Logo de l'épisode Kevin Richard - De SEO BlackHat à SEObserver | E6 du podcast Les Makers | Podcast

Kevin Richard – De SEO BlackHat à SEObserver | E6

Épisode diffusé le 14 novembre 2022 par Les Makers | Podcast

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De l’ombre du Black Hat à la lumière d’un SaaS : mon parcours inattendu dans le SEO

Imaginez recevoir un appel d’une agence de communication parisienne. Il est tard. La demande est simple, mais la pression est maximale : ‘On a besoin d’un truc pour demain matin’. Un de leurs clients, un homme d’affaires, subit un contrôle fiscal. Le fisc est à ses trousses, et il faut éplucher cinq ans d’archives du web – articles de presse, photos, mentions – pour évaluer son risque de résidence fiscale en France. Une nuit blanche à traquer la moindre information, à compiler, analyser, synthétiser. Le lendemain matin, le rapport est livré. La récompense ? 15 000 €. En une nuit. À l’époque, cette somme représentait 5% du prix d’une maison. C’était bien plus que de l’argent ; c’était la preuve tangible que la maîtrise de l’information sur le web était une compétence d’une valeur inestimable, capable de résoudre des problèmes critiques et de changer la donne dans des situations extrêmes. Cette anecdote n’est pas le début de mon histoire, mais elle en est un symptôme. Elle illustre parfaitement le monde dans lequel j’ai évolué : un univers où le SEO n’est pas qu’une affaire de mots-clés et de positions, mais un levier de pouvoir, d’influence et de business.

Mon nom est Kevin Richard, et beaucoup me connaissent aujourd’hui à travers mon outil, SEObserver. Mais avant le SaaS, il y a eu un long chemin, souvent sinueux, qui a commencé bien avant, dans les méandres du référencement ‘à l’ancienne’. Un parcours qui m’a mené d’une découverte quasi accidentelle du SEO à la gestion de réputations en ligne valant des fortunes, en passant par les communautés ‘underground’ où s’échangeaient les secrets du métier. Ce que je veux partager avec vous, ce n’est pas une success story lisse et parfaite. C’est le récit brut d’un entrepreneur du web, avec ses coups de chance, ses nuits de ‘bidouille’, ses dilemmes éthiques et les leçons apprises à la dure. Comment passe-t-on de la modification de quelques lignes de code sur un site de maisons écologiques à la création d’un des outils de référence du SEO français ? Comment navigue-t-on dans les eaux troubles de l’e-réputation où un client peut vous contacter via un pseudo improbable sur Twitter pour un contrat à six chiffres ? C’est ce voyage, des fondations du SEO jusqu’à la stratégie de sortie d’un entrepreneur, que je vous invite à découvrir.

Chapitre 1 : La naissance d’une vocation SEO, le hasard qui valait des centaines de milliers d’euros

Tout a commencé de manière presque fortuite, autour de 2007. J’étais alors en apprentissage dans une entreprise qui vendait des maisons écologiques, un secteur en pleine effervescence juste avant la crise de 2008. Mon rôle initial n’avait rien à voir avec le marketing digital ; je m’occupais de processus qualité et d’amélioration continue, des sujets, avouons-le, assez rébarbatifs. À côté de ça, fraîchement formé à la création de sites web selon les standards de l’époque – le fameux W3C, l’accessibilité, tout ce qui faisait un site ‘propre’ –, j’ai vu l’état de leur présence en ligne : un site entièrement en Flash. Pour ceux qui s’en souviennent, Flash était l’ennemi juré de Google. C’était joli, animé, mais totalement invisible pour les moteurs de recherche. Ils voulaient le refondre, et j’ai sauté sur l’occasion : ‘Attendez, je peux le faire’.

J’ai donc reconstruit le site de A à Z, en appliquant les bonnes pratiques. Le résultat fut immédiat et spectaculaire. En passant d’une boîte noire en Flash à une structure saine en HTML, le site s’est non seulement fait indexer, mais il a commencé à grimper dans les résultats de recherche. Et puis, le miracle s’est produit. Pour la première fois de l’histoire de l’entreprise, le téléphone a sonné avec des prospects venus directement du site web. Des gens qui disaient : ‘Bonjour, je suis intéressé par vos produits’. La réaction en interne a été un choc total. Mon chef est venu me voir, abasourdi :

‘Kevin, tu as fait quoi ? C’est quoi ce truc de malade ? Il y a carrément des gens qui nous contactent et tout.’

