Valoriser son profil linkedin, c’est l’obsession d’Antoine Chauffrut depuis qu’il a pris le poste de Head of Candidate Experience chez France Digitale – l’association qui regroupe 1400 start-up françaises, de Doctolib à Blablacar en passant par Ledger. Mais attention : quand Antoine parle de valorisation, il ne parle pas d’optimiser son titre ou d’ajouter des mots-clés dans ses skills. Il parle d’autre chose, quelque chose que la plupart des recruteurs ne font jamais. Il parle d’inverser complètement la logique.
Au lieu de poster des offres d’emploi, il publie des fiches candidats. Au lieu de chercher des profils qui correspondent à des postes, il laisse les start-up venir chercher les gens qu’il met en avant. Et au lieu de pitcher des compétences, il raconte des valeurs. Ce n’est pas anodin – c’est une rupture totale avec la mécanique classique du recrutement tech.
Dans cet épisode du podcast The Storyline animé par Noémie Kempf, Antoine détaille les rouages de ce système. Ce qui m’a frappé en écoutant, c’est que ses conseils sur la manière de se présenter s’appliquent bien au-delà du recrutement. Toute personne qui cherche à exister dans l’écosystème start-up – freelance, consultant, chef de projet – peut en tirer quelque chose de concret.
Tinder for start-up : quand la logique du recrutement s’inverse
«Tinder for start-up.» C’est pas Antoine qui a inventé ce titre – c’est un candidat qui le lui a soufflé en conversation. Mais il l’a gardé parce que c’est exactement ça.
«J’ai pas vocation ni à évaluer la compétence de la personne, c’est pas mon rôle. Ni à dire bah toi tu vas bien matcher avec telle boîte, toi tu vas bien matcher avec tel poste. En fait, je me donne pas ce droit de regard.»
Dit comme ça, ça semble presque trop humble. Mais c’est en réalité une position stratégique très précise.
Antoine gère un portefeuille de 1400 structures. Impossible de connaître la culture de chacune. Ce qu’il peut faire par contre – et c’est là que ça devient intéressant – c’est préparer le candidat pour qu’il soit lisible dans le langage des start-up. Comme un filtre. Comme une traduction.
Et pour valoriser son profil linkedin dans cet écosystème, la première étape n’est pas technique. C’est un travail sur soi.
Le bilan de valeurs, l’exercice que personne ne fait mais que tout le monde devrait
Avant d’arriver chez France Digitale, Antoine était chez Leroy Merlin. Background scientifique. Pas vraiment le profil qu’on imaginerait derrière une stratégie de contenu inbound pour le recrutement tech.
Ce qui l’a transformé ? Un travail personnel sur ses propres valeurs. Un exercice qu’il impose maintenant à tous les candidats qu’il accompagne.
«L’idée c’était vraiment de faire le bilan de toutes les expériences que j’avais eu jusqu’ici et me dire OK, de tout ça vont apparaître des comportements ou des situations. Si je dois prendre un pas de recul, je transforme ces comportements et cette situation en trois valeurs qui sont essentielles pour moi.»
Trois valeurs. Pas dix. Pas une liste de qualités formatées. Trois mots qui émergent de l’expérience vécue – les pain points, les zones de plaisir, les moments où on a eu envie de claquer la porte ou au contraire de ne jamais partir.
Pour Antoine, c’était liberté, autonomie, créativité. Des mots simples. Mais une fois identifiés, ils ont agi comme un filtre dans sa recherche d’emploi. Il a passé des entretiens dans des cabinets de conseil. Ça n’a jamais matché. Pas parce qu’il n’avait pas les compétences – parce qu’il ne retrouvait pas le type de relation managériale qu’il cherchait. Et il le savait, justement parce qu’il avait fait cet exercice.
Ce qui m’agace dans la plupart des contenus sur le personal branding, c’est qu’on saute directement à «optimise ton titre LinkedIn» sans jamais passer par la case «qu’est-ce que tu veux vraiment». C’est pourtant là que tout commence. (Et c’est souvent là que ça coince.)
