Introduction : De la commande ‘format C:’ à ChatGPT, itinéraire d’un pionnier malgré lui
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle nous semble presque magique. Nous dialoguons avec ChatGPT, commandons nos appareils à la voix et obtenons des réponses en une fraction de seconde. Mais cette facilité déconcertante masque des décennies d’essais, d’erreurs et de technologies balbutiantes. Pour vraiment comprendre la révolution que nous vivons, il faut parfois revenir aux origines, à une époque où faire de la musique sur un ordinateur relevait de la science-fiction et où la commande la plus simple pouvait anéantir des heures de travail. C’est ce voyage que nous vous proposons à travers le parcours fascinant de Laurent Jean, plus connu sous le nom de Jessy SEO Noob. Un parcours qu’il qualifie lui-même avec humour de celui de ‘Forrest Gump’, où chaque étape, chaque obstacle, chaque ‘erreur’ monumentale l’a conduit, sans qu’il ne le sache, vers une compréhension profonde des mécanismes qui animent aujourd’hui les IA les plus avancées.
Loin des cursus d’ingénieur prestigieux, Laurent a tracé sa voie à une époque où l’information était rare et précieuse. Une époque où il fallait se rendre à la Fnac pour noter une ligne de commande sur un bout de papier, sans en comprendre les conséquences potentiellement désastreuses. Son histoire n’est pas seulement celle d’un entrepreneur, c’est une véritable archéologie de l’informatique grand public. Elle nous rappelle que derrière chaque interface intuitive se cachent des lignes de commande obscures, derrière chaque voix synthétique parfaite, des robots à la prononciation approximative. Ce récit est une plongée dans les fondations de notre monde numérique, un témoignage essentiel pour quiconque souhaite non seulement utiliser les outils d’IA, mais aussi en saisir l’essence, les limites et le potentiel vertigineux. Préparez-vous à découvrir comment une guitare, un groupe de lycée et une bonne dose de persévérance ont pavé la voie vers l’expertise en intelligence artificielle.
Un chemin inattendu : Des bancs du lycée aux premières lueurs du web
Le parcours de nombreux experts de la tech semble souvent tracé d’avance : des études brillantes, une passion précoce pour les mathématiques et une voie royale vers l’informatique. Mon histoire est radicalement différente. Elle commence là où beaucoup pensaient que les choses s’arrêtaient : en filière professionnelle. J’étais, comme on dit, de la dernière session du ‘bac G’, une orientation pour ceux qui, comme moi, n’étaient pas ‘trop bons dans les matières’. Avec un fier ‘trois de moyenne en maths’, on m’a logiquement orienté vers le commerce. Pourtant, avec le recul, je ne regrette rien. C’est là que j’ai touché du doigt des concepts fondamentaux.
‘Toutes les bases que j’ai aujourd’hui, elles viennent aussi de cette époque là de ce bac G3 que j’ai fait où on nous a appris un petit peu les ficelles du marketing.’
Le besoin de concret comme boussole
Cette expérience a forgé une conviction profonde en moi : j’ai besoin de concret. L’apprentissage par cœur, déconnecté de toute application pratique, ne m’a jamais convenu. J’ai besoin de savoir à quoi sert une connaissance pour qu’elle s’ancre en moi. C’est une caractéristique que je traîne encore aujourd’hui, et qui explique en grande partie ma manière d’aborder la technologie : par l’expérimentation et la résolution de problèmes. Mon passage éclair à l’université en filière AES, remplie de mathématiques et de statistiques abstraites, n’a fait que confirmer cette intuition. J’ai arrêté au bout d’un trimestre, tout simplement parce que ce n’était pas moi. Je ne savais pas ce que je voulais faire, mais je savais ce que je ne voulais plus : apprendre pour apprendre.
