Lancer une campagne de crowdfunding en pensant que l’argent va tomber tout seul – c’est l’erreur que font à peu près tous ceux qui se plantent sur Ulule. Inès Saadallah, cofondatrice de Cygnes (une marque de collants fabriqués 100 % en France), l’a compris avant même de créer son compte sur la plateforme. Résultat : top 5 % des meilleurs lancements. 515 contributions. Et 60 % de parfaits inconnus parmi les acheteurs – pas des amis qui rendent service.
Ce qui est intéressant dans ce qu’elle raconte, c’est pas le chiffre. C’est le chemin. Un an de R&D, un fil emprunté à l’univers de l’escalade, un atelier familial dans le sud de la France qui travaille le collant depuis plus de 70 ans. Et derrière tout ça, une mécanique de lancement construite pierre par pierre, bien avant que la page Ulule n’existe.
Estelle Ballot l’a interviewée dans l’épisode 151 du Podcast du Marketing. L’échange était tellement dense qu’il a fallu le couper en deux. Ce qu’on va creuser ici, c’est la première partie – les fondations. Ce que personne ne te dit quand tu te lances.
Une campagne de crowdfunding, ça ne commence pas le jour du lancement
Le piège classique : tu crées ta page, tu fixes un objectif, tu mets trois photos et tu attends. Inès démonte ça dès les premières minutes.
« En fait, ça se prépare. Donc il y a beaucoup beaucoup beaucoup de travail en amont et qu’en fait la campagne en elle-même, c’est juste la concrétisation d’un travail de plusieurs semaines voire plusieurs mois pour certaines actions. »
Dit comme ça, ça a l’air évident. Et pourtant.
La règle numéro un qu’elle pose d’emblée : les 48 à 72 premières heures sont décisives. Pas importantes. Décisives. Sur Ulule, si tu remplis ton objectif de financement dans les trois premiers jours, la plateforme te remonte dans les flux, te met en avant sur la page d’accueil, t’intègre potentiellement dans la newsletter mensuelle envoyée à toute la base. Et là, le trafic que tu peux pas générer seul – il arrive.
Mais pour que ça arrive, il faut amener toi-même du monde les premiers jours. La plateforme récompense les efforts, elle ne les remplace pas. C’est une logique d’algorithme classique – (et c’est souvent là que ça coince) – les porteurs de projet attendent que la plateforme fasse le boulot à leur place.
Il y a aussi un mécanisme psychologique que Inès nomme sans détour : le FOMO. Les gens ne veulent pas rater un projet qui fonctionne. Si ta page affiche déjà 80 % de l’objectif atteint en jour deux, le visiteur qui arrive a envie de monter dans le train. Si elle est à 4 %, il referme l’onglet.
Produit et positionnement : le travail que tu ne peux pas bâcler
Première étape dans la liste des neuf qu’Inès détaille : bien travailler son produit et son positionnement. Et là, attention – elle ne parle pas de « définir sa cible » au sens PowerPoint du terme.
Cygnes est né d’un constat simple et brutal. Des femmes de sa famille se plaignaient de leurs collants lors d’un dîner. Le lendemain, un souvenir d’un reportage Arte sur l’obsolescence programmée. Et en parallèle, un mémoire de fin d’études sur l’entrepreneuriat féminin qui lui fait réaliser que très peu de femmes entreprennent – et donc que personne ne bouge dans une industrie pourtant éminemment féminine.
« On savait même pas si on allait se lancer un jour parce que voilà, le produit était selon nous le plus important. »
Un an de R&D. Un fil issu du monde de l’escalade, détourné pour produire un collant. Des tests en laboratoire. Une communauté de proches mobilisée pour les retours. C’est ça, travailler son produit – pas rédiger une fiche persona en deux heures.
Le positionnement prix, les messages, la promesse centrale – tout ça doit être carré avant même d’ouvrir un compte sur la plateforme. Parce qu’une campagne de crowdfunding réussie n’est pas une opération ponctuelle. C’est le lancement d’une marque qui doit tenir dans le temps. Si le positionnement est flou le jour J, tu vas vendre une fois et ne jamais revoir ces clients.
