Le défi de scaler sa chaîne youtube : pourquoi recruter ?
La question du recrutement est un passage souvent redouté par les créateurs de contenu. Pour un YouTubeur qui a bâti sa chaîne seul, l’idée de faire appel à d’autres peut sembler contre-intuitive. Pourtant, pour des créateurs comme Micode, invité sur le podcast Marketing Mania, c’est une étape cruciale. Il explique : « Je réfléchis moi à me faire aider. […] Dans la prod et dans l’édito, donc dans la création de vidéos carrément. Ce qui est une étape qui est dure à faire pour un youtubeur qui a toujours eu l’habitude de tout faire. »
Cette démarche, partagée par Stan Leloup, l’hôte du podcast, n’est pas une simple question de confort. Elle répond à une ambition plus profonde : transformer une chaîne personnelle en un véritable média.
L’ambition de créer un média de référence
Pourquoi vouloir absolument produire plus de vidéos et s’entourer d’une équipe ? Micode est très clair sur sa vision à long terme. Ce n’est pas une nécessité vitale, car son modèle actuel est déjà rentable. « Je pourrais très bien continuer à faire ce que je fais. Moi j’ai un modèle qui est rentable, je mange, je paye mon loyer. […] Mais c’est pas tout ce dont j’ai envie, tu vois. »
L’objectif est bien plus grand. « Moi j’ai quand même cette envie d’essayer de créer, bah je sais pas quelle est l’expression mais de créer un monstre, tu vois. J’ai envie que dans quelques années, Micode ce soit un gros média. Un truc, potentiellement un média de référence sur les sujets Haïti pour notre génération. » Pour atteindre cette ambition, impossible de rester seul. Pour scaler sa chaîne YouTube et explorer plus de sujets, plus d’angles, il faut une équipe. « Je peux pas tout faire tout seul, ça fonctionne pas. Il y a un moment où ça bloque. »
La prison dorée du créateur solo
Stan Leloup abonde dans ce sens, soulignant une autre limite majeure du créateur solo : le manque de bande passante pour de nouveaux projets. Être seul, même avec une formule qui fonctionne, peut devenir une prison. « Quand tu es tout seul et que tu as une formule qui marche, tu peux être assez prisonnier de ton truc […] tu as pas forcément le temps de faire autre chose et tout le reste c’est une distraction. »
Avoir une équipe débloque une force de frappe considérable. « Si tu mets en place une équipe, le jour où tu as un projet qui se présente et que tu as envie de monter, tu as une équipe et tu as des gens que tu peux mettre dessus. Tout d’un coup, tu as une force d’action que tu as pas quand tu es tout seul. » C’est cette capacité à saisir des opportunités et à diversifier qui pousse à déléguer la création de contenu.
Comment déléguer la création de contenu sans perdre son âme ?
La plus grande crainte des YouTubeurs est de perdre ce qui fait leur singularité : leur voix, leur style, leur intuition. C’est le cœur du problème lorsqu’on cherche à se faire aider sur l’écriture des vidéos, une étape que Micode est en train d’aborder.
La difficulté de transformer l’intuition en processus
Micode décrit le challenge : « Comment faire en sorte de trouver déjà les personnes qui vont être à même d’écrire des bonnes vidéos, et comment arriver à créer des process pour qu’elles comprennent la façon de faire. » L’objectif final est que le produit fini soit indissociable d’une vidéo qu’il aurait faite lui-même, voire meilleure.
Pour y parvenir, il a compris qu’il devait d’abord rationaliser sa propre méthode de travail. « Pour beaucoup de youtubeurs, il y a beaucoup d’intuition. […] Cette façon de faire fonctionne bien si tu es tout seul, mais à partir du moment où tu veux onboarder des gens […] ça marche plus. Parce que ton intuition c’est pas la même que les autres. » La solution passe par une phase d’introspection et de formalisation. « Il faut que j’arrive à créer là quelques vidéos où je me dis à chaque étape : OK, attends, là je prends cette décision, pourquoi je la prends ? Essayer de décrire mes étapes de réflexion. » C’est ce processus de création vidéo en équipe qu’il tente de mettre sur papier.
L’écriture de script, le cœur du réacteur
L’écriture est souvent la partie la plus personnelle. Micode, qui avait l’habitude de travailler à partir de plans détaillés, se force désormais à tout scripter mot à mot. « Je l’ai écrit mot à mots parce que à terme c’est ce que la personne va faire. Donc si je veux lui expliquer comment le faire, il faut que je l’aie déjà fait avant. » Stan Leloup confirme la complexité de cette transmission. Il raconte avoir essayé de faire écrire une vidéo sur Fortnite par une autre personne : « En gros, j’ai tout repris. J’ai pris ce qu’il avait fait. J’ai fait ‘ah c’est pas mal ce que tu as fait’, j’ai tout détruit, j’ai tout remonté de zéro. »
L’idée géniale, l’angle unique, ne peut pas toujours être briefé en amont. C’est en voyant les recherches que l’étincelle se produit. « Je pouvais pas la décrire, tu vois, c’est en voyant le truc et les recherches qu’il m’avait faites que j’ai eu cette idée. » C’est là toute la difficulté de déléguer l’écriture de vidéo : comment transmettre une créativité qui naît de l’instant ?