Je n’avais pas de réponse miracle, j’avais simplement ‘fait ce qu’il fallait’. C’est là que j’ai compris. J’avais, sans le savoir, transformé un simple site vitrine en une machine à générer du business. Pour une entreprise vendant des maisons, chaque contact qualifié pouvait se traduire par des centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires. Ma mission initiale a été balayée d’un revers de main. ‘Laisse tomber le reste, mets-toi à fond là-dessus, fais en sorte qu’on remonte encore plus sur Google’. C’était le début de tout. J’ai été propulsé dans le monde du SEO avec des enjeux financiers colossaux dès le premier jour, sans même connaître le terme ‘SEO’. Ma formation a alors commencé, non pas dans une salle de classe, mais sur les forums de l’époque comme Web Rank Info, à apprendre les bases, notamment la soumission dans les annuaires, une technique fondamentale à l’époque.

Chapitre 2 : L’plongée dans l’arène, des forums aux premiers sites personnels

Après cette première expérience révélatrice, mon parcours a pris un virage décisif. J’ai rapidement compris que mon rôle au sein de l’entreprise de maisons écologiques avait atteint un plateau. Le site était bien positionné, les leads rentraient. J’ai donc fait le grand saut : je me suis mis en micro-entreprise, en gardant cette société comme premier client, et j’ai commencé à explorer ce nouvel univers pour mon propre compte. C’est à ce moment-là que j’ai découvert un forum qui a changé ma perception du SEO : Spère. C’était le point de rencontre de ce que j’appellerais ‘le grand monde des référenceurs francophones’. C’est là que j’ai croisé virtuellement des figures comme Paul Sanches (Blackout) ou Mathieu (The Black Melvin), des pionniers qui repoussaient constamment les limites.

L’ambiance était incroyable, un mélange de partage et de ‘bidouille’. On ne parlait pas de théorie, mais de pratique pure et dure. Des membres partageaient des scripts, des bouts de code, et l’éthique était de ne pas juste prendre, mais de contribuer. C’est ce que j’ai fait. Je n’étais pas un développeur de formation, mais j’ai appris sur le tas. Je prenais un script, je le modifiais, je l’améliorais à ma sauce, puis je le repartageais à la communauté. C’était une façon de monter les échelons, de me faire un nom en apportant de la valeur. Cette culture de l’expérimentation m’a beaucoup appris.

‘Les gens ils m’ont vachement aidé, c’était très sympa de leur part, ils me filaient des scripts, des trucs comme ça, je les prenais, je les modifié de mon côté […] et je les repostais et ça faisait un peu comme ça, je montais un petit peu les échelons en essayant de d’apporter quelque chose toujours.’

Cette phase a été mon laboratoire. J’ai lancé mes propres sites pour tester tout ce que j’apprenais : du spam, des stratégies de backlinks audacieuses, tout y passait. C’est comme ça que j’ai réussi à positionner des sites en première position sur des mots-clés très concurrentiels, ce qui m’a valu une certaine reconnaissance et m’a attiré mes premiers clients en dehors de mon cercle initial. J’ai même commencé à explorer des techniques de génération de contenu automatisé, en créant des systèmes de tableaux pour assembler des textes. C’était juste avant l’explosion du ‘content spinning’, une technique que j’ai ensuite adoptée en développant mon propre script. Cette période a forgé mon ADN de SEO : une approche pragmatique, orientée vers les résultats, et n’ayant pas peur de franchir les lignes si nécessaire.

Chapitre 3 : L’e-réputation, quand le SEO devient un sport de combat à haut risque

Après avoir fait mes armes en édition de sites et en prestation SEO classique, j’ai naturellement dérivé vers le domaine qui, à l’époque, payait le mieux et offrait les plus grands défis : l’e-réputation. C’est un monde à part, où les enjeux ne sont plus seulement commerciaux, mais souvent personnels, psychologiques et financiers à un tout autre niveau.

