Logo de l'épisode Les secrets des marques communautaires : passer de l'audience au collectif - Episode 311 - on parle de communauté et d'appartenance du podcast Le Podcast du Marketing - stratégie digitale, persona, emailing, inbound marketing, webinaire, lead magnet, branding, landing page, copy

Les secrets des marques communautaires : passer de l’audience au collectif – Episode 311 – on parle de communauté et d’appartenance

Épisode diffusé le 11 décembre 2025 par Estelle Ballot

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Au-delà de l’audience : pourquoi la communauté de marque est devenue le nouvel avantage compétitif

Le marketing n’a jamais été aussi relationnel qu’aujourd’hui. Cette phrase, vous l’avez sans doute entendue, mais en mesurons-nous vraiment toute la profondeur ? En tant que directrice marketing, j’ai vu de l’intérieur à quel point notre rôle s’est transformé. Nous jonglons avec plus de canaux, plus de données, plus de pression pour la performance. Mais la complexité la plus fondamentale ne réside pas dans nos outils, elle réside dans les attentes de nos clients. Ils n’achètent plus seulement un produit ou un service, ils cherchent autre chose. Comme je le disais dans le podcast, ce qu’ils veulent, ‘c’est un cadre, un sens, une raison de rejoindre une marque qui leur ressemble’. Cette quête identitaire est le signal faible qui est devenu un véritable raz-de-marée, et les marques qui l’ignorent se condamnent à une course à l’acquisition toujours plus coûteuse et épuisante.

Cette transformation nous pousse à repenser le marketing non plus comme une simple mécanique d’acquisition, mais comme la construction d’un écosystème. Un espace où les clients ne sont plus des cibles à convertir, mais des membres d’un collectif à rassembler. C’est un changement de paradigme total. On ne parle plus seulement de fidélisation, mais de véritable appartenance. Pourquoi est-ce si puissant ? Parce que cette approche s’ancre dans l’un de nos besoins psychologiques les plus profonds, bien au-delà de la simple satisfaction fonctionnelle. Quand un client se sent appartenir à votre univers, il devient bien plus qu’un acheteur récurrent : il devient un ambassadeur, un défenseur, un co-créateur de votre histoire. Il cesse de dépendre des promotions et commence à s’investir émotionnellement. Dans cet article, nous allons plonger au cœur de cette dynamique. Nous allons décortiquer, étape par étape, ce qui permet à une marque de fédérer une communauté puissante, authentique et, surtout, durable. Oubliez les raccourcis tactiques comme le lancement d’un groupe Facebook sans âme ; nous allons parler de stratégie, de vision, de culture et de la magie qui opère quand on donne aux gens une raison de se rassembler.

Les fondations psychologiques : comprendre le marketing du sentiment d’appartenance

Avant de construire les murs, il faut s’assurer que les fondations sont solides. En marketing communautaire, ces fondations ne sont pas techniques, elles sont humaines. Le point de départ de toute stratégie de communauté de marque réside dans la compréhension d’un besoin fondamental : le sentiment d’appartenance. Ce n’est pas un concept inventé par des gourous du marketing, c’est un pilier de la psychologie humaine, identifié par Maslow au même titre que le besoin de sécurité ou de reconnaissance. Historiquement, ce besoin était comblé par des structures traditionnelles : la famille, le village, les associations locales. Mais dans notre monde moderne, hyper-connecté et pourtant souvent fragmenté, ces repères s’effritent. Comme je l’expliquais, ‘les individus, ce qu’ils veulent, c’est de nouveaux lieux d’expression identitaire’. Et c’est précisément dans cette brèche que les marques les plus visionnaires s’engouffrent.

