Matthieu Stefani : au-delà du micro, l’architecte d’une agence et d’un startup studio
L’invité du jour est une figure bien connue de l’écosystème entrepreneurial français, surtout si vous êtes un adepte des podcasts. Il s’agit de Matthieu Stefani, l’homme derrière Génération Do it Yourself, l’un des plus gros podcasts sur l’entrepreneuriat en France. Avec plus de 100 épisodes au compteur, il a reçu des invités prestigieux : entrepreneurs, artistes, sportifs, et même d’anciens ministres. Son univers, comme il le décrit, est un peu différent de celui de Marketing Mania, visant un public plus large, dans un style qui n’est pas sans rappeler celui de Tim Ferriss aux États-Unis.
Mais Matthieu n’est pas seulement un podcasteur. Il est le fondateur de Cosa Vostra, un cabinet de conseil en innovation qui compte près de 50 employés et accompagne grands groupes, startups et PME. Alors, une question se pose : quel est l’intérêt pour un entrepreneur qui gère une telle structure de consacrer une demi-journée par semaine à créer un podcast ?
Le « kiff » : la première motivation pour lancer un podcast
La réponse de Matthieu est directe et rafraîchissante. Avant toute stratégie de brand content ou de networking, la raison première était simple : le plaisir. « Écoute, le tout premier intérêt, je dois te dire avant d’arriver au reste, ça a été le kiff. Je, je vraiment, j’insiste là-dessus parce que je vais pas dire que j’avais zéro ambition sur ce podcast, ce serait mentir », confie-t-il.
L’expérimentation des 12 épisodes : un test sans engagement
Cette aventure a commencé en février 2017 avec une idée simple : tester le format pour voir si le plaisir était au rendez-vous. « Je vais en faire une douzaine pour commencer. Je vais voir si ça me plaît et puis si ça me plaît et que ça marche, eh ben je continuerai. » Cette approche prudente, consistant à se fixer un objectif initial de 12 épisodes, est une stratégie intelligente pour se lancer sans la pression d’un engagement à vie. C’est une expérience partagée par beaucoup, y compris par l’hôte de Marketing Mania avec son podcast Nomad Digital. En 12 épisodes, on peut déjà observer les premiers retours, la construction d’une audience et valider son propre attrait pour le format. Pour Matthieu, le verdict a été sans appel : « En fait, j’ai été OK, tu vois, ça m’a plu, mais dès le premier épisode, dès le deuxième, j’étais à fond dedans. »
La puissance de l’oralité et le « shot d’adrénaline »
Pour Matthieu, le format audio possède une magie particulière, une puissance qui transcende les communications écrites comme les emails ou Slack. « L’échange oral, c’est quelque chose d’important et de très différent, et finalement qui est préhistorique, qui date d’avant l’écriture. » Cette oralité transmet une énergie unique, une connexion plus profonde. Ce n’est pas un hasard s’il ressent une véritable montée d’adrénaline à chaque enregistrement : « Aujourd’hui, quand j’appuie sur ce bouton rouge là sur mon enregistreur, je prends un gros shot d’adrénaline. Et je sais que j’ai ce sourire qui arrive immédiatement. » C’est cette passion qui constitue le moteur principal de son projet.
Au-delà de la passion : les bénéfices business d’un podcast d’entrepreneur
Si le plaisir est le point de départ, les retombées stratégiques pour son entreprise n’ont pas tardé à se manifester. Matthieu décrit son podcast comme un « projet vertueux », peut-être le plus vertueux qu’il n’ait jamais créé, pour plusieurs raisons.
Le podcast comme outil de brand content pour son agence
Évidemment, le podcast est une vitrine exceptionnelle. « Il y a une question de brand content. On met en avant, j’arrive à mettre en avant mes expertises, Cosa Vostra qui est mon agence, mon principal navire amiral. » En discutant avec des experts de divers domaines, il démontre indirectement la profondeur de sa propre expertise et celle de son agence digitale, ce qui renforce l’autorité de sa marque.
Un accélérateur de réseau sans précédent
L’un des avantages du podcast pour une entreprise est sa capacité à ouvrir des portes. Matthieu a pu rencontrer des personnes qu’il n’aurait probablement jamais croisées autrement. Il cite « l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, des grands patrons, des multimillionnaires comme Jacques-Antoine Granjon ». Le podcast devient un prétexte légitime et valorisant pour solliciter des personnalités de premier plan. « J’ai des numéros des 06 de gens qui sont juste des gens monstrueux », admet-il. Ce réseau est un atout inestimable, que ce soit pour trouver des investisseurs, des clients ou des partenaires pour ses différents projets.