Définir les règles du jeu : qu’est-ce que l’e-réputation ?

Le concept est simple en apparence, mais sa mise en œuvre est d’une complexité redoutable. Comme je l’explique souvent, la demande de base est directe :

‘La réputation en gros, c’est quelqu’un qui a des articles négatifs qui parlent de lui sur Google et ce mec là veut que ça disparaisse.’

Cette personne peut être un dirigeant dont la carrière est menacée par un vieil article, une entreprise dont l’image est ternie, ou toute personne dont la vie est empoisonnée par des résultats de recherche. Le problème, c’est que faire ‘disparaître’ quelque chose d’Internet est un art. C’est un jeu du chat et de la souris où l’on se bat contre des journalistes, des algorithmes et parfois, la vérité elle-même. Si vous vous faites prendre en pleine opération de ‘nettoyage de SERP’, l’effet peut être dévastateur et bien pire que le mal initial. C’est un domaine où la discrétion est la règle d’or et où la moindre erreur peut être fatale.

Des clients improbables aux contrats à six chiffres

L’une des premières leçons que j’ai apprises dans ce milieu est que les apparences sont incroyablement trompeuses. Je me souviens d’un type qui m’a contacté en message privé sur Twitter. Son profil était suspect : un avatar étrange, un pseudo à coucher dehors. Mon premier réflexe a été de l’ignorer, pensant à une perte de temps. Mais j’ai finalement accepté un appel Skype. Pour filtrer et ne pas perdre mon temps, j’ai annoncé un tarif volontairement exorbitant : ‘Écoutez, ce type de prestation, c’est à partir de 15 000 € pour commencer, puis 5 000 € par mois’. J’ai à peine terminé ma phrase qu’il a enchaîné, sans sourciller :

‘Ouais ouais. […] sinon tu peux faire ça comment, tu peux commencer quand ? Je dis attends, il a pas entendu.’

Il avait parfaitement entendu. Il s’en fichait. Le prix n’était pas un sujet. Cette expérience, et d’autres similaires, m’ont appris à ne jamais juger un prospect sur son ‘pseudo éclaté’ ou sa photo de profil. Les personnes avec les plus gros budgets sont souvent celles qui cherchent le plus la discrétion. J’ai collaboré avec d’autres grands noms du SEO, comme Paul Sanches, sur des missions de réputation avec des budgets à six chiffres. Quand la douleur est assez forte, l’argent n’est plus un obstacle.

Les deux facettes de la médaille : construire ou détruire

En e-réputation, il y a principalement deux approches. La première, la plus ‘propre’, consiste à construire une nouvelle visibilité positive. On crée et on promeut de nouvelles ressources (articles, interviews, profils sociaux) pour noyer les résultats négatifs, les repoussant en deuxième ou troisième page de Google, là où personne ne va. C’est une stratégie de ‘SERP Domination’ appliquée à une personne. La seconde approche est plus agressive : on essaie de ‘shooter’ l’article négatif, de le faire désindexer. Les techniques sont variées et souvent borderline : copier le contenu pour le signaler comme dupliqué, monter des opérations de signalement… C’est extrêmement risqué. Si le site visé est un grand média avec un SEO compétent qui surveille sa Search Console, il verra immédiatement la manœuvre, et la situation peut s’envenimer.

La ligne éthique : où s’arrêter ?

Ce travail vous confronte inévitablement à des dilemmes moraux. Vous travaillez pour des gens qui ont des choses à cacher. Il faut savoir où placer sa propre limite. Pour moi, elle a toujours été claire. J’ai été contacté pour des affaires criminelles graves, notamment des agressions sexuelles. Ma réponse a été un non catégorique.

‘Ça j’avais dit non, désolé les mecs, c’est vous vous débrouillez. Limite je vais rajouter des backlink, tu vois.’

Il y a une différence entre aider quelqu’un à surmonter une erreur passée ou une injustice médiatique, et blanchir des actes impardonnables. Chaque praticien de l’e-réputation doit définir sa propre éthique, car la tentation financière peut être immense.

