Quand le burnout mène à une idée folle : céder son entreprise via un concours
Début 2019, Bertrand Millet, consultant en stratégie marketing connu sous le nom de Marketing Mentaliste, se retrouve à la tête de sept activités différentes, réparties dans quatre sociétés. Une situation qui, de l’extérieur, peut sembler être le signe d’un succès éclatant, mais qui cachait une réalité bien plus sombre : un épuisement total et un sentiment d’être dépassé par les événements.
Comment en est-il arrivé là ? Comme il l’explique lui-même : ‘Mon plus gros problème, ça a été de me maintenir à un seul business, et pourtant je prône que pour réussir, pour faire quelque chose de très fort, il faut savoir se concentrer. Et c’était clairement pas mon cas.’ Cette dispersion l’a mené à une situation intenable, où le travail consumait toute son énergie et son temps.
La noyade sous les projets : gérer plusieurs activités en même temps
La liste de ses activités début 2019 donne le vertige : ‘deux boîtes d’info produit, […] une boîte de consulting pour des gros entrepreneurs et des entreprises qui était en plein boom […], des prémices de shop e-commerce que j’essayais de tester […] plus la création, le développement d’un logiciel marketing’. À cela s’ajoutait une incapacité chronique à refuser de nouvelles opportunités, un piège classique pour de nombreux entrepreneurs passionnés.
Le point de rupture est arrivé lorsque son activité de consulting a explosé, le submergeant de travail. ‘Le ras-le-bol monte jour après jour parce que j’arrive plus à passer de temps avec ma compagne donc Sarah et avec sa fille et en fait je bosse, je sais pas, 12-15 heures par jour en continu et ça me fait monter la moutarde au nez, tu vois vraiment.’ C’est ce moment critique, ce burnout entrepreneurial, qui a servi de catalyseur à l’une des décisions les plus surprenantes du monde de l’entrepreneuriat francophone.
L’idée qui change tout : donner plutôt que vendre
Un soir d’avril à Chypre, après avoir vidé son sac au téléphone avec un ami, Bertrand se retrouve face à un mur. Les solutions classiques ne s’appliquaient pas. ‘Les conseils traditionnels du style vend tes business et cetera, ça s’appliquait pas parce qu’il y en a qui étaient pas du tout en état d’être vendu.’ Quant aux deux plus grosses entreprises, des business d’infopreneur, leur transmission était un véritable casse-tête. ‘C’est très lié à mon image, c’est très lié à moi. C’est comme si demain toi tu voulais transmettre Marketing Mania. […] trouver le bon repreneur au bon prix et cetera, c’est un travail qui est encore plus conséquent.’
Coincé entre l’abandon pur et simple et une vente complexe et énergivore, une idée fulgurante a jailli. Il s’assoit en face de sa compagne et lui annonce : ‘Je viens de trouver, c’est bon, j’ai eu l’idée. Je vais les donner ces business.’ Cette décision de céder son entreprise gratuitement n’était pas un acte désespéré, mais le début d’une stratégie marketing mûrement réfléchie.
La stratégie derrière le don : un coup marketing de génie
Loin d’être un simple acte de générosité, la décision de donner ses entreprises reposait sur trois piliers stratégiques. Bertrand avait une vision claire de ce que cette opération allait lui apporter.
Un triple objectif : nettoyer, communiquer et s’aligner
Bertrand détaille les trois raisons fondamentales de son choix :
- L’alignement personnel : ‘Ça fait du sens dans le fait de donner parce que j’avais envie en 2019 et en 2020 de donner davantage, d’offrir davantage aux gens de façon générale.’
- Le désencombrement : ‘La seconde chose, c’est parce que bah ça va me permettre de déléguer, d’avoir moins d’activité.’ Une nécessité absolue pour sortir du burnout.
- Le coup de pub : ‘Le troisième truc, c’est parce que ça va me permettre de faire un très beau coup de pub. […] C’est pas anodin de pouvoir donner des business qui génèrent entre 100 et 450 000 € par an.’
Ce ‘coup de pub’ était destiné à servir la seule activité qu’il souhaitait conserver et développer : celle de consultant marketing stratégique sous la bannière Marketing Mentaliste. L’idée était d’utiliser la visibilité du concours pour se positionner sur un segment plus premium et attirer une clientèle d’élite.
Les coulisses de la transmission d’entreprise : un processus en 3 étapes
Pour s’assurer que ses ‘bébés’ ne tombent pas entre de mauvaises mains, Bertrand a mis en place un processus de sélection rigoureux, un véritable parcours du combattant pour les aspirants repreneurs. L’objectif était clair : ‘Si c’était pour filer ça à n’importe qui qui allait me cracher le business au bout de 3 jours, je pouvais le faire moi-même.’ Voici les trois étapes de ce concours marketing unique.
