Le social selling b2b, c’est un terme qu’on entend partout depuis 2015, et pourtant la plupart des commerciaux le font complètement de travers. Bruno Fridlansky – expert reconnu du sujet, auteur d’un livre sur LinkedIn à sa 3ème édition et ancien de l’email marketing en agence – a posé un truc sur la table dans le podcast Bannouze qui mérite qu’on s’y attarde vraiment. Son point de départ : le commercial arrive quand 70 % du trajet d’achat est déjà fait. Les conversations ont eu lieu sans lui. Les comparatifs ont été faits sans lui. L’acheteur a déjà une opinion avant même le premier rendez-vous.
Et si la solution n’était pas un meilleur pitch, mais une présence éditoriale continue ? Pas des posts LinkedIn formatés pour l’algorithme. Une vraie stratégie de confiance, canal par canal, conversation par conversation.
Pourquoi le social selling b2b commence bien avant l’appel de prospection
Voilà le truc qui m’a frappé dans les propos de Fridlansky : il ne parle pas de techniques. Il parle d’un état d’esprit. La définition qu’il donne du social selling b2b tient en une phrase – s’intéresser à son interlocuteur, entrer en conversation, l’aider à mieux faire son job.
Ce n’est pas une tactique. C’est un repositionnement complet du rôle du commercial.
L’email, les réseaux sociaux, c’est des points de contact avec mes clients. C’est des points de conversation, le maître mot pour moi, c’est des conversations et c’est d’être utile à notre interlocuteur.
Dit comme ça, ça semble évident. Mais la réalité du terrain, c’est que 90 % des commerciaux en B2B utilisent LinkedIn comme un annuaire amélioré et l’email comme un canal de relance. Pas comme un espace de création de valeur.
Fridlansky parle d’un acheteur imaginaire qui reçoit un appel de prospection sur un outil CRM. Réflexe immédiat : il va vérifier le profil LinkedIn du commercial avant le rendez-vous. Et là, deux scénarios. Soit le profil est vide, générique, rempli de jargon corporate. Soit il y a une vraie ligne éditoriale – des réflexions sur les enjeux CRM pour les PME, des cas concrets, des questions ouvertes. Le deuxième commercial part avec 3 longueurs d’avance. Sans avoir rien vendu encore. C’est ça, le social selling b2b dans sa version la plus honnête.
Pour aller plus loin sur la stratégie LinkedIn côté génération de business, la méthode en 5 étapes pour générer des clients en B2B sur LinkedIn est un bon point de départ.
La newsletter du commercial : l’idée que personne n’applique vraiment
Là, Fridlansky sort un truc contre-intuitif. Il ne parle pas de la newsletter marketing classique – celle que le pôle com’ envoie à toute la base, segmentée, A/B testée, validée par trois niveaux hiérarchiques. Il parle d’une newsletter personnelle, par commercial, envoyée à 5 ou 10 personnes.
Cinq personnes. Pas cinq mille.
Le volume, c’est pas important. C’est le fait d’utiliser cette veille, d’être en conversation et d’avoir sa propre newsletter d’information, de décryptage, de conseils pour être positionné comme un expert du sujet dans lequel il est en train de se vendre.
Franchement, la plupart des équipes commerciales passeraient à côté de ça. On est dans une culture du volume : plus de leads, plus de touchpoints, plus d’automatisation. L’idée d’envoyer un email à 5 clients soigneusement choisis, avec du contenu personnalisé et un vrai décryptage, ça ressemble à de la perte de temps. C’est exactement l’inverse.
Le process qu’il décrit est simple. D’abord, centraliser sa veille (il cite Social Dynamite, un outil qui agrège les sources et crée un flux lisible). Ensuite, sélectionner les contenus pertinents. Enfin, créer la newsletter avec un outil drag-and-drop – il utilise Get Response – en ajoutant un titre, un argumentaire personnel, un décryptage. Et l’envoyer à une liste ultra-ciblée.
La partie décryptage, c’est la clé. Ce n’est pas un simple lien vers un article. C’est la valeur ajoutée du commercial : pourquoi cet article-là, pourquoi maintenant, qu’est-ce que ça change pour toi spécifiquement. C’est là que le social selling b2b bascule de la diffusion à la conversation.