Pour développer une vraie stratégie de contenu sur LinkedIn, ce travail de fond sur les valeurs est ce qui différencie une présence générique d’une présence magnétique.
Valoriser son profil linkedin sans parler de ses compétences – et oui, c’est possible
Concrètement, une fiche candidat chez Antoine ne ressemble pas à un CV. Pas de liste de réalisations. Pas de «j’ai augmenté le taux de conversion de 34%». Ce qu’elle contient, c’est ce que la personne va chercher, ce qui l’anime, et dans quel type d’environnement elle s’épanouit.
«Ce que tu as fait dans un autre job, ce que tu as fait sur ton CV par exemple, ça veut rien dire de ce que tu vas – est-ce que tu vas réussir dans ton prochain job, je sais pas, est-ce que tu vas bien t’intégrer dans une certaine culture de boîte, je sais pas non plus.»
Voilà. C’est une critique frontale du CV classique, et elle est légitime.
Antoine s’inspire de deux newsletters de référence dans l’écosystème start-up : First 20, du fonds Kerala, qui met en avant des profils early stage, et la Talent Letter, orientée C-level et croissance internationale. Mais il s’en différencie sur un point précis : ces newsletters parlent de ce que les gens ont fait. Lui parle de ce qu’ils sont.
La nuance est énorme quand on cherche à valoriser son profil linkedin de façon durable. Un parcours peut être copié, mis en concurrence, relativisé. Une identité – une vraie, construite sur des valeurs claires – est beaucoup plus difficile à ignorer pour une start-up qui se reconnaît dedans.
Et pour aller plus loin sur la manière dont le contenu peut servir de vitrine identitaire, l’épisode avec Estelle Zeliszewski sur l’écriture pour sa communauté pousse cette logique dans une direction complémentaire.
La newsletter fermée à 500 DRH : un canal qu’on ne t’expliquera jamais en formation
500 personnes. Pas plus. C’est la taille de la liste de diffusion principale d’Antoine – une sélection à la main de DRH et CEO des start-up de l’écosystème France Digitale.
Une newsletter non sollicitée, techniquement. (Il le dit lui-même avec une franchise assez désarmante pour quelqu’un qui parle RGPD.) Mais une newsletter où le taux d’engagement est suffisant pour que la mécanique fonctionne – parce que les destinataires font déjà partie du réseau France Digitale et recevaient déjà d’autres communications.
Ce qui est remarquable, c’est la discipline éditoriale qu’il s’est imposée. Inspiré du design de Notion – épuré, aéré, fonctionnel – il a construit un format où tout est lisible en deux minutes. Deux ou trois profils mis en avant. Une information clé. Un événement à venir. Trois call-to-action clairs, en gros, inratables.
«Aujourd’hui genre dans ma newsletter, chaque fois j’essaie de faire un truc qui est vraiment très épuré où l’information est super facilement trouvable et où les call to action sont très clairs. […] En 2 minutes, je veux que la personne en face elle puisse se dire OK, si j’ai besoin de candidats, je clique ici.»
C’est exactement le problème de la plupart des newsletters B2B. Elles cherchent à impressionner plutôt qu’à activer.
Antoine a appris l’écriture sur le tas – 27 numéros au moment de l’enregistrement, des feedbacks collectés partout, une progression visible dans la structure et la concision. Il cite un principe qui ressemble à de l’essentialisme pur : «less is more». Moins de contenu, mais le bon. Moins de mots, mais ceux qui déclenchent une action. Ceux qui font valoriser son profil linkedin dans la tête du lecteur en trente secondes.
C’est une approche que Alexis Chevallier avait aussi défendue dans un autre épisode, sur la question de quelle stratégie de contenu adopter avec un budget réduit – la contrainte comme moteur de clarté.
