L’achat vente de site internet ressemble, de loin, à une niche réservée aux geeks du SEO et aux flippers numériques qui passent leurs nuits sur des forums obscurs. Et puis tu écoutes Kevin Jourdan parler de son premier site – un truc copié-collé sur l’arrêt du tabac, monté en 2012 sans vraiment comprendre ce qu’il faisait – et tu réalises que le déclencheur, c’est souvent n’importe quoi. Ou plutôt : c’est toujours une histoire d’argent inattendu. Des emails PayPal qu’il a pris pour des spams pendant des mois. Une connexion tardive à son compte, et là : de l’argent. Pas beaucoup. Mais de l’argent.
Kevin Jourdan, fondateur de DotMarket.eu – la marketplace française de référence sur le sujet – a raconté tout ça dans un épisode du podcast Banouse enregistré en confinement. Nomade depuis 2014, il vit de ses sites affiliés depuis des années avant de pivoter vers le courtage de sites web. Ce qu’il dit sur la valorisation, la monétisation et les pièges à éviter mérite qu’on s’y arrête vraiment.
Parce que ce marché grossit. Aux États-Unis, les multiples de valorisation tournent autour de 30 fois le profit net mensuel. En France, DotMarket est à 20 fois. L’écart dit quelque chose sur la maturité du marché – et sur le potentiel qu’il reste à capter.
Quand les affiliés gagnaient plus que les salariés qui les géraient
Le contexte de départ de Kevin, c’est les Philippines, début des années 2010. Il gère des programmes d’affiliation pour une boîte de programmes minceur en ligne. Et il fait des chèques à des affiliés – des chèques souvent bien supérieurs à son propre salaire. Ce détail-là, il le cite comme un déclic. Pas une révélation, plutôt une évidence qui s’impose progressivement.
Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est pas l’anecdote en elle-même. C’est que Kevin décrit un environnement saturé d’entrepreneurs – son manager, son boss, ses colocs – et que cette exposition répétée finit par normaliser l’idée de se lancer. La contagion entrepreneuriale, en gros. C’est rarement le grand plan stratégique qui déclenche.
« La version belle histoire, c’est qu’un jour je me suis dit quand même c’est dingue ces affiliés, je leur fais des chèques tous les mois beaucoup plus importants que mon salaire. »
Dit comme ça, ça paraît évident. Ça l’est rarement sur le moment.
Son premier vrai site monétisé – pas le premier tenté, le premier qui a rapporté – c’était donc ce site sur l’arrêt du tabac. Code source copié d’un concurrent, hébergement basique, zéro compréhension technique. Et pourtant. Quelques mois plus tard, des notifications PayPal qu’il ignorait. Ce n’est pas une success story propre. C’est beaucoup plus intéressant que ça : c’est la preuve qu’un truc qui fonctionne mal peut quand même fonctionner un peu. Et que ce « un peu » suffit parfois à changer une trajectoire.
Choisir sa thématique : la passion ou l’argent, faut trancher
Sur la question du choix de thématique – celle que tout le monde pose en premier et à laquelle personne ne donne jamais de réponse franche – Kevin a une approche en deux temps qui se contredit elle-même, et c’est pour ça qu’elle est honnête.
Première option : liste les sujets qui t’intéressent vraiment, parce que la patience sur un site de contenu qui met 6 mois à décoller, tu l’auras plus facilement si le sujet te parle. Deuxième option : choisis une thématique qui rapporte, point. Kevin reconnaît lui-même n’avoir pas suivi son propre conseil au départ. (Ce genre d’autocritique, c’est rare dans les interviews de fondateurs qui ont réussi.)
« Plus tu seras passionné par la thématique dans laquelle tu te lances, plus tu seras patient vis-à-vis des hauts et des bas que représente l’aventure de création de site internet. Je dis ça et en même temps, j’ai absolument pas suivi cet exemple avec mes premiers sites. »
C’est exactement le problème. Les meilleurs conseils sont souvent ceux qu’on n’a pas suivis soi-même.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire il y a 10 ans – c’est que la thématique n’est pas une décision définitive. C’est un pari sur ta propre régularité. Et la régularité, elle tient mieux quand le sujet ne t’ennuie pas au bout de 3 semaines. Sur la question de ce qu’est vraiment l’affiliation dans ce contexte, ça vaut le coup de creuser les bases avant de choisir une verticale.