L’email contre l’algorithme : un avantage structurel que tout le monde sous-estime
Ce que Fridlansky dit sur l’email m’a rappelé une conversation que j’avais eue avec un directeur marketing d’une scale-up SaaS il y a deux ans. Il investissait massivement sur LinkedIn Ads, frustré par la portée organique en chute libre. La solution évidente était sous son nez – l’email.
Fridlansky le formule clairement :
L’email, c’est le seul support qui est pas filtré par un algorithme. Les réseaux sociaux filtrent les contenus par un algorithme. Donc tout le monde voit pas tous les contenus. L’email, j’ai la capacité de savoir si mon interlocuteur l’a lu ou pas, d’avoir des réponses, d’avoir une conversation one to one.
Voilà. C’est le truc structural que les équipes marketing oublient quand elles courent après le reach LinkedIn. Un post, même très bon, est vu par une fraction de tes contacts. Un email arrive dans la boîte. Si tu as fait correctement le travail de pertinence, il est lu.
Et les chiffres de Fridlansky sur ses propres newsletters sont assez éloquents : entre 30 et 60 % de taux d’ouverture (sur de petites bases, certes, mais c’est exactement le point). Pour replacer ça dans un contexte : un taux d’ouverture moyen en B2B tourne autour de 20-25 % pour des newsletters marketing classiques. Il est à 30-60 % parce que ses contacts le connaissent, lui font confiance, attendent ses envois.
Le social selling b2b ne se mesure pas en impressions ou en clics. Il se mesure en conversations déclenchées. Et l’email est le canal le plus direct pour ça – à condition de ne pas le transformer en canal de broadcast.
Tutoyer 1000 personnes une par une : la mécanique du lien humain à l’échelle
Un des détails les plus frappants dans ce que raconte Fridlansky, c’est sa décision de tutoyer tous ses abonnés LinkedIn. Pas comme un artifice de proximité forcée. Comme un parti pris éditorial assumé, qu’il explique à chaque nouvel inscrit.
Il leur envoie un message de bienvenue qui dit explicitement : je te tutoie, c’est mon choix. Et dans chaque newsletter, il écrit ‘tu’, pas ‘vous’. Même avec 1000 personnes sur la liste.
Je fais très attention à ne pas parler vous comme si je parlais à l’ensemble de ma communauté mais à l’interlocuteur. Et donc j’ai des très bons taux de retour et j’essaie d’inciter à la conversation. Je leur dis que le meilleure façon de faire, c’est de me répondre.
Ce qui est rare dans le secteur – vraiment rare – c’est cette cohérence entre le discours sur la relation humaine et l’exécution réelle. Beaucoup parlent de personnalisation, peu changent un seul mot dans leur template.
Et le résultat concret ? Des clients qui s’excusent de ne pas avoir répondu plus vite à sa newsletter. Des gens qui remercient pour des infos sur des concurrents. Des échanges qui ressemblent à des conversations de veille entre pairs, pas à des interactions marque-prospect.
C’est exactement ce que décrivent les meilleurs profils de content managers B2B – écrire pour une personne, pas pour une audience. La stratégie de contenu orientée communauté suit la même logique, même si le contexte y est plutôt B2C.
Quand l’algorithme prend le dessus – et pourquoi le social selling b2b doit s’en affranchir
Revenons sur ce point des algorithmes, parce que c’est là que la réflexion de Fridlansky prend toute sa dimension stratégique. Les plateformes – LinkedIn en tête – décident de qui voit quoi. Et cette décision repose sur des critères d’engagement, de fraîcheur, de format. Pas sur la pertinence pour un commercial particulier face à un prospect particulier.
Du coup, deux commerciaux qui publient exactement le même contenu de qualité n’auront pas le même reach. L’un touche 3 % de ses contacts. L’autre, 12 %. La différence tient à l’heure de publication, aux premières interactions, à l’historique d’engagement du compte. Ce n’est pas une méritocratie éditoriale. C’est un jeu de casino avec de bonnes règles de base.
L’email, lui, ne joue pas à ce jeu. Il arrive ou il arrive pas (et là, c’est une question de délivrabilité, pas d’algorithme). Si la relation de confiance est là, il est ouvert. Si le contenu est pertinent, il déclenche une réponse.