Les premiers pas sur la toile : L’ère d’Altavista et des portails faits maison
Mon premier vrai contact avec ce qui allait devenir mon univers s’est fait dans un cadre associatif. Engagé via un dispositif ’emploi jeune’, je me suis retrouvé à gérer l’informatique d’une association d’immobilier social. À cette époque, l’informatique, c’était créer des petites bases de données sur Access. Puis est arrivé Internet, non pas via la fibre optique, mais par des CD gratuits trouvés dans les magazines. On a acheté un modem sans vraiment savoir ce que c’était. C’était l’ère d’AOL, et l’accès à l’information était un parcours du combattant.
‘À l’époque c’était encore Altavista quoi. Et du coup j’avais commencé par faire un portail parce que […] on avait tout le temps besoin en fait d’aller chercher des numéros, tu vois des trucs des organismes sociaux et tout ça.’
Avec l’outil de l’époque, Frontpage, j’ai bricolé un mini-portail, une sorte d’annuaire qui centralisait les informations dont nous avions besoin. C’était ma première page en ligne, une sorte de Yahoo personnel, bien avant que Google ne devienne le réflexe universel. Cet épisode anodin a posé sans que je le sache la première pierre de mon futur parcours : utiliser la technologie pour résoudre un problème tangible et simplifier l’accès à l’information.
La musique, ce moteur inattendu qui m’a fait formater mon disque dur
Si je devais identifier le point de bascule, le moment où l’informatique est passée d’un outil de travail à une véritable quête personnelle, ce serait sans hésiter à cause de la musique. Au lycée, avec des amis, nous avions monté un petit groupe. On jouait terriblement faux, mais avec une énergie folle. On avait placardé des affiches partout et rempli la salle, ce qui avait touché la proviseure. L’année suivante, elle a fait venir un professeur de musique pas comme les autres. C’était l’un des pionniers de la MAO, la Musique Assistée par Ordinateur. Pour nous qui ne jurions que par nos ‘vrais instruments’, voir débarquer un ordinateur était déroutant. Mais ce professeur nous a ouvert un monde : il nous a appris à utiliser la machine pour compléter notre groupe. Nous n’avions pas de batteur, pas de bassiste, pas de synthé. L’ordinateur est devenu notre musicien manquant. C’est là que le déclic s’est produit : la machine n’était pas qu’un outil de bureautique, c’était un instrument de création.
L’épisode du 386 et de la commande maudite
Quelque temps plus tard, après avoir abandonné la fac, le père de ma petite amie de l’époque, me voyant désoeuvré, me donne un vieux PC, un 386. Ma première pensée a été : ‘Génial, je vais pouvoir faire de la musique avec !’. Je l’ai ramené chez moi, plein d’espoir, je l’ai allumé… et je n’ai rien reconnu. J’étais habitué à l’interface des Atari ST, les seuls à l’époque à avoir une prise MIDI intégrée pour brancher un synthé. Là, je me retrouvais face à un écran noir avec des lignes de texte : MS-DOS. Aucun logiciel de musique en vue. Mon obsession était de comprendre comment faire de la musique, et je me suis dit que la clé devait se trouver dans ce mystérieux ‘MS-DOS’. N’ayant pas d’argent, je suis allé à la Fnac, j’ai ouvert un livre sur le sujet et j’ai noté la toute première commande que j’ai vue, sans lire l’explication.
‘La première commande qui me passe, c’est format C 2 points. Tu vois, donc je note ça sur un bout de papier, je rentre chez moi. […] Je tape à entrer, j’étais trop content de moi, la première commande que je fais et puis il se passe plus rien quoi.’
J’avais tout simplement effacé l’intégralité du disque dur, y compris le système d’exploitation. Je venais de ‘flinger’ l’ordinateur. Cette erreur monumentale, loin de me décourager, a été le véritable point de départ de mon apprentissage. J’étais obligé de comprendre. J’ai dû acheter le livre, trouver des disquettes pour réinstaller MS-DOS, et apprendre à gérer les fichiers, la mémoire, les configurations. C’était le début de mon parcours à la ‘Forrest Gump’, une succession d’événements et d’erreurs qui m’ont forcé à acquérir des compétences fondamentales, brique par brique.
