communication dans les relations

87. Améliorer tes relations amicales, amoureuses et tes recrutements grâce au pouvoir des mots.

Épisode diffusé le 23 septembre 2025 par Aurélie Gauthey

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La communication dans les relations – qu’elles soient pro, amicales ou amoureuses – repose sur un piège que presque tout le monde tombe dedans sans le voir : on croit comprendre ce que l’autre dit. On note. On passe à autre chose. Et on plante tout, quelques semaines plus tard, sans comprendre pourquoi. Aurélie Gauthey, entrepreneuse et fondatrice du projet Née pour impacter, a mis le doigt sur quelque chose de précis dans un épisode de son podcast : le problème, c’est pas l’absence de communication. C’est qu’on interprète les mots de l’autre avec son propre filtre, son éducation, ses valeurs – et on n’imagine même pas une seconde que l’autre voulait dire autre chose.

Elle gère une équipe de dix personnes. Elle a fait beaucoup de recrutements. Et elle a compris – pas dans un livre, dans le terrain – que deux personnes peuvent utiliser le même mot en ayant en tête des réalités totalement différentes.

Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est que ça touche absolument tout. Le recrutement, oui. Mais aussi les relations amicales, les conflits de couple, les malentendus qui durent des années. Et personne n’en parle sérieusement dans les contenus business francophones – on reste souvent à la surface de ‘bien communiquer’.

Ce que ‘être considérée’ veut vraiment dire – et ce n’est pas ce que tu crois

Pendant un entretien de recrutement pour un poste en communication, Aurélie pose une question qu’elle utilise souvent :

Qu’est-ce qui ferait que tu te sentirais extrêmement heureuse dans le meilleur job du monde dans l’entreprise Née pour impacter ? Qu’est-ce qui est important et essentiel pour toi ?

La candidate répond : ‘Moi, mon importance, c’est de me sentir considérée.’ Et là, la plupart des managers hochent la tête, notent ‘considération’, et continuent. Aurélie, elle, creuse.

Résultat ? Une personne de son équipe – Maurine – lui explique que ‘être considérée’, concrètement, c’est qu’on n’oublie pas son anniversaire. Une carte postale à Noël. Un message personnel. Une autre candidate, même mot, définition radicalement différente :

Moi être considérée, c’est me faire totalement confiance et pas venir contrôler tous les quatre matins. Moi être considérée, c’est me demander comment s’est passé la rentrée de mes enfants.

Deux visions du monde dans un seul mot de cinq lettres. (Et c’est là que la communication dans les relations prend tout son sens – pas dans les grands discours, dans ces micro-décalages invisibles.)

Ce qui m’agace, c’est qu’on forme les managers à poser des questions ouvertes en entretien, mais rarement à aller chercher ce qu’il y a derrière les réponses. On s’arrête à la première couche. On pense avoir compris. On n’a rien compris.

Le test WhatsApp qu’Aurélie suggère – et qui va te surprendre

Sa méthode est simple. Brutalement simple.

Elle propose : envoie un WhatsApp à deux amies et demande-leur ce que représente pour elles ‘être considérée’. Ou n’importe quel mot abstrait – ‘communiquer’, ‘confiance’, ‘respect’. Attends leurs réponses. Compare.

Tu vas probablement recevoir trois définitions différentes. Peut-être quatre. La communication dans les relations, c’est pas une question de vocabulaire partagé – c’est une question de représentations mentales qui ne se voient pas à l’œil nu.

Ce qu’elle dit là, les linguistes l’appellent depuis des décennies la polysémie des mots – un mot, plusieurs sens selon le locuteur. Mais dans le monde du management et des relations humaines, on fait comme si ça n’existait pas. On suppose que les mots sont des contenants universels. Ils ne le sont pas.

Et quand on oublie ça dans un recrutement, on se retrouve avec une collaboratrice frustrée au bout de trois mois – parce que la ‘considération’ qu’on lui offrait n’était pas la sienne. Personne n’a menti. Tout le monde a interprété. s’éparpiller en business, c’est aussi ça : mal aligner les attentes dès le début et passer des mois à corriger.

Communication dans les relations amicales : l’histoire des anniversaires qui fâchent

L’anecdote qu’elle raconte sur son amie Aurélie – elle a trois meilleures amies qui s’appellent toutes Aurélie, ce qui rend ses conversations ‘un peu folkloriques’ selon ses propres mots – est probablement celle qui va te rester en tête.

