publicité facebook pour médias

#4 – 8000 abonnés payants grâce à la publicité Facebook

Épisode diffusé le 20 février 2019 par J7 Académie

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La publicité facebook pour médias indépendants, c’est un sujet qui divise. Certains te diront que c’est trop cher, que ça ne convertit pas, que les abonnés gratuits ne deviennent jamais payants. Edmond Espanel, directeur général de Briefme, a prouvé le contraire – de manière assez radicale. En trois ans, il est passé de 1000 à plus de 8000 abonnés payants, en dépensant entre 5000 et 20 000 euros par mois sur Facebook. Sans avoir jamais ouvert un gestionnaire de publicité avant de rejoindre l’aventure.

Ce qui est intéressant ici, c’est pas le chiffre. C’est la méthode. Ou plutôt l’absence de méthode magique – et la présence d’une rigueur assez froide sur ce qui marche vraiment.

Briefme, c’est un quotidien d’information envoyé chaque soir à 18h30 par email, sans publicité, à des abonnés qui paient 6,90 € par mois ou 58,80 € par an. Un modèle fragile sur le papier. Un modèle qui tient, dans les faits, parce que l’acquisition a été construite brique par brique – pas balancée en masse avec un budget et de l’optimisme.

Joseph Dognon l’a reçu dans son podcast No Pay No Play, spécialisé Facebook Ads. Ce que j’ai retenu de cette conversation, c’est pas les tactiques – c’est la logique derrière. Le pourquoi avant le comment. Et quelques vérités qui font un peu mal si tu fais de la publicité Facebook depuis un moment.

D’abord le tunnel, ensuite la publicité facebook pour médias

Quand Edmond arrive chez Briefme en 2016, il y a 1000 abonnés. Arrivés principalement par crowdfunding et un peu d’organique. Il aurait pu ouvrir Facebook Ads Manager le jour même et balancer du budget. Il ne l’a pas fait.

La première chose qu’il regarde : le tunnel d’acquisition et de conversion. Qu’est-ce qui se passe entre le moment où quelqu’un découvre Briefme et le moment où il sort sa carte bleue ? Où est-ce que ça fuite ?

« Si le tunnel, il est pas bien fait, ça sert à rien de commencer à investir, c’est comme si on jette de l’argent par les fenêtres. »

Difficile de contredire ça. Et pourtant, c’est exactement ce que font 80 % des gens qui lancent des campagnes.

Concrètement, Briefme avait une période d’essai gratuite de 15 jours. Edmond la passe à 30 jours – parce que les tests montraient qu’un mois était l’optimum pour créer une habitude de lecture. Il serre les boulons sur le marketing automation derrière l’inscription. Il réduit la friction à chaque étape. Seulement après ça, il active les canaux payants.

C’est un réflexe marketing de base – mais en pratique, la plupart des gens le sautent. Ils veulent des résultats vite. Résultat : ils dépensent pour remplir un panier percé. (Et ils se demandent pourquoi leur coût d’acquisition est catastrophique.)

La landing page de Briefme, elle est restée stable parce qu’elle performait bien. Champ email très haut. Bouton d’essai gratuit visible. Éléments de réassurance : pas de carte bancaire, sans engagement. Le minimum de friction. C’est pas glamour. Ça marche.

30 centimes l’email : quand les chiffres ont dicté la stratégie

Septembre 2016. Briefme commence à vraiment pousser sur Facebook Ads. Les premiers résultats sont corrects – un coût d’acquisition autour de 1,10 € à 1,30 € par adresse email (quelqu’un qui s’inscrit à la période d’essai). Pas catastrophique, mais pas scalable non plus.

En quelques semaines, ils divisent ce coût par trois.

« Début 2016, on acquérait des adresses email aux alentours de 1,10 € 1,30 € et on a réussi à tomber à l’automne 2016 sur des acquisitions entre 30 centimes et 60 centimes. Ce qui était très bas et ce qui nous a permis de faire beaucoup de volume. »

30 centimes l’adresse email qualifiée. En 2016, c’était exceptionnel. Edmond le dit lui-même : aujourd’hui, c’est impossible – les CPM Facebook ont explosé. Mais la logique, elle, reste valable.

