Le publishing Amazon – peu de gens connaissent vraiment ce business model – a permis à Arnaud Laperstein de passer de 0 à 28 000 dollars de profit mensuel en moins d’un an. Pas en dropshippant des coques de téléphone. Pas en faisant de l’affiliation à l’aveugle. En publiant des livres. Des audiobooks. Des Kindle. Depuis Bangkok, en gérant une équipe de freelances qu’il n’a jamais vus en vrai.
Arnaud, c’est le genre de profil qui donne le vertige aux puristes du business en ligne. Dropshipping raté, affiliation paid qui n’a pas pris, et pourtant – il est aujourd’hui à la tête d’une machine à livres qui tourne toute seule. Ce qui est intéressant, c’est pas le chiffre. C’est le chemin. Et surtout ce qu’il a appris en se plantant.
Dans cet épisode des Makers, l’animateur revient sur quelque chose que beaucoup de gens dans l’écosystème digital nomade zappent : les compétences transversales. La délégation. Les process. Le management de freelances à distance. Arnaud en est le cas d’école parfait – enfin, c’est lui qui le dit, et franchement il a pas tort.
Le publishing Amazon, c’est quoi exactement – et pourquoi ça ressemble au SEO
Le publishing Amazon, c’est faire le travail d’une maison d’édition sans en être une. Tu trouves une niche, tu trouves un angle, tu recrutes un écrivain pour produire le contenu, et tu publies sur Amazon via Kindle, audiobook ou version papier. Amazon prend 30%, tu gardes 70% sur chaque vente.
Le parallèle avec l’édition de site est frappant. Arnaud l’explique clairement :
« C’est un business model qui est très proche du SEO. Dans l’édition de site tu vas créer des sites sur des thématiques différentes – là l’idée c’est de créer des contenus où il y a une énorme demande derrière où la compétition est pas trop élevée et au final tu vas réussir à remonter en première page sur Amazon. »
Exactement. Le moteur de recherche change, la logique reste la même.
Tu cherches une niche avec de la demande et peu de compétition. Tu crées le meilleur contenu possible sur cette niche. Tu optimises ta fiche pour apparaître en premier. Et tu attends que le trafic organique – gratuit – fasse son travail. Si tu veux comprendre la mécanique de base de l’édition de site et ses revenus récurrents, la logique est quasi identique.
La différence avec le SEO classique : le cycle de vie d’un livre sur Amazon peut durer des années. Arnaud touche encore aujourd’hui des revenus sur des books publiés en 2018. Ça, c’est du revenu passif qui se défend.
Comment il a démarré : 10 000 dollars investis, 16 000 dollars récupérés le premier mois
Mi-2018. Arnaud découvre une formation sur le publishing – les Michelson Twins, aujourd’hui rebrandés en PublishingLife. Il investit.
Entre 12 et 15 livres créés. 500 à 600 dollars l’unité. Environ 10 000 dollars mis sur la table. Novembre 2018 : premier gros mois à 16 000 dollars de profit. Début 2019, il scale, et les mois de février-mars il monte à 28 000 dollars mensuels.
Dit comme ça, ça a l’air simple.
Mais avant ça, il y a eu deux échecs en bonne et due forme. L’affiliation paid à Chiang Mai, qui n’a pas pris – mauvais timing, mauvaises rencontres, il l’admet sans chercher à se justifier. Puis le dropshipping, en 2018, avec un groupe de nomades australiens :
« C’est vrai que vendre des coques de téléphone ou des… ça m’excitait pas trop en fait, même si j’aime bien le branding. »
Ce désintérêt du produit qu’on vend, c’est exactement ce que les profils qui ont pivoté du dropshipping vers autre chose décrivent tous. Le truc c’est que tu peux pas scaler quelque chose qui t’ennuie. Pas sur le long terme.
