Travailler moins pour gagner plus – l’idée fait ricaner dans pas mal de cercles entrepreneuriaux. Et pourtant, Aurélie Gauthey, business coach et fondatrice de Née pour Impacter, a mis des années à le vivre concrètement : 7 jours sur 7, des nuits entières à bosser, une première conférence sur Zoom avec… trois participants dont elle-même (elle ne savait pas qu’on comptait dans sa propre session). Aujourd’hui, elle travaille 3 à 4 jours par semaine, fait 10 voyages par an, et lance son business trois fois dans l’année. Le reste du temps, elle n’a pas à parler de ventes.
Ce que raconte cet épisode du podcast Née pour Impacter, c’est pas une promesse de lifestyle. C’est un désossage franc du mythe selon lequel le travail acharné serait la seule voie vers le succès. Et ce que j’y ai trouvé – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je couvrais mes premiers profils d’entrepreneurs – c’est que le vrai problème n’est pas combien on travaille. C’est pourquoi on travaille, et vers quoi.
Reste une question que personne ne pose vraiment au démarrage d’un business. Et c’est là que ça commence à devenir intéressant.
La question que personne ne se pose au lancement
Pour toi, réussir, ça veut dire quoi ? Pas pour le compte Instagram que tu regardes le soir. Pour toi.
Aurélie Gauthey pose cette question à toutes ses clientes en mentoring. Et le silence qui suit est souvent plus révélateur que la réponse. Parce que la majorité des entrepreneurs se lance avec les objectifs des autres en tête – les 10 000 euros par mois, l’équipe, les voyages, le modèle à trois jours par semaine. Des images empruntées, jamais vraiment interrogées.
À partir de quand estimeras-tu que tu as réussi avec ton entreprise ? Laisse venir. Il y a forcément des mots, des idées ou des images qui arrivent.
Simple. Brutal, même. Et c’est exactement là que ça coince pour la plupart.
Parce que sans cette définition personnelle, tu cours après un objectif qui n’est pas le tien. Tu construis un plan d’action pour une destination que quelqu’un d’autre a choisie. Et du coup, même quand tu atteins les paliers – les premiers 3 000 euros, la première équipe, le premier lancement qui cartonne – tu te demandes pourquoi tu ne te sens pas mieux. C’est exactement ce qui est arrivé à plusieurs clientes du mastermind d’Aurélie, qui généraient déjà 15 à 20 000 euros par mois et attendaient encore ce fameux moment où elles seraient heureuses.
La vision, c’est pas un exercice de développement personnel facultatif. C’est la fondation. Sans elle, le plan d’action ne tient pas – atteindre ses objectifs suppose d’abord de savoir lesquels sont vraiment les siens.
Travailler moins pour gagner plus : le mythe de la réussite facile d’abord
Les réseaux sociaux ont un talent particulier pour montrer l’arrivée sans le parcours. Les piscines, les plages, les lancements à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et l’impression que ça tombe comme ça, naturellement, pour certains et pas pour d’autres.
Aurélie le dit sans détour sur ce point :
Ne compare pas ton chapitre 1 à mon chapitre 24. Avant de générer des milliers d’euros, j’ai fait mon premier lancement avec trois personnes. Je te rappelle qu’il y avait une personne, c’était déjà un client. Une autre, c’était déjà une cliente. Et je cherchais partout qui était la troisième – et je me suis rendu compte que c’était moi. Parce que oui, tu es compté dans les personnes présentes sur Zoom.
Difficile de faire plus concret que ça.
Elle a délibérément choisi de tout donner pendant les trois premières années – corps, âme, tripes. Pas parce que c’est le modèle idéal. Parce que c’est là qu’on a le plus de foi, d’élan, d’innocence sur les difficultés à venir. Et parce qu’elle avait fixé une deadline : dès l’atteinte d’un certain palier de sécurité financière, elle ralentirait. Avec une fondation solide, le rythme peut baisser. Mais cette décision était consciente, pas subie.
Ce qui est différent de se noyer sans le voir venir – et c’est le cas de beaucoup d’entrepreneurs qui s’obsèdent pour leur business sans jamais avoir défini de sortie.
