passer de freelance à agence

[BONUS] Passer de freelance à agence (et formateur) : Mon passage sur le podcast Café Business

Épisode diffusé le 20 juin 2022 par Danilo Duchesnes

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Passer de freelance à agence, c’est le genre de trajectoire qu’on raconte souvent comme un plan bien ficelé. On se spécialise, on recrute, on scale. La réalité de Danilo Duchesnes, fondateur de DHS Digital, c’est un peu plus chaotique que ça – et franchement, c’est ce qui rend son témoignage utile. En moins de trois ans, il est passé de consultant Facebook Ads solitaire, installé chez sa mère à Mons, à une agence de neuf personnes basée à Bruxelles. Sans investisseurs. Sans plan sur cinq ans écrit dans un beau tableur.

Ce qui m’a scotché dans cette interview – diffusée sur le podcast Café Business animé par Mathieu Verne, consultant SEO – c’est la densité des apprentissages. Pas des frameworks théoriques. Des trucs concrets : le comptable qui coûte 10 000 euros d’impôts, la solitude qui plante une activité pourtant rentable, le premier recrutement qui change tout. Et une question au fond de chaque réponse : est-ce que la liberté qu’on cherche est vraiment celle qu’on pensait vouloir ?

Quand la liberté du freelance rend malheureux

24 ans. Aucun revenu. Encore chez ses parents. C’est le point de départ de Danilo fin 2017 quand il se lance officiellement en tant que freelance. Les premières motivations sont simples, presque banales : gagner sa vie, travailler depuis chez soi, être libre. Six mois plus tard, il génère entre 4 000 et 5 000 euros par mois. Objectif atteint.

Et pourtant.

« J’avais fait mon premier mois à 10 000 €, je trouvais ça incroyable de gagner 10 000 € sur un mois même si derrière il y avait des impôts et des charges. Mais j’étais de moins en moins heureux. »

Dit comme ça, ça semble absurde. Mais c’est exactement ce que personne ne dit sur le freelancing : atteindre ses objectifs financiers ne suffit pas si le cadre de vie autour ne suit pas.

Le problème de Danilo à cette époque, c’est pas l’argent. C’est l’environnement. Travailler depuis sa chambre, dans une petite ville où tout le monde se connaît, avec une liberté que personne autour de lui ne partage – ça crée une forme d’isolement bizarre. Il est libre l’après-midi, mais ses amis sont au bureau. Il gagne bien sa vie, mais la vie n’a pas changé d’allure.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais aimé lire à l’époque où je couvrais les premiers témoignages de freelances – c’est que la liberté géographique est une condition nécessaire mais pas suffisante. Elle révèle ce qu’on veut vraiment. Et parfois ce qu’elle révèle, c’est qu’on voulait autre chose depuis le début.

Bruxelles, le co-working, et le début de passer de freelance à agence

Trois villes sur sa liste : Paris, Nice, Madrid. Paris, trop chère. Madrid, trop loin logistiquement. Nice, trop grand saut pour quelqu’un qui n’a jamais quitté le foyer familial avec une boîte en construction.

Il choisit Bruxelles. À une heure de chez ses parents. Assez loin pour changer d’air, assez proche pour rentrer si ça plante. C’est une décision pragmatique, presque timide – et c’est exactement pour ça qu’elle fonctionne.

« J’étais allé à Bruxelles en partie pour travailler dans un co-working. Pour avoir des bureaux et ne plus travailler de ma chambre ou de la salle à manger. »

Les premiers mois sont difficiles quand même. Seul dans un studio de 30 m2, moins à l’aise socialement qu’il ne le pensait (il dit lui-même qu’il avait moins pratiqué les relations sociales pendant sa période freelance solo), intimidé par la moyenne d’âge plus élevée du co-working. Le changement d’environnement ne rend pas heureux du jour au lendemain.

Mais quelque chose se passe. L’activité commence à grimper. Les rencontres s’accumulent. Et surtout – c’est là où ça devient intéressant pour ceux qui veulent passer de consultant à agence – Danilo commence à visualiser ce que ça pourrait donner de ne plus être seul à porter les projets.

Il y a un truc que les success stories de freelances ne racontent pas assez : la limite du modèle solo n’est pas que financière. C’est une limite mentale. Quand tu es le seul à tout savoir, à tout gérer, à tout décider – tu deviens le goulot d’étranglement de ta propre croissance. Et à un moment, c’est épuisant.

Les 3 vraies raisons de créer DHS Digital

Danilo en identifie plusieurs dans l’interview. Je les reformule ici parce que la façon dont il les exprime est plus honnête que la plupart des bilans qu’on lit sur LinkedIn.

La première raison : se détacher de son propre nom. Tant qu’il est « Danilo, consultant Facebook Ads », il ne peut pas aller ailleurs. Le projet, c’est lui. La marque DHS Digital, c’est une entité qui peut exister sans lui – ou du moins, qui peut grandir dans des directions qu’il n’anticipe pas encore.