Le principe vertueux : devenir la moyenne des gens que l’on fréquente
Matthieu est un adepte d’un principe bien connu dans le développement personnel et l’entrepreneuriat : « On est la moyenne des personnes qu’on fréquente. » Son podcast est l’incarnation de cette idée. En s’entourant chaque semaine de personnes qui ont accompli des choses extraordinaires, il élève son propre niveau de jeu. « Moi je me dis, bah tiens, je vais aller fréquenter des gens qui ont réussi des trucs de ouf. » Que ce soit un entrepreneur, un artiste ou un sportif, il cherche à analyser leur tronc commun : cette foi inébranlable en leur projet. Cet apprentissage constant est l’un des retours sur investissement les plus significatifs. « Je crois profondément à ce que je fais et donc je crois que ben aujourd’hui en presque 3 ans, j’ai progressé. Ma moyenne a progressé grâce à la somme des moyennes que je fréquente grâce à ce podcast. »
De l’idée du digital nomad au patron d’une agence de 50 employés
Le parcours de Matthieu est fascinant car il illustre une évolution que connaissent de nombreux entrepreneurs. Son histoire ne commence pas avec une grande équipe, mais avec un rêve de liberté absolue.
Le mythe de l’entrepreneur libre et le désir de liberté
En 2011, après avoir quitté une startup qu’il avait créée en 2005, son aspiration était de devenir digital nomad. « Mon rêve était de me dire OK, je veux un ordi, un smartphone et puis je vais pouvoir bosser d’où je veux, quand je veux. » Cette envie venait d’un rejet du mythe de l’entrepreneur libre, qui est souvent, selon lui, « une espèce d’énorme absurdité ». Loin d’être une libération, entreprendre est un « énorme boulet au pied ». La clé, dit-il, est de « kiffer ce boulet ». Dans cette phase, il se promet : « Plus jamais d’employés, je veux plus jamais de bureau. »
Des business de niche à la naissance de Cosa Vostra
Pour vivre ce rêve de nomadisme digital, il a lancé plusieurs projets. Il a opéré le site Morphsuits pour les pays francophones, des déguisements intégraux en Lycra, qui lui rapportaient « quelques milliers d’euros de revenus par mois en bossant assez peu ». Il a aussi créé Iron Cards, un business de niche vendant des cartes de visite en métal à 5€ pièce, un produit si marquant que « quand tu la donnes, les personnes en face t’oublient jamais ». Ces projets fonctionnaient, mais ne le comblaient pas intellectuellement.
Le déclic : construire une valeur durable
Progressivement, il a commencé à prendre des missions de conseil pour des amis, puis des amis d’amis. Il s’est retrouvé à la tête d’une sorte d’agence informelle, gérant des freelances. Mais ce modèle avait ses limites : les freelances partaient sur d’autres projets, rendant le suivi complexe. Le véritable tournant a été la naissance de sa fille en 2012. « Là, je me suis dit ‘Attends, en fait, je ne crée, je je je crée une valeur immédiate’. […] Si je me pétais une jambe ou si j’étais malade, je laissais rien derrière en fait. Je construisais pas, je valorisais pas un truc. » C’est cette prise de conscience qui a mené à la formalisation de Cosa Vostra, en s’associant avec des personnes de confiance pour bâtir une structure pérenne.
Cosa Vostra : plus qu’une agence, un startup studio
L’idée de Cosa Vostra n’était pas simplement de créer une agence de conseil. La vision était plus ambitieuse, inspirée par leur ADN d’entrepreneurs.
La proposition de valeur : aider les clients à entreprendre
Le concept fondamental de Cosa Vostra est celui d’un startup studio. L’idée est d’utiliser les compétences internes — designers, développeurs, stratèges — non seulement pour les clients, mais aussi pour leurs propres projets. « Plus on a de personnes, plus on a une masse importante de temps disponible. Et ça, c’est une valeur incroyable. » En moyenne, les employés travaillent 80-85% du temps pour des clients. Les 15% restants sont réinvestis dans la création de nouvelles startups. La proposition de valeur pour les clients est donc unique : ils ne travaillent pas avec de simples consultants, mais avec des entrepreneurs qui appliquent à leurs problématiques une mentalité de startup. « On les aide à entreprendre, on va dire dans leur propre secteur », explique Matthieu.
Le cercle vertueux : la « street cred » de l’entrepreneur
Ce modèle crée un puissant cercle vertueux. En cinq ans et demi, Cosa Vostra a créé cinq business et en a revendu quatre. Cette expérience pratique confère une légitimité énorme lorsqu’ils conseillent leurs clients. « Quand je crée un autre business, je peux aller voir mes clients en leur disant ‘Moi je suis pas un touriste, tu vois’. J’ai ma street cred qui est là, j’ai créé des boîtes que j’ai vendues. » Cette crédibilité est le cœur de leur proposition de valeur. Ils ne vendent pas de la théorie, mais une expérience acquise sur le terrain, avec ses succès et ses échecs. C’est cette authenticité, la même que l’on retrouve dans son podcast, qui fait la force de Matthieu Stefani et de ses projets.
