formation en ligne arnaque

#46 : Formation > Comment éviter les arnaques sur le web

Épisode diffusé le 24 août 2020 par Bannouze : Le podcast du marketing digital !

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La formation en ligne arnaque, c’est devenu un sport national. Et si tu passes plus de dix minutes sur Instagram ou YouTube sans tomber sur un mec qui te promet de passer de 0 à 100 000 abonnés en six mois depuis son canapé en cuir blanc, c’est que tu n’as probablement pas de compte. Clément Elar, entrepreneur, CEO de Good Journey et prof dans l’enseignement supérieur, a accepté d’en parler franchement dans le podcast Bannouze – et ce qu’il dit devrait circuler bien plus largement que ça ne le fait.

Parce que le problème n’est pas marginal. Il est systémique. Et il touche autant les étudiants en reconversion que les professionnels qui cherchent à se perfectionner sur le digital – deux publics que l’industrie de la formation en ligne adore confondre dans ses tunnels de vente.

Alors comment on s’en sort ? Voilà ce que Clément a mis sur la table.

Ce que le Covid a changé – et pas forcément dans le bon sens

Good Journey a un peu plus d’un an d’existence quand le premier confinement tombe. Clément s’attendait au pire. C’est l’inverse qui s’est passé.

« Ça fait 1 an que on côtoie des établissements d’enseignement supérieur, des centres de formation ou des entreprises qui nous disent oui bah le digital tu es bien mignon mais on verra quand on aura le temps… Et puis paf, le Covid arrive et là tous ces gens-là nous rappelle en nous disant bon bah c’est peut-être maintenant en fait le moment d’aller au digital. »

Voilà. Quinze ans de résistance balayés en trois semaines de télétravail forcé.

Ce qu’on cite souvent, c’est qu’on a « gagné cinq ans sur la transformation digitale de l’éducation ». C’est vrai. Mais le revers, c’est que cette accélération brutale a aussi gonflé artificiellement un marché déjà saturé de mauvais acteurs. Quand la demande explose et que personne ne vérifie l’offre, c’est toujours le moins scrupuleux qui capte en premier.

Et ce « moins scrupuleux », Clément a une description assez précise de son profil – et c’est là que ça devient intéressant.

La formation en ligne arnaque, c’est d’abord un problème de marketing

Voici le paradoxe central. Les vrais experts – en biomécanique des fluides, en direction d’orchestre, en ingénierie pédagogique – ne savent pas se vendre. Ils ne font pas de Facebook Ads, ne maîtrisent pas l’algorithme Instagram, ne savent pas construire une audience. Du coup, tu ne les trouves pas facilement.

Les faux experts, eux, sont d’abord des marketeux. Et des bons.

« Les gourous dont tu parles, tu vas pas la chercher l’info, tu es en train de regarder un truc sur internet et puis là tu vois des pubs – tu veux monter ton business en ligne et ne rien faire et en conduisant une Maybach comme moi – et viens me voir quoi. »

C’est exactement le problème. La visibilité n’est pas un proxy de la légitimité. Elle ne l’a jamais été – mais sur le web, cet écart est devenu monstrueux.

Et ce que Clément décrit ensuite ressemble à une mécanique bien huilée : avec la vague du dropshipping, s’est développée une pyramide de Ponzi de la formation où des gens apprennent à des gens à faire de la formation pour apprendre à d’autres à faire de la formation. À la cinquième strate, il ne reste plus grand chose de l’expertise originale. Juste du contenu marketing recyclé avec les bons mots-clés et quelques backlinks bien placés.

Ce qui m’agace dans ce système, c’est que les vraies boîtes de formation finissent par l’imiter. Parce qu’elles voient le concurrent sans expertise rouler en Lambo pendant qu’elles peinent à remplir leurs sessions. Alors elles pivotent vers le marketing agressif, au détriment du produit.

4 signaux concrets pour éviter la formation en ligne arnaque

Clément n’est pas du genre à s’arrêter au constat. Il a listé quatre points de vigilance – pas des règles abstraites, des réflexes pratiques.

Premier signal : qui va vous donner le cours, précisément. Pas l’école, pas la boîte, pas la marque. La personne. Clément donne lui-même des cours dans des écoles de commerce depuis des années, et il en connaît certaines qu’il refuse de rejoindre à nouveau – pourtant elles ont pignon sur rue depuis vingt ans. Ce n’est pas suffisant. Un bon formateur dans une mauvaise structure reste un bon formateur. L’inverse aussi fonctionne, malheureusement.

Deuxième signal : croiser les sources. Il y a une étude – menée par un professeur de Harvard ou Stanford, Clément ne se souvient plus exactement – où un article portait en premier paragraphe la mention explicite « ceci est un faux article, ne le partagez pas ». Résultat : huit personnes sur dix l’ont partagé quand même. (Ce qui en dit long sur notre rapport à la vérification, quel que soit le sujet.)

