La baisse de motivation entrepreneur, tout le monde la connaît – personne n’en parle vraiment honnêtement. Aline, fondatrice du blog et podcast The B Boost, a osé en faire un épisode entier. Et pas depuis une position de force, en mode ‘j’ai tout compris et je t’explique’. Non : elle enregistre ce podcast un jeudi, alors qu’elle aurait dû le sortir le lundi, après avoir repoussé l’enregistrement ‘cinquante mille fois’. Elle parle à son micro depuis le fond du problème, pas depuis le sommet.
Ce qui change tout à ce qu’elle dit.
Parce que les conseils sur la productivité, franchement, on en a tous soupé. Les routines matinales, les matrices d’Eisenhower, les pomodoros empilés… Mais là, c’est différent. Aline parle de quelque chose de plus viscéral : ces semaines entières où sortir du lit coûte un effort considérable, où l’inaction génère de la honte, et où la honte génère encore plus d’inaction. Un cercle qui tourne, qui s’accélère, et qui finit par tout bloquer.
Et elle le dit sans filtre : ça lui arrive tous les ans, en février, depuis qu’elle a passé son bac. Quatre à cinq semaines par an à pleurer sans savoir pourquoi. Sa mère faisait le voyage jusqu’à Paris pour être avec elle. Cette année, ça l’a frappée en novembre. Les ingrédients sont connus, le calendrier change – mais le schéma, lui, revient toujours.
Alors comment on fait, concrètement, quand le moteur cale ?
Pourquoi la baisse de motivation entrepreneur fait encore plus mal qu’en salariat
Salarié, tu peux avoir une semaine pourrie, ne rien produire de valable, regarder ta messagerie sans répondre. À la fin du mois, le virement tombe quand même. Ce n’est pas une question de mérite – c’est une question de structure.
L’entrepreneur, lui, n’a pas ce filet. Pas de boulot, pas d’argent. Aline le formule avec une économie de mots assez brutale :
C’est comme il y a pas de bras, pas de chocolat. Nous c’est pas boulot, pas d’argent.
Voilà. Dit comme ça, c’est limpide.
Mais le vrai problème, c’est pas juste l’absence de revenus garantis. C’est la pression supplémentaire que cette absence génère au pire moment. Tu vas déjà pas bien. Et tu te mets à calculer mentalement combien de jours tu peux te ‘permettre’ de ne rien faire avant que ça devienne critique. Du coup, tu te sens encore plus mal. Et tu produis encore moins. Et tu te sens encore plus mal.
C’est ce que j’appelle – enfin, ce qu’Aline appelle – le serpent qui se mord la queue. Sauf que dans la version entrepreneur, le serpent a des dents plus longues. Parce qu’en plus de la pression financière, il y a l’isolement. Pas de collègue pour te sortir de ta tête. Pas de manager pour te fixer un objectif minimal. Personne pour te dire ‘allez, réunion dans dix minutes’ et te forcer à sortir de ta spirale.
Et puis il y a Instagram. Aline le pointe sans s’appesantir, mais c’est peut-être le détail le plus toxique du tableau : tu scrolles, tu vois des entrepreneurs qui ‘dégomment tout’, tu te compares, tu te trouves nul. Et là, la psychologie du freelance bascule vraiment dans quelque chose de difficile à remonter.
Peur ou manque d’énergie : la distinction que personne ne te pose
Avant de parler de solutions, Aline pose une question que je trouve franchement sous-estimée dans tous les articles de productivité.
Tu es bloqué. Mais bloqué comment ?
Il y a deux cas très différents que l’on confond tout le temps. Le premier : tu n’as plus d’énergie. Tu es à plat, la batterie est vide, et même les tâches que tu aimes te semblent insurmontables. Le second : une peur précise te paralyse. Ce n’est pas la fatigue – c’est l’évitement.
Il y a quelques jours, je discutais avec une d’entre vous… elle avait terminé sa formation, elle savait qu’elle n’avait pas d’autre choix que de se mettre à bosser et là pouf paralysée. Parce que la peur de se dire OK, c’est maintenant ou jamais, je n’ai plus d’excuses.