Étape 1 : Le concours de vente
La première étape visait à tester une compétence fondamentale : la capacité à vendre. ‘Ce que j’ai fait, c’est que j’ai fait un concours de vente. J’ai mis à disposition les deux produits stars de chaque business en mode affiliation.’ Les participants devaient vendre un maximum de produits, et seuls les 10 meilleurs passaient à l’étape suivante. Pour prouver que l’objectif n’était pas financier, il a reversé 75% de commissions, rendant l’opération blanche pour lui. Cela a permis de ‘déterminer les gens les plus à même de vendre les produits qu’ils voulaient récupérer.’
Étape 2 : Le test de l’expert
La deuxième étape consistait à évaluer la capacité des candidats à incarner le rôle d’expert. Il leur a demandé de créer un contenu (vidéo, podcast, article) expliquant pourquoi ils voulaient le business, leur concept préféré, et surtout, le concept novateur qu’ils comptaient apporter. ‘Ce que moi la façon dont j’identifie, c’est de l’expert-preneuriat. C’est-à-dire qu’il y a autant l’expertise que l’expert qui compte et un expert, c’est quelqu’un qui a des concepts novateurs, des concepts uniques.’
Étape 3 : L’entretien final
Les finalistes (deux par business) ont eu un entretien en direct avec Bertrand. L’objectif était double : challenger la réalité de leur projet et s’assurer d’une compatibilité humaine. ‘Là j’essayais plus de voir des profils qui allaient pouvoir entre guillemets collaborer avec moi. […] C’était très compliqué de me dire j’allais bosser avec quelqu’un avec qui ça passait pas du tout le courant.’
Les repreneurs et la nouvelle vie de Marketing Mentaliste
Le processus a attiré plus de 1400 participants et a permis de sélectionner deux repreneurs qualifiés. Fait intéressant, le résultat a révélé un schéma inattendu mais logique.
Le profil des gagnants : un choix de la confiance
Qui sont les personnes qui ont finalement réussi à reprendre un business ? Bertrand révèle une information clé : ‘Il se trouve que les deux sont des anciens clients à moi.’ Bien que le concours ait été ouvert à tous, avec des profils très variés dans les finalistes (débutants, profs, multi-entrepreneurs), ce sont ceux qui connaissaient déjà son univers et sa philosophie qui ont su le mieux convaincre. Cela démontre l’importance de la confiance et de la vision partagée dans une transmission d’entreprise, surtout lorsqu’elle est liée à une forte image de marque.
La structure de la cession a également été pensée pour une transition en douceur. Bertrand conserve des parts dégressives sur 5 ans, pour finir avec 10% ‘ad vitam aeternam’, assurant une continuité tout en marquant une rupture symbolique claire. ‘J’ai plus l’impression que les business m’appartiennent. […] si demain les deux m’annoncent bah en fait, ils ont craché les business, c’est fini, c’est pas grave pour moi, c’est OK.’
Passer du ‘done for you’ au consultant marketing stratégique
Le succès du concours a servi de rampe de lancement idéale pour la nouvelle orientation de Bertrand : Marketing Mentaliste. Il est passé d’un modèle où il gérait des équipes pour ses clients à une approche purement stratégique. ‘Aujourd’hui, je fais vraiment plus que de la stratégie marketing pure, du conseil pur et derrière soit les entreprises ont les ressources en interne, soit ben je leur soumets des prestataires.’
Cette transition lui a permis de se concentrer sur ce qu’il aime le plus : ‘résoudre l’équation comment faire en sorte de mettre en face un produit extraordinaire face au public qui en a vraiment besoin’. Il travaille désormais avec un nombre très limité de clients (cinq au moment de l’interview), sur des projets d’envergure, comme l’accompagnement d’un maire pour sa campagne électorale digitale.
Le message de Marketing Mentaliste est clair : ‘sortir des recettes dans le marketing et de se remettre à réfléchir’. Il ne s’agit plus d’appliquer des formules toutes faites, mais de remettre ‘de l’intelligence dans son marketing’. Une philosophie qui a trouvé un écho puissant grâce à une histoire unique : celle de l’homme qui a préféré céder ses entreprises pour se retrouver.
FAQ : Tout savoir sur la transmission d’entreprise par concours
Pourquoi un entrepreneur déciderait-il de donner son entreprise plutôt que de la vendre ?
Un entrepreneur peut choisir de donner son entreprise pour plusieurs raisons stratégiques. Cela peut être une solution lorsque la vente est complexe (business lié à l’image), une manière de se désengager rapidement pour éviter un burnout, et surtout, cela peut constituer une opération marketing très puissante pour lancer une nouvelle activité.
Citation de Bertrand Millet : ‘Je vais les donner ces business. Et en fait, pourquoi je vais les donner ? Bah parce que un, ça fait du sens dans le fait de donner […]. La seconde chose, c’est parce que bah ça va me permettre de déléguer […]. Et ensuite le troisième truc, c’est parce que ça va me permettre de faire un très beau coup de pub.’