Troisième signal : les vrais avis clients – pas ceux sur le site.

« Moi je contacte les boîtes, tu vois. Et je dis bon bonjour, j’ai vu que monsieur disait que qu’il est devenu millionnaire grâce à lui… Ah oui, et dans 90% des cas la réponse c’était – bah ils m’ont aidé sur 10% de mon business, ils ont très bien fait le taf sur 10% de mon business mais 90% c’est moi qui suis devenu millionnaire, j’ai fait le taf tout seul quoi. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais combien de gens font vraiment cette démarche avant d’acheter une formation à 600 euros ?

Quatrième signal : l’enquête Google basique. Quelques recherches suffisent souvent pour savoir si une boîte est considérée comme arnaqueur ou non. Sauf que les gens ne le font pas. Ils voient une pub bien ciblée, ils cliquent, ils achètent. Et ils découvrent le problème trois semaines plus tard.

Clément ajoute une règle d’or en amont de tout ça : si la promesse est incroyable, c’est du bullshit. On ne peut pas garantir 100 000 abonnés Instagram à quelqu’un dont on ne connaît ni la thématique, ni le persona, ni la capacité à produire du contenu. C’est juste mathématiquement impossible à promettre de bonne foi.

Autodidaxie d’abord – la formation en ligne arnaque commence souvent par là où on cherche

Avant même de parler de formation payante, Clément insiste sur un point que beaucoup esquivent : l’autodidaxie. Et pas comme conseil de façade. Comme conviction.

Lui-même vient de la finance commerciale. Rien à voir avec la communication ou la créativité. Il s’est auto-formé, a fini par enseigner la com dans plusieurs écoles parisiennes et normandes. (Évreux, pour être précis – ce qui, dans l’écosystème startup parisien, représente un handicap de réseau considérable.)

Son conseil : la majorité des gens achètent des formations alors qu’ils n’ont pas encore épuisé les ressources gratuites. YouTube, articles scientifiques, blogs spécialisés, newsletters pointues – l’accès au savoir n’a jamais été aussi démocratisé. Son ami venu du Sénégal lui a décrit ce que c’était d’avoir accès à l’information dans sa jeunesse : trente kilomètres à pied pour un cybercafé. L’époque actuelle, même avec ses travers, reste formidable à cet égard.

La vraie formation payante devrait servir à compléter, pas à remplacer cette démarche personnelle. Et si tu cherches à te lancer dans un nouveau domaine, la curiosité reste le premier investissement – gratuit, celui-là.

Sur le digital spécifiquement, il suggère de rebondir de notion en notion. Tu cherches « Native Advertising », tu tombes sur « Real Time Bidding » et « Social Media Management », tu ouvres d’autres onglets, tu creuses. C’est comme ça qu’il a appris l’anglais – pas avec des cours, mais en réalisant que ça lui servait pour les séries, les voyages, les musiques. En un an, il était bilingue. Parce que la motivation n’était plus scolaire, elle était personnelle.

Présentiel ou digital – enfin, ce qu’on aurait voulu qu’on nous dise dès le départ

La question divise. Clément tranche nettement : c’est une fausse opposition.

Miser à 100% sur le digital, c’est 50% intelligent – il cite une campagne de CB News qu’il aimait bien. Mais penser que le digital ne te concerne pas non plus, c’est signer ton arrêt de mort dans les prochaines années. La réponse est dans le gris, pas dans le blanc ou le noir.

Son modèle : toute la théorie en digital, toute la pratique en présentiel. Il va même plus loin – « la théorie n’a rien à foutre dans une salle de classe. C’est là où tout le monde s’endort, les profs et les étudiants les deux. » La salle doit être réservée aux cas concrets, au travail d’équipe, à l’échange humain.

Et le confinement a prouvé son point. Ses étudiants en enseignement supérieur – ceux qui te disent d’habitude qu’ils en ont marre d’aller à l’école – demandaient quand ils pourraient y retourner. Parce que l’énergie collective manquait, les idées ne fusaient plus. L’homme reste un animal social, même quand il a Netflix et une bonne connexion.

Le digital a des trucs exceptionnels que le présentiel ne peut pas reproduire – la réalité virtuelle pour les chirurgiens qui s’entraînent à opérer des centaines de fois avant de toucher un vrai patient, par exemple. Mais le contact humain reste irremplaçable pour une partie centrale de l’apprentissage. Ce n’est pas nostalgique, c’est neurologique.

Ce qui n’empêche pas de s’interroger sur ce que l’IA va changer dans cette équation dans les prochaines années – parce que le séquençage pédagogique que décrit Clément va forcément être bousculé.

