principe d'appréciation

Influence #4 : Comment se faire aimer

Épisode diffusé le 29 décembre 2015 par Marketing Mania

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Le principe d’appréciation est sans doute le levier de persuasion le plus sous-estimé du web. Pas parce qu’il est compliqué. Parce qu’il demande ce que la plupart des entrepreneurs refusent de faire : montrer leur visage. Leur vraie personnalité. Leurs défauts. Dans un épisode de Marketing Mania, Stanislas Leloup – psychologue du comportement appliqué au marketing, s’il fallait lui coller une étiquette – démonte le mécanisme avec une précision chirurgicale. Et ce qu’il dit devrait faire mal à pas mal de sites vitrine bien lisses.

L’idée de départ est simple. Les humains créent des connexions émotionnelles avec d’autres humains. Pas avec des logos. Pas avec des entreprises. Pas avec des interfaces. Alors comment faire en sorte qu’un site, une marque, un produit déclenche ce même réflexe d’affection ? C’est exactement la question que traite cet épisode, le quatrième d’une série basée sur Influence et manipulation de Robert Cialdini.

Et la réponse, elle tient en un mot : humanisation. Mais entre dire ça et savoir quoi faire concrètement lundi matin, il y a un gouffre. Alors on va le combler.

Ce que le principe d’appréciation change vraiment à ta conversion

Le principe d’appréciation repose sur un constat que tout le monde connaît et que personne n’applique vraiment : on achète à ceux qu’on aime. Pas seulement à ceux qu’on respecte, qu’on trouve compétents ou dont l’offre est la meilleure. À ceux qu’on apprécie.

Cialdini, avant d’être une référence en marketing, est psychologue. Ce qui change tout à la façon dont il approche ces mécanismes. Il ne parle pas de tactiques. Il parle de câblage neurologique humain. Et le câblage dit : faveur pour faveur, sympathie pour sympathie.

Le vrai problème sur le web, c’est que la plupart des sites ont été conçus pour paraître professionnels. Corporate. Impersonnels. Comme si ajouter une photo de l’équipe en tenue décontractée suffisait à créer du lien. Ce n’est pas ça. Le principe d’appréciation demande bien plus – et bien autre chose.

Stanislas Leloup le formule comme ça dans l’épisode :

« Professionnel n’est pas particulièrement un levier de persuasion. En revanche, le fait d’être appréciable est un grand avantage. »

Voilà. Le mot est lâché. Et ça remet en question des années de conseils sur l’image de marque.

Steve Jobs, Xavier Niel, Ronald McDonald : l’humanisation à l’échelle

Avant de parler de votre page À propos ou de votre bio LinkedIn, un détour par les grands.

Apple. Pendant deux décennies, Apple c’était Steve Jobs. Pas Tim Cook, pas Jony Ive, pas une direction collégiale. Un homme, une silhouette en col roulé noir, une façon de parler des produits comme s’ils allaient changer votre vie. Sa mort a d’ailleurs posé une vraie question de marque que la boîte n’a toujours pas complètement résolue.

En France, l’exemple de Xavier Niel et Free est encore plus parlant. Leloup le raconte bien : quand Free a débarqué dans la téléphonie mobile, la narration médiatique a fonctionné parce qu’il y avait un visage d’un côté – Niel, disrupteur, franc-tireur – et des institutions nébuleuses de l’autre – Orange, SFR, des logos sans âme. David contre Goliath. Sauf que David avait un visage et Goliath non.

« Vous aviez Free qui avait un visage reconnaissable qui était opposé à des entreprises qui étaient assez nébuleuses… comme elles sont impersonnelles, elles apparaissent oppressives. »

C’est exactement le problème. L’impersonnalité ne rassure pas. Elle inquiète.

Et quand même une vraie personne n’est pas disponible ? Tu crées une mascotte. Ronald McDonald, c’est ça. Mickey Mouse, c’est ça. Meet Edgar – un logiciel de gestion de réseaux sociaux dont la mascotte est une pieuvre prénommée Edgar – c’est ça aussi. La fondatrice de Meet Edgar a confié à Leloup que ses clients étaient attachés à son logiciel. Pas contents. Attachés. C’est une différence de 3 000 euros de LTV, ce genre de nuance.

