui va vraiment se passer.

C’est là que le cortisol entre en jeu (et c’est souvent là que ça coince). On est allergiques au cortisol, dit Roger. Le stress est une réaction physiologique saine à la base – utile pour fuir un prédateur. Mais notre cerveau l’active aussi quand on s’apprête à cliquer sur le bouton « publier ». Résultat : ne pas passer à l’action devient plus agréable que passer à l’action. Pas parce qu’on est fainéant. Parce qu’on est humain.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu entendre vraiment – c’est que cette sensation de blocage n’est pas un signe que le projet est mauvais. C’est un signe que le cerveau fait son job. Pas le bon job. Mais son job.

Les lacets, la cabane, l’architecte : comment le passage à l’action se démultiplie

Roger a une analogie qui tient la route. Son fils doit apprendre à faire ses lacets. Il a le choix entre garder les scratchs ou apprendre les nœuds. Si il ne passe pas à l’action, il ne saura jamais faire ses lacets. Et alors ?

Pas de lacets = pas de nœuds. Pas de nœuds = pas de jeux avec une corde. Pas de corde = pas de cabane. Pas de cabane = peut-être jamais la passion de l’architecture. C’est la logique en cascade du passage à l’action : chaque premier pas ouvre des champs que tu ne peux pas voir depuis la position statique.

Estelle dit « effet papillon ». Roger dit quelque chose de plus dur :

« Ne pas passer à l’action, ça voudrait dire décider de ralentir le processus d’évolution d’une personne. »

Sciemment. Tu décides sciemment de ralentir ton développement. Pas le monde autour de toi – lui continue. C’est l’image des grands-parents qui n’ont pas suivi l’arrivée d’internet et qui aujourd’hui trouvent que fermer une fenêtre sur un écran ressemble à de la programmation avancée. Ce n’est pas une question d’âge. C’est une question de mouvement.

Sur ce sujet, l’épisode avec Edgar Grospiron – champion olympique – sur l’alliance entre plaisir et succès est complémentaire : le mouvement n’est durable que s’il y a quelque chose qui attire vers l’avant, pas seulement quelque chose qui pousse de derrière. Roger et Grospiron se retrouveraient probablement là-dessus.

Ce que Roger fait vraiment – et pourquoi le mot « coach » lui colle mal

Question piège d’Estelle en début d’épisode : comment tu t’appelles ? Pas de réponse simple. Roger admet chercher son propre terme depuis un moment. Coach pour entrepreneur ? C’est ce que les gens comprennent, mais ça ne lui plaît pas.

Parce qu’il fait du coaching, oui – poser des questions, écouter vraiment, pas apporter des réponses en kit. Mais aussi du consulting, du mentoring, du networking. Et il travaille sur ce que personne d’autre ne voit : le mindset de ceux qui ont de grandes visibilités, de gros chiffres, de gros enjeux. Il ne cite jamais ses clients. Jamais.

Ce qui l’intéresse, c’est un principe qu’il formule clairement : créer des contextes pour que les entrepreneurs trouvent eux-mêmes leurs réponses. Et il dit quelque chose d’honnête sur la tentation inverse :

« Parfois c’est tentant d’arriver en disant voilà ce qu’on a fait, ça a marché, faisons-le pour toi. Et ce qui est génial c’est que parfois la personne trouve une solution que je n’aurais même jamais pu imaginer. »

Le consultant apporte la solution. Le coach crée les conditions pour que la solution émerge. La différence n’est pas sémantique – elle change complètement ce qu’on fait de la réponse une fois qu’on l’a. Une solution imposée de l’extérieur, tu l’appliques. Une solution que tu as trouvée toi-même, tu y crois.

Du coup si tu cherches à maîtriser les compétences marketing essentielles avant de te lancer, la question que Roger poserait probablement : c’est une vraie lacune ou c’est une bonne raison de ne pas démarrer ?

Le passage à l’action face à la peur du succès – le faux ennemi

Il y a une peur dans la liste de Roger que j’ai trouvée honnête à citer : la peur du succès. Il la mentionne, puis s’interrompt presque. Il dit que c’est « peut-être un cache-misère », une façon de se faire croire qu’on est prêt alors qu’on ne l’est pas vraiment.

Je ne suis pas entièrement d’accord – et c’est une vraie limite de l’épisode. La peur du succès est réelle pour certains profils, notamment ceux dont l’identité est construite autour de l’effort et de la lutte. Réussir trop facilement, trop vite, ça désorganise quelque chose en profondeur. Roger effleure ça sans vraiment creuser, probablement parce que ça aurait demandé 20 minutes de plus et un autre contexte.

