Les débuts d’un entrepreneur du web : un site de jeux vidéo à l’ère de la bulle internet
L’histoire entrepreneuriale d’Olivier Monteux, fondateur de Social Media Pro, est une véritable plongée dans l’histoire du web. Un parcours qui débute très tôt, à l’âge de 15 ans, en plein cœur de la première bulle internet. Comme il le raconte, cette période était une véritable « ruée vers l’or », une époque où les entreprises levaient des millions de francs. C’est dans ce contexte effervescent qu’il a fait ses premiers pas.
La création d’un empire multimédia à 15 ans
La passion d’Olivier pour les jeux vidéo l’a naturellement conduit à créer un site sur ce thème. « J’ai évidemment, j’ai créé un site qui parlait de jeux vidéo. Jusque là un peu normal. » Mais ce qui n’était pas normal, c’est la vitesse à laquelle ce projet, baptisé ‘la source.net’, a pris de l’ampleur. En se spécialisant sur les jeux vidéo multijoueurs, un créneau alors naissant, le site est devenu une référence.
« On était l’un des premiers sites français qui faisait ça, donc on a commencé à avoir beaucoup de trafic. » Ce succès précoce l’a mené, à seulement 18 ans, à créer sa première entreprise pour gérer ce qui était devenu bien plus qu’un simple site : « on était devenu une plateforme un peu multi-site. » L’entreprise s’est diversifiée, abordant d’autres jeux, le cinéma, les loisirs, à l’image d’un « melti aujourd’hui ». Cet empire multimédia était entièrement monétisé par la publicité, une source de revenus qui, à l’époque, semblait inépuisable.
L’explosion de la bulle internet et la fin d’une aventure
Le rêve a cependant connu une fin abrupte. Olivier raconte avec précision le choc de l’explosion de la bulle internet. La publicité, qui rapportait une fortune, s’est effondrée du jour au lendemain. Il donne un exemple frappant de cette chute : « À l’époque, c’était du CPM et […] ça devait être 1000 affichages 250 francs, un truc comme ça. […] Et donc du jour au lendemain, ces 250 francs sont devenus 1 franc. »
Face à cette catastrophe économique qui a vu d’innombrables sociétés faire faillite, la décision fut rapide. À 19 ans, avec ses associés, ils ont choisi de ne pas s’acharner. « On s’est dit bon bah on a déjà pris pas mal d’argent. […] Bon bah c’est pas grave hein, c’est fini, on arrête et puis voilà. » Ils ont donc mis la clé sous la porte, conscients d’avoir vécu une belle aventure. La suite ? « J’avais 19 ans, j’avais de l’argent, je suis parti faire la fête à Ibiza. » Une pause bien méritée avant de rebondir.
Créer son propre réseau social et faire face à l’arrivée de Facebook
Après cette première expérience intense et une pause festive, le parcours d’entrepreneur d’Olivier Monteux reprend en 2004. L’idée est ambitieuse : se lancer le défi de créer son propre réseau social. Une aventure qui le placera aux premières loges de l’ascension d’un géant : Facebook.
250 000 membres : la construction d’un réseau social français
Le projet était centré sur les sorties et les loisirs, comme les boîtes de nuit et les concerts. Le concept était novateur pour l’époque. « On avait des photographes qui allaient prendre des photos dans les boîtes de nuit qui étaient postées en ligne. » Techniquement, la plateforme était très avancée : « Il y avait tout ce qui pouvait y avoir sur Facebook aujourd’hui. Enfin pas tout […] mais genre les flux d’actualité, les les amis, pouvoir se taguer sur des photos, tout ça, on l’avait déjà en 2005. »
Le succès fut au rendez-vous. Le réseau social a réussi à fédérer une communauté importante, atteignant les « 250 000 membres. Donc ce qui était pas si mal. » À cette époque, la concurrence de Facebook n’était pas encore directe, le combat se menait contre des acteurs français comme Skyblog.