« Qui nous dit que dans 15 ans, on sera toujours une agence digitale ? Ce sera peut-être autre chose, on fera peut-être plein d’autres choses. Et c’est ça qui m’excite, c’est le futur, c’est l’inconnu. »

Voilà. C’est ça, l’entrepreneuriat comme moteur – pas la liberté, pas l’argent, mais l’inconnu comme carburant.

La deuxième raison : la fiscalité. En Belgique, une personne physique qui génère 55 000 euros brut peut se retrouver avec 10 000 euros d’impôts, hors cotisations sociales. Danilo l’a découvert la dure façon – son comptable ne lui avait pas expliqué qu’il pouvait créer une société sans se verser de salaire, ce qui aurait réduit drastiquement sa base imposable. (Ce qui est rare comme conseil proactif, apparemment.) Créer l’agence, c’est aussi créer la structure juridique qui va avec.

La troisième raison : la solitude et les limites opérationnelles. Il ne peut pas prendre plus de clients parce qu’il gère tout de A à Z. Déléguer le graphisme et le montage vidéo est un premier pas, mais ça ne résout pas le fond du problème. Il a besoin d’une équipe – pas pour la gloire, pour tenir le rythme.

Ces trois raisons ensemble, c’est exactement ce qui distingue quelqu’un qui crée une agence digitale avec une vraie logique de quelqu’un qui « se structure » parce que c’est le truc à faire après deux ans de freelance. L’une est une décision stratégique. L’autre est une case à cocher.

Recruter sans exploser : un recrutement tous les 3 mois

De zéro à neuf collaborateurs en deux ans et demi. Le chiffre impressionne, mais le rythme est ce qui compte vraiment.

Un recrutement tous les trois mois en moyenne. Sauf une fois, où il en a pris deux en même temps. Et encore : il précise lui-même qu’il faut compter son cousin, qu’il y a deux autres arrivées prévues, et que des stagiaires vont venir. La frontière entre « 9 » et « 13 » est floue – c’est assez représentatif de comment une agence en croissance rapide fonctionne vraiment.

Ce que Danilo apprend sur le terrain du management (et il dit clairement qu’il a des échecs à raconter), c’est que recruter une équipe, c’est aussi recruter des compétences qu’on n’a pas soi-même. Le pôle créa en est le meilleur exemple : il sait ce qu’est une bonne vidéo de pub, mais il ne sait pas techniquement la produire. Il a donc dû recruter des gens capables de faire ça – et leur expliquer le métier de la pub Facebook en même temps. Ce qui est, clairement, un double défi.

Sur la gestion de cette croissance, j’avais trouvé une réflexion similaire dans l’épisode sur grandir vs grossir de DHS Digital – la distinction entre croître en volume et croître en rentabilité est souvent ce qui fait la différence entre une agence qui tient et une qui s’emballe.

Le management, Danilo le présente comme son vrai chantier. Pas la technique, pas le business dev. Le fait de former des gens, de les garder, de créer une culture dans une structure qui n’avait pas de culture il y a 30 mois. C’est là que les leçons les plus dures se trouvent, et il ne les détaille pas toutes dans cette interview – mais il les reconnaît, ce qui est déjà plus honnête que beaucoup de fondateurs d’agences qu’on voit passer sur les réseaux.

L’argent motive moins qu’on croit – et c’est un problème pour le marketing

Ce point, je veux y revenir parce qu’il est contre-intuitif et qu’il a des implications concrètes.

Danilo dit quelque chose de précis dans l’interview : il gagne plus qu’il y a un an, mais il n’est pas plus heureux pour autant. La courbe de revenus et la courbe de satisfaction se sont désolidarisées. Et du coup, il ne peut plus utiliser l’argent comme motivation principale – ni pour lui-même, ni probablement pour son équipe.

« Je vois ça comme un marathon. Il faut pas que ça soit quelque chose qui draine mon énergie toujours un peu plus, que chaque mois je sois un peu plus fatigué. Je me rends compte qu’aujourd’hui, je suis tout autant motivé qu’il y a 4 ou 5 ans. »

C’est exactement le problème avec les frameworks de motivation qu’on enseigne en management : ils supposent que l’argent est un levier universel et stable. Ce n’est pas le cas passé un certain seuil.

Pour quelqu’un qui veut passer de freelance à agence, c’est une information critique. Parce que la croissance d’une agence implique de maintenir sa propre motivation pendant des mois où les résultats ne sont pas linéaires – les activités sont saisonnières, juillet-août c’est creux, les premiers collaborateurs génèrent des coûts avant de générer de la valeur. Si ta seule motivation, c’est voir les chiffres monter, tu vas décrocher au premier creux.

Ce que Danilo a trouvé à la place : le plaisir de créer, de recruter de nouvelles compétences, de construire quelque chose dont il ne connaît pas encore la forme finale. C’est plus flou que « je veux faire X euros de CA ». Mais c’est plus solide sur la durée. Sur la question de comment maintenir cette énergie au quotidien, les clés pour rester concentré et produire plus apportent quelques pistes pratiques qui complètent bien ce point de vue.

