Logo de l'épisode Qu'est-ce qu'une "entreprise libérée" ? - avec Jérôme Dumont du podcast Marketing Mania - Conversations d'entrepreneurs

Qu’est-ce qu’une « entreprise libérée » ? – avec Jérôme Dumont

Épisode diffusé le 8 octobre 2019 par Marketing Mania

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De l’idée à la première page : la naissance d’un best-seller dans un bar

Écrire un livre est souvent perçu comme un rêve lointain, un projet de longue haleine réservé à une élite. Pourtant, l’histoire de « La 25e Heure » prouve qu’une bonne idée, une bonne équipe et une méthode de travail intensive peuvent transformer une simple conversation en un succès de librairie. Pour Jérôme Dumont, l’un des co-auteurs, tout a commencé de la manière la plus inattendue qui soit.

D’une conversation entre amis à un projet concret

Contrairement à beaucoup d’auteurs, Jérôme n’avait pas ce qu’il appelle « un truc de gosse » de vouloir écrire un livre. L’aventure est née d’un moment de convivialité : « C’est vraiment parti de un délire entre potes dans un bar comme pas mal des projets que j’ai montés finalement. » Aux côtés de ses amis Baudoin et Guillaume Leclerc, des profils variés et complémentaires, les discussions tournaient souvent autour de la productivité et des astuces pour optimiser son temps.

« On aime bien partager les petits tips à la con de bah tu vois quand je rentre chez moi, j’allume mon four avant d’enlever mon manteau comme ça ça préchauffe. »

L’idée de compiler ces astuces dans un projet commun a rapidement germé. Plutôt que de se lancer dans le projet classique du bar que « tout le monde veut faire et que personne ne fait », ils se sont tournés vers l’écriture. L’objectif initial était modeste : créer un ebook, s’amuser et générer quelques revenus passifs. Le thème de la productivité s’est imposé comme une évidence.

Le défi : transformer l’idée en réalité en un seul week-end

La plupart des idées nées dans un bar s’évaporent le lendemain. Conscients de ce risque, Jérôme et ses amis ont décidé d’agir immédiatement pour concrétiser leur projet. « On a pris nos téléphones, on a dit bon bah les gars, vous êtes dispo quand ? » Un week-end a été bloqué deux semaines plus tard, une voiture réservée, et la machine était lancée. Cet engagement immédiat a été la clé pour ne pas laisser le projet s’enliser.

La méthode d’écriture « commando » : 60 heures pour 230 pages

Le pari était audacieux : rédiger l’essentiel d’un livre de plus de 200 pages en un seul week-end. Pour y parvenir, l’équipe a adopté une organisation quasi militaire et une méthode de travail ultra-intensive, prouvant que la productivité dont ils parlaient n’était pas qu’un concept théorique.

L’organisation du week-end d’écriture intensive

Le travail a commencé dès le trajet en voiture, où les chapitres ont été définis et répartis. Chacun s’est vu attribuer une partie en fonction de ses affinités : l’organisation pour Jérôme, la concentration pour Guillaume et l’accélération for Baudoin. Une fois sur place, le rythme était soutenu : réveil à 9h et travail non-stop jusqu’à 20h, du vendredi au dimanche.

Le « pomodoro géant » : une technique de productivité appliquée à l’écriture

Pour maintenir leur efficacité, ils ont utilisé une version adaptée de la célèbre technique Pomodoro. Au lieu des traditionnels cycles de 25 minutes, ils travaillaient par blocs d’une heure et demie. Jérôme explique : « On bossait une sorte de gros pomodoro. […] Toutes les heures et demie, on rédigeait, on se faisait une pause, on se relisait les uns les autres, on fumait une clope, on se donnait des conseils et boum, on repartait. » Cette alternance de travail intense et de pauses a permis de maintenir un haut niveau de concentration et de collaboration. Au total, ils estiment avoir cumulé environ 60 heures de travail efficace à trois sur le week-end.