La stratégie pour vendre son entreprise face à un géant
L’arrivée de Facebook en France a changé la donne. Olivier décrit un déclin progressif mais inéluctable : « C’est pas d’un coup, c’est évidemment, ça se fait sur plusieurs mois. » Les signes étaient clairs : « On se rend compte et bien que les gens se connectent moins chez nous. […] Chaque mois on voit qu’on a un peu moins de de personnes qui reviennent. On voit que la croissance diminue, jusqu’à un moment, on voit qu’il y a plus de croissance. »
Face à cette situation, la lucidité a primé. Conscient de ne pas avoir « les moyens de se battre contre un géant comme ça », Olivier et ses associés ont pris une décision stratégique cruciale. Plutôt que de voir leur création mourir à petit feu, ils ont décidé de vendre leur entreprise. « Ce qu’on peut faire, c’est revendre notre boîte et pendant qu’il est encore temps et peut-être passer à autre chose. » Ils ont approché un concurrent, négocié et réussi à vendre, sortant de cette aventure « avec les honneurs », sans perdre d’argent et avec la satisfaction d’avoir monté un projet d’une telle envergure.
De l’idée à la réalité : comment créer son agence digitale Social Media Pro
Après la vente de son réseau social en 2010, Olivier a pris le temps de la réflexion. Une année quasi sabbatique pour se remettre de cinq années intenses. Mais l’envie d’entreprendre n’est jamais loin, et c’est presque par hasard que l’idée de créer son agence digitale, Social Media Pro, a commencé à germer.
L’étincelle : transformer ses compétences en services
Le déclic est venu d’une sollicitation d’anciens associés de son père. Ils avaient besoin d’aide pour leur transition numérique. En discutant avec eux, Olivier a eu une prise de conscience : « Je me suis rendu compte que toutes les compétences que j’avais acquis dans les plus de 10 ans avant […] et bien c’était des des compétences que je pouvais finalement utiliser pour pour travailler avec d’autres personnes. »
Il a réalisé que ce qui lui paraissait simple et logique – le marketing en ligne, le codage – ne l’était pas pour « 95 % de la population ». C’est de ce constat qu’est née l’idée de faire du consulting, d’aider les gens et de le faire pour eux. En 2012, il lance un blog, d’abord dans une optique de freelancing. Puis, il affine sa stratégie : « Je me suis dit en fait c’est les réseaux sociaux qui cartonnent aujourd’hui. Il faut vraiment que je fasse quelque chose là-dessus. J’ai lancé social média Pro et ça cartonne. »
Trouver les bons clients pour assurer la croissance d’une agence digitale
Gérer la croissance d’une agence digitale implique des choix stratégiques, notamment sur le type de clientèle. Olivier partage une leçon cruciale apprise avec le temps. Au début, l’agence acceptait de petits clients, dépensant 200 ou 300 euros. Une erreur, selon lui. « On s’est rendu compte que ça aussi c’était pas gérable. »
La raison est simple : le temps et l’énergie dépensés pour signer un client, même un petit, sont souvent disproportionnés par rapport au revenu généré. « Le temps que tu vas perdre à signer ce client ne vaut même pas l’argent qu’il te rapporte. » Le conseil d’Olivier à toutes les agences est donc clair : « viser haut en fait, dès le début. » Aujourd’hui, la règle chez Social Media Pro est stricte : « si un client ne va pas dépenser au moins 10 000 € hors taxe par an avec nous, il nous intéresse pas. » Cette stratégie de se concentrer sur des contrats à forte valeur, comme le client récemment signé à « 4000 € par mois avec un contrat pour toute l’année », est un pilier de leur rentabilité et de leur croissance.
D’un problème interne à une opportunité : pourquoi développer son propre CRM
Le parcours d’entrepreneur est souvent fait d’obstacles qui se transforment en opportunités. Pour Olivier, un problème technique majeur rencontré fin 2014 avec son CRM a été le catalyseur d’un nouveau projet d’envergure : le développement de son propre logiciel.