Chapitre 4 : Le personal branding comme moteur de croissance, l’âge d’or du blog et de Twitter

Mon ascension dans le monde de l’e-réputation et des prestations à forte valeur ajoutée ne s’est pas faite par magie. Derrière ces contrats se cachait une stratégie de contenu et de présence en ligne qui, avec le recul, s’est avérée être le pilier de toute ma carrière de freelance. Cette stratégie reposait sur deux piliers, simples mais redoutablement efficaces : un blog et un compte Twitter. Je peux l’affirmer sans hésiter :

‘Mon blog, mon compte Twitter. Ces deux trucs là à eux seuls, ils m’ont apporté 90 % de mes de mes opportunités business, de mon chiffre d’affaires, de ma notoriété, de absolument tout.’

Le compte Twitter était ma porte d’entrée dans la communauté SEO. C’était un petit monde, un microcosme où l’on pouvait échanger directement avec les meilleurs, se faire un nom, partager des astuces et rester à la pointe. C’est un outil puissant pour le réseau et la veille. Mais le véritable game-changer, c’était le blog. Contrairement à la nature éphémère de Twitter, un blog construit une autorité durable. Il attire un trafic qualifié via Google, des gens qui ne vous connaissent pas mais qui recherchent une solution à un problème précis. Et parfois, ces inconnus se transforment en clients, en partenaires ou en amis. Je ne sais même pas ce que certains de mes plus gros clients avaient tapé pour arriver sur mon site, mais ils sont arrivés grâce à un article.

Pour qu’un blog fonctionne, il ne s’agit pas de publier des articles de 300 mots optimisés pour un mot-clé. Je parle de vrais articles de fond, des pièces de contenu qui démontrent une expertise réelle et qui continuent d’apporter de la valeur des années après leur publication. J’avais par exemple écrit un article très technique sur la façon de forcer les paramètres de géolocalisation dans les URL de Google pour obtenir des SERPs parfaitement localisées. C’est une micro-niche, mais cet article a eu un impact énorme. Mon astuce a été reprise par quasiment tous les outils SEO du marché. Surtout, cet article, publié initialement sur mon blog puis repris sur le prestigieux blog de Moz, m’a apporté une crédibilité internationale et des contacts inestimables. C’est la preuve qu’un seul contenu de très haute qualité peut avoir plus d’impact que cent articles médiocres. Un blog, c’est un filet de sécurité, un générateur de leads passif et la meilleure carte de visite qui soit.

Chapitre 5 : De l’outil personnel au SaaS reconnu, la genèse de SEObserver

Pendant toutes ces années de prestations, d’édition de sites et d’expérimentations, je n’ai jamais cessé de ‘bidouiller’. Pour mes propres besoins, j’ai commencé à développer un petit outil personnel. Le but était simple : monitorer de manière efficace ce qui se passait sur les pages de résultats de Google (les SERPs). À l’époque, je suivais des milliers de mots-clés pour mes projets et ceux de mes clients, et je voulais un système qui puisse détecter automatiquement les mouvements intéressants.

Un besoin personnel comme point de départ

L’idée n’est pas venue d’une étude de marché, mais d’une frustration personnelle. Je voulais savoir quels sites ‘poppaient’ subitement dans le top 100, qui gagnait ou perdait des positions massivement. Je me souviens d’une conversation avec Rudy, un autre acteur bien connu du milieu. Je lui avais lancé :

‘Ah tiens, il y a un site à toi qui est remonté sur assurance bateau.’ Il m’a répondu : ‘Comment tu sais ?’ Il n’était même pas au courant. ‘Ah putain mais comment tu l’as vu ?’ Je lui ai expliqué : ‘Je me suis fait un outil, tu peux voir ceux qui pop direct, tu peux voir tous ceux qui remontent.’

C’est là que j’ai compris que mon petit script personnel avait une vraie valeur. Il me donnait une vision que les autres n’avaient pas. Il ne se contentait pas de suivre des positions, il révélait des stratégies, des opportunités et des menaces en temps réel.