La to-do list sans fin et les 4 principes qui changent tout
Le premier principe qu’Aurélie a intégré – et celui qui irrite le plus, au fond – c’est de fermer l’ordinateur à heure fixe, que la liste soit terminée ou non. Parce qu’elle ne l’est jamais.
Je me disais : je fermerai l’ordinateur quand j’aurai fini ce projet. Mais en vrai, c’est sans fin. Il y aura autre chose derrière. Ta to-do ne s’arrête jamais. Donc ferme ce putain d’ordinateur en te mettant une limite sur l’heure à laquelle tu souhaites finir tes journées.
Voilà. Dit comme ça, ça a l’air simple.
Le deuxième principe : ta vie compte plus que le reste. Un business qui grandit à 100 % ou 200 % par an en préservant la santé mentale, les proches, les vacances – c’est préférable à 500 % de croissance avec un épuisement au bout. L’argent ne rachètera jamais les moments perdus avec les gens qu’on aime. (Ce qui peut sembler évident jusqu’au jour où ça ne l’est plus du tout.)
Troisième principe : s’autoriser du repos sans attendre la fin du prochain projet. Parce que le prochain projet arrive toujours. Aurélie force littéralement certaines de ses clientes à prendre des vacances – et observe systématiquement la même résistance : « non, après le lancement », « non, après le séminaire ». Sauf qu’après le séminaire, il y a un nouveau lancement. Le repos n’est pas une récompense. C’est un outil de performance, au sens littéral – sans espace mental, la productivité s’effondre.
Et le quatrième principe – celui qu’on retient le moins souvent mais qui change le plus de choses en pratique.
Travailler moins pour gagner plus passe par le 20-80, pas par l’acharnement
Quand Aurélie entend « travailler dur », elle entend surtout « travailler intelligemment ». Et c’est là que la confusion s’installe pour la plupart des entrepreneurs qu’elle accompagne.
Combien d’heures passées à créer des posts Instagram qui ne génèrent aucune vente, aucun commentaire, aucun abonné qualifié ? Combien de canaux de diffusion maintenus sous perfusion par principe de présence ? Elle cite le cas d’une cliente qui voulait lancer un canal YouTube – alors qu’elle avait déjà un Facebook, un podcast, un Instagram – pour augmenter sa visibilité. Résultat de la séance :
Je la voyais se noyer. Si elle n’était pas passée par la hotline, elle aurait lancé un canal de plus, elle se serait encore plus alourdie, elle aurait rajouté des heures de création à son agenda et elle aurait eu de moins en moins de résultats. Parce que plus tu étales ton énergie, moins tu as de résultats sur chaque canal.
Ce qui m’a frappé dans cet exemple, c’est pas la conclusion – c’est la façade. La cliente arrivait avec un sourire, une énergie, un projet. Et en dessous, elle se noyait. La vraie difficulté du coaching, c’est souvent là : voir ce que l’entrepreneur ne voit plus.
La question concrète qu’Aurélie pose :
- Si tu n’avais que 2 à 3 heures par jour pour travailler, qu’est-ce qui serait absolument obligatoire de garder – et qui rapporte vraiment ?
Le reste, c’est du remplissage. On s’étale comme une crêpe dans une poêle trop grande, on lève la tête à 20h avec la sensation de n’avoir rien avancé. Et c’est normal : sans 20-80 clair, sans plan d’action dans l’agenda, tu sautes d’un mail à une story à une lessive à un message client. Tu es partout et nulle part.
Elle est passée, elle, de 90 heures de coaching par mois à environ 10 heures. Même chiffre d’affaires. C’est ça, travailler moins pour gagner plus – pas une formule magique, mais une analyse froide de ce qui rapporte et ce qui consomme.
Ce travail d’analyse est souvent difficile à faire seul. C’est précisément pourquoi elle insiste sur choisir un coach ou mentor avec les bons critères – pas n’importe qui, quelqu’un avec qui tu connectes réellement et qui a déjà le résultat que tu vises.