Avant même de se lancer, Kevin fait un exercice systématique : un mind map complet qui projette le site sur 30 jours, 60 jours, 1 an, 5 ans. Contenu, réseaux, produits à créer, liens potentiels, et – déjà – la question de la revente. Beaucoup de créateurs de sites ne pensent à la sortie qu’au moment de vouloir vendre. C’est trop tard pour optimiser la valorisation.
Le SEO et les liens : pas obligatoire, mais c’est là que ça bascule
Kevin a une position nuancée sur le netlinking – et franchement, c’est la bonne. Il refuse de dire que c’est indispensable, parce qu’il a vu des petits sites tourner à 1 000-2 000 euros par mois sans aucun lien externe. Mais il dit aussi clairement que c’est ce qui fait passer un site de « sympa comme revenus d’appoint » à « business solide à plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois ».
La nuance compte. Le netlinking comme frein au lancement – ce blocage paralysant qu’il observait chez ses clients – c’est une erreur de priorité. Ses conseils pour les débutants : les 3 à 4 premiers mois, un article par semaine minimum. Recherche de mots-clés, création de contenu, maillage interne. Rien d’autre. La base d’abord.
Pour les outils, il cite Keyword Finder pour débuter (note de difficulté visuelle, accessible sans background technique), puis SEMrush et Ahrefs quand le site a déjà un historique. Et notamment une technique qu’il affectionne : le content gap. En gros, tu croises les mots-clés sur lesquels ton site rank avec ceux de tes concurrents à autorité équivalente, et tu identifies ce qu’ils ont couvert que toi pas encore. Simple à comprendre. Redoutablement efficace à l’usage.
WordPress reste sa techno de référence – pas parce que c’est la meilleure option technique, il le dit lui-même, mais parce que quand tu démarres sans background dev, c’est ce qui coince le moins. Pour aller plus loin sur l’approche éditoriale de Kevin Jourdan et son parcours complet chez DotMarket, il y a d’autres ressources disponibles.
Affiliation ou e-commerce : la vraie question c’est ton style de vie
Le passage sur la monétisation est le plus dense de l’épisode. Et le plus honnête.
L’affiliation, c’est la voie du moins d’effort administratif. Pas de service client, pas de stock, pas de questions de taxes d’import. En échange : le pourcentage le plus faible sur chaque vente. Kevin assume ce choix complètement – pas par défaut, mais parce que ça correspond à 6 ans de vie nomade, de fuseaux horaires qui changent, d’impossibilité pratique de gérer un e-commerce sérieusement depuis n’importe où dans le monde.
« Quand tu es toujours sur un fuseau horaire différent ou dans un lieu différent, c’est très très difficile de pouvoir prétendre devenir excellent en gestion d’un e-commerce ou même d’un dropshipping. »
Voilà. La stratégie de monétisation n’est pas une question de performance pure. C’est une question de compatibilité avec ta vie réelle.
Le dropshipping offre plus de marge – tu contrôles les prix, tu n’es plus bloqué par un taux de commission fixé par l’annonceur. Le FBA Amazon a eu son heure de gloire et fonctionne encore. Mais le jackpot selon Kevin, c’est le produit numérique : 100 % de marge (ou presque) une fois créé, zéro stock, zéro logistique. Pour comprendre comment atteindre 10k€/mois en édition de site, la comparaison affiliation vs dropshipping mérite d’être posée concrètement. Et pour les amateurs d’Amazon spécifiquement, l’angle publishing avec 28 000€ par mois en publiant des livres sur Amazon montre que le produit numérique prend des formes très variées.
Il y a un point sur lequel Kevin ne se défausse pas : la question de la valeur réelle apportée par les sites affiliés. Il reconnaît que beaucoup de ces sites n’ont « aucune valeur ajoutée exceptionnelle ». Pas de tiers de confiance, juste un agrégateur d’informations orienté par les commissions. Il l’a fait. Il le dit. Et il explique comment son approche a évolué, notamment sur un site dans le domaine canin où il a passé un diplôme d’éducateur canin, travaille avec des vétérinaires, et construit une vraie image de marque. La monétisation y devient plus réfléchie, moins opportuniste. C’est une concession réelle dans un secteur où tout le monde se présente comme un créateur de valeur.