Ce qui a changé avec le publishing, c’est qu’Arnaud a trouvé un terrain où ses vraies compétences – organiser, déléguer, créer des systèmes – pouvaient s’exprimer. Le produit, c’était presque secondaire.
Le stoicisme en cover fluo : ce que personne ne comprend sur le publishing Amazon
Son home run. Le book sur le stoicisme.
En 2018, les audiobooks explosent. Les AirPods viennent de sortir. Audible gonfle en demande. Et Arnaud remarque un truc : tous les livres sur le stoicisme sur Amazon ont la même esthétique – des statues grecques, des tons vieux sépia, un côté académique et vieillot.
Il fait l’inverse. Cover moderne. Couleurs fluo. Titre clair : Stoicism in Modern Life. Angle explicite : le stoicisme pour aujourd’hui, pas pour les historiens.
Résultat :
« J’étais premier pendant quasiment un an sur stoicisme. Et ce book là, il a fait plusieurs dizaines de milliers de… d’euros en fait de revenus. Et ça t’a coûté combien ? – Il a coûté 400-500 dollars à créer. »
400 dollars. Plusieurs dizaines de milliers. C’est ça, la loi de Pareto appliquée au publishing Amazon – 20% des livres génèrent 80% des revenus, et tu sais jamais lequel sera dans les 20% avant de l’avoir publié.
D’où sa stratégie de volume. Son objectif : 3 books par mois quand tout est bien huilé. En réalité, il tourne plutôt à 1,5-2 par mois. Ce qui est déjà énorme quand tu sais ce que ça implique en termes de production.
Et c’est là que le sujet devient vraiment intéressant – parce que créer un livre de qualité sur Amazon, ça ne se fait pas seul. Pas si tu veux tenir le rythme.
Recruter sur Upwork sans se faire avoir : sa méthode concrète
La stratégie de recrutement d’Arnaud, c’est pas sexy. Mais elle fonctionne.
Upwork et Fiverr pour les tâches basiques (formatting à 15-50 dollars). 99designs ou Upwork pour les designers de couverture – là il va jusqu’à 100-150 dollars par cover, parce que la couverture c’est le premier filtre d’achat. C’est comme le titre d’un article SEO : si ça attire pas, personne ne clique.
Mais le point qui m’a le plus intéressé dans sa méthode, c’est l’outreach. Il ne se contente pas d’attendre les candidatures :
« Les candidats qui vont postuler pour ton job, ça va être des candidats qui recherchent des missions en ce moment. Donc c’est pas forcément les candidats qui sont déjà débordés de travail parce qu’ils sont excellents. Moi c’est comme ça que j’ai trouvé en général les meilleures personnes avec qui travailler. »
Il va chercher les profils manuellement, avec des filtres (plus de 1000 dollars gagnés, disponibilité, spécialité). Taux de réponse plus faible, qualité de candidat nettement supérieure. Son éditrice – la personne qui supervise les writers et donne les feedbacks – il l’a trouvée comme ça. En outreach direct.
Et il garde les bons candidats non retenus dans un Google Sheet. Avec leurs tarifs, leur disponibilité, un commentaire court. Pas un système élaboré – juste une liste de remplaçants potentiels si quelqu’un arrête. Ce qui arrive, apparemment, assez régulièrement. (Et c’est souvent là que ca coince pour ceux qui n’ont pas anticipé.)
Ce principe de bench – avoir ses remplaçants identifiés avant d’en avoir besoin – c’est aussi quelque chose qu’on retrouve dans les stratégies qui cherchent à scaler au-delà des 10 000 euros mensuels. Tu construis pas un système solide en pariant sur la loyauté de tes freelances.
Les SOPs et vidéos d’écran : comment il délègue sans passer sa vie à former
C’est probablement la partie la plus utile de tout l’épisode. Et la plus simple à appliquer – ce qui est rare dans le secteur.
