La philosophie commune derrière des projets que tout oppose
Guillaume Passaglia est le co-fondateur de projets aussi divers que Vie de merde (VDM), un site culte de partage d’anecdotes, 5euros.com, une marketplace de microservices, et Betaseries, une application pour les fans de séries. À première vue, aucun lien évident. Pourtant, une discussion avec lui révèle un fil rouge : une philosophie bien précise du développement de produit, qui est la clé de ses succès.
De VDM à 5euros.com : un fil rouge inattendu
Entre un site d’humour, une plateforme pour freelances et un outil pour sériephiles, le point commun ne saute pas aux yeux. L’animateur du podcast Marketing Mania le souligne : « Sur la surface, il y a aucun rapport entre tous ces projets. » Mais c’est en creusant que la stratégie de Guillaume se dévoile.
Le marketing intégré au cœur du développement de produit
La thèse fondamentale de Guillaume est simple mais puissante. Pour lui, le marketing n’est pas une couche que l’on ajoute à la fin pour vendre un produit. Au contraire, le meilleur marketing est intrinsèquement lié au produit lui-même. Comme il le résume : « le meilleur marketing, c’est de faire évoluer votre produit selon les besoins de votre communauté. » C’est cette approche, centrée sur l’utilisateur et sa communauté, qui a permis à chacun de ses projets de prospérer, en créant des outils que les gens aiment et veulent utiliser.
Gérer plusieurs projets en parallèle : le secret d’un entrepreneur en série
Une question se pose inévitablement : comment gérer autant de projets différents sans se disperser ? Guillaume a développé des méthodes pour jongler avec ses casquettes de co-fondateur de Betaseries, 5euros.com et Adback, un outil contre l’ad-blocking.
L’importance de l’entourage et la spécialisation
La première réponse de Guillaume est claire : « Bon en fait, déjà je suis pas seul. C’est ça c’est important. d’être entouré des bonnes personnes et des personnes aux bons postes, ça c’est capital parce que bien entendu je vais pas pouvoir tout gérer tout seul et tout manager, c’est impossible. » Il insiste sur le fait que chaque projet a des équipes dédiées et que son niveau d’implication varie. Sa spécialité personnelle ? Il la définit sans hésiter : « Moi vraiment ma spécialité maintenant, c’est de monter des communautés. donc c’est pour ça ben 5 €, c’est vraiment très communautaire. Betaseries c’est encore plus communautaire. à l’époque vide merde, tu peux te douter que c’était ultra communautaire. »
Définir sa contribution : du haut niveau au terrain
Son rôle au quotidien sur un projet comme 5euros.com est double. D’un côté, il est le gardien de la vision. « C’est vraiment d’apporter la motivation à l’équipe, d’être là pour donner l’idée, les grandes lignes, d’apporter les lignes directrices. » De l’autre, il n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. « Je suis là aussi au quotidien bah pour faire les tâches quand les salariés soient en vacances soit soient juste en weekend parce qu’une communauté ça ne s’arrête jamais. […] Je peux très bien faire du très bas niveau comme du très très haut niveau tout dépend un petit peu le le moment où je dois intervenir en fait. »
Maintenir le cap : la vision d’entreprise face aux imprévus
L’entrepreneuriat est un parcours semé d’embûches. Guillaume explique comment il a appris à garder le cap, notamment en sachant sur quoi se concentrer et quand abandonner une fausse bonne idée.
Relativiser pour ne pas se laisser submerger
Face à la pression et aux inévitables problèmes, l’expérience aide. « Non, on apprend à on apprend vraiment à intégrer les choses et on apprend surtout à relativiser. C’est vrai qu’au début on se fait une montagne sur sur des petites choses. » La clé, selon lui, est de rester fidèle à ses principes fondateurs : « Il faut surtout avoir foi en ton projet, foi en ce que tu fais, foi en tes bases, ça c’est le plus important. […] Si après bah il y a des petits quoi, c’est pas très grave, on apprend à relativiser mais on se rend compte que si notre ligne directrice est bonne derrière ça finit toujours par par réussir. » Son rôle principal est donc de maintenir cette ligne directrice, cette vision qui assure la cohérence du projet sur le long terme.
L’art d’abandonner : savoir dire stop face aux coûts irrécupérables
L’un des plus grands pièges pour un entrepreneur est de s’entêter dans une direction qui ne mène nulle part, simplement parce qu’on y a déjà investi du temps et de l’énergie. Guillaume a appris à reconnaître ces situations. « Ce que tu peux souvent faire, c’est-à-dire donner de l’importance à une fonctionnalité et qui finalement n’est pas si capitale que ça. Et tu vas peut-être y passer 1 mois, 2 mois, 3 mois et tu vas t’enfoncer là-dedans. » Sa solution ? Le courage de trancher. « À certains moments, il faut se dire non là stop, on arrête. oui, il y a des choses qui me viennent en tête là-dessus, c’est c’est des pas d’exemples précis mais je veux dire des fonctionnalités qu’on a voulu mettre en place et on voyait que on patine, on avance pas. Et à ce moment-là, c’est aussi notre rôle de dire non, là on arrête, on pose tout, on a perdu deux mois, c’est pas grave, on fait autre chose. » Cette capacité à se réorienter est, pour lui, une condition essentielle de la réussite.