L’anniversaire du fils. Les cadeaux, la fête, l’énergie investie. Et quatre amies qui annulent le jour J. L’une avait son enfant malade toute la nuit – OK, excuse recevable. Les autres ? Rage. ‘À partir d’aujourd’hui, moi c’est fini. Elles organisent pas d’événement pour leur enfant donc je vois pas pourquoi moi je le ferai.’

Aurélie Gauthey lui pose alors la vraie question :

Est-ce que tu as déjà discuté avec tes amis de ce qui était leur important à elle ? Peut-être que juste leur important à elle, c’est d’envoyer un message de bon anniversaire. Peut-être que juste leur important à elle, c’est d’envoyer un cadeau mais pas de venir parce qu’ils habitent trop loin.

Là, franchement, c’est le genre de réflexion qui coupe court à des années de rancœur inutile. L’amie avait projeté ses propres codes sur les autres. Pour elle, l’amitié se mesure à la présence physique lors des célébrations. Pour ses amies, peut-être pas du tout.

Le truc c’est que personne n’a eu cette conversation. Et donc personne ne savait. Et du coup la déception était garantie dès le départ – pas à cause d’un manque d’amour, mais à cause d’une absence de clarification.

C’est exactement le même mécanisme qu’en recrutement. créer de l’impact en délégant suppose d’abord qu’on comprenne ce que ‘déléguer’ veut dire pour chaque membre de l’équipe – et c’est rarement identique d’une personne à l’autre.

Comment la communication dans les relations amoureuses tombe dans ce même piège

‘J’ai besoin d’un homme qui communique.’ Combien de fois cette phrase a-t-elle été prononcée dans un premier rendez-vous ? Des milliers. Des millions peut-être.

Le problème – enfin, le vrai problème – c’est que ‘communiquer’ recouvre des réalités qui n’ont rien à voir. Aurélie l’illustre avec une franchise désarmante :

Un homme va dire ‘communiquer, c’est partager ma journée : j’ai mangé trois tomates, il faisait beau’. Un autre va dire ‘communiquer, c’est débattre des grandes questions de la vie’. Un troisième va confondre communication et commérage – et là, Aurélie se reprend elle-même en direct : ‘Oh, c’est pas souvent les hommes, c’est plus les femmes. C’est pas bien ce que je viens de dire. Bon bref.’

Ce moment d’auto-correction en podcast, c’est justement ce qui rend le propos crédible. Elle ne délivre pas une théorie propre et lissée – elle pense à voix haute, elle se rattrape, elle continue. Et le fond reste solide.

Si tu rencontres quelqu’un qui ‘communique bien’ et que tu ne lui demandes jamais ce que ça veut dire pour lui, tu vas passer les six premiers mois à te projeter dans une version de la relation qui n’existe que dans ta tête. La communication dans les relations amoureuses ne commence pas quand vous avez votre première dispute. Elle commence à cette question-là, au début.

Et dans un contexte business, c’est pareil. Quand tu perds des ventes sans comprendre pourquoi, c’est souvent parce que ce que tu appelles ‘résultats’ ou ‘accompagnement’ ne correspond pas à la définition qu’en a ta cliente.

La question à poser dans un conflit – et que personne ne pose

Dans un désaccord, le réflexe naturel c’est de défendre sa version. Normal. Humain. Contre-productif.

Ce qu’Aurélie propose à la place est simple à formuler, difficile à faire sur le moment : revenir sur le mot ou la phrase qui a mis le feu. Pas pour reprocher, mais pour comprendre.

‘Écoute, j’ai vraiment besoin de revenir sur ce qui s’est passé ce matin. Quand tu m’as dit que j’étais XYZ, qu’est-ce que tu voulais vraiment dire ?’

Et là il réexplique. Et là tu donnes ton prisme : ‘OK mais est-ce que ça veut dire que… ?’ Il va te dire non. Probablement. Parce que ce que tu avais compris n’était pas ce qu’il avait voulu dire.

La communication dans les relations conflictuelles, c’est pas une question de qui a raison. C’est une question de vérifier si vous parliez bien de la même chose. La plupart du temps, vous ne parliez pas de la même chose.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – c’est que les conflits ne naissent pas tous d’une mauvaise intention. Beaucoup naissent d’une mauvaise synchronisation sémantique. Et ça, c’est réparable dès qu’on s’en rend compte.

Mais attention : cette approche a ses limites. Si ton interlocuteur utilise délibérément des mots flous pour éviter de s’engager, creuser ne te donnera pas de clarté – ça te donnera juste plus de flou habillé différemment. La méthode fonctionne dans des relations où la bonne foi est présente des deux côtés. (Ce qui est souvent le cas en recrutement et dans l’amitié, moins systématiquement dans les conflits avancés.)