Ce qui a changé la donne ? Deux choses. D’abord, ils ont utilisé leur base existante – même petite – pour créer des audiences similaires (lookalike). Pas de la base abonnés au départ (trop petite), mais de la base des personnes ayant testé le produit. Ensuite, au fur et à mesure que la base grossissait, ils ont affiné : lookalike des abonnés, puis lookalike des abonnés avec le meilleur taux de fidélité et la plus forte valeur.

Et en parallèle des lookalike, des campagnes sur des centres d’intérêt : fans de médias (Le Monde, Le Nouvel Obs), consommateurs d’information en ligne, données sociodémographiques sur l’âge et le genre. Trois types de ciblage, testés simultanément, budget distribué selon les performances.

C’est là où la stratégie d’objectif de campagne change tout : Briefme optimise exclusivement sur la conversion – l’inscription à la période d’essai. Pas le trafic. Pas l’engagement. La conversion. Et ça force l’algorithme Facebook à travailler dans la bonne direction.

La créa qui marche depuis 3 ans – et pourquoi c’est contre-intuitif

Un personnage allongé dans un hamac. Il regarde son téléphone. Il a l’air zen. C’est ça, la publicité principale de Briefme. Elle tourne depuis 2016. Elle marche encore.

Franchement, c’est le genre de truc qui devrait avoir été tué par la fatigue publicitaire depuis longtemps. Mais non.

La raison ? L’image n’est pas le seul facteur. Ce qui travaille vraiment, c’est le texte autour – l’accroche, la promesse, la question posée. Et sur ce point, Edmond a eu une conclusion qui va à l’encontre de ce que Facebook recommande souvent :

« Tous les tests qu’on a menés sur la vidéo ne se sont pas avérés concluants alors que à écouter les recommandations Facebook, c’est vrai que la vidéo est un format qui est plus impactant aujourd’hui. Nous ça ne s’est jamais vérifié. »

Voilà. Les reps Facebook t’appellent pour te vendre la vidéo. Les données de Briefme disent le contraire. C’est pour ça qu’on teste plutôt qu’on écoute les recommandations du vendeur.

Sur les accroches, deux approches ont bien fonctionné. La première : une promesse générique autour du concept – « Briefme résume ce qui est important, explique ce qui compte, analyse l’actualité. » Courte, directe, pas de chichi. La deuxième – et c’est celle qui marche bien en ce moment selon Edmond – : s’accrocher à des faits d’actualité concrets. « Où en est le Brexit ? Comment comprendre les gilets jaunes ? Essayez Briefme gratuitement pendant 30 jours. »

Ce qu’ils ne font pas : parler du prix. Parler de l’équipe. Raconter leur histoire. Pourquoi ? Parce que les focus groups leur ont appris quelque chose d’important : si tu n’as pas vécu l’expérience Briefme, tu ne peux pas lui donner de la valeur. Donc l’objectif de la pub, c’est de faire rentrer dans l’essai gratuit – pas de convaincre d’acheter. La conviction, elle vient pendant le mois d’essai.

C’est une distinction qui change toute la logique créative. Et que la plupart des marques media ratent complètement – elles veulent tout dire dans la pub, et du coup elles ne disent rien.

Publicité facebook pour médias : le retargeting ne fait pas tout

Question logique : est-ce que Briefme fait du retargeting sur Facebook pour aller relancer les gens qui ont essayé sans convertir ? Réponse courte : presque pas. Et c’est assumé.

Le retargeting représente 1 à 2 % des investissements Facebook de Briefme. Résiduel. Et ça ne changera probablement pas, pour une raison simple : les volumes de trafic ne sont pas suffisants pour que ça soit vraiment intéressant à l’échelle.