Comment vendre un business d’infopreneur très lié à son image personnelle ?
La vente d’un business d’infopreneur est difficile car la valeur est intrinsèquement liée à la personnalité du créateur. Trouver le bon repreneur, au bon prix, et assurer une transition crédible est un travail conséquent. Une alternative créative, comme un concours, peut permettre de sélectionner un successeur qui partage la vision et est capable de porter la marque.
Citation de Bertrand Millet : ‘C’est très lié à mon image, c’est très lié à moi […]. C’est tellement lié à ton image à toi que trouver le bon repreneur au bon prix et cetera et cetera, c’est un travail qui est encore plus conséquent.’
Quelles étaient les étapes du concours pour reprendre le business de Bertrand Millet ?
Le concours se déroulait en trois étapes : 1) Un concours de vente en affiliation pour tester les compétences commerciales des candidats. 2) La création d’un contenu (vidéo, article, podcast) pour évaluer leur posture d’expert et leur vision pour le business. 3) Un entretien final pour challenger leur projet et vérifier la compatibilité humaine.
Citation de Bertrand Millet : ‘Il y a eu trois étapes. La première étape […] un concours de vente. […] Ensuite, une deuxième étape […] me faire un contenu […]. Et là, c’était un entretien avec moi en direct.’
Comment sélectionner le bon repreneur pour assurer la continuité de l’entreprise ?
La sélection doit se baser sur des compétences multiples : la capacité à vendre, l’expertise dans le domaine, la vision stratégique et la compatibilité personnelle. Un processus de sélection par étapes permet de filtrer et d’évaluer objectivement ces différents aspects pour trouver la personne la plus apte à poursuivre l’aventure.
Citation de Bertrand Millet : ‘J’avais quand même envie d’avoir des gens qui étaient capables de […] de de de de vendre un peu. […] dans la deuxième partie, c’était tester des personnes qui avaient des profils experts […]. Dans la troisième, ça a vraiment été quelque chose autour de les challenger.’
Est-ce qu’un concours peut être un bon coup de pub pour lancer une nouvelle activité ?
Absolument. Organiser un concours pour céder son entreprise est une opération marketing si originale qu’elle génère une forte couverture médiatique et un grand intérêt. Cette visibilité peut être stratégiquement utilisée pour lancer et positionner une nouvelle activité, en attirant des partenaires et des clients de haut niveau.
Citation de Bertrand Millet : ‘J’étais très conscient qu’il y avait un coup marketing parce que derrière le seul business que je voulais garder, c’était marketing mentaliste […] et ça m’a permis de le lancer sur les chapeaux de roues puisque le concours a attiré plus de 1400 participants.’
Comment passer d’un service ‘Done For You’ à du consulting stratégique haut de gamme ?
La transition implique de cesser de gérer l’opérationnel et les équipes d’exécution pour se concentrer uniquement sur le conseil et la stratégie. Cela permet de travailler avec moins de clients, mais sur des problématiques plus complexes et à plus forte valeur ajoutée, en s’adressant à des entreprises qui ont déjà les ressources internes pour l’implémentation.
Citation de Bertrand Millet : ‘Je fais vraiment plus que de la stratégie marketing pure, du conseil pur et derrière soit les entreprises ont les ressources en interne, soit ben je leur soumets des prestataires […] je m’occupe plus du tout de cette dimension opérationnelle maintenant.’
Que faire en cas de burnout entrepreneurial quand on gère plusieurs activités ?
Face au burnout lié à la dispersion, il est crucial de prendre une décision radicale pour se recentrer. Plutôt que de simplement abandonner, on peut envisager des solutions créatives comme la cession, même gratuite, pour transformer le problème en une opportunité de se réinventer et de lancer un nouveau projet plus aligné et moins chronophage.
Citation de Bertrand Millet : ‘Je me retrouve tellement explosé parce que j’ai l’activité de consulting qui explose […] le ras-le-bol monte jour après jour […] je lui dis j’en peux plus, j’en ai marre, c’est pas pour ça que j’ai signé.’
Quel est le profil des personnes qui ont repris les entreprises de Bertrand Millet ?
Les deux repreneurs sélectionnés étaient d’anciens clients de Bertrand Millet. Bien que le concours ait attiré des profils très divers (débutants, expérimentés, etc.), ceux qui connaissaient déjà son travail, sa philosophie et ses produits ont finalement été les plus convaincants, prouvant leur alignement avec la vision de l’entreprise.
Citation de Bertrand Millet : ‘Il se trouve que les deux sont des anciens clients à moi. Alors c’était ouvert à tout le monde hein dans les dans la shortlist de la fin, il y avait à chaque fois donc une personne qui a été un client et une personne que je connaissais pas.’