Ce mécansime d’humanisation par mascotte ou fondateur visible n’est pas réservé aux grandes marques. C’est même, clairement, plus facile à déployer quand on est petit. Mais encore faut-il avoir le réflexe de le faire. Et créer du contenu qui convertit naturellement commence souvent par là : montrer qui vous êtes avant de montrer ce que vous vendez.

Les 5 leviers du principe d’appréciation – et lequel vous négligez le plus

Cialdini identifie cinq vecteurs. Pas quatre, pas six. Cinq. Et ils ne se valent pas tous selon la taille de votre structure.

1. L’attrait physique. Oui, ça existe. Non, ce n’est pas agréable à entendre. Les études sont là : un vendeur attirant vend plus, un candidat attirant est mieux payé, un accusé attirant est moins condamné. Les sociétés pharmaceutiques américaines recrutent quasi exclusivement des représentantes physiquement séduisantes pour visiter les médecins. Des médecins. Intelligents. Formés. Et pourtant. Sur votre site, la traduction concrète : si vous mettez des photos, faites attention à leur qualité et à l’attractivité des personnes représentées. Ce n’est pas une question de superficialité. C’est de la psychologie appliquée.

2. La similarité. C’est là où ça devient vraiment intéressant. Une étude citée par Leloup demandait à des participants de négocier par email sans se connaître. Taux d’échec : un tiers. Les chercheurs ont ajouté une seule variable : un échange de quelques détails personnels en début de négociation. Le taux d’échec est tombé à 6%. Six. Pour quelques lignes d’email. Voilà ce que vaut la similarité perçue – et ça devrait vous donner envie de revoir votre page À propos ce soir.

3. Les compliments. Donner à votre client l’impression qu’il a fait le choix intelligent. Pas de la flatterie cheap. Une validation a posteriori de sa décision. C’est subtil mais ça joue un rôle réel dans la fidélisation.

4. La coopération. Ne pas être le conseiller objectif derrière son mur de professionnalisme. Partager la lutte du prospect. Ses objectifs. Ses frustrations. Devenir presque un collaborateur plutôt qu’un prestataire.

5. L’association. On y reviendra. C’est probablement le plus puissant des cinq pour ceux qui partent de zéro.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce qu’on m’a dit mais que j’ai mis dix ans à vraiment intégrer – c’est que la similarité et la coopération sont les deux leviers les plus accessibles pour une petite structure. L’attrait physique, c’est compliqué à fabriquer. Les compliments, c’est une virgule dans une séquence email. Mais se montrer semblable à son audience, ça se travaille dès la prochaine ligne qu’on écrit.

Avouer ses faiblesses : le principe d’appréciation appliqué à l’écriture

Dans toutes les formations de développement personnel ou de séduction que Leloup a analysées, il repère un pattern constant. La promesse de vente ne commence pas par un bilan de compétences. Elle commence par un aveu.

« Un lecteur qui cherche à changer sa vie, à surmonter un problème, ne peut pas s’identifier avec vous si vous apparaissez parfait, si vous apparaissez comme si vous n’aviez aucun problème. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais allez donc regarder les pages À propos de dix sites dans votre secteur. Vous allez trouver des années d’expérience, des certifications, des logos clients. Zéro faille. Zéro moment de doute. Et donc zéro connexion émotionnelle possible.

Leloup prend son propre exemple : le break de plusieurs semaines dans la publication du podcast, pas planifié, juste une accumulation de projets qui a fini par noyer les priorités. Il l’avoue. Et cet aveu, me semble-t-il, vaut dix épisodes parfaitement réguliers en termes de lien avec l’audience.

Superman sans kryptonite est ennuyeux. Le personnage sans défaut ne génère aucune empathie. C’est une règle d’écriture fiction que les copywriters ont mis du temps à transposer – mais qui fonctionne exactement pareil dans l’écriture persuasive et dans la construction d’une voix de marque.

Franchement, la plupart des gens passent à côté de ça parce qu’ils confondent vulnérabilité et incompétence. Ce n’est pas la même chose. Avouer qu’on jongle trop de projets, c’est humain. Avouer qu’on ne sait pas faire de la compta, c’est autre chose. La nuance est fine mais elle compte.