Le résultat : 70 % du livre rédigé en trois jours

À la fin de ce week-end marathon, le résultat était impressionnant. « L’histoire dit qu’on l’a fait en un weekend, ce qui est à peu près vrai. En gros, on a fait on va dire 70 % du bouquin dans le weekend. » L’introduction, la conclusion et les trois chapitres principaux étaient bien avancés. Ce socle solide a été la base sur laquelle ils ont ensuite pu enrichir le contenu avec les retours des entrepreneurs qu’ils avaient contactés.

Construire la crédibilité : l’art de compiler le savoir de 300 startuppers

Un des défis majeurs pour trois auteurs inconnus était d’établir leur légitimité sur un sujet aussi populaire que la productivité. Leur solution a été aussi simple que brillante : s’appuyer sur l’expérience de ceux qui réussissent.

Le constat initial : « Qui sommes-nous pour écrire ça ? »

Dès le départ, l’équipe a fait preuve d’une grande lucidité. « Si on le sort, qui on est pour pour écrire ça quoi. Personne nous connaît, on a pas la légitimité. » Ils savaient qu’un livre écrit par « trois mecs pas connus » risquait de passer inaperçu. Pour contourner cet obstacle, ils ont décidé de faire de leur livre une compilation des meilleures pratiques du monde des startups.

La stratégie de la « tâche passive » : contacter son réseau

Avant même de commencer à écrire, ils ont lancé ce que Jérôme appelle une « tâche passive ». Sachant que la collecte de témoignages prendrait du temps, ils ont contacté massivement leur réseau : groupes Facebook de startuppers, contacts LinkedIn, amis d’amis. Le message était simple : « c’est quoi ton type de productivité ? ». Cette démarche a été lancée très tôt pour que les réponses arrivent pendant qu’ils avançaient sur la rédaction principale.

« On a lancé cette tâche tout de suite comme ça en parallèle, on peut avancer sur l’écriture du bouquin le temps que les gens reçoivent leur mails qui commencent à répondre et cetera. »

La passion des entrepreneurs pour le sujet a dépassé leurs attentes, avec des réponses allant du mail humoristique (« mon type de productivité, c’est de pas répondre à ce genre de mail ») à des entretiens approfondis. Cette matière première a considérablement enrichi le livre, lui donnant une profondeur et une crédibilité qu’il n’aurait pas eues autrement.

L’auto-édition : la voie royale vers le succès et l’indépendance

Face au monde intimidant de l’édition traditionnelle, Jérôme et ses co-auteurs ont opté pour l’auto-édition. Un choix qui s’est avéré être l’une des clés de leur succès, leur offrant une agilité et un contrôle total sur leur projet.

Le choix stratégique d’Amazon KDP et du « Print on Demand »

Initialement, l’équipe pensait qu’il était impossible de se faire éditer sans être connu. Ils se sont donc tournés vers la solution proposée par Amazon, connue aujourd’hui sous le nom de KDP (Kindle Direct Publishing). Le principe est révolutionnaire : le « Print on Demand ». « Quand quelqu’un va acheter ton livre sur Amazon, ils vont l’imprimer et ils vont lui envoyer. […] Tu as pas de frais de logistique, de stock et cetera. » Cette approche élimine le risque financier et la complexité logistique, rendant la publication accessible à tous.

Quand les éditeurs traditionnels frappent à votre porte

Le succès ne s’est pas fait attendre. Une fois les 5000 à 6000 ventes dépassées, la situation s’est inversée. Ce ne sont plus eux qui cherchaient un éditeur, mais les éditeurs qui sont venus à eux. « On a été contacté par Erol et puis après Hachette, Pearson. Je crois qu’on avait dû avoir entre 8 et 10 éditeurs qui sont venus vers nous pour nous dire ‘Ouais, il est cool votre bouquin’. » Après avoir étudié leurs propositions et compris le fonctionnement du marché, ils ont finalement décidé de rester indépendants, convaincus qu’ils pouvaient faire mieux eux-mêmes.