Quand la marque devient un marqueur identitaire

Pendant des décennies, le marketing a fonctionné sur une promesse simple : ‘mon produit est meilleur, plus rapide, moins cher’. C’était une promesse fonctionnelle. Aujourd’hui, cette approche ne suffit plus. Dans un marché saturé où les produits et services sont souvent interchangeables, la différenciation se déplace du ‘quoi’ (le produit) au ‘pourquoi’ (la mission, la cause, la vision). Les consommateurs, et particulièrement les nouvelles générations, ne demandent plus seulement ‘Que fait ce produit pour moi ?’, mais ‘Que dit cette marque de moi ?’. Acheter un produit d’une marque qui incarne leurs valeurs leur procure un sentiment de cohérence. C’est une façon de dire au monde : ‘Voici qui je suis, voici ce en quoi je crois’. Lorsqu’une marque parvient à occuper cet espace symbolique, elle transcende son statut commercial. Elle devient un signe de ralliement, un étendard. Pensez aux possesseurs de Harley-Davidson ou aux utilisateurs de produits Apple à une certaine époque : l’objet n’était que le ticket d’entrée dans un club, une tribu avec ses propres codes et ses propres valeurs.

L’impact concret sur la performance de l’entreprise

Cette évolution n’est pas purement philosophique ou émotionnelle ; ses conséquences sur le business sont directes et mesurables. Un client qui ressent un fort sentiment d’appartenance adopte des comportements qui créent une valeur immense pour la marque, bien au-delà de son propre pouvoir d’achat. Il devient un moteur de croissance organique. Premièrement, il est beaucoup plus fidèle. Comme je le soulignais, ‘même si vous avez mettons des concurrents qui arrivent avec des prix plus bas, et ben il va rester fidèle parce que la marque va plus loin que le seul produit’. Le lien n’est plus transactionnel, mais relationnel. Le coût d’un changement de fournisseur devient émotionnellement élevé. Deuxièmement, il devient un promoteur actif. Le bouche-à-oreille n’est plus une simple recommandation, c’est un acte de partage de son identité. Il va défendre la marque sur les réseaux sociaux, créer du contenu (UGC), et convaincre son entourage avec une authenticité qu’aucune publicité ne pourra jamais égaler. En conséquence, les entreprises qui maîtrisent cet art réduisent drastiquement leur dépendance à l’acquisition payante. Leur croissance n’est plus seulement poussée par les budgets publicitaires, mais tirée par l’énergie de leur propre communauté. C’est un avantage compétitif incroyablement résilient.

Bâtir le socle de votre communauté : Vision, Valeurs et Culture

Maintenant que nous avons saisi la puissance du sentiment d’appartenance, la question devient : comment le créer ? La tentation est grande de sauter sur les outils – ‘Lançons un serveur Discord !’ ou ‘Créons un groupe WhatsApp !’. C’est une erreur fondamentale. Un outil n’est qu’un contenant. Sans un contenu fort, il restera désespérément vide. Une communauté ne se décrète pas, elle émerge. Elle naît lorsque les fondations identitaires de la marque sont suffisamment claires et solides pour que des individus aient envie de s’y rallier. Comme je l’ai dit, ‘une communauté, elle va se créer parce que vous avez des fondations identitaires de la marque qui sont suffisamment solides pour donner envie aux gens, et ben de se rassembler autour d’elle’. Ces fondations reposent sur trois piliers indissociables : la vision, les valeurs et la culture.

La Vision : votre point de ralliement

La vision est l’étoile polaire de votre marque. C’est votre ‘pourquoi’. C’est la réponse à la question : ‘Au-delà de faire du profit, quel changement voulons-nous voir dans le monde ?’. Une vision puissante transcende le produit. Tesla ne vend pas que des voitures électriques ; sa vision est d’accélérer la transition mondiale vers une énergie durable. C’est cette ambition qui fédère. Une vision claire et audacieuse agit comme un filtre naturel. Elle attire magnétiquement ceux qui partagent cette sensibilité et, tout aussi important, elle éloigne poliment ceux qui n’y sont pas réceptifs. C’est cette sélectivité qui forge les liens les plus forts. Il ne s’agit pas de plaire à tout le monde, mais de devenir indispensable pour un groupe de personnes précis. Votre vision doit être simple, inspirante et communiquée de manière obsessionnelle à chaque point de contact. C’est le socle sur lequel les membres potentiels décideront si votre quête mérite qu’ils y joignent la leur.