Les autres peurs de la liste sont plus universelles : peur de l’imperfection (le péché mignon d’Estelle, elle l’avoue), peur de l’inconnu, peur d’être jugé, peur des responsabilités, peur d’éprouver des émotions désagréables. Bref. Tout le monde dans cette liste. La question n’est pas d’éliminer ces peurs – Roger ne dit pas ça. Il dit de les regarder en face et de vérifier si les ressources pour y faire face sont là.

Elles le sont presque toujours. C’est ça, le truc.

En parallèle, si la peur de l’échec est au centre de tes blocages, l’épisode consacré à oser l’échec comme clé du succès pousse la réflexion encore plus loin – et dans le sens inverse de ce qu’on croit intuitivement.

Concrètement : qu’est-ce qu’on fait demain matin ?

Roger donne un exercice. Simple. Brutal. Efficace.

Tu listes toutes tes peurs liées à l’action que tu n’as pas encore faite. Toutes. Sans filtre. Puis tu regardes chaque item et tu poses une question : si ça arrive, est-ce que j’ai des ressources pour y faire face ? Est-ce que je survis à ça ?

À 99 % des cas, la réponse est oui. Et en faisant l’exercice, quelque chose de bonus se passe : tu trouves des idées. Des solutions que tu n’aurais pas vues en restant dans la peur diffuse et non identifiée. La liste transforme le brouillard en problèmes concrets. Et les problèmes concrets ont des solutions concrètes.

C’est d’une logique presque irritante.

Et si le problème c’est plutôt l’organisation de ton temps – pas la peur mais la charge – l’épisode sur comment organiser son temps en tant qu’entrepreneur est une ressource directement complémentaire. Parce que parfois ce qui ressemble à de la procrastination, c’est juste une absence de structure.

Le passage à l’action ne nécessite pas de ne plus avoir peur. Il nécessite de décider que la peur pèse moins lourd que la progression. C’est tout. Et c’est déjà énorme.

La résilience comme moteur – en tout cas ce qu’Estelle Ballot explore dans d’autres épisodes du Podcast du Marketing – c’est peut-être ça au fond : pas l’absence de chute, mais la capacité à recalibrer après avoir quand même sauté.

Roger Ormières est joignable via son site roger-ormieres.com et son Instagram @roger_ormieres. L’épisode complet fait 38 minutes. Il se réécoute.

Questions fréquentes

Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à passer à l'action même quand on sait ce qu'on doit faire ? +
Le cerveau interprète toute situation nouvelle comme une menace potentielle. Sa fonction primaire c'est la survie - pas l'optimisation de ta carrière. Du coup, le cortisol monte dès qu'on s'apprête à faire quelque chose d'inconnu, et rester immobile devient physiologiquement plus agréable que bouger. Selon Roger Ormières, la plupart des peurs qui bloquent le passage à l'action sont soit infondées, soit sur-évaluées par rapport à la réalité de ce qui peut arriver.
Comment surmonter la peur de se lancer en tant qu'entrepreneur ? +
Roger Ormières recommande un exercice simple : lister toutes ses peurs précisément, puis vérifier pour chacune si on a les ressources pour y faire face. Dans 99 % des cas, la réponse est oui. L'exercice transforme une peur vague et paralysante en problèmes identifiables avec des solutions identifiables.
Le passage à l'action demande-t-il de ne plus avoir peur ? +
Non. L'objectif n'est pas d'éliminer la peur - c'est une réaction physiologique normale et saine. L'objectif est de décider que la progression pèse plus lourd que la peur. La peur reste là. On avance quand même.
C'est quoi la différence entre un coach et un consultant pour un entrepreneur ? +
Le consultant apporte une solution depuis l'extérieur. Le coach crée les conditions pour que l'entrepreneur trouve lui-même sa solution. Roger Ormières insiste sur le fait que les solutions trouvées par la personne elle-même ont beaucoup plus de chances d'être appliquées - et sont souvent meilleures que ce que le coach aurait pu imaginer.
Ne pas passer à l'action, c'est vraiment grave pour son business ? +
Roger Ormières formule ça de manière frappante : ne pas passer à l'action revient à décider sciemment de ralentir son propre développement. Le monde autour continue d'avancer. Ce qui était accessible aujourd'hui l'est de moins en moins demain. Ce n'est pas un jugement moral - c'est une mécanique.
Comment passer à l'action quand on est perfectionniste ? +
Le perfectionnisme est une forme de peur de l'imperfection, donc de la critique. La méthode de Roger : identifier précisément ce qu'on redoute - souvent l'opinion d'une ou deux personnes spécifiques, pas d'une foule entière - puis vérifier si on a les ressources pour y faire face. Et accepter que la confrontation à la réalité apporte des informations que la théorie ne donnera jamais.

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