L’arme secrète contre le cloaking

L’outil est devenu encore plus puissant quand je l’ai utilisé pour détecter des techniques de Black Hat SEO avancées, comme le cloaking. Le principe du cloaking est de présenter un contenu différent à Google et aux utilisateurs. Une technique courante à l’époque consistait à positionner une page, puis à effectuer une redirection 301 ‘cloakée’, visible uniquement par Googlebot, vers un autre site. Pour un observateur humain ou un outil de suivi classique, le site semblait simplement disparaître. Mais comme mon outil conservait un historique complet du top 100, je voyais parfaitement ces sites apparaître brièvement puis se ‘volatiliser’ pour laisser leur place à un autre. C’était une mine d’or pour comprendre les stratégies de mes concurrents et pour identifier des réseaux de sites entiers. L’outil m’apportait une valeur stratégique immense.

Le passage au modèle SaaS : un défi inattendu

À force de montrer mon outil à mes amis SEO, la réaction était unanime : ‘C’est trop bien, c’est trop terrible’. L’idée de le transformer en un produit commercial, un SaaS (Software as a Service), a alors germé. Je me suis dit que si ça m’était si utile, ça le serait pour d’autres. J’ai donc commencé à l’enrichir, en y ajoutant des données de backlinks, ce qui impliquait de négocier avec des fournisseurs comme Majestic. Et c’est là que j’ai rencontré mon premier mur. J’ai obtenu un rendez-vous avec Dixon Jones, le patron de Majestic à l’époque. Dans ma tête, j’étais prêt, mon anglais scolaire était bon. Mais la réalité fut tout autre.

‘Tu as beau avoir des super notes […] en anglais, le jour où tu t’assois face à un vrai anglais que tu dois parler chiffres, contrat et cetera, c’est là que tu te rends compte que ton niveau il est éclaté.’

Cette expérience a été une leçon d’humilité et un rappel que le passage de technicien à entrepreneur est semé d’embûches inattendues. Malgré ces défis, SEObserver est né, passant d’un script personnel à un outil utilisé par des centaines de professionnels du SEO, non pas parce que j’avais un grand plan, mais parce que j’avais créé quelque chose qui résolvait un vrai problème.

Chapitre 6 : La maturité de l’entrepreneur, détacher sa marque de son produit

Après avoir lancé SEObserver, j’ai continué à capitaliser sur ma marque personnelle. J’ai donné des conférences, participé à des événements comme le SEO Campus, j’ai été très actif sur Twitter et sur mon blog. ‘Kevin Richard’ et ‘SEObserver’ étaient étroitement liés. C’était une stratégie efficace pour le lancement : mon personal branding a servi de rampe de lancement pour l’outil. Mais avec le temps, j’ai réalisé que cette fusion était un piège à long terme. C’est pourquoi j’ai opéré un virage à 180 degrés : j’ai commencé à volontairement me mettre en retrait.

La raison est fondamentale et purement stratégique. Quand une entreprise dépend intégralement de l’image de son fondateur, elle devient invendable. Personne n’achètera une société si son principal actif, c’est vous. Comment lever des fonds ? Comment envisager une sortie ? Comment même prendre des vacances sans que tout s’écroule ? C’est impossible. Le produit et son créateur sont si indissociables que le premier ne peut pas survivre sans le second.

‘Au début, observer c’était l’outil de Kevin. Et ensuite petit à petit, à travers la page de vente et cetera, j’ai progressivement je me suis enlevé, je me suis mis en retrait pour justement faire le chemin inverse.’

Le but était de transformer SEObserver en une entité autonome, une marque qui existe par elle-même, avec sa propre valeur, indépendamment de moi. C’est un chemin que beaucoup d’entrepreneurs-créateurs doivent envisager. Regardez des exemples comme Mr. Beast : sa marque est si personnelle qu’elle est probablement invendable. C’est son âme qu’il vendrait. À l’inverse, Brian Dean a vendu Backlinko à Semrush, mais il a dû rester impliqué, car la marque était encore très liée à sa personne. Le personal branding est un accélérateur extraordinaire pour lancer un projet, un ‘coup de boost’ inégalable. Mais la véritable maturité entrepreneuriale consiste à savoir quand s’effacer pour laisser son entreprise grandir seule. Il faut construire un actif qui a de la valeur sans vous, sinon vous n’avez pas créé une entreprise, mais simplement un autre job pour vous-même, aussi passionnant soit-il.