Les Valeurs : la colonne vertébrale de la confiance

Si la vision est la destination, les valeurs sont le code de conduite pour le voyage. Ce ne sont pas des mots affichés sur un mur de bureau, mais des principes directeurs qui doivent être incarnés au quotidien. Elles se traduisent par des décisions concrètes. Si une de vos valeurs est la ‘transparence’, cela signifie que vous communiquez ouvertement sur vos échecs. Si c’est l’ ‘écologie’, cela veut dire que vous investissez dans des emballages durables, même si cela réduit votre marge. L’incohérence entre les valeurs affichées et les actions menées est le poison le plus violent pour une communauté. Elle brise la confiance instantanément et de manière souvent irréversible. À l’inverse, ‘si vous avez une valeur qui est réellement vécue par la marque, et ben là, vous créez de la confiance et c’est comme ça que les gens vont pouvoir s’engager’. Les valeurs doivent transpirer dans votre service client, dans vos campagnes marketing, dans la conception de vos produits et même dans votre management interne. C’est cette cohérence qui rend votre marque crédible et digne de confiance.

La Culture : l’univers reconnaissable de votre marque

La culture est la manifestation tangible de votre vision et de vos valeurs. C’est l’ambiance, le ‘vibe’ de votre marque. Elle se compose de multiples éléments : le ton de voix (sérieux, décalé, inspirant ?), les codes visuels, les symboles, les rituels. C’est ce qui transforme une marque en un univers reconnaissable entre mille. La culture crée des raccourcis identitaires et facilite l’appropriation par les membres. Pensez au langage spécifique utilisé par certaines communautés (les ‘gamers’, les ‘crossfitters’). Ces éléments culturels, même s’ils semblent anecdotiques, sont en réalité des ciments sociaux très puissants. Ils permettent aux membres de se reconnaître entre eux et de se sentir partie intégrante d’un tout. Ces trois fondations – vision, valeurs, culture – ne créent pas la communauté à elles seules. Mais elles créent les conditions fertiles pour qu’un collectif puisse naître et s’épanouir. Sans ce socle, toute tentative de rassembler des gens restera artificielle et éphémère.

De l’audience passive à la communauté active : l’art de la facilitation

Avoir des fondations solides est une condition nécessaire, mais non suffisante. Vous pouvez avoir la vision la plus inspirante du monde, si vous vous contentez de la diffuser de manière unilatérale, vous n’aurez qu’une audience, aussi large et attentive soit-elle. La bascule magique, le passage de l’audience à la communauté, s’opère lorsque la communication cesse d’être uniquement verticale (de la marque vers les gens) pour devenir majoritairement horizontale (des gens entre eux). Le véritable défi est de transformer des spectateurs en acteurs. Pour cela, la marque doit changer de posture : passer de ‘chef d’orchestre’ qui dirige tout, à ‘facilitateur’ qui crée un espace et des opportunités pour que la magie opère.

Créer des espaces d’expression légitimes

La première étape concrète est de matérialiser un ‘lieu’ où la communauté peut exister. Attention, le lieu n’est pas forcément un outil digital. ‘Ça peut être un espace en ligne, ça peut être un groupe privé, ça peut être un forum, ça peut même être des événements physiques’. L’important n’est pas la technologie, mais l’intention derrière. Cet espace doit être conçu pour que les membres se sentent légitimes et en sécurité pour s’exprimer, poser des questions, partager leurs expériences et même leurs doutes. Cette légitimité se construit dans la durée. Elle dépend de la qualité de la modération, de la bienveillance ambiante et de la certitude que leur contribution sera valorisée, et non jugée ou ignorée. C’est un environnement où l’on vient pour apprendre, pour contribuer, mais aussi simplement pour ‘être’ avec des pairs qui nous ressemblent. La marque doit y être présente, mais sans occuper toute la place, en posant des questions ouvertes, en valorisant les contributions des membres et en montrant l’exemple.

