travailler avec une agence créa

3 choses à maîtriser pour travailler avec une agence créa – Episode 36

Épisode diffusé le 25 juin 2020 par Estelle Ballot

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Travailler avec une agence créa, c’est une décision qui peut propulser une marque – ou la plomber durablement. Estelle Ballot le sait mieux que quiconque : elle a passé plus de 15 ans des deux côtés du décor, d’abord responsable marketing dans une multinationale à briefer des agences sur des campagnes 4×3 et spots télé, puis intégrée dans l’un des plus grands groupes d’agences de pub au monde, table de ping-pong collée au bureau incluse. Et ce qu’elle a observé est assez brutal : les campagnes médiocres ne venaient presque jamais d’un manque de talent côté créatifs. Elles venaient d’un annonceur qui ne maîtrisait pas trois choses précises.

Trois choses que personne n’enseigne en école de commerce. Trois choses qu’on apprend à ses dépens, en général trop tard.

Pourquoi choisir la bonne agence n’est pas une question de budget

Le réflexe naturel quand on cherche une agence : regarder le palmarès et regarder le prix. C’est humain. On veut le meilleur rapport qualité-prix, et si on a un budget conséquent, l’idée de bosser avec l’agence qui a signé la dernière campagne Volvic ou géré la com digitale d’Uber est franchement séduisante.

Sauf que la réputation d’une agence n’est pas uniformément distribuée entre tous ses clients. Loin de là.

Le truc c’est que les grosses agences – celles qui brillent à Cannes, qui montent sur le tapis rouge pour chercher leurs Lions (l’équivalent des Césars pour la pub) – ont une obsession : les campagnes à gros budget qui leur donnent une chance de gagner ces trophées. Et ces campagnes-là, elles les font pour leurs comptes clés. Leurs gros clients. Ceux qui assurent la pérennité financière de l’agence et lui donnent les moyens de créer quelque chose de vraiment ambitieux.

Si vous n’êtes pas dans cette catégorie, voilà ce qui risque de se passer concrètement. En cas de surcharge, c’est le junior qui bosse sur votre projet. Ou un freelance – probablement très compétent, d’ailleurs – mais qui ne fait pas vraiment partie de l’équipe au quotidien. Et avec qui, comme le dit Estelle, vous auriez pu travailler en direct pour beaucoup moins cher.

La question c’est est-ce que vous êtes un gros, un moyen ou un petit client pour cette agence. Ça ne veut pas nécessairement dire qu’il ne faut pas travailler avec une agence parce que vous faites partie de ses petits clients. Ça veut seulement dire qu’en cas de coup dur ou de surchauffe, ben vous n’aurez peut-être pas le même traitement que les gros clients.

C’est exactement le problème. Et c’est un problème que peu d’annonceurs anticipent.

Mais l’inverse est aussi un piège – et celui-là est encore moins évident. En France, il existe une règle de droit du travail qui dit qu’un annonceur ne peut pas dépasser 80% du chiffre d’affaires d’un fournisseur sans créer une dépendance juridique très difficile à défaire. En clair : si vous pesez trop lourd dans la structure de votre agence et que vous décidez d’arrêter de lui confier des budgets, vous risquez de vous retrouver coincé – ou de mettre cette agence en faillite le mois suivant, ce qui n’est pas non plus une position confortable.

Beaucoup de professionnels ignorent cette règle. Même dans des boîtes qui ont des équipes juridiques solides.

Il y a une exception notable à tout ça. Les associations humanitaires – celles qui portent une injustice sociale, une cause émotionnellement forte – ont intérêt à frapper à la porte des plus grosses agences, même avec un budget quasi nul. Pourquoi ? Parce que ces agences acceptent parfois de travailler pro bono, c’est-à-dire gratuitement. Pour redorer leur image, pour montrer qu’elles ne sont pas que des outils de capitalisme à l’extrême. Et ces campagnes-là donnent souvent des résultats formidables – parce que ce sont des sujets éminemment émotionnels, et c’est exactement là que ces agences sont les meilleures.