La frustration technique qui a tout déclenché
Tout a commencé après le lancement d’une grosse formation en ligne. Le succès commercial était au rendez-vous, mais la technique ne suivait pas. Olivier utilisait un logiciel américain, Ontraport, qui coûtait 300 dollars par mois mais qui s’est avéré inadapté au marché européen et peu fiable. « Le problème c’est que l’outil fonctionnait très très mal avec les les ventes aux européens. » Facturation manuelle, soucis d’accès pour les clients… la situation était critique. « Imagine des gens qui t’achètent une formation à 2000 € et qui arrivent à se connecter à ton site derrière une fois sur deux. »
Frustré par les limites des outils existants, et fort de ses compétences en développement acquises depuis l’adolescence, il a pris une décision radicale : « Je code depuis que j’ai 15 ans. Et si je codais mon propre outil, ma propre plateforme de formation ? »
De l’outil maison au projet de SaaS
Ce qui a commencé comme une simple plateforme de formation pour résoudre un problème interne a rapidement évolué. « Au départ, je voulais même pas créer un CRM complet », avoue-t-il. Mais, fonctionnalité après fonctionnalité, le projet a pris de l’ampleur. « J’ai rajouté une fonctionnalité puis une autre puis une autre puis une autre et j’ai créé un CRM complet. »
Pendant près d’un an, de janvier à juin 2015, il a consacré une grande partie de son temps à coder. Aujourd’hui, cet outil est le cœur du business de Social Media Pro, gérant tout automatiquement : prospection, vente de formations, newsletters, facturation, etc. L’outil est devenu si puissant que l’étape suivante semble évidente : le commercialiser. « Ça ça va être notre gros défi de de 2016. […] On est dans l’idée de le sortir pour des clients. » L’objectif est clair : transformer cet outil interne en un produit SaaS complet, potentiellement à travers une seconde entreprise, pour concurrencer des géants comme Infusionsoft sur le marché francophone.
Les défis futurs : déléguer pour faire grandir son entreprise
Avec une agence en croissance et un projet de SaaS prometteur, le principal défi pour Olivier Monteux en 2016 n’est pas technique, mais humain et organisationnel. Pour pouvoir se concentrer sur de nouveaux horizons, il doit apprendre à s’éloigner des opérations quotidiennes de Social Media Pro.
Le vrai défi : trouver les bonnes personnes
Le véritable objectif d’Olivier est d' »arriver à embaucher suffisamment de personnes incroyables dans Social Media Pro pour être capable […] de m’éloigner un peu de Social Media Pro et de peut-être pouvoir me concentrer à 100 % sur l’autre projet. » Cela passe par le recrutement de talents capables de prendre en charge des fonctions clés, y compris la création de contenu, qui est aujourd’hui sa chasse gardée.
Il exprime clairement ce besoin : « Aujourd’hui dans Social Media Pro, on est quatre personnes mais je suis la seule personne à créer des formations. […] Si je pouvais trouver quelqu’un qui m’aidait à créer ne serait-ce que la moitié des formations que je créais, je gagnerais un temps juste monstrueux. »
L’importance de la systématisation et de la délégation
Au-delà du recrutement, le plus grand défi personnel pour un entrepreneur qui a tout construit lui-même est d’apprendre à déléguer. Olivier est très lucide sur ce point : « Quand on est entrepreneur qu’on n’a pas beaucoup de personnes avec qui on travaille, on a tendance parfois à se dire bon bah ce truc là plutôt que de le déléguer, je vais le faire moi-même, ça va aller plus vite. »
Cependant, il reconnaît que cette accumulation de petites tâches de 15 minutes finit par coûter un temps précieux. « Si tu apprends jamais à d’autres personnes à le faire à ta place, que tu n’apprends jamais à déléguer et bien tu continues de perdre du temps jour après jour sur ces petites choses. » Pour lui, c’est le défi majeur des infopreneurs : apprendre à déléguer et à systématiser les processus pour pouvoir enfin se libérer et se concentrer sur la vision et la stratégie à long terme de l’entreprise.
Questions fréquentes sur le parcours d’Olivier Monteux
Comment Olivier Monteux a-t-il commencé son parcours d’entrepreneur ?
Olivier Monteux a débuté son parcours d’entrepreneur très jeune, à 15 ans, en plein cœur de la première bulle internet en 1998. Passionné de jeux vidéo, il a créé son premier site sur ce thème, qui est rapidement devenu une plateforme multimédia à succès avant de créer sa première entreprise à 18 ans.
« J’ai commencé tôt, j’ai commencé, j’ai créé mon premier site à 15 ans et ma première entreprise à 18 ans. »
Quelles leçons tirer de l’explosion de la bulle internet de 1998 ?