Nourrir les interactions horizontales

C’est le point le plus crucial et souvent le plus négligé. Une vraie communauté existe lorsque les membres n’ont plus besoin de la marque pour interagir. ‘C’est ce lien non pas descendant de la marque vers l’audience, mais horizontal de l’audience entre audience qui crée véritablement la communauté.’ Votre rôle est de catalyser ces interactions. Comment ? En créant des rituels et des prétextes à l’échange. Cela peut prendre la forme de défis créatifs, de sessions de questions-réponses où les membres s’entraident, de la mise en avant des projets des utilisateurs, ou de l’organisation de sous-groupes par centres d’intérêt. L’objectif est de faire en sorte que la valeur principale de la communauté provienne des membres eux-mêmes. Quand un utilisateur pose une question et qu’un autre membre y répond avant même que la marque n’ait eu le temps de le faire, vous savez que vous êtes sur la bonne voie. Ce faisant, la marque change de statut : elle n’est plus le seul sachant, mais le pivot qui connecte les savoirs et les expertises de chacun. Cette humilité renforce paradoxalement la confiance et l’attachement.

Trois modèles inspirants de communautés de marque

La théorie, c’est bien, mais la pratique est encore plus parlante. Pour illustrer concrètement comment ces principes s’appliquent, analysons trois marques qui ont brillamment réussi à construire des communautés puissantes, chacune avec une approche très différente. Ces exemples montrent qu’il n’y a pas une seule recette, mais que le succès repose toujours sur cet ingrédient clé : la cohérence. La cohérence entre la vision proclamée, les valeurs vécues, la culture déployée et l’animation quotidienne.

Patagonia : la communauté fondée sur la cause

Patagonia est sans doute l’un des exemples les plus emblématiques de communauté bâtie sur une vision et des valeurs profondément incarnées. Leur mission n’est pas de vendre des vêtements, mais de ‘sauver notre planète’. Cette cause dépasse de très loin le cadre commercial. La marque ne se contente pas de discours ; elle agit. Elle reverse 1% de son chiffre d’affaires à des associations, poursuit des entreprises polluantes en justice, et mène des campagnes militantes qui vont parfois jusqu’à l’extrême, comme le fameux ‘Don’t Buy This Jacket’. Cette cohérence absolue entre le dire et le faire a un effet de ralliement extraordinaire. Comme je l’indiquais, ‘les clients, ils se perçoivent plus comme juste des acheteurs de vêtements, mais ils se perçoivent comme des participants à une cause’. La communauté Patagonia n’a pas besoin d’un forum centralisé ; elle vit à travers les initiatives locales, les actions militantes, le partage de contenus éducatifs et l’engagement de ses clients qui deviennent des activistes de la marque. C’est la démonstration qu’une vision forte peut être le plus puissant des Community Managers.

Merci Handy : la communauté fondée sur la culture

À l’opposé du spectre militant de Patagonia, Merci Handy a construit sa communauté sur une culture unique : joyeuse, colorée, décalée et inclusive. Ici, le point de ralliement n’est pas une cause politique, mais un état d’esprit. L’univers de Merci Handy est un refuge contre la morosité. ‘Ils ont des codes visuels, ils ont un ton, des produits, des habitudes qui vont créer un univers dans lequel le client et ben il prend plaisir à se projeter.’ Leur stratégie communautaire repose sur la facilitation de l’expression de soi et de la créativité. La marque encourage massivement le contenu généré par les utilisateurs (UGC) en le repartageant, en créant des challenges et en mettant en avant les membres de sa ‘Rainbow Family’. Ils organisent des événements, interagissent de manière très personnelle sur les réseaux sociaux et créent un sentiment de proximité et d’attachement. Leur réussite prouve qu’une communauté peut se fédérer autour d’une culture forte et d’une expérience client positive, sans forcément porter un message qui changera le monde, mais en changeant le quotidien de ses membres.