Pour les autres – activité classique, beau budget, pas de vélléités cannaises – Estelle recommande clairement de travailler avec plusieurs agences de taille plus modeste, chacune spécialisée sur un support ou un marché précis. Vous êtes plus gros client pour elles, vous passez en priorité dans les moments difficiles. Et vous évitez le risque de dépendance réciproque.

La spécialité de l’agence compte aussi. Une agence qui excelle sur la vidéo ne produira pas forcément un packaging brillant. Ça paraît évident dit comme ça – mais dans la pratique, beaucoup d’annonceurs choisissent une agence sur sa réputation générale sans se demander si elle est vraiment taillée pour leur brief spécifique. Si vous travaillez sur votre identité visuelle, par exemple, la spécialisation de l’agence fait toute la différence.

La stratégie de marque, c’est à vous – point

Ici, Estelle est catégorique. Et franchement, elle a raison.

Une agence peut vous aider à visualiser les tendances, vous conseiller sur les meilleurs médias pour atteindre votre cible, vous présenter le marché sous un angle que vous n’aviez pas vu. C’est son boulot et elle le fait bien. Mais la stratégie de marque – où vous voulez emmener votre marque, comment vous voulez la positionner, ce que vous voulez qu’elle représente dans 5 ans – ça, ça doit rester chez vous.

Si vous perdez la main sur la stratégie, si ce ne sont plus vos analyses, vos décisions, et ben vous perdez la main sur ce qui est votre marque. La stratégie, c’est pas quelque chose qu’on décrète en quelques minutes en analysant des tableaux de résultats. Une stratégie de marque, c’est une fine connaissance de votre audience, de la concurrence, des tendances, de votre positionnement, de votre histoire.

Voilà. Et le problème, c’est que ça ne se passe pas brutalement. C’est progressif. Vous déléguez un peu de stratégie parce que vous manquez de temps. L’agence prend l’habitude de proposer des orientations. Vous validez, parce que c’est plus simple. Et au bout de deux ans, c’est l’agence qui connaît votre marque – pas vous.

Ce qu’on ne dit pas assez sur ce sujet (et c’est souvent là que ça coince) : quand l’agence sait que vous ne pouvez plus partir, elle le sait. Pas nécessairement de façon consciente ou malveillante – les créatifs sont des passionnés, dans l’ensemble. Mais quand la pression de perdre un client disparaît, l’énergie qu’on y met change. C’est humain. Pas glorieux, mais humain.

Le nombre d’entreprises – y compris de grandes entreprises – qui confient leur stratégie de marque à une agence est vraiment étonnant, selon Estelle. Et pour avoir couvert ce secteur depuis 2009, c’est un constat que je partage. J’ai vu des marques se retrouver incapables de changer d’agence parce que cette agence détenait l’ADN créatif complet de la marque. C’est une forme de prise d’otage douce. Personne ne la voit venir.

La règle, c’est simple : vous donnez la trajectoire, l’agence s’occupe de la mise en image. Pas l’inverse. Jamais l’inverse. Si vous réfléchissez à un repositionnement ou un rebranding, c’est encore plus vrai – c’est exactement le moment où la tentation de tout déléguer est la plus forte, et le moment où c’est le plus dangereux.

Le brief : l’endroit où travailler avec une agence créa se joue vraiment

C’est là que ça devient concret. Et c’est là, aussi, que la plupart des annonceurs ratent.

Estelle est directe là-dessus. Quand elle a commencé à travailler en agence – donc côté réception des briefs – elle a été frappée par la qualité catastrophique de la plupart d’entre eux. Pas par méchanceté ou incompétence des équipes marketing. Plutôt parce que ces équipes ont déjà dépensé toute leur énergie à convaincre leur direction d’allouer un budget. Une fois la ligne budgétaire obtenue, l’impression que le plus dur est fait s’installe. On donne le go à l’agence. On dit ce qu’on veut – une campagne efficace, clairement – et on attend.