Les secrets d’un lancement réussi : créer l’effet boule de neige

Le succès initial de « La 25e Heure » n’est pas le fruit du hasard, mais d’une combinaison de facteurs bien orchestrés, notamment une excellente compréhension des mécanismes de promotion et des algorithmes de vente.

L’impact de la presse et l’effet viral

Si le bouche-à-oreille a joué un rôle, la couverture médiatique a été un accélérateur décisif. Un article dans Les Échos et un autre dans Merci Alfred ont provoqué des pics de ventes spectaculaires. « Quand on a eu l’article de Merci Alfred, on a dû faire […] entre 500 et 1000 ventes sur la journée. » Ce volume de ventes soudain a eu un effet secondaire majeur : il a propulsé le livre dans les classements d’Amazon.

Comprendre et utiliser l’algorithme d’Amazon

Jérôme compare l’algorithme d’Amazon à celui des app stores : il est basé sur la vélocité des ventes. « Si sur 24 heures, tu as 10000 téléchargements, tu vas te retrouver dans un top. » Le même principe s’applique aux livres. Un pic de ventes sur une courte période vous fait entrer dans le top des ventes, ce qui vous donne de la visibilité sur la page d’accueil, générant ainsi plus de vues et donc plus de ventes organiques. La leçon est claire :

« C’est assez intéressant de centraliser [une campagne] sur une période assez courte pour avoir un maximum d’impact et rentrer dans des tops qui eux-mêmes vont générer de la croissance organique. »

Le « newsjacking » : surfer sur l’actualité pour gagner en visibilité

Une autre stratégie efficace a été de lier le livre à des sujets d’actualité. Que ce soit la prévention du burnout ou les bonnes résolutions de la rentrée, trouver le bon angle permet de capter l’attention des journalistes. « C’est intéressant de réfléchir à se dire mon livre en fonction de la période ou des news, comment il peut surfer dessus et si tu contactes des journalistes les approcher avec cet angle là. » En leur prémâchant le travail, on augmente considérablement les chances d’obtenir une couverture médiatique.

L’ambition internationale : les défis de l’exportation d’un livre

Après le succès en France, l’étape suivante logique était de s’attaquer au marché américain. Une aventure qui s’est révélée plus complexe que prévu, riche en enseignements sur les spécificités de chaque marché.

Adapter, traduire et attaquer le marché américain

Pour séduire le public américain, une simple traduction ne suffisait pas. L’équipe a enrichi le livre avec des conseils d’entrepreneurs américains (Airbnb, Facebook…) pour le rendre plus pertinent, faisant passer le titre de « 200 startuppers » à « 300 startuppers ». Le processus de traduction a été minutieux, faisant appel à des professionnels pour obtenir un ton authentiquement américain. Malgré ces efforts, le succès n’a pas été au rendez-vous. « Là pas ouf. Ça n’a pas du tout pris. On a fait genre quelques centaines de ventes sur les premiers mois. »

Les leçons d’un lancement mitigé

Jérôme analyse cet échec avec recul : l’absence de présence sur place et de relations presse locales a été un frein majeur. Ce qui avait fonctionné en France n’était pas réplicable à distance sans un réseau local. Cette expérience a souligné l’importance de la distribution et de la promotion sur le terrain, ce qui les pousse aujourd’hui à rechercher un éditeur américain pour relancer le livre aux États-Unis.

FAQ : Vos questions sur l’auto-édition et l’écriture d’un livre

Est-il vraiment possible d’écrire un livre en un seul week-end ?

Oui, c’est possible d’en rédiger la majeure partie. La clé est une préparation en amont, une répartition claire des tâches et une méthode de travail ultra-intensive pendant une courte période.