Notion : la communauté fondée sur la co-création

Notion représente un troisième modèle, celui de la communauté construite sur l’utilité et la co-création. Au départ, Notion n’est qu’un outil, une page blanche incroyablement flexible. Sa véritable valeur a été démultipliée par ses utilisateurs. La marque l’a compris très tôt et a tout mis en œuvre pour encourager cette dynamique. ‘Absolument tout est conçu pour que la communauté puisse produire, puisse partager et puisse s’entraider.’ L’écosystème Notion est un modèle de dynamique horizontale : des milliers de templates, de tutoriels et de guides sont créés chaque jour par la communauté pour la communauté. Le programme d’ambassadeurs valorise les contributeurs les plus actifs. En agissant ainsi, Notion adopte une posture d’humilité radicale : la marque reconnaît que la créativité de ses utilisateurs est aussi précieuse, si ce n’est plus, que son propre code. Elle ne se positionne pas au-dessus de sa communauté, mais au service de celle-ci, presque comme un membre parmi d’autres. Ce partage du pouvoir renforce massivement le sentiment d’appartenance et crée une barrière à l’entrée colossale pour les concurrents.

Faire vivre et grandir sa communauté sur le long terme

Construire une communauté est un marathon, pas un sprint. Le lancement n’est que la première étape. Le véritable enjeu est de la faire vivre, de la nourrir et de s’assurer qu’elle reste saine et alignée avec la vision de la marque sur la durée. Une communauté laissée à l’abandon peut vite dépérir ou, pire, se retourner contre son créateur. La pérennité d’une communauté repose sur une boucle vertueuse d’écoute, de mesure, d’ajustement et de contribution. Il s’agit de passer d’une logique de construction à une logique de jardinage : on prend soin, on élague, on arrose, et on laisse la nature faire son travail.

Identifier les bons indicateurs de vitalité

La première erreur serait de mesurer une communauté avec les mêmes indicateurs qu’une campagne d’acquisition. Le nombre de membres est une ‘vanity metric’ qui ne dit rien de la santé du groupe. Une communauté de 100 membres ultra-actifs a infiniment plus de valeur qu’un groupe de 10 000 membres silencieux. Les métriques pertinentes sont celles qui mesurent la vitalité. Je citerais notamment : la participation (le ratio entre membres actifs et passifs, la qualité des échanges), la rétention (la stabilité du groupe, la durée de vie d’un membre actif), la contribution (la quantité d’UGC, le nombre de réponses apportées par les membres) et l’advocacy (les mentions positives, les recommandations spontanées). ‘Tous ces éléments-là, ils révèlent la vitalité du collectif bien plus que le nombre de membres’. Suivre ces indicateurs qualitatifs vous donnera une image fidèle de la santé de votre communauté et vous permettra de guider vos actions d’animation.

L’art d’écouter et d’ajuster en permanence

Une communauté est un organisme vivant. Elle évolue, ses besoins changent, de nouveaux leaders d’opinion émergent. La marque doit donc développer une capacité d’écoute active et être attentive aux signaux faibles. ‘Une baisse d’engagement, des tensions entre les membres ou alors des intérêts qui se déplacent’ sont autant d’informations précieuses. L’enjeu n’est pas de tout contrôler, ce serait illusoire et contre-productif, mais de rester le garant de la cohérence et de l’esprit du lieu. Cela peut vouloir dire ajuster les formats d’animation, ouvrir de nouveaux canaux de discussion sur des sujets émergents, ou encore intervenir avec diplomatie pour apaiser des tensions. Cette posture de gardien du temple, humble mais ferme, protège l’identité du groupe et évite les dérives. C’est un travail constant qui demande de l’empathie et une véritable volonté de servir la communauté.

Éviter le piège de l’instrumentalisation

C’est le danger mortel qui guette toute communauté de marque. Le moment où la direction financière demande de ‘monétiser la communauté’ de manière agressive. Le moment où le marketing cherche à l’utiliser comme un simple canal de diffusion pour ses messages promotionnels. ‘Là où ça se casse la figure en général, et ben c’est quand la marque cherche à instrumentaliser la communauté plutôt qu’à la servir.’ Sur-solliciter les membres, pousser des offres commerciales à outrance, ignorer leurs contributions ou changer de posture brusquement sont autant de moyens de briser la confiance. Et une fois la confiance rompue, il est quasi impossible de la regagner. Une communauté forte repose sur une relation de réciprocité. La marque apporte de la valeur (un cadre, des contenus, de la reconnaissance) et les membres apportent de la valeur en retour (engagement, feedback, promotion). Si cet équilibre est rompu, l’édifice s’effondre. La communauté doit toujours être vue comme une fin en soi, un actif à long terme à chérir, et non comme un moyen pour atteindre des objectifs à court terme.