Les premières étincelles d’IA : Quand l’ordinateur a commencé à me parler
Ma quête musicale m’a finalement mené dans un magasin d’informatique. Un problème de carte mère m’a forcé à ouvrir la machine pour la première fois. Le vendeur, au lieu de me proposer une réparation coûteuse, m’a simplement dit de le faire moi-même. Cette confiance inattendue m’a décomplexé. J’ai donc acheté une nouvelle carte mère, et en regardant les composants, j’ai vu qu’ils vendaient aussi des cartes son. C’était la pièce manquante ! Je me suis procuré une ‘Sound Blaster 16’, une référence à l’époque. En l’installant, j’ai enfin pu brancher ma guitare et m’enregistrer. Mon objectif initial était atteint. Mais dans le lot de logiciels fournis avec la carte, se cachait une petite pépite, un utilitaire qui allait changer ma perception de l’informatique pour toujours.
La découverte fascinante du Text-to-Speech
Ce petit programme permettait de faire du ‘texte vers parole’ (Text-to-Speech). Vous tapiez un texte, et une voix synthétique, incroyablement robotique et de piètre qualité, le lisait à voix haute. J’ai été absolument fasciné.
‘Je te parle, c’était il y a longtemps. Et ça ça ça permettait donc tu avais une voix synthétisée qui était vraiment merdique et mais qui fonctionnait. […] Et moi ça m’avait fasciné ce truc là.’
Pour moi, qui n’aimais pas lire, c’était une révélation. J’ai immédiatement imaginé les possibilités. J’ai alors mis au point mon premier ‘hack’ de productivité : je copiais les textes que je devais lire dans le logiciel, et j’enregistrais le son qui sortait de la carte son en le réinjectant dans l’entrée micro. Je créais mes propres livres audio primitifs. C’était déjà, en essence, une forme d’intelligence artificielle : transformer une information textuelle en une information vocale. C’était la première fois que la machine faisait plus que simplement exécuter une commande ; elle interprétait et transformait des données pour moi.
De la parole au texte : Le long apprentissage de la reconnaissance vocale
Cette première expérience a été suivie, quelques années plus tard avec Windows 95, par une autre technologie révolutionnaire : ‘Dragon Dictate’, l’ancêtre de tous les systèmes de reconnaissance vocale. Cette fois, le processus était inversé : on parlait, et l’ordinateur transcrivait. Le contraste avec aujourd’hui est saisissant. Actuellement, n’importe quel smartphone transcrit la voix de n’importe qui instantanément. À l’époque, le processus était laborieux. Il fallait un CD d’installation, puis passer des heures à lire des textes prédéfinis pour que le logiciel ‘apprenne’ à reconnaître spécifiquement votre voix, votre intonation, votre accent. Chaque utilisateur devait entraîner son propre modèle.
‘À l’époque en fait, j’étais obligé de de faire d’abord tu avais un CD […] et en fait tu devais dire des textes pour qu’il reconnaisse ta voix. Tu vois ?’
Ces deux technologies, le Text-to-Speech et le Speech-to-Text, étaient les deux faces d’une même pièce. Elles constituaient les fondations de l’interaction naturelle entre l’homme et la machine. C’est exactement le même principe qui est à l’œuvre aujourd’hui dans les modèles de langage comme ChatGPT : comprendre et générer du langage humain. Mon parcours m’a permis de voir naître et grandir ces technologies, de l’intérieur, par la pratique et l’expérimentation.