5euros.com : décryptage d’un modèle économique de marketplace disruptif
5euros.com s’est imposé sur le marché français des microservices face à des géants comme Fiverr. Son succès repose en grande partie sur un modèle économique et une philosophie radicalement différents, pensés pour les vendeurs.
Une commission juste : le pilier du modèle économique de la marketplace
Quand il a conçu 5euros.com, Guillaume est parti d’un constat simple sur les commissions pratiquées par les autres plateformes, souvent autour de 15-20%. « Moi je trouve que c’est du vol tout simplement et je trouve que c’est absolument pas fair-play pour l’ensemble de l’économie et surtout pour les gens qui travaillent. » Il explique sa logique : le service rendu par la plateforme est le même, que la commande soit de 10 € ou de 1000 €. Une commission proportionnelle lui semble donc malhonnête. Il a donc bâti un système différent : « On faisait une commission qui était à 1 € fixe quel que soit le montant de la commande. » Si un client paie 100 €, le vendeur en touche 99 (avant frais de transaction). Ce modèle a évolué avec un système d’abonnement premium (5 € ou 30 € par mois) pour les vendeurs souhaitant bénéficier de cette commission minimale, mais le principe reste le même : la prévisibilité et la justesse. Ce respect des vendeurs est un argument clé : « c’est pour ça d’ailleurs que les vendeurs restent et au contraire les vendeurs font venir leurs clients sur 5 €. »
Comment 5euros.com se différencie de son concurrent Fiverr
Fiverr, le géant américain, a bien tenté de percer en France, sans succès. Selon Guillaume, l’échec vient d’une mauvaise adaptation culturelle. « Quand ils ont donc voulu repartir sur l’Europe ils se sont plantés. » Il pointe plusieurs raisons. D’abord, le nom : « Fiverr quand il se lance en France, il a un nom qui s’appelle Fiverr qui est enfin qui qui ne veut rien dire pour les français parce que Fiverr c’est 5 dollars là-bas. » Ensuite, la communication : « Nous on a tendance à préférer des choses un peu plus un peu plus proche de nous, les Américains ils aiment bien les choses un petit peu bourrine, un petit peu c’est moi les meilleurs […]. Nous on n’est pas comme ça en France. » 5euros.com a donc pris le contre-pied en adoptant une approche plus européenne, en changeant le modèle de commission et en construisant une communication plus proche de sa cible.
De Vie de Merde à F*ck My Life : les clés pour lancer un concept à l’international
L’histoire de l’expansion de Vie de Merde aux États-Unis est une leçon magistrale sur l’importance de l’adaptation culturelle.
L’importance cruciale du nom et de l’adaptation culturelle
Le succès de VDM en France tenait beaucoup à son nom, percutant et mémorable. Pour l’international, la simple traduction ne suffisait pas. Guillaume raconte leurs tentatives : « On a essayé d’autres noms qui essayaient de s’en rapprocher, on s’est planté royalement avec exactement le même site exactement le même concept, exactement les mêmes anecdotes. » Le déclic est venu avec le troisième essai, F*ck My Life (FML). Le résultat fut spectaculaire. « On a rien changé au site, on a rien changé aux anecdotes, on a juste changé le nom et le nom de domaine et là en 2 semaines bah tu passes de zéro à 500 000 visites jours. Voilà. » Cette anecdote prouve, selon lui, qu’un détail comme le nom est absolument capital et doit résonner avec la culture locale.
Comment construire une communauté et lancer une marketplace de zéro
Toutes les plateformes de Guillaume reposent sur une communauté. Mais comment la créer quand on part de rien ? C’est le fameux problème de l’œuf et de la poule.
Résoudre le dilemme de l’œuf et de la poule
Une marketplace a besoin de vendeurs pour attirer des acheteurs, et d’acheteurs pour attirer des vendeurs. C’est un défi de taille. « Pour qu’il y ait des anecdotes, il faut qu’il ait des gens et pour qu’il y a des gens bah il faut qu’il y ait des bonnes anecdotes. Sinon ça peut pas marcher. C’est la même chose. » La stratégie de Guillaume pour surmonter cet obstacle est claire : il faut du temps et une approche manuelle.
Le « cœur de communauté » : la stratégie pour attirer les premiers utilisateurs
Il déconseille l’approche classique des startups qui lèvent des fonds et inondent le marché de publicité. Pour lui, la clé est de construire une base solide, un « cœur de communauté ». Il explique : « il faut après prendre son bâton de pèlerin et aller chercher ce qu’on appelle le cœur de communauté. Le cœur de communauté, c’est les personnes qui vont être le plus réceptive à ton projet. » Pour VDM, ce furent les gamers, un milieu que les fondateurs connaissaient bien. Pour 5euros.com, cela a impliqué d’aller démarcher un par un les premiers vendeurs : « il a fallu aller parler à des gens à des à des vendeurs, à des illustrateurs, à des graphistes, à des à des personnes qui écrivent… » Ce noyau initial est fondamental pour lancer la dynamique.