Par pitié, vraiment, ne me dites pas « Bah, c’est simple Estelle, ce que je veux, c’est une campagne efficace ». On se doute bien que vous ne voulez pas d’une campagne nulle. Et pour créer une bonne campagne, une campagne qui corresponde à votre marque et à votre cible, et bien va falloir que vous travaillez.

Dit comme ça, ça a l’air simple.

Mais un brief, c’est pas une liste de souhaits. C’est un document de travail qui donne à l’agence toutes les clés dont elle a besoin pour créer quelque chose qui corresponde vraiment à votre marque, votre audience, vos contraintes. Ce que vous connaisssez et que l’agence ne peut pas inventer. Votre historique de marque. Vos échecs passés. Ce qui résonne vraiment chez votre cible. Les lignes rouges à ne pas franchir.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à couvrir ce secteur – c’est qu’un mauvais brief ne produit pas une mauvaise campagne par hasard. Il la produit systématiquement. C’est mécanique. L’agence ne peut pas compenser ce qu’elle n’a pas reçu. Elle va extrapoler, interpréter, faire des choix créatifs dans le vide. Et le résultat sera peut-être beau – mais pas forcément le vôtre.

La construction d’un brief efficace, c’est un sujet en soi. Estelle y consacre d’ailleurs un épisode entier dans la suite de ce podcast – et c’est mérité. Parce que savoir faire un bon brief, ça ne s’improvise pas. Ça demande de se poser sur son projet, de se mettre à la place de l’agence, de lister tout ce qu’on sait et tout ce qu’on suppose. Si vous travaillez aussi sur la création de contenu en parallèle, la logique est la même : créer du contenu de qualité commence toujours par un cadrage précis, pas par l’exécution.

Ce que les campagnes ratées ont en commun

Quasi systématiquement, les créas décevantes suivaient le même schéma. Pas un manque de talent. Pas un problème de budget. Trois lacunes précises côté annonceur.

Mauvais choix d’agence – une structure trop grande pour un budget trop modeste, ou une agence mal alignée sur le secteur ou le support du brief. Perte de contrôle sur la stratégie – l’agence avait pris la main petit à petit, jusqu’à ce que personne chez l’annonceur ne soit vraiment capable de dire pourquoi tel choix créatif était juste ou faux. Et brief insuffisant – des informations manquantes sur la cible, le contexte concurrentiel, les contraintes réelles du projet.

Ces trois lacunes ne se manifestent pas toujours ensemble. Parfois c’est une seule qui plante tout. Mais quand les deux ou trois sont là simultanément, le résultat est prévisible avant même que l’agence commence à travailler.

Et ce qui est frappant – Estelle l’a observé sur des dizaines de projets – c’est que les annonceurs qui produisent les meilleures campagnes ne sont pas forcément ceux qui ont les plus gros budgets. Ce sont ceux qui maîtrisent ces trois éléments. Ceux qui savent exactement ce qu’ils veulent, pourquoi ils le veulent, et comment le communiquer à une équipe créative pour qu’elle puisse en faire quelque chose.

C’est aussi pour ça que travailler avec une agence créa ne ressemble en rien à acheter une prestation de service classique. C’est un partenariat. L’agence rentre dans votre entreprise, au sens quasi littéral – elle touche à ce qui fait votre marque, à ce qui vous différencie. Vous allez partager des choses assez intimes sur votre positionnement, vos ambitions, vos fragilités. Le feeling compte autant que le portfolio. Et si vous n’arrivez pas à vous dire franchement quand vous n’êtes pas d’accord, ça ne fonctionnera pas – indépendamment du talent de l’équipe créative.

Travailler avec une agence créa : ce que ça change vraiment pour une marque

Quand tout se passe bien – bonne agence, bonne taille, stratégie gardée en interne, brief solide – le résultat est d’une autre nature que ce qu’on peut produire en interne ou en bricolant. Pas juste esthétiquement. Stratégiquement.

Une agence créa qui vous comprend vraiment peut vous faire voir votre propre marque différemment. Elle a l’oeil extérieur que vous n’avez plus – parce que vous êtes dedans depuis trop longtemps. Elle capte des signaux sur votre audience que vous avez arrêté de voir. Et elle traduit tout ça en quelque chose de sensoriel, d’émotionnel – parce que c’est ça, le langage de la création. Pas les tableaux de résultats. Pas les KPIs. L’émotion.