Arnaud crée ses process comme ça : il fait la tâche lui-même deux ou trois fois. En s’enregistrant. Il commente en direct ce qu’il fait, signale les pièges, explique les décisions. Ensuite, si la tâche est critique, il ajoute une checklist écrite en complément de la vidéo.
Ces deux éléments – vidéo + checklist – vont dans un dossier partagé. Le virtual assistant accède, regarde, exécute. Arnaud estime le temps que ça doit prendre (si lui met 6 minutes, il donne 10 minutes au VA) et peut ainsi calculer exactement combien lui coûte chaque étape du process.
Ce qu’il dit sur le fait de faire soi-même avant de déléguer est crucial – enfin, c’est ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à m’intéresser à l’organisation en équipe – c’est que sans cette étape, tu paies à l’aveugle. Tu sais pas si 2 heures pour formater un manuscrit c’est normal ou aberrant.
Et les SOPs ont un deuxième avantage que beaucoup sous-estiment. Si un VA part, la production ne s’arrête pas. Tu donnes l’accès à la vidéo au suivant, tu testes en une journée, et tu repars. Pas de semaines perdues à reformer depuis zéro.
Les tâches dans le publishing Amazon s’enchaînent en séquence – l’édition doit être faite avant le formatting, qui doit être fait avant la publication, etc. Si un maillon lâche sans SOP en place, toute la chaîne s’arrête. C’est une fragilité que les débutants ne voient pas venir.
Un point qui mérite d’être dit clairement : ce système a ses limites. La recherche de niche, la stratégie d’angle, le choix des mots-clés – tout ça, Arnaud le garde pour lui. C’est le travail high-level qui ne se délègue pas facilement, parce que c’est là que se joue vraiment la compétitivité d’un titre sur Amazon. Le reste est systématisable. Mais cette partie-là demande de la connaissance du marché, et ça prend du temps à acquérir.
3 à 6 mois avant d’avoir une vraie machine : ce qu’on ne dit pas sur le publishing Amazon
Le publishing Amazon, dans la version où Arnaud le pratique – livres high content de 30 000 mots, 130 à 160 pages, couverts de qualité – c’est pas un business qu’on lance en weekend.
3 à 6 mois pour avoir une équipe stable : writers, éditeur, designer, formateur pour le formatting. 3 à 6 mois avant que les process soient assez fluides pour tenir le rythme de 2 à 3 books par mois. Et pendant ces mois-là, tu investis – en argent, en temps, en erreurs de casting.
Mais une fois que c’est en place, le revenu devient vraiment récurrent. Arnaud touche encore des royalties sur son livre de stoicisme des années plus tard. L’animateur du podcast – qui avait lui-même sorti un livre en anglais à l’époque – touche 70 dollars par mois dessus, deux ans après. C’est quasiment rien, oui. Mais ça se vend encore.
C’est ça la vraie proposition de valeur du publishing Amazon : des actifs qui durent. Pas du trafic payant qui s’arrête dès qu’on coupe le budget. C’est d’ailleurs ce qui le distingue fondamentalement du dropshipping – comme dans l’affiliation bien construite, tu crées quelque chose qui continue à exister quand tu dors.
Mais – et c’est une vraie nuance – le marché change. En 2018, les audiobooks explosaient, la compétition était faible, et un livre moyen pouvait cartonner juste parce que la demande dépassait l’offre. Aujourd’hui, le marché est plus mature. Les livres low content (peu de texte, format basique) qui cartonnaient en 2017-2018 font beaucoup moins d’effet. Le publishing Amazon en 2024, ça demande un vrai travail éditorial – et Arnaud le dit clairement, il a lui-même évolué vers les livres high content pour cette raison.
La question que je me pose après cet épisode : est-ce que ce business model reste aussi accessible à quelqu’un qui part de zéro aujourd’hui, sans les réseaux d’Arnaud, sans son expérience du recrutement de freelances, dans un marché Amazon nettement plus compétitif qu’en 2018 ?




