Si tu as déjà zappé mentalement l’idée de faire des YouTube Ads parce que tu pensais que c’était réservé aux marques avec un budget TV, c’est exactement le genre de raccourci qui te coûte cher. Paul Hesry, Team Leader SEA chez Effilab – une des agences d’acquisition multicanal les plus connues en France – a passé plus d’une heure à décortiquer la plateforme avec Danilo Duchesnes dans le podcast Le Rendez-vous Marketing. Et franchement, il y a des trucs dans cette conversation qui m’ont fait relire mes notes deux fois.
La première chose qui m’a arrêté : YouTube, c’est 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, plus de 80 % des Français qui y passent au moins une fois par mois, et 50 % des 25-49 ans qui y vont quotidiennement. On est plus sur un média de niche. On est sur quelque chose qui a colonisé nos écrans – y compris la télé, et ça, on va y revenir.
Mais ce qui m’a vraiment scotché, c’est le modèle de facturation. Pas le ciblage, pas les formats. La façon dont YouTube te facture – ou plutôt dont il ne te facture pas – peut changer complètement ta logique de production créa. Et c’est là que la plupart des annonceurs passent à côté de quelque chose d’assez massif.
YouTube Ads n’est pas Facebook. Et c’est tant mieux.
Quatre ans chez Effilab, dont une grosse partie à gérer des budgets YouTube – Paul Hesry a vu la plateforme changer en accéléré depuis 2019. Il l’observe clairement : la demande des annonceurs sur YouTube s’est vraiment emballée depuis 2-3 ans, avec un coup de booster Covid qui a fait monter le temps passé sur la plateforme de façon brutale.
Ce qu’il dit sur les objectifs mérite qu’on s’y arrête. Là où Facebook a longtemps proposé une liste d’objectifs à rallonge – onze options à l’époque, dont la moitié se ressemblaient – Google a simplifié à l’os. Deux grandes logiques : notoriété ou action. Réussir sur Facebook Ads demande déjà de naviguer dans une interface complexe ; sur YouTube, la philosophie est différente dès le départ.
« Google veut simplifier tout ça et tu sens qu’ils veulent donner un objectif d’action euh et un objectif de branding et vraiment avoir juste ces deux objectifs là. »
Dit comme ça, ça a l’air presque trop simple. Mais derrière cette simplification, il y a du machine learning qui tourne – et c’est lui qui prend les décisions d’enchères, de diffusion, de ciblage fin. L’annonceur fixe le cap, l’algo gère le reste.
La structure des campagnes, elle, ressemble à ce qu’on connaît : niveau campagne, niveau groupe d’annonces, niveau annonce. Trois étages, comme sur Facebook. Sauf que le budget se gère au niveau campagne, les audiences au niveau groupe, et les créas tout en bas. Classique. Ce qui l’est moins, c’est que YouTube tourne dans Google Ads – et pas dans une interface dédiée. Détail important si tu cherches sur le mauvais dashboard.
Qui regarde YouTube, et surtout pourquoi
La tentation est grande de réduire YouTube à une plateforme pour ados qui regardent des Let’s Play. C’est faux – et les chiffres le disent mieux que moi. La tranche 18-34 ans passe en moyenne 48 minutes par jour sur la plateforme. Mais le père de famille qui cherche comment monter un meuble IKEA est là aussi. Tout comme le responsable IT qui a son navigateur Chrome en anglais et cherche un logiciel B2B.
(Ce dernier point sur la langue du navigateur, c’est quelque chose que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – si tu cibles uniquement le français dans tes paramètres de campagne, tu te coupes de tous ces profils.)
Les usages, Paul les découpe en quatre : s’inspirer, s’informer via des tutoriels, comparer des produits, et suivre l’actualité. Ce qui est intéressant, c’est que ce n’est pas une consommation passive. Tu vas sur YouTube avec un objectif précis – même si cet objectif, c’est juste regarder le dernier unboxing du nouvel iPhone.
« En fait, tu as un objectif précis, c’est tu te dis voilà, je vais m’informer ou je vais regarder un tutoriel sur comment préparer euh un guacamole avec de l’avocat. »
Voilà. Et c’est exactement là que l’audience est différente de ce qu’on trouve sur Snapchat Ads ou TikTok. L’intention de recherche est présente. Les gens ne scrollent pas mécaniquement – ils choisissent.
Le funnel d’achat, du haut jusqu’en bas – YouTube Ads couvre tout
Voici trois chiffres que Paul a mis sur la table, et qui méritent qu’on les regarde en face :
- 70 % des utilisateurs estiment avoir découvert une marque sur YouTube
- 50 % des acheteurs disent que la vidéo en ligne a affiné leur choix de marque ou de produit
- 70 % des utilisateurs estiment avoir acheté un produit après avoir vu une vidéo YouTube
Ce dernier chiffre est le plus important. Et le plus souvent sous-estimé. YouTube Ads n’est pas qu’un outil de branding pour grandes marques – c’est un canal full funnel. De la découverte à la conversion, en passant par la considération. Et le retargeting est possible aussi : tu peux aller retoucher les visiteurs de ton site directement sur YouTube.