Ce que ce parcours dit sur la spécialisation en 2022

Danilo se spécialise en Facebook Ads début 2018. À l’époque, il dit qu’il y a « 15 mecs qui disaient ça en France ». Quatre ans plus tard, c’est une norme. Tout le monde se spécialise. Tout le monde a un créneau.

Le marché a rattrapé l’avantage concurrentiel que la spécialisation donnait. Ce qui veut dire que pour quelqu’un qui veut passer de freelance à agence aujourd’hui, la spécialisation n’est plus un différenciateur – c’est juste le ticket d’entrée. Ce qui différencie, c’est la qualité d’exécution, la réputation construite dans le temps, et – comme DHS Digital l’a fait – l’intégration verticale : gérer les campagnes ET la créa, ce que beaucoup d’agences sous-traitent ou séparent.

Le truc intéressant dans le modèle de Danilo, c’est qu’il n’a pas cherché à se diversifier trop tôt. Facebook et Instagram Ads, point. Pas de SEO, pas d’email, pas de paid search. La tentation d’élargir l’offre pour rassurer les clients ou justifier une hausse de tarif est forte – mais elle dilue l’expertise et complique le recrutement. Rester étroit et devenir très bon dedans, c’est un choix stratégique que peu de fondateurs d’agences ont la discipline de tenir.

Et là où la formation entre dans l’équation – parce que Danilo est aussi formateur, notamment sur la publicité Facebook – c’est intéressant de voir comment les deux modèles se nourrissent. La formation crédibilise l’agence. L’agence alimente la formation avec des cas réels. C’est un flywheel classique, mais il faut quand même avoir la bande passante pour les mener de front. Sur ce que ça implique concrètement de renouveler une formation en ligne tout en gérant une agence en croissance, Danilo en parle dans d’autres épisodes – et c’est une autre paire de manches.

Ce qui m’interroge en écoutant tout ça : est-ce que ce modèle – agence spécialisée + formation + pôle créa intégré – est reproductible sans le blog et la communauté que Danilo a construits en amont ? Parce que c’est peut-être là que se trouve le vrai avantage concurrentiel. Pas la spécialisation. L’audience.

Questions fréquentes

Comment passer de freelance à agence sans prendre de risque financier ? +
Il n'y a pas de passage sans risque, mais il y a un passage calibré. Danilo Duchesnes a procédé à un recrutement tous les trois mois environ, ce qui lui a permis d'absorber les coûts progressivement sans mettre en danger la trésorerie. La clé : ne recruter que quand la charge de travail existante justifie clairement un nouveau poste, pas en anticipation de clients hypothétiques.
Quand est-ce qu'on sait qu'il faut arrêter d'être freelance et créer une agence ? +
Trois signaux concrets ressortent du témoignage de Danilo : vous refusez régulièrement des clients faute de temps, vous portez seul toutes les décisions opérationnelles depuis plus d'un an, et vous sentez que votre nom est devenu un plafond plutôt qu'un levier. Si les trois sont présents en même temps, la question n'est plus si - c'est quand.
Passer de freelance à agence implique-t-il forcément de créer une société ? +
Pas nécessairement au sens légal du terme, mais en pratique oui. En Belgique notamment, rester en personne physique au-delà d'un certain niveau de revenus entraîne une pression fiscale importante. Danilo a payé 10 000 euros d'impôts sur sa première année parce que son comptable ne l'avait pas orienté vers la création d'une société dès le départ. La structure juridique n'est pas un détail - elle conditionne votre rentabilité réelle.
Comment trouver ses premiers collaborateurs quand on crée une agence Facebook Ads ? +
Danilo a d'abord sous-traité les tâches périphériques - graphisme, montage vidéo - avant de recruter des profils intégrés. Le pôle créa a été le plus complexe à construire parce que c'est une expertise à part entière. Il a dû recruter des personnes capables de créer des visuels et vidéos de pub, et leur expliquer en parallèle la logique des campagnes. Ce double apprentissage prend du temps.
La spécialisation en Facebook Ads est-elle encore un avantage en 2022 ? +
Danilo le reconnaît lui-même : en 2018, être spécialisé Facebook Ads en France, c'était rare. Aujourd'hui, c'est la norme. La spécialisation reste nécessaire, mais elle n'est plus suffisante pour se différencier. Ce qui compte maintenant, c'est la profondeur de l'expertise, la réputation construite dans la durée, et la capacité à intégrer des services complémentaires comme la production créative.
Est-ce que passer de freelance à agence rend vraiment plus heureux ? +
Pas automatiquement. Danilo est honnête là-dessus : les premières semaines à Bruxelles ont été difficiles, la solitude n'a pas disparu immédiatement, et plus de revenus ne signifie pas plus de satisfaction. Ce qui change, c'est le cadre : moins de solitude opérationnelle, plus de stimulation, et la possibilité de construire quelque chose qui dépasse sa propre capacité d'exécution. Mais si on espère que l'agence va résoudre un mal-être de fond, elle ne le fera pas.

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