Citation de Jérôme Dumont : « L’histoire dit qu’on l’a fait en un weekend, ce qui est à peu près vrai. En gros, on a fait on va dire 70 % du bouquin dans le weekend. »

Comment trouver suffisamment de contenu pour un livre sans être un expert reconnu ?

Une stratégie efficace est de compiler l’expertise des autres. En contactant un grand nombre de personnes dans un domaine précis via votre réseau, vous pouvez collecter des témoignages et des conseils qui formeront la matière première de votre livre.

Citation de Jérôme Dumont : « On s’est dit on va contacter ces gens-là parce que théoriquement si leur boîte marche encore, c’est que ils gère à peu près bien leur temps. »

Qu’est-ce que l’auto-édition sur Amazon KDP et le « Print on Demand » ?

C’est un service qui permet à n’importe qui de publier un livre sans frais initiaux. Le livre est imprimé et expédié par Amazon uniquement lorsqu’un client passe commande, ce qui élimine totalement les coûts de stock et de logistique pour l’auteur.

Citation de Jérôme Dumont : « Quand quelqu’un va acheter ton livre sur Amazon, ils vont l’imprimer et ils vont lui envoyer. C’est du Amazon Print on Demand. »

Comment promouvoir efficacement un livre en auto-édition ?

La stratégie la plus efficace est de concentrer tous les efforts de promotion (articles de presse, partenariats, publicité) sur une période très courte pour générer un pic de ventes massif. Ce pic déclenche les algorithmes des plateformes comme Amazon, qui augmentent la visibilité du livre et créent un effet boule de neige organique.

Citation de Jérôme Dumont : « Ça te fait rentrer dans le l’algo Amazon de top vente donc tu apparais sur la front page donc tu as plus de vues, donc tu as plus de vente et tu restes dessus en truc organique. »

Faut-il être déjà connu pour intéresser une maison d’édition ?

Pas nécessairement. Vous pouvez inverser la tendance en prouvant d’abord le potentiel de votre livre via l’auto-édition. Un succès commercial en indépendant est le meilleur argument pour attirer l’attention des éditeurs traditionnels.

Citation de Jérôme Dumont : « On a été contacté par Erol et puis après Hachette, Pearson. Je crois qu’on avait dû avoir entre 8 et 10 éditeurs qui sont venus vers nous pour nous dire ‘Ouais, il est cool votre bouquin’. »

Quels sont les avantages de l’auto-édition par rapport à un éditeur ?

Les principaux avantages sont le contrôle total sur le projet, des redevances potentiellement plus élevées, et un suivi des ventes en temps réel, contrairement au système de rapports trimestriels souvent opaque des maisons d’édition.

Citation de Jérôme Dumont : « Au lieu de recevoir un pauvre suivi tous les trimestres approximatif […] Là au jour le jour en tout cas avec Amazon tu as ça. »

Comment fonctionne l’algorithme de classement des livres sur Amazon ?

Il est basé sur la « vélocité » des ventes : un grand nombre de ventes sur une courte période est plus valorisé qu’un même nombre de ventes étalées dans le temps. L’objectif est de créer un pic pour entrer dans les classements et bénéficier d’une visibilité organique.

Citation de Jérôme Dumont : « C’est assez intéressant de la centraliser sur une période assez courte pour avoir un maximum d’impact et rentrer dans des tops qui eux-mêmes vont générer de la croissance organique. »

Comment approcher la presse pour obtenir un article sur son livre ?

Plutôt que de simplement présenter votre livre, il est plus efficace de l’intégrer dans une histoire plus large liée à l’actualité (une tendance, un événement saisonnier). En préparant cet angle pour le journaliste, vous lui facilitez le travail et augmentez vos chances de publication.

Citation de Jérôme Dumont : « C’est intéressant de réfléchir à se dire mon livre en fonction de la période ou des news, comment il peut surfer dessus et si tu contactes des journalistes les approcher avec cet angle là. »


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