Leçons d’un parcours ‘Forrest Gump’ à l’ère de l’intelligence artificielle
Rétrospectivement, mon voyage dans le monde de la tech ressemble à une succession de hasards et de nécessités. Chaque problème, de la programmation d’un magnétoscope VHS – qui était à l’époque un défi technologique majeur pour beaucoup – à la réparation de mon propre ordinateur, m’a forcé à apprendre. Cette approche, que je qualifie de ‘parcours de Forrest Gump’, m’a enseigné une leçon cruciale : l’innovation la plus profonde vient souvent de la tentative de résoudre un problème personnel et concret. Mon objectif n’était pas de devenir un expert en informatique, mais de faire de la musique. C’est cette passion qui m’a guidé à travers les complexités de MS-DOS, des cartes mères et des premiers logiciels d’IA. Ce cheminement est la clé pour comprendre la philosophie qui sous-tend les avancées actuelles. Les créateurs de ces technologies ne cherchent pas seulement à construire des algorithmes complexes ; ils cherchent à rendre la machine plus humaine, plus accessible, à lui faire faire le café, comme on dit en plaisantant.
Le fossé des générations : De la rareté de l’information à l’instantanéité
La différence la plus frappante entre mes débuts et aujourd’hui est sans conteste l’accès à l’information. J’ai appris en galérant, en lisant des manuels, en faisant des erreurs coûteuses. Aujourd’hui, je vois mon fils de huit ans interagir avec la technologie avec une fluidité déconcertante.
‘Il suffit juste qu’ils se posent la question. Qu’est-ce que je ne sais pas ? Il va aller poser la question à Alexa. […] S’il se dit que l’information qui lui est donnée c’est complètement à côté de la plaque […] il va aller sur la télé. Sur la télé on a Google qui est même sans écrire.’
Il n’a pas besoin de savoir lire ou écrire pour accéder à la quasi-totalité du savoir humain. La courbe d’apprentissage s’est effondrée. Ce qui me prenait des semaines de recherche et d’essais leur prend quelques secondes de commande vocale. C’est une transformation radicale qui montre à quel point l’objectif de rendre l’interface homme-machine invisible est en passe d’être atteint. Nous sommes passés d’un monde où nous devions apprendre le langage de la machine (les lignes de commande) à un monde où la machine apprend le nôtre.
Une perspective historique pour mieux s’adapter
Avoir vécu cette transition de l’intérieur me donne une perspective unique sur les outils actuels comme ChatGPT. Je ne les vois pas comme une boîte noire magique, mais comme l’aboutissement logique de décennies de travail. Le principe de base de ChatGPT, qui est de prédire le mot suivant dans une phrase, est une version extraordinairement sophistiquée de ce que ‘Dragon Dictate’ tentait de faire en reconnaissant ma voix. Comprendre d’où l’on vient permet de mieux appréhender où l’on va. Cela permet de démystifier l’IA, de comprendre qu’elle n’est ‘qu’une interface’ hyper-puissante reposant sur des bases de données gigantesques, comme celle de GPT-3 où Wikipédia ne représente que 5%. Cette perspective historique est, je pense, essentielle pour ne pas être un simple utilisateur passif, mais pour devenir un acteur éclairé de cette révolution, capable de s’adapter, d’innover et de continuer à chercher les petits ‘hacks’ qui nous rendent plus productifs et plus créatifs.
Conclusion : Votre propre ‘format C:’ est le début de l’aventure
Le voyage de l’écran noir de MS-DOS aux interfaces conversationnelles de l’IA est bien plus qu’une simple histoire de progrès technique. C’est un témoignage du pouvoir de la curiosité humaine, de la persévérance face à l’échec et de la recherche incessante de solutions à nos propres problèmes. Mon parcours, jalonné d’erreurs, de détours et de découvertes fortuites, prouve qu’il n’existe pas de chemin unique vers l’expertise. L’échec scolaire n’est pas une fin en soi, et une passion, aussi éloignée soit-elle de la technologie, peut devenir le plus puissant des catalyseurs d’apprentissage. L’épisode du ‘format C:’, qui aurait pu être la fin de ma courte carrière en informatique, en a été le véritable commencement.
Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre à une époque où les barrières à l’entrée n’ont jamais été aussi basses. L’information est à portée de voix, et les outils pour créer sont plus accessibles que jamais. La leçon de cette histoire n’est donc pas de regretter le passé, mais de s’inspirer de son esprit pionnier. N’ayez pas peur d’expérimenter, de ‘casser’ des choses pour comprendre comment elles fonctionnent. Trouvez votre propre ‘musique’, ce projet qui vous passionne au point de vous faire soulever des montagnes techniques. Posez-vous la question : quel problème personnel, quelle frustration quotidienne, puis-je résoudre avec les outils incroyables dont je dispose ? C’est en répondant à cette question, en créant vos propres raccourcis et vos propres solutions, que vous ne vous contenterez pas d’utiliser l’avenir, mais que vous participerez à sa construction. Votre prochain ‘format C:’ n’est peut-être pas une erreur, mais le premier pas vers votre plus grande réussite.
FAQ : Vos questions sur le parcours de Laurent Jean et les débuts de l’IA
Comment la musique peut-elle être une porte d’entrée vers l’informatique ?
La musique, en particulier la Musique Assistée par Ordinateur (MAO), agit comme un formidable catalyseur pour l’apprentissage de l’informatique. Elle transforme l’ordinateur, perçu comme un outil de travail austère, en un instrument de création. Ce changement de perspective motive à surmonter des obstacles techniques complexes. Pour Laurent, le désir de compléter son groupe de musique avec une batterie ou une basse virtuelles l’a poussé à comprendre le fonctionnement interne de la machine, de l’installation de logiciels spécifiques à la gestion du matériel comme les cartes son et les interfaces MIDI. La passion devient alors le moteur qui rend l’apprentissage non seulement nécessaire, mais aussi passionnant.
‘En réalité ben je me suis mis à l’informatique à cause de ça quoi. C’est que en fait lorsque j’étais au lycée […] on avait monté un petit groupe avec des potes et […] le prof de musique […] faisait de la MAO. Donc la musique assistée par ordinateur.’
Quelle était la plus grande difficulté pour apprendre l’informatique dans les années 90 ?
La principale difficulté dans les années 90 résidait dans l’accès quasi inexistant à l’information et au support. Contrairement à aujourd’hui où Google, YouTube ou les forums offrent des solutions instantanées, il fallait se débrouiller seul. L’apprentissage passait par la lecture de manuels techniques denses, et la moindre erreur, comme la fameuse commande ‘format C:’, pouvait avoir des conséquences désastreuses sans solution de secours facile. L’information était une ressource rare qu’il fallait aller chercher physiquement, par exemple en bibliothèque ou à la Fnac. Cette contrainte forçait à un apprentissage par l’erreur, plus lent mais aussi plus profond et formateur.
‘On a Google et cetera. À l’époque c’était encore Altavista quoi. […] Je regarde donc à la Fnac le bouquin MS DOS. Donc je prends un bouquin MS DOS et comme j’avais pas de sous, bah je note sur un bout de papier la première commande qui me passe quoi.’
Qu’est-ce que le ‘Text-to-Speech’ et comment fonctionnait-il à ses débuts ?
Le ‘Text-to-Speech’ (ou synthèse vocale) est une technologie qui convertit un texte écrit en parole. À ses débuts dans les années 90, sur des machines grand public, cette technologie était très rudimentaire. Intégrée à des logiciels fournis avec des cartes son comme la Sound Blaster 16, elle produisait une voix très robotique, métallique et peu naturelle. Malgré cette qualité médiocre, c’était une avancée fascinante car elle représentait une des premières formes d’intelligence artificielle accessible au grand public, où la machine interprétait une donnée (le texte) pour en générer une autre sous une forme complètement différente (le son). C’était une première étape vers une interaction plus humaine avec l’ordinateur.
‘Je vois en fait un petit logiciel qui était en utilitaire avec […] cette Sound Blaster 16 qui permettait de faire du texte vers parole. Et tu vois j’ai été […] impressionné par ce ce ce petit truc là, tu vois. […] Tu avais une voix synthétisée qui était vraiment merdique mais qui qui qui qui fonctionnait.’
En quoi le parcours de Laurent Jean est-il comparable à celui de ‘Forrest Gump’ ?