Et il y a un truc que les fabricants historiques lui ont clairement dit : faire des collants résistants, c’est tuer le business. Moins de ventes, moins de renouvellement. (Ce qui est à la fois honnête et assez déprimant.) Elle a continué quand même. C’est ça aussi, un positionnement – savoir contre quoi tu te bats.
Aller chercher les gens qui savent ce que tu ne sais pas encore
Deuxième mouvement stratégique, et c’est celui qui m’a le plus frappé dans cet épisode : aller contacter des entrepreneurs qui ont déjà réussi leur lancement, même si tu ne les connais pas.
Inès et son associé Axel ont identifié Ben Gerville, cofondateur de Spring – la lessive clean livrée directement en boîte aux lettres. Contacté sur LinkedIn. Relancé. Jusqu’à obtenir une heure d’échange.
« On le dit à tout le monde, ça nous a fait gagner 6 mois et on aurait pas peut-être pas eu la campagne qu’on a réalisé jusqu’à maintenant sans ces conseils-là. »
Six mois. Sur une boîte de deux personnes qui se lance. C’est pas anodin.
Ce que Ben Gerville leur transmet notamment : l’idée d’un jeu-concours sur une landing page de pré-lancement. Le mécanisme est simple. Les visiteurs réalisent des actions – s’abonner à l’Instagram, répondre à un questionnaire sur leurs habitudes de consommation, partager le projet – et gagnent des points. En échange : des contreparties, une place prioritaire à l’ouverture.
Ce que ça fait en réalité, c’est trois choses en même temps. Un : tu construis ta base email et tes abonnés sociaux avant même d’ouvrir la campagne. Deux : tu collectes des données réelles sur tes futurs clients – leurs douleurs, leurs habitudes, leurs attentes. Trois : chaque partage ouvre ta visibilité à des cercles que tu n’aurais jamais touché seul. La boule de neige, comme dit Estelle.
Pour aller chercher ces mentors, il y a aussi une vraie leçon dans ce que raconte la stratégie d’aller chercher de l’aide auprès d’inconnus – les gens disent oui plus souvent qu’on ne le croit. Et quand ils disent oui, ils donnent vraiment.
La communauté : pas un bonus, le moteur central
Ce mot revient dans chaque réponse d’Inès. Communauté. Pas audience. Pas base de données. Communauté.
La nuance est réelle. Une audience, tu lui parles. Une communauté, elle construit avec toi. Et dans le contexte d’une campagne de crowdfunding, cette différence est la ligne entre 40 % de l’objectif atteint et 200 %.
Cygnes a choisi de co-créer dès le départ. Des proches qui testent le produit et donnent des retours sans filtre. Des abonnés newsletter consultés sur les coloris, les prochains modèles, le packaging. Des sondages envoyés sur les produits futurs – même quand le produit actuel n’est pas encore finalisé. La logique : d’abord leur demander ce qu’ils veulent, ensuite décider.
« C’est plus d’abord la communauté et puis après nous on prend nos décisions. »
Ce renversement – la communauté avant les fondateurs – c’est exactement le problème que beaucoup de porteurs de projet ont du mal à accepter. On veut son idée, on veut sa vision. Écouter peut sembler une perte de temps. C’est en réalité la chose qui fait tenir une marque sur la durée.
Et concrètement, comment tu engages cette communauté ? Inès a une réponse très nette : l’email. Pas uniquement les réseaux sociaux. L’email.
Sur cette question de stratégies pour attirer ses premiers clients, l’email reste systématiquement sous-exploité – surtout par ceux qui démarrent.
L’email au coeur de la campagne de crowdfunding
Une newsletter hebdomadaire. Dès les premiers jours de Cygnes. Avant le produit finalisé, avant la page Ulule, avant les premières ventes. Et dans cette newsletter : les coulisses vraies. Les questionnements. Les photos depuis chez eux – pas de bureau, juste un appartement et deux porteurs de projet qui avancent.