Ce que ça change concrètement dans le management d’une équipe

Dix personnes. Autant de définitions potentielles pour chaque valeur ou attente qu’on peut formuler dans une entreprise.

Quand on parle de ‘confiance’, d »autonomie’, de ‘reconnaissance’ – trois mots qu’on entend dans absolument tous les entretiens RH – on croit qu’on partage un référentiel commun. On ne partage rien du tout. On partage juste un son.

La démarche d’Aurélie Gauthey, c’est de ne pas interpréter. Jamais. Pas avec son prisme, pas avec son vécu, pas avec sa définition personnelle du mot. Demander. Creuser. Donner des exemples concrets. ‘Qu’est-ce que tu entends derrière ce mot ? Donne-moi un exemple de ce qui pour toi est ça, et un exemple de ce qui pour toi ne l’est pas.’

Ce niveau de détail change tout dans l’onboarding. Il change tout dans la gestion des conflits. Et il change tout dans la fidélisation – parce qu’une collaboratrice qui se sent réellement considérée selon ses propres codes va rester. Pas celle à qui on offre une considération standardisée.

La solidité d’un business qui dure passe aussi par là : des fondations relationnelles qui reposent sur une compréhension réelle, pas sur des mots qu’on croit avoir compris.

Et si tu gères une équipe tout en portant ta propre charge mentale d’entrepreneur, la charge mentale qui sature l’intuition peut t’empêcher de faire ce travail de clarification – parce que tu vas vite, tu survoles, tu notes le mot sans creuser. C’est là que les malentendus s’accumulent.

La communication dans les relations, en fin de compte, c’est moins une compétence oratoire qu’un réflexe d’investigation. Tu entends un mot important. Tu t’arrêtes. Tu demandes. Tu n’imagines pas que tu sais. La question ‘qu’est-ce que tu entends derrière ça ?’ est peut-être la plus sous-utilisée de tout le management moderne.

Questions fréquentes

Comment améliorer la communication dans les relations professionnelles ? +
Le premier réflexe, c'est d'arrêter d'interpréter les mots des autres avec son propre filtre. Quand un collaborateur dit qu'il a besoin de 'confiance' ou de 'considération', il faut creuser : demander des exemples concrets de ce que ce mot représente pour lui, et des contre-exemples. Deux personnes peuvent utiliser le même mot avec des attentes radicalement différentes.
Pourquoi la communication dans les relations amoureuses échoue souvent ? +
Souvent parce qu'on projette sa propre définition des mots sur l'autre. 'Communiquer', 'respect', 'espace' - ces termes ne recouvrent pas la même réalité pour tout le monde. Sans vérifier ce que l'autre entend derrière ces mots, on construit une relation sur un malentendu de fond.
Comment gérer un conflit grâce aux mots ? +
Aurélie Gauthey propose de revenir sur le mot ou la phrase déclencheur, pas pour reprocher mais pour comprendre : 'Quand tu m'as dit ça, qu'est-ce que tu voulais vraiment dire ?' Puis donner son propre prisme et vérifier si les deux versions se rejoignent. La plupart des conflits naissent d'une divergence sémantique, pas d'une mauvaise intention.
Comment poser de bonnes questions en recrutement sur les valeurs d'un candidat ? +
Ne pas s'arrêter à la première réponse. Si un candidat dit 'être considéré est important pour moi', creuser : 'Qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour toi ? Donne-moi un exemple de moment où tu t'es senti considéré, et un où tu ne l'as pas été.' Les exemples concrets révèlent les vrais besoins que les mots abstraits masquent.
Quel est le lien entre le pouvoir des mots et les relations saines ? +
Des relations saines reposent sur une compréhension réelle, pas sur une compréhension supposée. Le pouvoir des mots, c'est précisément leur ambiguïté : ils donnent l'illusion d'un accord quand il n'y en a pas. Demander systématiquement 'qu'est-ce que tu entends derrière ce mot ?' est une des pratiques les plus concrètes pour éviter les malentendus durables.
Est-ce que cette méthode fonctionne dans tous les types de relations ? +
Elle fonctionne particulièrement bien quand les deux parties sont de bonne foi. En recrutement, en management, en amitié - oui. Dans des conflits avancés où l'une des parties utilise des mots flous délibérément pour éviter de s'engager, creuser ne donnera pas forcément de clarté. La méthode suppose un minimum de sincérité de part et d'autre.

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