Mais il y a quelque chose de plus intéressant là-dedans. Edmond a testé de relancer sur Facebook les anciens utilisateurs de la période d’essai – ceux qui n’avaient pas converti. Résultat : ça ne marche pas. Ou en tout cas, beaucoup moins bien que de leur envoyer un email directement.

« En fait ça marche pas. C’est beaucoup moins performant que de leur envoyer un email ou de leur dire je t’offre à nouveau Briefme pendant 15 jours ou pendant 1 mois pour redécouvrir le service. »

C’est un enseignement qui mérite d’être retenu. Pour certains types de produits – notamment les médias sur abonnement – l’email retargeting est plus efficace que le retargeting display ou social. L’email est personnel. Il permet de raconter une histoire dans le temps. Facebook, pour relancer quelqu’un qui te connaît déjà, c’est souvent moins adapté.

La vraie machine de conversion chez Briefme, c’est la séquence d’emailing pendant et après la période d’essai. Joseph Dognon le dit lui-même dans l’épisode : il est dans la séquence depuis des mois, il reçoit régulièrement des offres de réactivation, et c’est assez bien foutu pour qu’il hésite à s’abonner juste pour sortir de la séquence. (C’est le genre de compliment déguisé qu’on fait rarement à un marketeur.)

Tester sans jamais appeler ça une erreur

La question de Joseph en fin d’interview : est-ce qu’il y a des erreurs que tu as faites et que tu pourrais partager ? La réponse d’Edmond est la plus honnête de tout l’épisode.

« Je qualifierais pas ça d’erreurs. Je pense que l’avantage sur cette plateforme, c’est qu’on peut faire beaucoup de tests pour pas cher. Si un test, c’est une hypothèse en se disant tiens peut-être que ça pourrait marcher et qu’à la fin ça marche pas. Moi j’appelle pas ça une erreur. J’appelle juste ça faire bien son métier de marketeur. »

Dit comme ça, ça a l’air évident. Mais en pratique, combien de boîtes arrêtent de tester après deux campagnes qui n’ont pas marché ?

La vraie erreur selon Edmond – l’unique – c’est de persévérer dans ce qui ne marche pas. Continuer à dépenser sur des campagnes dont les coûts d’acquisition ne rentrent pas dans le business model. Ça, c’est une connerie. Tout le reste, c’est de la data.

Et la contrainte technique est réelle : pour que le pixel Facebook optimise correctement sur la conversion, il faut au moins 50 conversions par semaine et par ensemble de publicités. En dessous, l’algorithme ne peut pas apprendre. Ce qui veut dire qu’avec un budget limité, il faut concentrer les ensembles – pas les multiplier à l’infini. C’est une limite que beaucoup ignorent quand ils commencent à faire de la publicité facebook pour débutants.

Chaque mois, Briefme lance de nouvelles campagnes. Certaines durent trois ans (le hamac). D’autres durent trois jours. Pas parce qu’elles ont échoué – parce que les données ont parlé vite. Et quand les données parlent, on écoute.

Ce que ça coûte vraiment – et ce que ça rapporte

Entre 5 000 et 20 000 euros par mois. C’est la fourchette de budget Facebook Ads de Briefme au moment de l’interview. Large. Variable selon les périodes – rentrée, Noël, campagne présidentielle en 2017.

Le calcul derrière est simple mais impitoyable : coût d’acquisition d’un abonné, durée de vie moyenne d’un abonné, valeur générée. Si les coûts d’acquisition rentrent dans les cases, on pousse. Sinon, on coupe. Sans sentiment.

Ce qui a changé depuis 2016 – et Edmond insiste là-dessus – c’est que les CPM Facebook ont drastiquement augmenté. Les 30 centimes par email de 2016, c’est terminé. Le contexte concurrentiel n’est plus le même. Ce qui veut dire que la marge d’erreur est plus faible et que l’optimisation du tunnel est encore plus critique qu’avant.