Réseau d’abord – le diplôme c’est surtout une carte de membre

80% des postes sont pourvus par le réseau. Clément cite ce chiffre sans hésiter, et il n’a pas tort – c’est cohérent avec ce que tous les recruteurs finissent par admettre en off.

Pourquoi les grandes écoles produisent-elles autant de patrons du CAC 40 ? Pas nécessairement parce que leur enseignement est meilleur. Mais parce que leurs alumni networks sont des machines de guerre. Quand tu sors de HEC et que tu deviens patron, tu places des gens de HEC à des postes clés. C’est de la famille. Ce n’est pas de la corruption – c’est de la confiance, que l’institution a construite sur des décennies.

Du coup, une certification Harvard en ligne de trois heures, c’est quoi ? Clément l’a testée. Il voulait voir la réaction des gens. Et il dit clairement qu’il leur expliquera que c’est un module court – parce que se cacher derrière un logo prestigieux sans en avoir le fond, c’est exactement le mécanisme de la formation en ligne arnaque appliqué à sa propre CV.

Le vrai réseau, lui, se construit différemment. En donnant beaucoup sans attendre de retour immédiat. En s’intéressant aux gens sans être intéressé. Clément vient d’Évreux, fait du business uniquement par son réseau, et n’a pas fait Stanford. Mais ça, ça prend du temps – ce que les formations en ligne se gardent bien de promettre.

Sur ce point, le syndrome de l’imposteur joue un rôle vicieux : les gens qui doutent de leur légitimité sont aussi les plus susceptibles de chercher une validation externe rapide – et donc de tomber sur une formation en ligne arnaque qui promet justement ça. C’est un cercle assez cruel.

Et si tu veux vraiment te perfectionner sur le digital, la recette de Clément tient en peu de mots : curiosité d’abord, médias spécialisés ensuite (les nouveaux médias nés avec internet, les webzines, les newsletters qualitatives – pas TF1), bouquins plutôt que sneakers, et réseau en permanence. La logique du growth hacking appliquée à soi-même, en quelque sorte – tester, itérer, recommencer avec de meilleures données.

Une limite assumée, quand même : tout ça fonctionne si tu sais déjà ce que tu cherches. Pour quelqu’un qui part de zéro sans boussole thématique, la jungle des formations en ligne reste piégeuse même avec les meilleurs réflexes. La première formation que tu achètes, c’est souvent une mauvaise – et peut-être qu’il faut l’accepter comme le prix d’entrée dans la lucidité.

Questions fréquentes

Comment repérer une formation en ligne arnaque ? +
Plusieurs signaux doivent alerter : des promesses incroyables et non vérifiables (100 000 abonnés garantis), l'absence d'identité claire du formateur, des avis clients uniquement sur le site officiel et une enquête Google qui ne révèle rien de concret. Avant d'acheter, contactez directement d'anciens clients si possible - pas ceux mis en avant dans les témoignages, les vrais.
Vaut-il mieux se former en ligne ou en présentiel ? +
Les deux se complètent. La théorie passe très bien en format digital : vidéos, modules à revoir à son rythme. La pratique, elle, demande du présentiel pour itérer, échanger, travailler en équipe. Miser à 100% sur l'un ou l'autre, c'est se priver de la moitié de l'apprentissage.
Peut-on se former seul au digital sans acheter de formation en ligne ? +
Oui, et c'est même conseillé comme premier réflexe. YouTube, articles spécialisés, newsletters, livres : le savoir est accessible gratuitement. La formation payante devrait compléter une base construite par soi-même, pas la remplacer.
Pourquoi les gourous de la formation en ligne ont autant de succès ? +
Parce qu'ils sont d'abord des marketeurs. Ils maîtrisent le référencement, la publicité sur les réseaux sociaux, la construction d'audience. Les vrais experts, eux, sont souvent invisibles faute de savoir-faire marketing - ce qui crée un biais de visibilité massif en faveur des moins légitimes.
La formation en ligne arnaque est-elle un phénomène récent ? +
Non. Le e-learning existe depuis une quinzaine d'années, et les dérives ont suivi dès le départ. Ce qui a changé avec le Covid, c'est l'accélération : la demande a explosé en quelques semaines, ce qui a gonflé le marché en attirant encore plus d'acteurs peu scrupuleux. La pyramide s'est élargie à la base.
Comment choisir une bonne formation en ligne sur le marketing digital ? +
Identifiez d'abord précisément qui va vous enseigner, pas juste quelle école ou quelle plateforme. Croisez les sources d'information sur cette personne. Cherchez des avis indépendants hors du site officiel. Et méfiez-vous des promesses de résultats chiffrés garantis : elles sont presque toujours un signal d'alarme.

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