C’est exactement le problème. La baisse de motivation entrepreneur masque souvent une peur concrète – et tant qu’on n’a pas nommé cette peur, aucun conseil de productivité ne va servir à rien.
Aline propose deux routes selon le diagnostic. Si c’est une peur : soit tu la contournes (trouver une plateforme comme Malt pour éviter les appels téléphoniques si décrocher le téléphone te terrorise), soit tu fonces dedans malgré tout. Elle ne dit pas que foncer est toujours la bonne option – et c’est rare, cette nuance. Parfois le chemin alternatif est juste plus intelligent.
Si c’est un manque d’énergie pur, c’est là que ses trois conseils entrent en jeu. Et ils sont moins évidents qu’ils n’y paraissent.
Le premier truc : arrêter de se battre contre sa propre jauge
Chaque petit pas compte autant qu’un grand. Ça a l’air d’une phrase de poster de bureau – sauf qu’Aline la pose dans un contexte très précis.
Elle ne dit pas ‘chaque petit pas compte donc force-toi’. Elle dit : si ton maximum aujourd’hui c’est de te lever, de t’habiller et de répondre à deux emails, alors c’est déjà deux emails que tu n’avais pas hier. La machine avance. Lentement, mais elle avance.
Le troisième accord Toltèque qu’elle cite dit que ‘ton mieux change de jour en jour’. Si ton mieux aujourd’hui c’est 2%, tu fais les 2% et tu acceptes ça. (Je sais, les Quatre Accords Toltèques dans un article sur l’entrepreneuriat ça peut sembler décalé – mais honnêtement, cette idée-là est plus utile que 90% des frameworks de productivité que j’ai testés.)
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire à mes débuts de freelance – c’est que la baisse de motivation entrepreneur n’est pas un bug à corriger. C’est une donnée à intégrer. Tu ne ‘règles’ pas une semaine à plat. Tu la traverses en faisant ce que tu peux.
Peu importe à la vitesse à laquelle vous allez, vous irez toujours plus vite que ceux qui restent sur leur canapé toute la journée.
Brutal. Mais libérateur.
Et ça change quelque chose dans la façon dont tu te lèves le matin quand tu n’as pas envie. Ce n’est plus ‘il faut que je sois productif’. C’est ‘il faut juste que je fasse un truc – n’importe lequel’.
Se remercier quand on en fait peu : le conseil le plus contre-intuitif
C’est là qu’Aline perd peut-être une partie de son audience – et c’est dommage, parce que c’est probablement le point le plus solide de tout l’épisode.
On a tendance à se féliciter quand on est en mode ‘monstre de productivité’. Les journées où tout roule, où on coche quinze choses sur la liste, où on répond à tout le monde avant midi. Ces jours-là, le sourire vient tout seul, pas besoin de se jeter des fleurs.
Mais ces jours-là, justement, tu n’as pas besoin de carburant supplémentaire. Tu en as déjà.
La vraie baisse de motivation entrepreneur, c’est l’inverse exact. Tu en fais peu. Tu as honte d’en faire peu. Tu te ‘martyrises’, comme elle dit – avec cette image un peu extrême mais juste du Da Vinci Code et de la pénitence. Et là, au lieu de te remercier pour les deux emails que tu as quand même envoyés, tu te concentres sur les vingt-trois trucs que tu n’as pas faits.
Se remercier dans ces moments-là, ce n’est pas de la pensée positive naïve. C’est une stratégie de survie. Parce que si tu te tapes dessus chaque fois que tu n’es pas à 100%, tu vas finir par associer le travail à la punition. Et là, la prochaine période de blocage business sera encore plus longue à traverser.
Aline le fait elle-même. ‘Bien joué Aline, aujourd’hui tu avais pas la motivation, mais tu as quand même réussi à répondre trois mails et à réfléchir à deux articles de blog.’ C’est un peu étrange à lire comme ça. Mais ce truc fonctionne.