Personal branding vs marque média : la leçon d’HugoDécrypte
La question de la délégation est intimement liée à une interrogation stratégique plus large : faut-il tout miser sur son nom (personal branding) ou construire une entité qui peut exister sans soi (marque média) ? Micode a beaucoup réfléchi à ce sujet, notamment en observant son ami et associé, HugoDécrypte.
Les super-pouvoirs du personal branding
Initialement, Micode était convaincu que le modèle de la marque média était supérieur. « Au début, moi j’étais en mode ce deuxième modèle-là est bien mieux à tous les niveaux et le personal branding c’est vraiment gaspiller parce qu’en fait tu te prives de ta liberté, tu t’enchaînes au projet. » Mais sa vision a évolué.
Il a compris ce que l’on perd en s’effaçant derrière une marque : « Il y a des trucs dans le personal branding qui sont très forts, notamment l’implication émotionnelle des gens qui va être beaucoup mais beaucoup plus simple à générer quand tu es toute la figure de ton de ce que tu développes. » HugoDécrypte est l’exemple parfait de quelqu’un qui a su capitaliser sur les avantages du personal branding YouTube pour construire quelque chose de massif. « Hugo aujourd’hui, il est même considéré par les médias traditionnels ou par YouTube même comme étant un média, tu vois. Et pourtant, il garde le nom HugoDécrypte. »
La transition vers un modèle média
L’observation de la stratégie de contenu d’HugoDécrypte a fait changer Micode d’avis. Plutôt que de voir les deux modèles comme opposés, il les voit comme des étapes potentielles. « Peut-être que Hugo dans 2-3 ans, après avoir énormément utilisé l’attraction qu’il aura eu sur son nom et sur son image, il va peut-être arriver à transitionner vers le deuxième modèle. […] Mais d’abord il aura vraiment pressé le jus du personal branding. »
L’idée est donc d’utiliser la force de son nom pour bâtir les fondations d’un projet plus grand, avant de potentiellement s’en détacher. Pour Micode, comme pour Stan, la première étape du scaling consiste donc à trouver des gens pour renforcer le créateur principal, plutôt que de lancer d’autres visages. Il s’agit de trouver des personnes pour « te booster toi en te faisant des scripts, en te faisant du montage, en t’amenant des opportunités », résume Stan.
Le « hack » de la chaîne secondaire pour former ses équipes
Face à la difficulté de lâcher prise sur sa chaîne principale, Stan Leloup a trouvé une solution pragmatique, un ‘hack psychologique’, pour apprendre à travailler en équipe.
Un incubateur pour préserver la chaîne principale
Le constat de Stan était simple : « J’arrivais pas à lâcher ma chaîne principale. » L’enjeu était devenu trop grand, les vidéos trop ambitieuses pour qu’un nouveau venu puisse être performant immédiatement. « C’était compliqué pour une personne de venir aujourd’hui et de rattraper 5 ans de pratique que j’ai eu sur l’écriture de ces vidéos sur un style spécifique. »
La solution ? « Je vais faire une deuxième chaîne. » Cette chaîne secondaire sert de terrain d’entraînement. « Les vidéos de la deuxième chaîne elles vont pas être exactement pareil […] elles vont pouvoir avoir aussi un peu moins d’enjeux, un peu moins longues, être sur des sujets un peu plus simples. » C’est une manière de former quelqu’un à son style de vidéo sans la pression du résultat. « Mon hack en fait c’est de me dire il faut que je fasse rentrer quelqu’un et que j’apprenne à écrire avec quelqu’un […] mais j’arrive pas à le faire sur ma chaîne principale. »
La quête impossible : cloner la créativité ?
Cette chaîne secondaire est devenue un véritable incubateur de vidéos. Parfois, un sujet exploré pour la petite chaîne se révèle si prometteur qu’il est ‘promu’ sur la chaîne principale, comme ce fut le cas pour la vidéo sur Cyberpunk. « En fait c’est le même truc qui s’est passé à l’époque avec Fortnite, c’est-à-dire que […] moi je me dis ‘ah putain là, il y a un bon truc à faire’. Et donc je le récupère, je le fais sur la chaîne principale. »
Cela met en lumière le défi ultime : on peut enseigner des structures, des techniques de storytelling, mais pas l’étincelle créative. Stan l’illustre parfaitement : « Sur ma dernière vidéo Cyberpunk, j’ouvre sur le discours de Steve Jobs pour annoncer l’iPhone. […] Comment est-ce que cette connexion elle a été faite entre Cyberpunk et le discours de Steve Jobs, tu vois, c’est impossible pour moi d’expliquer et c’est impossible pour moi de dire à quelqu’un, ‘tu as pas été bon parce que tu l’as pas trouvé’. » Le scaling d’une chaîne YouTube est donc moins une science exacte qu’un art délicat, celui de trouver des talents et de leur donner le temps et l’espace pour s’approprier un style, tout en y apportant leur propre génie.
