groupes d'onglets chrome

9. Connais-tu cette technique pour gérer 10 000 onglets ouverts ?

Épisode diffusé le 9 septembre 2021 par Caroline Mignaux

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Les groupes d’onglets chrome existent depuis un moment – mais quasiment personne dans mon entourage pro ne les utilise vraiment. Pas les indépendants, pas les CMO débordés, pas même les gens qui se définissent comme « très organisés » sur LinkedIn. Tout le monde a ses 30, 40, parfois 80 onglets ouverts en permanence, une barre de navigation tellement chargée que les favicons ne sont plus lisibles, et une vague promesse de « je trierai ça ce soir ». Ce soir n’arrive jamais.

Caroline Mignaux – marketeuse, fondatrice de Rich Maker, 10 ans entre New York et Paris dans le monde du growth – a consacré un épisode entier de Marketing Square à ce truc. Cinq minutes et quelques. Pas de grand discours, pas de framework en 7 étapes. Juste un hack Chrome qu’elle a testé, qui a changé sa façon de travailler, et qu’elle partage parce que « tous les gens qui l’ont mis en place m’ont écrit pour me dire : Caro, je vis différemment depuis. »

Ce qui m’a intrigué, c’est pas la fonction en elle-même. C’est ce qu’elle révèle sur notre rapport à l’attention.

La maladie des onglets, ou comment on sabote sa propre concentration

Commençons par nommer le problème. Franchement, la plupart d’entre nous ne réalisent pas à quel point c’est grave – « grave » au sens fonctionnel du terme.

Tu ouvres un onglet pour lire un article. Tu en ouvres un autre pour vérifier un chiffre. Un troisième parce qu’une newsletter t’a renvoyé vers un thread intéressant. Quarante minutes plus tard, tu ne sais plus pourquoi tu avais ouvert le premier. Et là tu as 23 onglets supplémentaires.

Caroline Mignaux le dit sans détour :

« La maladie des onglets, elle est extrêmement répandue, elle touche des individus de tout âge, de tout sexe, des gens bordéliques mais pas seulement. Et du coup en fait l’idée c’est d’avoir 35 000 onglets ouverts sur son navigateur, ce qui fait que au final, on peut pas trop s’y retrouver. »

Le « mais pas seulement » est important. Parce que les gens très organisés se croient immunisés. Ils ne le sont pas.

Le truc c’est que les onglets en désordre ne sont pas juste un problème visuel. C’est une charge cognitive permanente. Ton cerveau voit cette rangée de petits carrés et il sait, quelque part, qu’il y a des trucs non traités là-dedans. Des décisions en suspens. Des informations à assimiler. C’est une todo-list silencieuse qui tourne en arrière-plan – et elle bouffe de l’énergie mentale même quand tu ne la regardes pas.

Et il y a le problème pratique. Retrouver un onglet devant quelqu’un – un client, un collaborateur, ton boss – quand tu en as 50 ouverts, c’est humiliant. Tu scrolles, tu cliques au hasard, tu passes « un peu pour un zouave », comme elle dit. J’ai vécu ça. C’est exactement ce mot.

Ce que les groupes d’onglets chrome changent concrètement

La fonction existe dans Chrome depuis la version 80-something (début 2020, en fait, mais elle a mis du temps à être vraiment stable et visible). Ce que la dernière version a ajouté – et c’est là que ça devient intéressant – c’est la sauvegarde des groupes d’onglets chrome entre les sessions.

Avant, tu créais un groupe, tu fermais Chrome, poof. Maintenant, tu rouvres ton navigateur le lendemain et tes groupes sont là. Nommés, colorisés, fermés ou ouverts selon là où tu les avais laissés.

Comment ça marche, techniquement ? Double-clic sur un onglet dans la dernière version de Chrome. L’option « Add tab to a new group » apparaît (ou « Ajouter l’onglet à un nouveau groupe » si ton interface est en français). Tu nommes le groupe, tu choisis une couleur, et tu glisses d’autres onglets dedans.

Résultat : au lieu d’une rangée infinie de favicons indistinguables, tu as 4 ou 5 groupes colorés, repliables d’un clic. Caroline Mignaux compare ça à un classeur physique :

« Moi j’ai un classeur avec des intercalaires, il y a marqué bah santé, banque, prêt immobilier. Bah là c’est exactement la même chose avec vos onglets. »

Dit comme ça, ça paraît évident. Et c’est peut-être pour ça que personne ne l’utilise vraiment – les fonctions trop logiques passent sous le radar.

Dans la pratique, les groupes d’onglets chrome que j’ai mis en place depuis que j’ai entendu cet épisode : un groupe « En cours » pour les articles et docs liés au sujet sur lequel je travaille le matin, un groupe « Clients » avec les briefs, dashboards et outils par mission, un groupe « Lecture » – j’y reviens – et un groupe « Admin » pour les trucs bancaires et administratifs que j’ouvre une fois par semaine. La barre de navigation est passée de quelque chose d’illisible à quatre rectangles colorés. Ça prend deux secondes à parcourir du regard.