L’explosion de la bulle internet a montré la volatilité extrême des modèles économiques basés uniquement sur la publicité. La principale leçon est la rapidité avec laquelle une source de revenus peut s’effondrer, forçant les entrepreneurs à être agiles et à savoir quand arrêter un projet.
« La publicité qui rapportait une fortune ne rapportait absolument plus rien. […] du jour au lendemain, ces 250 francs sont devenus 1 franc. […] Bon bah c’est pas grave hein, c’est fini, on arrête et puis voilà. »
Comment gérer l’arrivée d’un concurrent géant comme Facebook quand on a son propre réseau social ?
Face à un concurrent comme Facebook, Olivier Monteux a observé un déclin progressif de l’engagement et de la croissance de son propre réseau. La stratégie adoptée a été de reconnaître l’impossibilité de lutter et de prendre la décision de vendre l’entreprise pendant qu’elle avait encore de la valeur.
« On n’a pas les moyens de se battre contre un géant comme ça qui arrive. Par contre ce qu’on peut faire, c’est revendre notre boîte et pendant qu’il est encore temps et peut-être passer à autre chose. »
Quelle est la stratégie pour vendre sa startup au bon moment ?
La bonne stratégie est d’anticiper le déclin et de ne pas attendre qu’il soit trop tard. Il faut agir dès que l’on observe que la croissance ralentit durablement à cause d’un concurrent majeur, afin de maximiser la valeur de l’entreprise auprès d’un acheteur potentiel avant qu’elle ne disparaisse.
« Nous on veut arrêter, on veut passer à autre chose. Est-ce que ça vous intéresse et bon après plusieurs négociations, plusieurs semaines de négociations, on a on a vendu et on est parti, on va dire avec les honneurs. »
Comment passer du freelancing à la création d’une agence digitale rentable ?
La clé est de se concentrer sur des clients à haute valeur ajoutée. Olivier Monteux explique qu’accepter de petits clients n’est pas rentable à long terme en raison du temps investi pour les acquérir. Il conseille de viser haut dès le début et de définir un seuil de revenu minimum par client.
« Si un client ne va pas dépenser au moins 10 000 € hors taxe par an avec nous, il nous intéresse pas. […] si j’avais un conseil pour toutes les agences, c’est de et bien de viser haut en fait, dès le début. »
Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de développer son propre CRM au lieu d’utiliser des solutions existantes ?
La décision de développer son propre CRM est née d’une frustration face aux outils du marché, jugés inadaptés, peu fiables et coûteux. Quand un entrepreneur possède des compétences en développement, créer une solution sur mesure peut résoudre des problèmes spécifiques et devenir une nouvelle opportunité commerciale.
« C’est pas possible d’utiliser un outil comme ça qui qui fait pas tout ce que je veux et qui finalement qui coûte 300 dollars par mois et qui ne fonctionne même pas bien. […] Et si je codais mon propre outil ? »
Quel est le plus grand défi pour un entrepreneur qui veut faire grandir son entreprise ?
Le plus grand défi est d’apprendre à déléguer et à systématiser les tâches pour se libérer du temps. L’entrepreneur doit réussir à embaucher et former les bonnes personnes pour ne plus être le seul à exécuter les fonctions clés, ce qui lui permet de se concentrer sur la stratégie de croissance.
« C’est ça, je pense le plus gros défi des des infopreneurs, on va dire qui bossent souvent tout seul au début, c’est d’apprendre à à déléguer tout simplement. »
Quelles sont les opportunités publicitaires à ne pas manquer selon Olivier Monteux ?
Olivier Monteux souligne qu’il existe d’énormes opportunités publicitaires sur des réseaux sociaux souvent sous-estimés par les annonceurs, comme Instagram ou YouTube. Il encourage à tester de petites campagnes sur ces plateformes pour potentiellement acquérir des prospects à un coût bien inférieur à celui des réseaux plus saturés.
« Olivier révèle qu’il y a des opportunités énormes en matière de publicité sur des réseaux auxquels vous ne pensez pas forcément, que ce soit Instagram ou YouTube et il vous invite à tester par vous-même. »