Pour aller plus loin sur la question du scaling de campagnes Facebook Ads, les contraintes sont sensiblement les mêmes – à des budgets différents.

Et Edmond a appris tout ça seul. Pas de formation certifiante. Pas d’agence. Des ressources en ligne, des tutos, et – à partir d’un certain niveau de dépense – les appels des reps Facebook. Ce qu’il note sur ces appels : utiles pour les nouveautés produits et les questions de conformité données, moins pertinents sur les recommandations créatives (cf. la vidéo). Son vrai avantage, c’était son background marketing – savoir construire une stratégie, mesurer une performance, calculer une valeur client. Pas la connaissance technique de la plateforme. Ça s’apprend en quelques semaines. La rigueur analytique, ça prend plus de temps.

Ce que cette conversation illustre finalement – et c’est peut-être là où les idées reçues sur la publicité Facebook font le plus de dégâts – c’est que le succès en Facebook Ads pour un média indépendant ne dépend pas d’une technique secrète. Il dépend d’une logique business solide appliquée à la plateforme. Tunnel optimisé avant les dépenses. Objectif de conversion clair. Tests continus. Décisions basées sur les données.

Simple à énoncer. Moins simple à tenir dans la durée quand le budget brûle et que les résultats ne viennent pas immédiatement.

Questions fréquentes

Comment utiliser la publicité facebook pour médias indépendants ? +
La publicité facebook pour médias indépendants fonctionne mieux quand l'objectif est l'inscription à une période d'essai gratuite - pas la vente directe. L'idée : faire entrer les gens dans l'expérience produit, pas les convaincre d'acheter dans la pub. Briefme a construit toute sa stratégie là-dessus : pub simple, message court centré sur la promesse, et une séquence d'emails derrière pour convertir vers l'abonnement payant.
Quel budget Facebook Ads pour un média sur abonnement ? +
Ça dépend entièrement du coût d'acquisition acceptable au regard de la valeur vie client. Briefme dépensait quelques milliers d'euros par mois au départ, puis entre 5000 et 20 000 euros par mois selon les périodes. La règle : ne jamais dépenser avant d'avoir optimisé le tunnel de conversion. Et s'assurer que chaque ensemble de publicités génère au moins 50 conversions par semaine pour que l'algorithme puisse optimiser.
Les lookalike audiences sont-elles efficaces pour acquérir des abonnés payants ? +
Oui, à condition d'avoir une base de départ de qualité et d'une taille suffisante. Briefme a commencé par des lookalike de la base des personnes en période d'essai (plus large), avant de créer des lookalike des abonnés payants, puis des abonnés à fort taux de fidélité. Plus la source est qualifiée, plus la lookalike est pertinente.
Le retargeting Facebook est-il utile pour convertir des abonnés d'un média ? +
Pas vraiment, selon l'expérience de Briefme. Le retargeting représentait moins de 2 % de leurs investissements Facebook. Pour relancer des utilisateurs de la période d'essai non convertis, l'email s'est montré bien plus efficace que la publicité Facebook - plus personnel, plus narratif, et moins coûteux sur ces audiences limitées en volume.
Faut-il faire de la vidéo dans ses pubs Facebook pour un média ? +
Pas nécessairement. Briefme a testé tous les formats vidéo sur plusieurs années - aucun n'a battu leur visuel statique simple (un personnage dans un hamac avec une accroche). Les recommandations de Facebook sur la vidéo ne se sont jamais vérifiées dans leur contexte. La conclusion : tester avant de suivre les recommandations de la plateforme.
Comment calculer le coût d'acquisition acceptable pour une newsletter payante ? +
La formule de base : valeur vie client (durée d'abonnement moyenne x prix mensuel) multipliée par la marge que tu peux allouer à l'acquisition. Si un abonné reste en moyenne 18 mois à 6,90 € par mois, la valeur vie est d'environ 124 €. Le coût d'acquisition acceptable dépend ensuite de ton objectif de rentabilité et de ta trésorerie disponible pour financer la croissance.

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