Foire aux questions
Quel est le principal intérêt de créer un podcast pour un entrepreneur ?
Le principal intérêt peut être double. D’abord, le plaisir personnel et la passion pour le format oral. Ensuite, un podcast devient un puissant outil de networking et de brand content qui renforce l’autorité de l’entreprise principale.
Citation de l’expert : « Écoute, le tout premier intérêt, je dois te dire avant d’arriver au reste, ça a été le kiff. […] après évidemment, il y a une question de brand content […] et après, il y a toute une approche de réseau. »
Comment un podcast peut-il aider à développer son réseau professionnel ?
Un podcast offre un prétexte légitime et valorisant pour contacter et échanger avec des personnalités de haut niveau (dirigeants, experts, influenceurs) qu’il serait difficile d’approcher autrement, créant ainsi des connexions directes et de grande valeur.
Citation de l’expert : « J’ai l’occasion de rencontrer des gens qui sont l’ancien ministre de l’économie et des Finances, des grands patrons, des multimillionnaires comme Jacques-Antoine Granjon […] j’ai des numéros des 06 de gens qui sont juste des gens monstrueux. »
Faut-il avoir une ambition commerciale dès le début de son podcast ?
Non, pas nécessairement. L’expérience montre que commencer par passion (‘le kiff’) est un excellent moteur. Les bénéfices commerciaux et stratégiques peuvent émerger naturellement si le projet est mené avec authenticité et régularité.
Citation de l’expert : « Je vais pas dire que j’avais zéro ambition sur ce podcast, ce serait mentir […] mais d’abord, je me suis dit attends, je trouve que le format de l’oralité, l’audio, tu vois, c’est quelque chose d’assez fantastique. »
Comment démarrer un podcast sans s’engager sur le long terme ?
Une bonne stratégie consiste à se fixer un objectif initial limité, comme une saison de 12 épisodes. Cela permet de tester le format, de voir si le plaisir est au rendez-vous et de mesurer les premiers retours de l’audience avant de s’engager davantage.
Citation de l’expert : « Je vais en faire une douzaine pour commencer. Ça c’était en février 2017. Je vais voir si ça me plaît et puis si ça me plaît et que ça marche et ben je continuerai. »
Qu’est-ce qu’un startup studio comme Cosa Vostra ?
Un startup studio est une structure qui utilise ses ressources internes (compétences, temps disponible des employés) pour créer et lancer de nouvelles entreprises en parallèle de son activité principale de service ou de conseil. C’est une usine à startups.
Citation de l’expert : « C’est une sorte de tu vois de Death Star […] de création de start-up, ce qu’on appelle un start-up studio, mais tu peux en fait te permettre ben d’utiliser leur temps disponible. […] Qu’est-ce que tu fais des 15 % qui restent ? »
Comment un podcast sert-il de « brand content » pour une agence ?
En interviewant des experts et en abordant des sujets pertinents, le podcast met en avant l’expertise de l’animateur et de son entreprise. Il positionne l’agence comme une autorité dans son domaine, ce qui attire des clients qualifiés.
Citation de l’expert : « Il y a une question de brand content. On on on on met en avant, j’arrive à mettre en avant ben mes expertises, Cosa Vostra qui est mon agence, mon principal navire amiral. »
En quoi consiste le principe d’être « la moyenne des personnes que l’on fréquente » ?
Ce principe suggère que notre propre niveau de compétence, d’ambition et de réussite est fortement influencé par les personnes avec qui nous passons le plus de temps. Un podcast permet de fréquenter virtuellement des personnes de très haut niveau, et ainsi d’élever son propre niveau.
Citation de l’expert : « On est la moyenne des personnes qu’on fréquente. Et moi je me dis bah tiens, je vais aller fréquenter des gens qu’on qu’ont réussi des trucs de ouf. […] Et et et ben ça c’est quand même un truc de fou. »
Peut-on accéder à des personnes influentes grâce à un podcast ?
Oui, absolument. Le podcast est un excellent prétexte pour solliciter une interview. Les gens aiment raconter leur histoire, et une invitation sur un podcast est souvent perçue comme une demande valorisante, ce qui facilite l’accès à des personnalités autrement inaccessibles.
Citation de l’expert : « J’ai remarqué que les gens aiment bien raconter leur vie, aiment bien raconter leur histoire, aiment bien qu’on leur pose des questions. Et si ils ont pas non plus 50000 personnes qui les sollicitent et que tu leur donnes une case de raconter leur vie […] ils viennent. »