Franchement, la plupart des équipes qui lancent passent complètement à côté de ça. Elles postent sur Instagram, elles font des stories, elles espèrent que l’algorithme fera le reste. Et elles se retrouvent le jour J avec une page Ulule et 200 abonnés Instagram dont 40 sont des amis.
L’email, c’est autre chose. C’est toi, dans la boîte de quelqu’un. C’est intime d’une façon que le feed Instagram ne peut pas reproduire. Et surtout – et c’est là que ça devient stratégique – tu le détiens. Demain Ulule change ses règles, Instagram coupe ta portée organique, tu as encore ta liste. Les réseaux sociaux t’appartiennent pas. Le list building, c’est la seule chose que personne ne peut te reprendre.
Inès a aussi préparé un kit de communication avant le lancement. Des visuels clés en main, des messages déjà rédigés avec les bons call-to-action, les bons liens. Envoyé à toute sa sphère proche – famille, amis, anciens collègues. Pas pour qu’ils achètent. Pour qu’ils relaient, sans effort.
Le résultat sur les 515 contributions : 60 personnes seulement venaient du cercle proche. Les 455 autres ? Des inconnus. C’est ça, l’effet du kit de communication bien fait – et du travail en amont sur la communauté. Tu toucheras des cercles que tu n’aurais jamais atteint en postant tout seul dans ton coin.
Sur la question de l’organisation pendant cette période intense, Estelle Ballot le dit très clairement : prévenir la famille, anticiper les repas, protéger son énergie. Une campagne de crowdfunding, c’est un sprint. Pas une semaine tranquille. Et tout repose souvent sur une équipe de deux. (Ce qui est rare dans le secteur, d’ailleurs – la plupart se lancent vraiment seuls.) Il faut lire ça dans la continuité de ce qu’on sait sur l’organisation du temps de travail quand on est entrepreneur : c’est une compétence à part entière, pas un détail logistique.
Ce que cette campagne de crowdfunding dit sur la façon de lancer n’importe quel produit
Il y a une phrase d’Estelle qui résume mieux que tout le reste ce que cet épisode enseigne vraiment :
« Construire une campagne de crowdfunding, c’est construire une campagne de lancement, si ce n’est qu’on le fait bien souvent avant même que le produit soit finalisé. »
Autrement dit : tout ce qu’Inès décrit – le travail sur le positionnement, la construction de communauté, l’email marketing, le kit de communication, l’approche des mentors – ce ne sont pas des techniques spécifiques au crowdfunding. Ce sont les bases d’un lancement solide, point.
La campagne de crowdfunding force juste à les appliquer dans un ordre et une temporalité contraints. Tu as un objectif chiffré, une date limite, et les premiers jours qui font tout. Ça ne laisse aucune place à l’approximation.
Ce qui me frappe – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai couvert mes premiers lancements – c’est que les projets qui plantent ne plantent presque jamais sur le produit. Ils plantent sur la préparation en amont. Sur la communauté inexistante le jour J. Sur le message pas encore clair. Sur le réseau épuisé dès les premières heures parce qu’il n’y a pas eu de travail préalable.
Cygnes évite tous ces pièges. Pas par hasard. Par méthode. Et un an après le lancement, les clients envoient encore spontanément des retours sur le site. C’est ça, une communauté qui tient – pas un pic de ventes qui retombe.
Pour ceux qui veulent aller plus loin sur la stratégie de pré-lancement et la construction d’audience avant d’ouvrir les ventes, il y a des compléments utiles. Et si tu te demandes à quel moment dans ton parcours lancer ce type de projet, ça rejoint aussi les questions plus larges sur le fait de passer du rêve à la réalité entrepreneuriale – avec tout ce que ça implique concrètement.
La deuxième partie de l’interview d’Inès Saadallah sort quelques jours après cet épisode. Il reste cinq étapes à couvrir. D’après Estelle Ballot, tout est aussi dense que ce qu’on vient de parcourir.
Ce sera probablement encore trop court.


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