Ce qui m’agace dans le débat LinkedIn vs email, c’est qu’on le traite comme un choix binaire. Fridlansky ne dit pas ‘abandonnez LinkedIn’. Il dit : utilisez LinkedIn pour exister, pour créer de la visibilité, pour bâtir votre ligne éditoriale professionnelle. Et utilisez l’email pour approfondir, pour personnaliser, pour déclencher la conversation réelle. Les deux canaux ne font pas le même boulot dans le social selling b2b.
Pour creuser la mécanique du contenu qui génère des leads, la stratégie de déclinaison de contenu pour multiplier les leads est une lecture complémentaire utile.
Ce que les outils CRM ne font pas encore – et ce que ça coûte aux commerciaux
Fridlansky soulève un angle mort assez révélateur : les CRM actuels intègrent de l’email marketing, mais c’est une fonctionnalité pensée pour les marketeurs. Pas pour les commerciaux.
La différence, c’est fondamentale. Le marketeur gère des listes larges, des campagnes planifiées, des templates validés. Le commercial a besoin de quelque chose de radicalement différent : sélectionner 3 articles de sa veille ce matin, ajouter 2 paragraphes de son propre décryptage, choisir à qui l’envoyer parmi ses 15 comptes clés, et savoir demain matin qui a ouvert et qui a répondu.
Aucun CRM ne fait ça bien aujourd’hui (et c’est souvent là que ça coince, entre les équipes sales et marketing qui ne partagent ni les mêmes outils ni les mêmes workflows). Les commerciaux bricolent – Fridlansky lui-même utilise Get Response en dehors de son CRM. C’est fonctionnel, mais ce n’est pas intégré.
La brique manquante, selon lui : un outil qui permette au commercial de gérer sa propre newsletter de veille directement depuis son CRM, sans passer par le marketing, sans maîtriser l’HTML, sans demander les droits d’accès à la base. Juste : sélectionner, écrire, envoyer, tracker.
Ce manque d’outillage adapté est une vraie friction dans l’adoption du social selling b2b à l’échelle d’une équipe commerciale. Les intentions y sont souvent. L’exécution quotidienne reste compliquée.
Sur la question des outils et de la stratégie de contenu avec peu de ressources, cette approche du content marketing à budget réduit apporte des pistes concrètes adaptables au contexte B2B.
La concession que personne ne veut entendre sur le social selling b2b
Soyons honnêtes – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à couvrir ce sujet – c’est que le social selling b2b tel que Fridlansky le décrit est extrêmement chronophage pour un résultat qui se mesure en trimestres, pas en semaines.
Faire de la veille régulière, sélectionner les bons contenus, rédiger un décryptage personnel, maintenir une liste d’envoi ciblée, répondre à chaque reply… C’est entre 3 et 5 heures par semaine pour un commercial qui le fait sérieusement. Dans un contexte de quotas trimestriels et de reporting hebdomadaire, c’est du temps qui n’est pas dans les dashboards.
Et puis il y a le problème de la taille de la liste. Fridlansky parle de 5 à 10 destinataires pour la newsletter commerciale personnalisée. C’est pertinent pour un commercial grands comptes avec 15 clients stratégiques. C’est inapplicable pour un commercial SMB qui gère 200 prospects en cycle court. Les deux modèles coexistent dans les équipes, et ce que Fridlansky décrit fonctionne clairement mieux dans le premier cas.
Mais bon – la question n’est pas de savoir si c’est scalable à l’infini. La question est de savoir si ça crée de la valeur là où ça s’applique. Et les taux d’ouverture de 30 à 60 %, les clients qui s’excusent de ne pas avoir répondu plus tôt, les inbounds qui arrivent parce que ‘tu nous as aidés à réfléchir sur ce sujet’… la réponse est oui.
Pour aller plus loin sur comment valoriser son expertise via le contenu dans un contexte professionnel, cette réflexion sur le profil LinkedIn comme outil de positionnement complète bien la perspective de Fridlansky.
Ce qui reste ouvert, finalement, c’est la question de la mise à l’échelle organisationnelle. Comment une direction commerciale embarque toute une équipe dans cette logique ? Qui forme, qui mesure, qui valide les lignes éditoriales de chaque commercial ? Ces questions-là, le podcast ne les creuse pas. Et c’est sans doute là que se jouent les vrais blocages d’adoption du social selling b2b en entreprise.