L’association : le principe d’appréciation sans budget influenceurs

Tupperware. Avant internet, avant les réseaux sociaux, avant les codes promo. Des femmes au foyer dans des banlieues américaines qui organisaient des soirées chez elles pour présenter des boîtes plastiques à leurs amies. Marketing viral version 1950. Et ça marchait – pas juste parce que la force de vente était décentralisée, mais parce que la recommandation venait de quelqu’un qu’on appréciait déjà.

Airbnb a repris exactement ce mécanisme en version numérique. Quand vous recommandez Airbnb à un ami, il ne reçoit pas un email froid de la marque. Il reçoit un message de votre part, avec votre photo, votre prénom. La confiance que votre ami a en vous se transfère instantanément à Airbnb. C’est du principe d’appréciation industrialisé.

Pour ceux qui n’ont pas le budget de Tsungaa pour Kinder Bueno ni d’Aston Martin pour James Bond, il existe deux voies praticables. D’abord, le marketing d’influence au sens premier : s’associer avec quelqu’un qui a déjà la confiance de votre marché cible. Pas forcément un macro-influenceur. Un blogueur spécialisé, un expert reconnu dans votre niche. Un article invité bien placé transfère par association une partie de la crédibilité du site hôte vers votre marque.

Ensuite, les guests dans votre propre contenu. Quand Leloup invite quelqu’un sur son podcast, cette personne partage l’épisode à son audience. Cette audience apprécie l’invité. Et par transitivité, Stanislas Leloup devient quelqu’un de recommandable aux yeux de gens qui ne le connaissaient pas encore. C’est du principe de réciprocité et du principe d’appréciation qui jouent en même temps – deux mécanismes de Cialdini pour le prix d’un.

Et ce n’est pas anodin de le noter : ces six principes ne fonctionnent jamais vraiment isolément. La preuve sociale renforce l’appréciation. La rareté amplifie la valeur perçue d’une relation qu’on a réussi à construire. Mais le principe d’appréciation reste la fondation – parce qu’on n’achète pas à quelqu’un qu’on n’apprécie pas, même sous pression de rareté.

Où injecter le principe d’appréciation sur votre site – concrètement

Cinq endroits. Pas dix. Cinq, parce que Leloup est pragmatique et que noyer les gens sous les recommandations, c’est la meilleure façon qu’ils n’en appliquent aucune.

La page À propos, d’abord. C’est l’opportunité la plus gâchée du web. Les gens qui cliquent dessus veulent savoir à qui ils ont affaire. Pas lire un historique d’entreprise en mode Wikipedia. L’exemple de Pet Relocation, ce service de transport d’animaux qui présente chaque employé avec son propre animal de compagnie, résume tout : une photo qui crée un point commun immédiat avec chaque prospect (qui, par définition, a un animal). Un point commun, c’est le déclencheur minimal du principe d’appréciation. Deux pierres, un coup.

Ensuite, le mythe fondateur. L’histoire de pourquoi vous faites ce que vous faites. Pas la timeline des levées de fonds. L’histoire humaine. Pourquoi cette idée, pourquoi ce moment, pourquoi pas autre chose. C’est là que les gens décident si vous leur ressemblez ou pas.

La bio en fin d’article, aussi. Ce petit bloc avec votre photo et deux lignes sur vous. La plupart des gens y mettent leurs certifications. Certains y injectent de la personnalité – Jean-François, expert Pinterest, qui tricote et court des marathons. Ce n’est pas idiot. Mais Leloup prévient : ne perdez pas de vue votre proposition de valeur dans le jeu du « moi aussi je suis humain ».

Le support client, que personne ne cite jamais dans ces listes. Un support froid et formaté détruit en une interaction ce que dix articles de blog ont construit. Un support humain, avec un vrai prénom, une vraie phrase personnalisée, rachète même une erreur. Leloup le dit directement :

« Si vous pouvez me donner un sens que votre support est réalisé non pas par des robots… je vous permettrai beaucoup plus d’erreurs parce que j’aurai l’impression d’avoir une interaction avec une autre personne. »

C’est une réalité que les équipes CRM connaissent mais que les équipes produit oublient systématiquement au moment de rédiger les templates de réponse automatique.

Et enfin, le contenu lui-même. Pas besoin de raconter sa vie. Juste infuser, par-ci par-là, des détails personnels. Un exemple tiré de votre propre expérience plutôt qu’un exemple générique. Une référence culturelle qui vous ressemble. Gary Vaynerchuk parle des New York Jets dans des vidéos sur le marketing. Les Jets n’ont rien à voir avec Instagram. Mais cette obsession de football américain vous dit quelque chose sur l’homme – et cet homme devient plus réel, plus appréciable.