Pour les annonceurs qui raisonnent encore en silos – pub sociale pour le reach, Google Search pour la conversion – c’est une façon de penser qui a vécu. Ce qu’on a vu avec les stratégies d’acquisition multicanales le confirme : les plateformes se chevauchent, les audiences aussi.
Mais attention – et c’est la nuance que je me dois d’ajouter – ça ne veut pas dire que YouTube va performer pareil à chaque étape pour chaque annonceur. Le canal est full funnel en théorie. En pratique, certains secteurs vont exploser en considération et ramer en conversion directe. Tester reste non-négociable.
La facturation au CPV : le truc que personne n’explique correctement sur YouTube Ads
On arrive au moment le plus contre-intuitif de toute la conversation. La facturation sur YouTube Ads fonctionne au coût par vue – CPV. Une vue, c’est soit 30 secondes regardées, soit la vidéo entière si elle dure moins de 30 secondes.
Conséquence directe : si quelqu’un regarde 29 secondes d’une vidéo de 45 secondes, tu ne paies rien. Zéro centime.
« Si une personne visionne 29 secondes de la vidéo, vous n’allez pas payer euh du tout. »
Ce qui m’agace un peu, c’est que cette information change radicalement la logique de production – et personne n’en parle clairement dans les guides YouTube Ads classiques. Si tu produis une vidéo de 35 secondes bien construite, tu peux capter l’attention, faire passer ton message, et ne payer que les gens qui ont vraiment regardé. Paul le dit explicitement : tourner autour des 30-40 secondes, c’est utiliser à fond le potentiel de ce modèle de facturation.
Les fourchettes de CPV qu’il donne : entre 2 et 7 centimes. C’est cohérent avec ce qu’on observe sur TikTok Ads en termes d’ordre de grandeur, mais la logique de déclenchement de la facturation est vraiment différente. Sur les campagnes branding, il y a aussi du CPM – mais c’est marginal dans l’usage quotidien des annonceurs performance.
Et le mobile dans tout ça ? Plus de 65 % des heures de visionnage se font sur mobile. Résultat : pas d’ad blocker, et les pubs s’affichent. Sur desktop, si tu as un bloqueur – et beaucoup de gens en ont un – tu ne vois rien. Le trafic utile pour l’annonceur se concentre donc mécaniquement là où l’audience est la plus présente. C’est pas un hasard si Paul insiste sur les formats adaptés au mobile dans ses bonnes pratiques.
Bumper Ads, True View, Video Action : les formats YouTube Ads décortiqués
Deux grandes familles de campagnes, deux logiques de formats. C’est là que YouTube Ads révèle sa vraie complexité – parce que le choix du format n’est pas juste esthétique, il détermine comment tu es facturé et à qui tu parles.
Côté notoriété – les Video for Reach – tu as deux formats principaux. Les Bumper Ads d’abord : 6 secondes, non skippables, CPM très bas. Ce sont ces deux petites pubs qui s’enchaînent avant une vidéo. (Tu les remarques à peine et pourtant elles tournent dans ta tête trois heures après, c’est souvent là que ca coince pour les créas.) Paul souligne un usage intéressant : les bumper peuvent aussi servir en complément de campagnes d’action, pour du rappel ou de la réassurance sur une promo en cours.
Le deuxième format en Video for Reach, c’est le True View skippable – durée libre, passable après 6 secondes. L’algorithme fait un mix entre les deux pour maximiser le reach. Dans le même groupe d’annonces, tu peux avoir une version longue et une version courte de ta vidéo qui tournent ensemble.
Côté performance – les Video Action Campaigns – on passe sur des vidéos de minimum 10 secondes, avec des CTA, des textes, des liens. L’objectif : déclencher une action mesurable. La stratégie d’enchères bascule vers du maximize conversions, du target CPA ou du target ROAS. Et là, le machine learning prend vraiment le dessus : tu fixes ton CPA cible, tu ouvres ou tu refermes les vannes selon ta tolérance, et l’algo optimise en conséquence.
Ce qui me paraît utile de souligner – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise avant de lancer mes premières campagnes vidéo – c’est que l’exclusion de contenu mérite attention. Tu peux exclure des placements sensibles (paris en ligne, contenu touchy pour ta marque) à trois niveaux : standard, élevé, bas. Paul recommande de rester en standard – aller trop loin dans les exclusions bride la diffusion plus que ça ne protège l’image.
La question des audiences, des mots-clés, des créas mobiles et des vraies bonnes pratiques terrain – c’est la deuxième partie de l’épisode avec Paul. Et visiblement, c’est là que ça se complique vraiment. Pour l’heure, le multicanal en 2022 dessine déjà une logique claire : YouTube n’est plus optionnel pour les marques qui veulent couvrir leur funnel. La question, c’est plutôt par où commencer.











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