Conclusion : Passez du marketing de l’attention au marketing de l’intention

Au terme de cette exploration, une évidence s’impose : créer une communauté de marque n’est pas une tactique à ajouter à votre plan marketing. C’est une transformation profonde de la manière dont votre marque se positionne, dialogue et grandit. Il ne s’agit plus de capter l’attention de manière éphémère, mais de rassembler autour d’une intention commune et durable. Nous avons vu que tout part d’un besoin humain fondamental, celui de l’appartenance, et que les marques qui y répondent avec authenticité créent une valeur inestimable. Pour y parvenir, la route est claire, bien que exigeante. Elle commence par la pose de fondations inébranlables – une vision qui inspire, des valeurs qui guident et une culture qui rassemble. Elle se poursuit par un changement de posture, où la marque devient une facilitatrice d’échanges horizontaux plutôt qu’une émettrice de messages verticaux. Comme le montrent Patagonia, Merci Handy ou Notion, la cohérence entre ce que vous êtes, ce que vous dites et ce que vous faites est le ciment de la confiance. Et c’est cette confiance qui transforme un client en ambassadeur. La vie de votre communauté dépendra ensuite de votre capacité à l’écouter, à la servir et à préserver cet équilibre fragile de réciprocité. Quand cette intention est sincère, le collectif devient alors votre plus grand actif. Il génère de la croissance organique, de la résilience face aux crises et un avantage compétitif que vos concurrents ne pourront jamais copier. L’invitation est donc lancée : ne cherchez pas à construire une audience plus grande, mais à fédérer une communauté plus forte.

Foire aux Questions (FAQ) sur la Communauté de Marque

Quelle est la différence fondamentale entre une audience et une communauté ?

La différence majeure réside dans la direction des interactions. Une audience est un groupe d’individus qui consomment le contenu d’une marque de manière principalement passive et verticale : la marque parle, l’audience écoute. La communication est à sens unique ou presque. Une communauté, à l’inverse, se caractérise par des interactions horizontales : les membres échangent entre eux, s’entraident et créent de la valeur collectivement. La marque passe d’un rôle de ‘diffuseur’ à celui de ‘facilitateur’. La communauté est active, participative et co-créatrice de son propre environnement.

‘C’est ce lien non pas descendant de la marque vers l’audience, mais horizontal de l’audience entre audience qui crée véritablement la communauté. Quand les membres se parlent, s’entraident, voire même s’inspirent, ben la marque elle change de position, elle devient une facilitatrice là où avant elle était chef d’orchestre.’

Comment une petite entreprise avec peu de moyens peut-elle lancer sa communauté ?

La création d’une communauté n’est pas d’abord une question de moyens financiers, mais de clarté stratégique et de cohérence. Une petite entreprise peut tout à fait fédérer une communauté forte en se concentrant sur un noyau de membres très engagés. L’essentiel est de définir une vision et des valeurs claires qui résonnent avec une niche spécifique. Il n’est pas nécessaire d’investir dans des plateformes complexes ; un simple groupe privé sur un réseau social, un serveur Discord ou même une newsletter interactive peuvent suffire pour démarrer. L’investissement principal est en temps et en authenticité : écouter, répondre personnellement et valoriser chaque contribution. La force d’une petite structure est sa proximité, un atout majeur pour créer des liens forts.

‘Il y a pas besoin d’avoir une mécanique ultra complexe pour créer une communauté, ce qu’il faut, c’est de la cohérence entre la vision, l’incarnation des valeurs, la qualité des interactions.’