Laurent utilise la métaphore de ‘Forrest Gump’ pour décrire un parcours où il s’est retrouvé au bon endroit au bon moment, avançant par une succession d’événements et de hasards plutôt que par un plan de carrière défini. Comme le personnage du film, il a traversé des moments clés de l’histoire de la technologie (les débuts d’internet, de la MAO, de l’IA grand public) sans avoir initialement l’intention de devenir un expert. Chaque étape, chaque problème résolu, souvent par nécessité ou par accident, lui a permis d’acquérir des compétences qui se sont avérées cruciales par la suite. C’est une progression organique, guidée par la curiosité et les circonstances, plutôt que par une ambition planifiée.
‘J’ai avec le recul, j’ai je pense que j’ai vraiment en fait le parcours de Forest Gump mais vraiment en fait dans la démarche des choses.’
Quelle est la différence majeure entre l’apprentissage de la technologie pour les anciennes et les nouvelles générations ?
La différence fondamentale réside dans la friction et la disponibilité de l’information. L’ancienne génération a appris dans un environnement de rareté où chaque connaissance devait être conquise par l’effort, la lecture de documentation et l’expérimentation. La nouvelle génération évolue dans un monde d’abondance d’informations, où la friction a presque disparu. Grâce aux assistants vocaux et aux moteurs de recherche, l’accès au savoir est immédiat et ne requiert même plus de savoir lire ou écrire. La courbe d’apprentissage est ainsi radicalement accélérée, passant de semaines de recherche à quelques secondes de requête vocale. Cela change complètement le rapport à la connaissance et à la résolution de problèmes.
‘Tout ce que j’ai galéré pour pouvoir arriver à faire ce que je fais maintenant, eux ils l’ont mais vraiment enfin il suffit juste qu’ils se posent la question. Qu’est-ce que je ne sais pas ? Il va aller poser la question à Alexa.’
Un parcours scolaire atypique est-il un frein pour réussir dans la technologie ?
Absolument pas, et le parcours de Laurent en est la preuve. Un cursus non traditionnel, comme un bac professionnel (Bac G), peut même devenir un atout. Ces filières, souvent plus concrètes et orientées vers l’application pratique, peuvent forger un état d’esprit de ‘faiseur’ et de ‘problem-solver’ qui est essentiel dans la tech. L’absence de formatage académique peut également encourager une plus grande créativité et une capacité à penser différemment. La réussite dans ce domaine dépend bien plus de la curiosité, de la persévérance et de la capacité à apprendre par soi-même que des diplômes obtenus.
‘Je regrette pas en fait comment on m’envoyait là parce que toutes les bases que j’ai aujourd’hui elles viennent aussi de de cette époque là […] Moi je suis quelqu’un qui est qui a besoin en fait de concret, de savoir qu’est-ce que lorsque j’apprends quelque chose, je veux savoir quelle est l’utilité.’
Comment les premières IA grand public ont-elles préparé le terrain pour des outils comme ChatGPT ?
Les premières IA grand public, comme les logiciels de Text-to-Speech des années 90 ou les premiers systèmes de reconnaissance vocale, ont joué un rôle crucial de démystification et de fondation. Elles ont habitué le public à l’idée qu’une machine pouvait comprendre et manipuler le langage humain. Techniquement, elles ont posé les bases des défis à relever : la reconnaissance de la voix, l’analyse sémantique, la génération de langage naturel. Chaque avancée, comme le passage d’un système qui devait être entraîné pour chaque voix à un système universel, a été une étape indispensable. ChatGPT est l’aboutissement de décennies de cette recherche et développement, bénéficiant d’une puissance de calcul et de volumes de données inimaginables à l’époque.
‘Le fonctionnement de l’intelligence artificielle. C’est-à-dire que même le donc de de de de de faire de de l’avoir vers vers vers le texte, donc du coup ça ça ça il fallait qu’il puisse transcrire ce que tu disais avec les mots qui faisaient partie du référentiel de ton langage.’