Conclusion : au-delà des outils, une question de vision

Mon parcours, de la découverte du SEO dans une PME à la création d’un SaaS, en passant par les missions commandos de l’e-réputation, m’a appris une chose essentielle : la technique est un prérequis, mais la vision est ce qui fait la différence. J’ai commencé par de la ‘bidouille’, par la curiosité de comprendre comment fonctionnait Google. Cette curiosité m’a mené à identifier des opportunités à haute valeur, comme l’e-réputation. J’ai ensuite utilisé ma notoriété, bâtie sur le partage et l’expertise, pour lancer un produit. Et enfin, j’ai compris que pour construire un actif pérenne, il fallait savoir se détacher de sa propre création.

Chaque étape de ce voyage a été une évolution, non seulement de mes compétences, mais aussi de ma mentalité d’entrepreneur. C’est un passage du statut de technicien qui résout des problèmes à celui de stratège qui construit des systèmes. L’anecdote des 15 000 € en une nuit n’était pas juste un coup de chance ; elle était le résultat d’années passées à accumuler une expertise rare et à construire une réputation de fiabilité. Si je devais laisser un conseil, ce serait celui-ci : construisez votre expertise de manière obsessionnelle. Partagez-la généreusement pour bâtir votre marque. Utilisez cette marque pour lancer vos projets. Et enfin, ayez la sagesse de construire ces projets de manière à ce qu’ils puissent un jour vous survivre. C’est là que réside la véritable liberté de l’entrepreneur.


Foire aux questions (FAQ)

Comment Kevin Richard a-t-il découvert le potentiel du SEO ?

Kevin Richard a découvert le SEO de manière presque accidentelle en 2007. Alors qu’il travaillait pour une entreprise de maisons écologiques, il a proposé de refondre leur site web qui était entièrement en Flash, une technologie invisible pour les moteurs de recherche. En le reconstruisant avec des standards web propres (HTML, W3C), le site s’est soudainement mis à bien se positionner sur Google, générant pour la toute première fois des prospects qualifiés. Cette transformation d’un site vitrine en une machine à générer des contrats valant des centaines de milliers d’euros a été une révélation sur la puissance commerciale du référencement.

‘Et en fait, il s’est indexé. Évidemment de quand tu passes de flash à à un site tout propre, bah il s’est indexé, il a commencé à remonter. Et en fait, il y a eu des carrément tu sais pour la première fois, il y a eu des prospects qui sont arrivés sur ce site.’

Qu’est-ce que l’e-réputation et pourquoi est-ce un service à forte valeur ajoutée ?

L’e-réputation consiste à gérer l’image d’une personne ou d’une entreprise sur les moteurs de recherche, principalement en faisant disparaître ou en minimisant la visibilité d’articles négatifs. C’est un service à très forte valeur ajoutée car il répond à une douleur intense et urgente. Pour des individus fortunés ou des dirigeants, un résultat de recherche négatif peut anéantir une carrière, bloquer des affaires ou causer un préjudice personnel immense. Ils sont donc prêts à investir des sommes considérables (parfois des budgets à six chiffres) pour résoudre ce problème rapidement et discrètement.

‘Généralement c’est des personnes qui te contactent qui ont un gros budget. Tu sais quand tu es riche et que ça ça te pourrit la vie, tu vas être prêt à payer très cher.’

Quel rôle ont joué le blog et Twitter dans la carrière de Kevin Richard ?

Le blog et Twitter ont été les deux outils les plus importants dans le développement de son activité, représentant selon lui 90% de ses opportunités commerciales. Twitter lui a permis de s’intégrer à la communauté SEO, de réseauter et de construire sa notoriété au sein d’un cercle d’initiés. Son blog, quant à lui, lui a servi de plateforme pour démontrer son expertise à travers des articles de fond. Cela lui a permis d’attirer des clients de manière passive, des personnes qui le trouvaient via Google et qui étaient convaincues par la qualité de son contenu avant même de le contacter.