FAQ : Scaler sa chaîne YouTube
Pourquoi la plupart des youtubeurs hésitent-ils à recruter ?
La plupart des YouTubeurs hésitent à recruter car ils ont l’habitude de tout faire seuls et craignent de perdre leur voix créative. Déléguer, notamment l’écriture, est perçu comme une étape difficile car elle implique de formaliser une intuition très personnelle.
« C’est une étape qui est dure à faire pour un youtubeur qui a toujours eu l’habitude de tout faire. Il y en a beaucoup qui arrivent à passer le pas de déléguer le montage ou voilà de se faire un peu aider. Mais des gens qui se font aider sur vraiment l’écriture de vidéos, c’est quand même relativement rare. » – Micode
Comment scaler sa chaîne YouTube pour en faire un vrai média ?
Pour transformer sa chaîne en média, il faut dépasser le statut de créateur solo en recrutant une équipe. Cela permet d’augmenter la fréquence de publication, de couvrir plus de sujets et de se doter d’une force de frappe pour lancer de nouveaux projets au-delà des simples vidéos.
« J’ai envie que dans quelques années micote ce soit un gros média, tu vois. Un truc potentiellement un média de référence sur les sujets Haïti pour notre génération. […] Et donc dans cette vision là, je peux pas tout faire tout seul, ça fonctionne pas. » – Micode
Est-il possible de déléguer l’écriture de vidéos YouTube ?
Oui, mais c’est un processus complexe. Cela exige du créateur principal de rationaliser ses propres méthodes de création pour les rendre transmissibles. Il faut ensuite trouver des personnes talentueuses et accepter un temps de formation pour qu’elles s’approprient le style et la vision de la chaîne.
« Il y a une pour pour arriver à cet objectif final qui est de décupler la production de vidéos en me faisant aider, il faut que j’arrive à créer là quelques vidéos où je me dis à chaque étape OK, attends, là je prends cette décision, pourquoi je la prends ? » – Micode
Quels sont les avantages du personal branding pour un créateur de contenu ?
Le personal branding permet de créer une connexion émotionnelle très forte et directe avec l’audience. Cette implication facilite la fidélisation et donne une grande autorité au créateur, qui peut ensuite utiliser cette influence pour développer d’autres projets.
« Il y a des trucs dans le personal branding qui sont très forts, notamment le l’implication émotionnelle des gens qui va être beaucoup mais beaucoup plus simple à générer quand tu es toute la figure de ton de ce que tu développes. » – Micode
Quelle est la stratégie d’HugoDécrypte pour développer son média ?
HugoDécrypte a capitalisé sur son personal branding très fort pour bâtir une audience large et engagée. Il a ensuite décliné son concept sur de multiples formats et plateformes, se positionnant comme un média à part entière tout en conservant son nom, prouvant qu’un créateur peut devenir une institution médiatique.
« C’est moi notamment en voyant ce qu’il arrive à faire, que je me suis dit bon alors, c’est la preuve que c’est possible quand même. Parce que Hugo aujourd’hui, il est même considéré par les médias traditionnels ou par YouTube même comme étant un média, tu vois. » – Micode
Comment former une personne à son propre style de création vidéo ?
Une méthode efficace est de créer un environnement à faible enjeu, comme une chaîne secondaire. Cela permet de travailler avec la personne, d’itérer sur des formats plus simples et de la former progressivement sans risquer de nuire à la qualité ou à la réputation de la chaîne principale.
« Le hack que j’ai trouvé, c’est de me dire : Je vais faire une deuxième chaîne. […] Et mon hack en fait c’est de me dire il faut que je fasse rentrer quelqu’un et que j’apprenne à écrire avec quelqu’un et que je forme quelqu’un mais j’arrive pas à faire avec personne sur ma chaîne principale. » – Stan Leloup
Quelle est la différence entre un créateur de contenu et un média ?
Un créateur de contenu est souvent une personne seule qui produit et incarne son contenu. Un média est une organisation structurée avec une équipe, capable de produire un volume plus important de contenu sur divers sujets, et qui peut exister indépendamment de son fondateur.
« Tu as deux stratégies fondamentales. Tu as est-ce que tu vas miser le max sur ton personal branding […] ou d’essayer de créer un truc qui te dépasse, qui est différent de ta propre personne, qui te survit et donc qui peut être incarné par d’autres gens. » – Micode
Quels sont les limites du créateur solo sur YouTube ?
Le créateur solo est limité par son temps et son énergie. Cela l’empêche d’augmenter significativement sa production de contenu et le rend prisonnier de sa formule à succès, sans la capacité d’explorer de nouveaux projets ou opportunités qui demanderaient une force de frappe supplémentaire.
« Quand tu es tout seul et que tu as une formule qui marche, tu peux être assez prisonnier de ton truc puisque tu dois faire ce que tu fais mais tu as pas forcément le temps de faire autre chose et tout le reste c’est une distraction. » – Stan Leloup