Mais cette valeur-là ne se déclenche que si vous faites votre partie du travail. L’agence n’est pas là pour penser à votre place. Elle est là pour mettre en image ce que vous avez pensé. Ce n’est pas la même chose du tout.

La question que je me pose souvent en observant des collaborations annonceur-agence : est-ce que l’annonceur sait vraiment ce qu’il veut – ou est-ce qu’il espère que l’agence va le lui révéler ? Parce que dans le deuxième cas, le résultat sera aléatoire au mieux. Si vous pensez à développer votre image de marque en parallèle sur les réseaux, il vaut mieux avoir ces fondamentaux clairs avant de se lancer, que ce soit pour votre présence sur LinkedIn ou pour tout autre canal de communication.

Et pour le brief en détail – vraiment en détail, avec les questions à se poser avant même d’ouvrir un document – Estelle a prévu un épisode complet là-dessus. Ce sera probablement l’une des choses les plus concrètes que vous puissiez faire pour améliorer vos prochaines collaborations créatives. En attendant, si vous travaillez aussi sur la manière dont vous définissez votre client idéal, c’est un bon point de départ pour construire un brief qui tienne la route.

Questions fréquentes

Comment choisir une agence créa quand on a un budget limité ? +
Si votre budget est modeste, travailler directement avec un freelance ou une petite agence spécialisée est souvent plus efficace qu'aller frapper à la porte d'une grande structure. Dans une petite agence, vous serez probablement considéré comme un client important - ce qui se traduit concrètement par plus d'attention et de priorité dans le planning. Évitez en revanche de représenter plus de 80% du chiffre d'affaires de votre agence : vous risquez de vous retrouver dans une dépendance juridique difficile à défaire.
Qu'est-ce qu'un brief créatif et pourquoi est-ce si important ? +
Un brief créatif est le document que vous remettez à votre agence pour lui expliquer ce qu'elle doit créer. Il contient toutes les informations dont elle a besoin : votre marque, votre audience, vos objectifs, vos contraintes, le contexte concurrentiel. Sans brief solide, l'agence improvise - et le résultat sera rarement celui que vous attendiez.
Peut-on confier la stratégie de marque à une agence créa ? +
C'est une erreur fréquente - et souvent très coûteuse. Si vous laissez votre agence définir la stratégie de votre marque, vous perdez progressivement la connaissance intime de ce que vous voulez faire et où vous allez. Et vous devenez dépendant de cette agence pour votre propre futur. La stratégie doit rester chez vous. L'agence conseille, propose des orientations créatives - mais la vision finale vous appartient.
Travailler avec une agence créa, c'est adapté à quelle taille d'entreprise ? +
À partir du moment où vous avez un budget à consacrer à votre communication et que vous voulez sortir du lot, une agence créa a du sens. La taille de l'agence doit correspondre à votre taille en tant que client : vous devez être ni trop petit (risque de ne pas être prioritaire) ni trop grand (risque de dépendance juridique).
Comment les associations peuvent-elles travailler avec une agence créa sans budget ? +
Les grandes agences de publicité acceptent parfois de travailler pro bono - c'est-à-dire gratuitement - pour des associations à vocation humanitaire ou sociale. C'est une façon pour elles d'améliorer leur image et de s'éloigner de la réputation d'outil purement commercial. Et ces campagnes donnent souvent d'excellents résultats, parce que les causes émotionnelles sont exactement le terrain où ces agences excellent.
Combien de temps faut-il pour construire un bon brief créatif ? +
Plus que vous ne le pensez. Un brief efficace demande de se poser vraiment sur son projet - pas juste de remplir un template. Il faut se mettre à la place de l'agence, lister ce qu'elle doit savoir sur votre marque, votre audience, vos contraintes. C'est un travail de fond qui peut prendre plusieurs heures, mais qui détermine en grande partie la qualité de ce que l'agence va produire.

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