L’inbound recrutement : la page LinkedIn à 1600 abonnés qui suffit
1600 abonnés. Pas 50 000. Pas un compte viral avec des posts qui font 10 000 likes. Une page de niche, intentionnellement petite, calibrée pour un flux de candidatures précis.
C’est une des choses qu’Antoine dit presque en s’excusant – «c’est pas grand-chose» – alors que c’est en réalité une décision stratégique très saine. Pour valoriser son profil linkedin dans un contexte de recrutement, la taille de l’audience compte moins que la qualité du match.
Le projet «Confiner mes recruter» – lancé pendant le premier confinement – a fait beaucoup de bruit et a été repris par LinkedIn directement. Pas grâce à un budget. Grâce à un angle pertinent dans un contexte précis. C’est l’inbound recrutement dans sa forme la plus pure : créer quelque chose d’utile pour une cible, et laisser le bouche-à-oreille faire le reste.
La mécanique complète ressemble à ça :
- Attirer des candidats via la page LinkedIn et le bouche-à-oreille, en ciblant deux profils distincts – ceux déjà dans l’écosystème start-up, et ceux qui viennent d’ailleurs et ont des préjugés à déconstruire
Pour les profils déjà dans l’écosystème, le discours peut rester technique, dense, référencé. Pour les autres – ceux qui arrivent du grand groupe ou du cabinet de conseil – il faut simplifier, démystifier, parler d’environnement et de culture avant de parler de stack ou de métriques. Deux tonalités, deux parcours d’entrée, un seul entonnoir.
Et pour comprendre comment ce type de présence active sur LinkedIn peut générer des opportunités concrètes en B2B, le guide sur les 5 étapes pour générer des clients en B2B sur LinkedIn complète bien ce que dit Antoine sur l’inbound.
Ce que ça change vraiment, de traiter son profil comme un produit
Psychologue du travail de formation, Antoine parle de la rencontre professionnelle comme d’une «vraie rencontre» – pas une transaction de compétences, pas un algorithme de matching. Une histoire entre deux entités qui ont des valeurs, des besoins, des angles morts.
Et c’est peut-être ça, le vrai enseignement de cet épisode : valoriser son profil linkedin, c’est d’abord traiter son profil comme un produit – avec une promesse claire, une cible définie, et une proposition de valeur qui ne ressemble pas à celle des 200 autres candidats qui postulent au même moment.
Le problème classique : «Je veux une boîte qui me responsabilise avec un management horizontal.» Antoine entend ça tous les jours. C’est la version RH de «je suis dynamique et perfectionniste». Ça ne dit rien parce que tout le monde dit la même chose. Ce qui différencie un profil – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je cherchais mon premier poste en freelance – c’est la capacité à raconter une tension personnelle résolue, un choix difficile, une valeur non négociable.
C’est ce que le personal branding fait quand il est bien fait. Pas de la mise en scène. De la traduction. Transformer ce qu’on est en quelque chose que l’autre peut reconnaître et attraper.
Antoine cite le livre «Essentialism» comme référence. Il aurait pu citer «Zero to One» de Peter Thiel – qu’il mentionne aussi – sur la vraie création de valeur. Dans les deux cas, l’idée est la même : aller profond sur une direction plutôt que de se disperser sur toutes les surfaces.
Et pour valoriser son profil linkedin sur le long terme, c’est exactement cette logique qui tient. Pas le volume. Pas la fréquence. La cohérence entre ce qu’on est, ce qu’on dit, et ce qu’on montre. Sur la façon dont une plateforme de marque peut structurer cette cohérence, l’épisode avec Pauline Laigneau sur la plateforme de marque comme outil de communication explore exactement ce terrain.
Reste une question que cet épisode ne ferme pas vraiment : est-ce que cette approche – centrée sur les valeurs, sur l’identité, sur le «qui tu es» plutôt que le «ce que tu as fait» – est reproductible à grande échelle ? Ou est-ce qu’elle fonctionne précisément parce qu’elle reste rare, artisanale, humaine ?