‘Ce qui m’a apporté le plus de business, ça a été mon blog, mon compte Twitter. Ces deux trucs là à eux seuls, ils m’ont apporté 90 % de mes de mes opportunités business, de mon chiffre d’affaires, de ma notoriété, de absolument tout est basé sur ces deux choses.’

Comment est né l’outil SEObserver ?

SEObserver est né d’un besoin personnel. Pour ses propres projets de SEO, Kevin Richard avait besoin de suivre les mouvements sur les pages de résultats de Google (SERPs) à grande échelle (sur des milliers de mots-clés). Il a donc développé un script personnel pour détecter les sites qui apparaissaient, disparaissaient ou progressaient rapidement. En montrant cet outil à ses amis du milieu SEO, il a réalisé que la solution qu’il avait créée pour lui-même avait une immense valeur pour les autres. La décision a alors été prise de le transformer en un produit commercial (SaaS) accessible à tous les professionnels du référencement.

‘Je m’étais fait ça pour moi en fait. Et après euh je me suis dit bah attends les les mes potes SEO à qui je montrais, ils me disaient \ »ah trop bien, c’est c’est trop terrible et tout\ ». Et du coup, je me suis dit \ »bah tiens, je vais le mettre en je vais le passer en SAS et je vais le je vais le vendre\ ».’

Quelles sont les deux grandes stratégies en e-réputation selon Kevin Richard ?

Il identifie deux approches principales. La première est constructive : il s’agit de créer et de promouvoir de nombreuses ressources positives (nouveaux articles, interviews, profils) pour ‘noyer’ l’article négatif et le repousser loin dans les résultats de Google. La seconde est plus agressive et risquée : elle consiste à ‘shooter’ l’article négatif, c’est-à-dire tenter de le faire désindexer par Google en utilisant diverses techniques (comme le signalement pour contenu dupliqué). Cette dernière méthode est dangereuse car si elle est détectée, elle peut se retourner contre le client.

‘Tu vas avoir deux techniques, soit tu vas construire une une visibilité autour de la personne, tu sais en mettant des nouvelles des nouvelles ressources positives, soit en fait tu vas essayer de shooter l’article négatif.’

Pourquoi est-il crucial de ne pas juger les clients potentiels sur leur apparence en ligne ?

L’expérience de Kevin Richard lui a montré que les clients les plus fortunés et les plus sérieux ne se présentent pas toujours de manière conventionnelle. Il raconte l’anecdote d’un prospect l’ayant contacté sur Twitter avec un pseudonyme et un avatar ‘tout chelou’. Son premier réflexe a été le mépris, mais après avoir cité un prix très élevé pour le filtrer, le client a accepté sans aucune négociation. Cette leçon l’a marqué : dans le monde du web, l’apparence est souvent trompeuse, et les individus à haut potentiel recherchent souvent la discrétion derrière des profils anonymes.

‘Souvent je me suis il y a eu des cas comme ça où tu as tu as des gens tu sais qui qui viennent te parler tu te dis oh là là tu sais PP euh euh tu sais PP genre mon gars ou autre, tu te dis c’est qui ce rigolo et en fait non non, le mec il est pas du tout un rigolo du tout.’

Pourquoi Kevin Richard a-t-il décidé de mettre son personal branding en retrait de SEObserver ?

Il a pris cette décision stratégique pour assurer la pérennité et la valeur de son entreprise. Il a compris qu’une société dont la valeur repose entièrement sur la marque personnelle de son fondateur est extrêmement difficile à vendre ou à financer. Pour qu’SEObserver devienne un véritable actif cessible et scalable, il fallait que la marque de l’outil devienne plus forte que celle de son créateur. Il a donc progressivement retiré son image de la communication pour que l’entreprise puisse exister et prospérer de manière autonome.

‘Quand tu crées une boîte […] et que le machin il dépend intégralement de ton image à toi, tu peux pas le revendre. Tu peux pas le revendre un jour ou l’autre. Tu en fait, il va être tellement lié à toi que les deux sont indissociable.’


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