Le groupe « Lecture » et l’alarme à 18h – le vrai hack dans le hack

C’est la partie de l’épisode que j’ai trouvée la plus intelligente. Pas la fonction Chrome en elle-même – ça, c’est la plomberie. Mais ce qu’elle fait avec.

Le problème de la curation, c’est le moment de traitement. Tu vois passer un article intéressant à 10h du matin. Tu l’ouvres. Il traîne dans ta barre. À 17h, soit tu l’as fermé pour faire de la place, soit tu l’as oublié, soit il t’a distrait au mauvais moment parce que tu l’as quand même lu alors que tu étais censé finir autre chose.

Sa solution :

« L’idée, c’est d’avoir un onglet, moi en tout cas j’ai un groupe d’onglets qui s’appelle lecture et du coup ici je recense toutes les choses que j’ai vu d’intéressante pendant la journée. À 18h, j’ai une petite alarme qui me dit stop, c’est le moment où en fait, il faut trouver une heure par jour pour garder les yeux ouverts et se documenter, lire des articles longs, encourager les autres créateurs de contenu. »

Voilà. Pas de Pocket, pas de Readwise, pas d’application tierce. Juste un groupe Chrome dédié et une alarme.

Ce que j’aime dans cette approche – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me explique il y a 5 ans – c’est qu’elle sépare la collecte de la consommation. Tu collectes en temps réel, tu consommes à heure fixe. C’est le même principe que la boîte mail fermée en dehors des plages dédiées, mais appliqué à la veille. Et ça marche parce que ça ne demande aucun outil supplémentaire. Tu es déjà dans Chrome. Tu as déjà les onglets. Tu crées juste un conteneur nommé.

Pour les indépendants et les entrepreneurs qui jonglent entre plusieurs projets – ce que j’ai vu dans des épisodes sur la gestion du temps entrepreneur – c’est souvent ça le vrai problème : pas le manque d’outils, mais le manque de ritual pour délimiter les temps de travail.

Pourquoi les groupes d’onglets chrome battent Pocket et consorts

Il y a tout un écosystème d’outils de « read later » : Pocket, Instapaper, Readwise Reader, Matter. Certains sont vraiment bien conçus. Personnellement, j’ai essayé Pocket pendant 3 ans. Ma liste a atteint 847 articles non lus avant que je l’abandonne.

Le problème des outils dédiés, c’est le coût de friction à l’ajout. Même si c’est une extension, même si c’est un clic – c’est un clic vers un autre contexte, un autre espace mental. Et à la lecture, idem : tu dois ouvrir l’appli, naviguer, retrouver l’article. C’est pas grand chose, mais c’est suffisant pour que tu procrastines.

Avec les groupes d’onglets chrome, tout reste dans le navigateur. L’article est déjà ouvert. Tu le glisses dans le groupe « Lecture ». À 18h, tu cliques sur le groupe, les onglets s’ouvrent, tu lis. Zéro friction supplémentaire.

Il y a quand même une limite que je dois nommer : ça marche si tu travailles principalement sur desktop, sur Chrome, avec un usage assez régulier. Si tu alternes beaucoup entre mobile et desktop, ou si tu utilises plusieurs navigateurs, la synchronisation devient compliquée. Et si tu es du genre à avoir vraiment 200 onglets (ça existe), les groupes d’onglets ne règlent pas le problème de fond – ils l’organisent, mais pas nécessairement mieux que tu ne pourrais le faire avec une vraie discipline de fermeture.

Bref, c’est pas une solution miracle universelle. C’est une solution pragmatique pour un profil spécifique – le travailleur sur Chrome desktop qui accumule des onglets par thématiques distinctes.

La productivité comme hygiène, pas comme performance

Ce que Marketing Square fait bien – et c’est ce que j’apprécie dans cet épisode court – c’est de traiter la productivité comme une hygiène quotidienne plutôt qu’une performance exceptionnelle. Pas de système en 12 étapes. Pas de promesse de « changer ta vie en 30 jours ».

Un hack. Cinq minutes. Tu l’appliques ou pas.

Cette philosophie se retrouve dans d’autres épisodes de la série. Elle annonce d’ailleurs en fin d’épisode un hack pour gagner 5 heures par semaine sur la gestion des rendez-vous – ce qui fait écho aux secrets des entrepreneurs qui performent dans la durée : pas les grandes révélations, mais les petits systèmes qui s’accumulent.

Ce qui m’agace un peu dans la plupart des contenus sur la productivité, c’est qu’ils présupposent que le problème vient d’un manque de méthode. Alors que souvent, le problème vient d’un manque de signal clair sur « quand je fais quoi ». L’alarme à 18h de Caroline Mignaux, c’est un signal. Les groupes de couleurs dans Chrome, c’est un signal visuel. Ton cerveau n’a pas à décider – il voit le groupe « Lecture », il sait ce que ça veut dire.

Les groupes d’onglets chrome fonctionnent exactement comme un planning éditorial bien construit : pas parce que c’est sophistiqué, mais parce que ça réduit le nombre de micro-décisions à prendre dans la journée.