Un site se construit avec sa communauté, pas pour elle
Enfin, la leçon la plus importante de Guillaume est que ce processus de construction ne s’arrête jamais. « Un site, ça se construit avec sa communauté. Obligatoirement. » Lancer un produit avec des fonctionnalités de base, attirer un premier cercle d’utilisateurs, puis écouter leurs retours pour faire évoluer le produit en continu. C’est cette boucle vertueuse qui, selon lui, est le véritable moteur de la croissance et le meilleur marketing qui soit.
Questions fréquentes sur la création de communauté et de marketplace
1. Quelle est la philosophie de développement de produit de Guillaume Passaglia ?
Sa philosophie repose sur l’idée que le produit lui-même est le meilleur outil marketing. Pour cela, il doit être développé en symbiose avec sa communauté, en évoluant constamment pour répondre à ses besoins réels.
« Le meilleur marketing, c’est de faire évoluer votre produit selon les besoins de votre communauté. »
2. Comment le modèle économique de 5euros.com diffère-t-il de celui de Fiverr ?
5euros.com se distingue par un modèle de commission jugé plus juste pour les vendeurs : une commission fixe de 1€ par transaction (accessible via un abonnement), contre un pourcentage de 20% prélevé par Fiverr sur chaque vente, quel que soit le montant.
« On faisait une commission qui était à 1 € fixe quel que soit le montant de la commande. […] Moi je trouve que c’est du vol tout simplement et je trouve que c’est absolument pas fair-play [les commissions en pourcentage]. »
3. Pourquoi Vie de Merde est-il devenu F*ck My Life aux États-Unis ?
Le nom a été changé pour mieux correspondre à la culture et à la langue américaines. Après l’échec de tentatives de traductions plus littérales, le choix de « F*ck My Life » a provoqué une croissance explosive, prouvant l’impact décisif du nom de marque à l’international.
« On a juste changé le nom et le nom de domaine et là en 2 semaines bah tu passes de zéro à 500 000 visites jours. Voilà. Et en fait c’est juste une démonstration qui prouve que un détail des fois comme le nom peut tout changer. »
4. Comment lancer une marketplace et résoudre le problème de l’œuf et de la poule ?
La solution est de construire un « cœur de communauté » initial. Cela consiste à aller chercher manuellement les premiers utilisateurs (vendeurs ou acheteurs) les plus susceptibles d’adopter le projet, afin de créer une première base d’offres et d’activité pour attirer ensuite un public plus large.
« Il faut après prendre son bâton de pèlerin et aller chercher ce qu’on appelle le cœur de communauté. Le cœur de communauté, c’est les personnes qui vont être le plus réceptive à ton projet. »
5. Quel est le rôle principal d’un chef d’entreprise selon Guillaume Passaglia ?
Le rôle principal d’un chef d’entreprise est de définir et de maintenir la vision et la ligne directrice du projet. Il est là pour recadrer les équipes lorsque c’est nécessaire et s’assurer que le développement reste aligné avec les valeurs et les objectifs fondamentaux de l’entreprise.
« C’est un petit peu le but d’un chef d’entreprise, c’est-à-dire qu’on est là pour recadrer les choses […] on est là pour apporter l’idée, on est là pour apporter la vision. »
6. Comment Guillaume Passaglia gère-t-il plusieurs projets en même temps ?
Il y parvient en n’étant pas seul et en s’entourant de personnes compétentes à des postes clés pour chaque projet. Il adapte son niveau d’implication en fonction des besoins, se concentrant sur sa spécialité : la construction de communautés.
« Bon en fait, déjà je suis pas seul. C’est ça c’est important. d’être entouré des des bonnes personnes et des personnes au bons postes, ça c’est c’est capital parce que bien entendu je vais pas pouvoir tout gérer tout seul. »
7. Qu’est-ce que le « cœur de communauté » et comment le trouver ?
Le « cœur de communauté » désigne le premier groupe d’utilisateurs qui seront les plus réceptifs et engagés dans un nouveau projet. Pour le trouver, il faut identifier le public cible le plus sensible au concept (ex: les gamers pour VDM) et aller les démarcher directement.
« Le cœur de communauté, c’est les personnes qui vont être le plus réceptive à ton projet. Alors pour VDM, notre cœur de communauté, c’était les gamers parce que c’était eux finalement qui étaient on va dire le plus sensible à cet humour un peu décalé et et piquant. »
8. Pourquoi l’exécution d’une idée est-elle plus importante que l’idée elle-même ?
Parce qu’une excellente idée mal exécutée échouera, alors qu’une idée simple mais parfaitement exécutée peut connaître un grand succès. De nombreuses personnes peuvent avoir la même idée, mais la différence se fait dans la capacité à la concrétiser de manière efficace et pertinente pour les utilisateurs.
« Non, c’est pas forcément l’idée qui est qui est importante, c’est l’exécution surtout qui est surtout capitale. C’est surtout ça. Exécuter correctement un projet, exécuter correctement une idée, c’est beaucoup plus important finalement que l’idée de base. »