Quand la baisse de motivation entrepreneur appelle à se chouchouter – vraiment
Dernier conseil, et celui-là je l’aurais peut-être zappé si je n’avais pas lu la transcription en entier.
Aline dit : faites quelque chose qui vous fait vraiment plaisir. Même pleurer devant une série. ‘Pleurer ça fait du bien’, elle dit. Et si ton corps te demande ça, c’est probablement que c’est de ça dont il a besoin.
Mais au-delà de la série Netflix, il y a quelque chose de plus substantiel dans ce qu’elle dit. Elle parle de réclamer des câlins. Littéralement. Demander à ton conjoint, tes amis, ta famille de venir te serrer dans leurs bras et de te dire que ça va aller. (Ce qui peut paraître anecdotique – mais l’ocytocine libérée par le contact physique a des effets mesurables sur les états anxieux. Ce n’est pas du tout anecdotique.)
Ce point pointe vers quelque chose que les articles sur la baisse de motivation entrepreneur évitent soigneusement : le fait que l’entrepreneuriat est souvent solitaire de façon structurelle. Tu prends tout sur toi – les décisions, les risques, les coups de mou. Et quand ça ne va pas, il n’y a souvent personne en face pour absorber une partie de la charge.
Alors si vous êtes en train de construire votre activité et que vous cherchez aussi à diversifier vos sources de revenus pour réduire la pression financière pendant ces périodes, c’est une piste à explorer en parallèle. Moins de dépendance à une seule source = moins de pression pendant les creux d’énergie.
Mais pour l’instant : choucoutez-vous. Ce n’est pas de la procrastination. C’est de la maintenance.
Ce qu’Aline fait elle-même – et c’est là que ça devient intéressant
À la fin de l’épisode, elle révèle quelque chose qu’elle n’avait pas prévu de dire au départ.
Elle a peur du podcast. Pas un peu. Vraiment peur. Elle allume son micro et reste cinq minutes sans parler, les mots bloqués dans la gorge. Elle procrastine chaque enregistrement. Et cet épisode précis, elle l’a repoussé plusieurs fois avant de finalement compter jusqu’à cinq et de se lancer.
Je me suis dit allez hop hop hop, on y va, je compte jusqu’à 5, j’y vais à 3. Et j’ai commencé à vous parler et voilà maintenant ça fait X minutes que je vous parle et puis c’est pas si horrible que ça.
Ce qui m’a scotché dans cette partie, c’est que toute la théorie qu’elle venait de développer pendant vingt minutes – elle était en train de la vivre en direct pendant l’enregistrement. Elle parle de la peur qui paralyse, et c’est sa propre peur qui lui a fait repousser ce même épisode.
Et pour aller encore plus loin dans la confrontation avec cette peur, elle s’est fixé un challenge : tout le mois de mars, un contenu par jour – podcast ou vidéo – publié sur YouTube. Trente jours de prise de parole pour déconditionner la terreur du micro. C’est une décision radicale, et franchement, ça fait partie des rares engagements publics qui ont du sens : non pas ‘je vais essayer d’être régulier’, mais ‘je m’engage sur un volume précis sur une période précise’.
Si tu veux aussi travailler sur la structure de ton activité pendant ces périodes de creux – planifier, anticiper – créer un calendrier éditorial solide peut aider à maintenir une dynamique même quand tu n’as pas d’énergie pour improviser. Les décisions sont déjà prises, tu n’as plus qu’à exécuter.
Et si tu en es encore à te demander comment trouver des clients quand ta motivation est au plus bas, la réponse d’Aline est cohérente avec tout le reste : tu fais le minimum viable. Deux emails. Un message. Une publication. Et tu recommences demain.
La baisse de motivation entrepreneur n’est pas une anomalie à éradiquer. C’est une composante du métier – au même titre que la prospection ou la facturation. La différence, c’est qu’on n’a aucun outil pour la gérer parce qu’on n’ose pas en parler. Aline a choisi d’en parler depuis le fond du problème, un jeudi, avec sa peur bien visible dans sa voix.
C’est probablement pour ça que ça fonctionne mieux que n’importe quel framework de productivité.