Le principe d’appréciation ne se décrète pas. Il s’accumule, sur des mois, dans chaque interaction, chaque ligne, chaque photo. C’est long. Et ça ne se mesure pas facilement dans un dashboard. Ce qui explique sans doute pourquoi tant de gens préfèrent travailler sur des leviers de conversion plus directs – A/B test de bouton, urgence artificielle, séquences d’emails calibrées. Ces tactiques fonctionnent. Mais elles fonctionnent mieux quand la fondation d’appréciation est là. Sans elle, vous optimisez sur du sable.

La vraie limite de tout ça ? Le principe d’appréciation demande une cohérence dans le temps que peu d’entreprises maintiennent. Une page À propos humanisée mise à jour une fois en 2019, un support chaleureux qui devient froid dès que l’équipe grossit, un fondateur visible qui disparaît des réseaux dès que la boîte lève des fonds. L’appréciation se construit lentement et se détruit vite. C’est peut-être ça, la vraie difficulté – pas de savoir quoi faire, mais de continuer à le faire quand ça prend de l’ampleur.

Mais bon. Commencer par revoir sa page À propos ce soir, c’est déjà quelque chose.

Questions fréquentes

C'est quoi le principe d'appréciation en marketing ? +
Le principe d'appréciation est l'un des six mécanismes d'influence identifiés par le psychologue Robert Cialdini dans son livre Influence et manipulation. Il repose sur un constat simple : on est plus enclin à acheter, à faire confiance, à dire oui à quelqu'un qu'on apprécie. En marketing, cela signifie qu'une marque ou un site qui génère de la sympathie convertit mieux - même si son offre n'est pas objectivement supérieure à la concurrence. Ce principe s'active via cinq leviers : l'attrait physique, la similarité, les compliments, la coopération et l'association.
Comment humaniser sa marque sur son site internet ? +
Plusieurs approches concrètes : mettre un visage reconnaissable (fondateur, mascotte, porte-parole), écrire une page À propos qui raconte une vraie histoire et pas juste un CV, partager des détails personnels qui créent des points communs avec l'audience, et humaniser le support client. L'idée centrale est d'arrêter de chercher à paraître professionnel à tout prix - le côté corporate crée de la distance émotionnelle, pas de la confiance.
Le principe d'appréciation fonctionne-t-il vraiment pour augmenter les conversions ? +
Une étude citée par Cialdini est éclairante : lors de négociations par email entre inconnus, le taux d'échec était de 33%. En ajoutant simplement un échange de détails personnels en début de conversation, ce taux est tombé à 6%. C'est un effet massif pour une intervention minimale. Sur un site, les mécanismes sont similaires : une marque perçue comme sympathique et similaire à son audience convertit structurellement mieux qu'une marque impersonnelle.
Quelle est la différence entre le principe d'appréciation et la preuve sociale ? +
La preuve sociale joue sur le comportement des autres - si beaucoup de gens font quelque chose, je vais avoir tendance à le faire aussi. Le principe d'appréciation joue sur le lien émotionnel direct entre moi et une marque ou une personne. Les deux se renforcent mutuellement mais ne sont pas interchangeables.
Comment utiliser le principe d'appréciation dans ses emails marketing ? +
En injectant des détails personnels dès les premiers emails d'une séquence - pas pour raconter sa vie, mais pour créer des points de similarité avec l'abonné. Partager une passion, avouer une faiblesse, mentionner un contexte personnel. Le marketing viral type Airbnb (recommandation personnalisée avec photo et prénom) exploite aussi ce principe : la confiance envers l'émetteur se transfère à la marque.
Le principe d'appréciation peut-il s'appliquer à une petite entreprise sans budget com ? +
C'est même là où il est le plus facile à déployer. Une grande marque doit payer Tsungaa ou financer un placement produit dans James Bond. Une petite structure a juste à montrer son fondateur, raconter son histoire, répondre aux emails avec une vraie voix humaine. Les leviers de similarité et de coopération - les plus puissants pour créer un lien durable - ne coûtent rien d'autre que de la cohérence dans le temps.

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