Quels sont les indicateurs clés (KPIs) pour mesurer le succès d’une communauté de marque ?

Il faut éviter les ‘vanity metrics’ comme le nombre total de membres. Les indicateurs les plus pertinents mesurent la santé et la vitalité du groupe. On peut les classer en quatre catégories : 1/ La Participation : le pourcentage de membres actifs, la fréquence des interactions, la qualité des échanges. 2/ La Rétention : le taux de membres qui restent actifs sur le long terme. 3/ La Contribution : la quantité de contenu généré par les utilisateurs (UGC), le nombre de réponses apportées par les membres à des questions d’autres membres. 4/ L’Advocacy : la propension des membres à recommander la marque spontanément.

‘Les métriques les plus utiles, elles vont plutôt se porter sur la participation… la rétention… la contribution… et puis vous avez l’advocacy. Tous ces éléments-là, ils révèlent la vitalité du collectif bien plus que en fait le nombre de membres.’

Comment justifier l’investissement dans une communauté qui n’apporte pas de ROI direct et immédiat ?

L’impact d’une communauté est un investissement à long terme dont la valeur dépasse le ROI transactionnel direct. Il faut l’évaluer comme un actif stratégique. Ses bénéfices sont multiples : une réduction significative des coûts d’acquisition client grâce au bouche-à-oreille et à l’advocacy ; une augmentation de la LTV (LifeTime Value) via une fidélité accrue ; une source inestimable de feedback pour l’innovation produit ; et une résilience renforcée en cas de crise, car la communauté défendra la marque. Il s’agit de présenter la communauté non pas comme un centre de coût, mais comme un moteur de croissance organique et un réducteur de risques.

‘Les entreprises qui maîtrisent cet enjeu-là, et ben elles réduisent leur dépendance à l’acquisition payante parce que leur croissance, elle devient en partie organique… le collectif devient vraiment je dirais un actif immatériel. Il va créer de la confiance, il va créer de la croissance organique et puis il va créer une forme de résilience.’

Quel est le rôle de la marque dans l’animation : chef d’orchestre ou simple facilitateur ?

Au début, la marque peut avoir un rôle plus directif, proche du ‘chef d’orchestre’, pour initier les conversations, définir le cadre et les rituels. Cependant, l’objectif est de tendre le plus rapidement possible vers un rôle de ‘facilitateur’. Un facilitateur ne dirige pas, il crée les conditions pour que la communauté s’auto-anime. Son travail consiste à mettre en lumière les contributions des membres, à connecter les gens entre eux, à fournir les outils nécessaires et à veiller à la bienveillance des échanges. La réussite ultime est quand la communauté peut vivre et créer de la valeur même en l’absence temporaire de la marque.

‘Quand les membres se parlent, s’entraident… la marque elle change de position, elle devient une facilitatrice là où avant elle était chef d’orchestre. Et ce rôle, et ben il va encore renforcer la confiance, ben parce qu’il laisse de l’espace aux gens.’

Est-il indispensable d’avoir une vision ‘militante’ comme Patagonia pour fédérer une communauté ?

Absolument pas. Patagonia est un excellent exemple de communauté fondée sur une cause, mais ce n’est qu’un modèle parmi d’autres. Une communauté peut se fédérer autour de nombreux autres piliers. L’exemple de Merci Handy montre qu’une culture forte, joyeuse et décalée peut être un point de ralliement très puissant. Celui de Notion illustre qu’une communauté peut naître de l’utilité partagée et de la co-création. L’important n’est pas la nature de votre vision, mais sa clarté, son authenticité et la cohérence avec laquelle vous l’incarnez. Que votre mission soit de sauver la planète, de répandre la joie ou d’aider les gens à mieux s’organiser, l’essentiel est de donner une raison claire aux gens de se rassembler.

‘Ces trois modèles, Patagonia, Merci Andy et Notion, ils montrent que les stratégies qu’on a vu, et ben elles fonctionnent lorsqu’elles sont appliquées avec cohérence. Je crois que dans cet épisode, le mot cohérence, c’est vraiment le maître mot pour construire une communauté.’


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