Ce que personne ne dit sur le besoin de remplir son agenda
Il y a un niveau de profondeur dans cet épisode qu’on n’attend pas forcément dans un podcast business. Et c’est celui-là qui m’a le plus arrêté.
Plusieurs clientes du mastermind – qui génèrent 5, 10, 15 000 euros par mois, qui « voulaient plus de temps » – se retrouvent face à un mur quand l’espace apparaît. Parce que travailler fort et dur, pour certaines, ce n’était pas seulement une croyance productive. C’était une réponse à une question plus profonde : qui suis-je quand je ne prouve pas ?
Qui je suis quand je ne suis pas en train de bosser ? Qu’est-ce que je vaux quand je ne prouve pas ? Qui je suis quand je ne suis pas dans un agenda rempli qui déborde ? Et la culpabilité qui apparaît quand l’équipe bosse et que je suis en voyage.
C’est probablement la partie la plus honnête de tout l’épisode.
Aurélie y fait le lien avec des comportements compulsifs plus larges – suralimentation, sur-consommation, relations toxiques – et assume que c’est « de la psyché de comptoir ». Mais ce lien entre le besoin de remplir l’agenda et la peur du vide, je l’ai vu décrit dans des travaux nettement plus rigoureux. Ce n’est pas une anecdote. C’est un pattern réel chez beaucoup d’entrepreneurs.
Et ça change la nature du problème. Ce n’est plus « comment travailler moins ». C’est « qu’est-ce que je fuis quand je travaille trop ». Deux questions différentes. Deux réponses différentes.
Ce sujet rejoint directement la question de l’autosabotage et de la peur de réussir – un autre angle du même problème, moins évident à identifier mais tout aussi paralysant.
Modèle de lancement, liberté et limites du discours
Un point concret que j’ai trouvé particulièrement utile dans cet épisode : la description du modèle de vente d’Aurélie. Trois lancements par an, via des challenges. Entre ces lancements, pas besoin de vendre au quotidien. Le reste du temps, le business tourne, l’équipe gère, elle peut voyager sans avoir à pousser une offre en urgence parce que les revenus manquent.
C’est une décision de modèle. Pas de chance. Et ça a des conséquences directes sur le rapport au travail – quand tu n’es plus dans la vente permanente, la pression sur le temps change radicalement.
Mais – et c’est la nuance que j’aurais aimé voir développée davantage – ce modèle suppose d’avoir construit une audience suffisante pour que trois lancements par an génèrent un chiffre d’affaires viable. Pour une entrepreneur qui démarre, ou qui est encore entre 0 et 2 500 euros par mois, la logique est différente. Aurélie le reconnaît d’ailleurs : les objectifs, les stratégies, les heures nécessaires ne sont pas les mêmes selon que tu vises 3 000 euros ou 50 000 euros par mois – ni selon que tu pars de zéro ou de 2 000.
Ce qui suppose d’être clair sur où on en est avant de copier le modèle de quelqu’un qui en est au chapitre 24. Et ça, c’est traverser ses propres paliers de succès – avec la structure qui va avec, pas celle d’un autre.
Et puis il y a cet avertissement final – celui sur la « prison dorée ». Une cliente qui concevait un nouveau programme avec des créneaux fixes, des horaires imposés, des obligations à répétition. Aurélie l’a arrêtée net. Ce modèle de livraison allait priver la cliente de la liberté même qu’elle cherchait à construire. On peut travailler moins pour gagner plus tout en se construisant une prison plus confortable. La question n’est pas seulement le nombre d’heures – c’est la structure qui les génère.
Pour celles qui ont du mal à poser des limites claires dans leur organisation, c’est souvent là que le premier levier se trouve – avant même de revoir la stratégie.
Alors, travailler moins pour gagner plus – oui, c’est possible. Aurélie Gauthey en est la démonstration vivante. Mais ce n’est pas un raccourci. C’est le résultat d’années de travail acharné, suivi d’une décision consciente de changer de modèle, d’une analyse brutale de ce qui rapporte vraiment, et d’une question qu’on reporte sans cesse : pour moi, réussir, ça ressemble à quoi ?