L’achat vente de site internet : les 4 conseils que Kevin Jourdan donne vraiment
Sur l’achat vente de site internet, Kevin structure sa réponse en 3 conseils – puis en rajoute un 4ème parce que ça lui vient en tête. Ce 4ème, c’est souvent le plus important dans ce genre d’exercice.
Premier conseil : évalue honnêtement si tu as les compétences pour auditer un site toi-même avant d’acheter. L’audit, c’est la seule manière de vérifier que les chiffres annoncés par le vendeur – revenus, trafic, valorisation – correspondent à la réalité. Si tu ne sais pas faire ça, passe par un courtier comme DotMarket. Tu paies une commission, mais tu gagnes en sécurité et en temps. C’est exactement la même logique qu’un agent immobilier. (Et dans l’immobilier, personne ne trouve ça bizarre de passer par un intermédiaire.)
Deuxième conseil : ton budget d’achat n’est pas ton budget total. Si tu as 10 000 euros à investir, n’achète pas un site à 10 000 euros. Achète à 6 000-8 000 euros et garde 2 000 euros pour la formation, l’accompagnement post-achat, les mises à jour nécessaires. Un site acheté au maximum de ton budget et laissé sans investissement post-achat, c’est un actif qui se dégrade, pas qui se valorise.
Troisième conseil : la patience. Plus tu es pressé, plus tu surpayes ou tu te plantes. C’est vrai pour acheter une voiture, une maison, n’importe quoi. Et c’est symétrique : les vendeurs pressés baissent leurs prix, les acheteurs pressés acceptent des prix trop hauts. Prends le temps de comparer plusieurs sites avant de décider.
Quatrième conseil – le bonus non planifié : pose-toi la vraie question de tes compétences à développer le site une fois acheté. Un site affilié dans une thématique où tu n’as aucune légitimité et aucune connaissance, c’est un site que tu vas gérer en sous-traitance permanente. Soit tu gardes du budget pour ça, soit tu choisis une thématique où tu peux vraiment apporter quelque chose. Sur la monétisation de sites de niche, d’autres retours d’expérience complètent bien ce point.
Valoriser un site web : fois 20 en France, fois 30 aux États-Unis
La méthode de valorisation sur DotMarket passe par une quarantaine de points de contrôle : profil de liens, ancienneté du domaine, qualité de la marque, diversité des sources de trafic, stabilité des revenus. Mais la base de calcul reste financière. On prend le profit net mensuel, on applique un multiplicateur, et les autres points ajoutent ou soustraient des fractions de ce multiple.
Chez DotMarket, le multiple de référence est 20. Autrement dit : un site qui génère 1 000 euros nets par mois se valorise autour de 20 000 euros comme point de départ. Ensuite ça monte ou ça descend selon les audits.
Aux États-Unis, le marché tourne plutôt autour de 30 fois. L’écart de 10 points de multiple entre les deux marchés, c’est 50 % de valorisation supplémentaire pour le même actif. C’est considérable. Et Kevin le cite explicitement comme un indicateur de la direction vers laquelle le marché français devrait évoluer. Quand les acheteurs comprennent mieux la valeur d’un site – ses fondations SEO, la diversification des sources de revenus, la solidité de la thématique – ils acceptent de payer plus. C’est une question de maturité du marché, pas d’inflation artificielle.
Les sites avec trop de points malus ne sont pas listés moins cher sur DotMarket. Ils ne sont tout simplement pas listés. Ce détail-là en dit long sur la logique de la plateforme : mieux vaut une marketplace avec moins de transactions mais de meilleure qualité qu’un volume de deals douteux. Pour aller plus loin sur la transition entre modèles e-commerce et la réflexion sur les actifs numériques, d’autres angles existent.
Et l’achat vente de site internet reste, malgré tout ça, un marché où l’information est asymétrique. Le vendeur connaît son site mieux que n’importe quel acheteur ne pourra le connaître en quelques semaines d’audit. C’est structurel. Aucun multiplicateur ne change ça.