Et les micro-décisions, c’est là que l’énergie disparaît. Pas dans les grandes tâches – dans les 40 fois par jour où tu te demandes « est-ce que je lis ça maintenant ou plus tard ? »

Comment mettre en place les groupes d’onglets chrome en 10 minutes

Pas de liste en 7 points ici. Juste la logique.

D’abord, regarde ce que tu as actuellement dans ta barre. Sans fermer un seul onglet, essaie de repérer 3 à 5 thématiques naturelles. Chez la plupart des gens que je connais, ça donne quelque chose comme : les trucs liés au travail en cours, les trucs administratifs, les trucs à lire, peut-être les réseaux sociaux. C’est ton squelette de groupes.

Ensuite, double-clic sur un onglet dans Chrome (version récente, ça marche aussi via clic droit). Crée ton premier groupe, nomme-le, choisis une couleur distincte. Glisse les onglets pertinents dedans. Répète pour chaque thématique.

Les groupes d’onglets chrome se replient en cliquant sur leur nom. Pratique pour masquer tout ce qui n’est pas pertinent dans le contexte où tu travailles à un moment donné. Et depuis la dernière mise à jour stable, ils sont sauvegardés – donc tu peux fermer Chrome le soir et retrouver tes groupes intacts le lendemain matin.

Dernière étape, optionnelle mais vraiment efficace : crée le groupe « Lecture » et mets une alarme quotidienne à une heure où tu peux te consacrer 30 à 60 minutes à lire sans objectif opérationnel. Pas pour produire – pour t’alimenter. Pour les entrepreneurs et freelances qui jonglent entre plusieurs missions, c’est souvent la première chose qui disparaît du planning quand ça s’accélère. Et c’est exactement le moment où on en aurait le plus besoin.

Si tu veux aller plus loin sur les systèmes d’organisation pour ton activité, le sujet des fondamentaux quand on crée son entreprise couvre des bases qui restent utiles même quand on est lancé depuis quelques années – la gestion de l’attention en fait partie, même si on n’utilise pas ce mot-là explicitement.

Les groupes d’onglets chrome ne vont pas transformer ta productivité du jour au lendemain. Mais si tu es honnête avec toi-même sur le temps que tu passes à chercher des onglets, à te demander ce que tu voulais faire, à te laisser distraire par un article ouvert qui n’a rien à voir avec ta tâche du moment – alors c’est probablement 20 minutes par jour récupérables pour pas grand chose. Ce qui, sur une semaine, commence à faire une vraie différence.

Et pour les gens qui veulent aller encore plus loin dans l’optimisation de leur temps – si tu cherches des façons de monétiser ton activité plus efficacement, commencer par récupérer du temps de cerveau disponible n’est pas la pire des entrées.

Est-ce que les groupes d’onglets chrome vont remplacer une vraie réflexion sur ta façon de travailler ? Non. Mais parfois, un petit hack bien placé déboque des choses qu’on pensait être des problèmes structurels. Et celle-là prend dix minutes à tester.

Questions fréquentes

Comment créer des groupes d'onglets chrome ? +
Double-clic sur un onglet dans Chrome (ou clic droit puis 'Ajouter à un groupe'). Donne un nom au groupe, choisis une couleur, puis glisse d'autres onglets dedans. Les groupes se replient en cliquant sur leur nom et sont sauvegardés entre les sessions depuis les dernières versions de Chrome.
Les groupes d'onglets chrome sont-ils sauvegardés quand on ferme le navigateur ? +
Oui, depuis les versions récentes de Chrome. Tes groupes d'onglets et leur contenu sont conservés quand tu fermes et rouvres le navigateur, à condition d'être connecté à ton compte Google Chrome.
Quelle est la différence entre les groupes d'onglets chrome et une application comme Pocket ? +
La différence principale, c'est la friction. Pocket ou Instapaper nécessitent une action vers un outil externe et une ouverture dédiée pour la lecture. Avec les groupes d'onglets chrome, tout reste dans le navigateur - l'onglet est déjà ouvert, tu le glisses dans un groupe, tu l'ouvres quand tu es prêt. Moins d'étapes, moins d'abandon.
Combien de groupes d'onglets faut-il créer dans Chrome ? +
Entre 3 et 5 est généralement la limite utile. Au-delà, la barre redevient chargée. L'idéal est de partir de ce que tu as déjà - repérer les thématiques naturelles de tes onglets actuels - plutôt que d'imposer un système artificiel.
Est-ce que les groupes d'onglets chrome améliorent vraiment la productivité ? +
Directement, non - c'est pas un outil de productivité au sens strict. Mais ils réduisent la charge cognitive liée à la navigation et les micro-décisions sur 'est-ce que je lis ça maintenant'. Combinés à une plage horaire dédiée à la lecture (Caroline Mignaux utilise une alarme à 18h), ils peuvent récupérer 15 à 30 minutes par jour de distraction évitable.
Les groupes d'onglets chrome fonctionnent-ils sur tous les appareils ? +
Sur desktop avec Chrome, oui, et ils se synchronisent entre ordinateurs si tu es connecté à ton compte Google. Sur mobile, la gestion est plus limitée. Si tu travailles beaucoup sur plusieurs navigateurs ou en alternant mobile et desktop, la solution montre ses limites.

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