vendre plus cher que ses concurrents

Vendre 5 fois plus cher que vos concurrents – avec Sébastien Roignant

Épisode diffusé le 21 juillet 2020 par Marketing Mania

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Vendre plus cher que ses concurrents sans jamais s’en excuser – c’est exactement ce que fait Sébastien Roignant, photographe de mariage, Youtubeur et formateur, qui facture en moyenne 6000€ là où la plupart de ses pairs peinent à dépasser 1200€. Pas d’arnaque, pas de technique de manipulation low-cost. Un repositionnement complet de ce qu’il vend et à qui.

Ce qui m’a frappé en écoutant son épisode sur Marketing Mania, c’est que la trajectoire ressemble à celle de beaucoup de créatifs : des années de blocage face à l’argent, une timidité maladive, une conviction profonde que faire du marketing c’est se vendre – et que se vendre, c’est un peu honteux. Et puis, un déclic. Plusieurs, en fait.

En 2019, il lance en prévente sa plus grosse formation sur la photo de mariage. 34 places à 2500€ pièce. 100 000€ de chiffre d’affaires en quelques semaines. Ce n’est pas un hasard de calendrier ni un coup de bol algorithmique.

La question que j’avais envie de creuser : comment est-ce qu’on passe de ‘je n’ose pas demander 1200€’ à ‘je facture 6000€ et mes clients sont ravis’ ? La réponse est dans les détails – et dans la tête.

Ce que « photographe de mariage » veut vraiment dire

Posez la question à un couple qui vient de se marier : quelle était leur peur principale le jour J ? La réponse ne sera jamais ‘avoir des photos floues’. C’est presque toujours quelque chose comme : est-ce que tout va bien se passer, est-ce qu’on va s’en souvenir comme d’un moment heureux, est-ce qu’on va être submergés par le stress.

Sébastien Roignant a compris ça – pas en lisant un bouquin de marketing, mais en accumulant plus de 100 mariages à son actif. Et c’est ce décalage entre la promesse évidente (jolies photos) et la peur réelle (journée qui part en vrille) qui fonde son positionnement.

Il se décrit lui-même comme un ‘déstresseur de marié’. C’est son mot, pas le mien. Et quand tu l’entends expliquer comment il organise la journée avec ses clients des mois à l’avance, comment il arrive parfois à corriger le plan au dernier moment, on comprend que ce n’est pas du storytelling – c’est sa méthode de travail réelle.

« Sur un de mes plus gros mariages, j’ai carrément changé l’endroit de la cérémonie au dernier moment. Il devait pleuvoir, c’était une abbaye abandonnée avec un toit ouvert… Au dernier moment à 16h, il s’arrête de pleuvoir, la cérémonie était à 16h30, je fais au marié : tu me fais confiance ? Et je commence à ramener tous les gens avec moi, 250 invités, à changer les chaises. »

C’est exactement le genre d’anecdote qui fait la différence dans un rendez-vous de vente.

Et il le dit lui-même avec une honnêteté désarmante : il gère la logistique de la journée pour lui, pour avoir de meilleures photos. Pas par altruisme. Parce que des mariés détendus donnent de meilleurs clichés. La promesse client et l’intérêt du prestataire sont parfaitement alignés – et c’est rare.

Une semaine de travail pour un mariage, en gros. Le jour J, les séances de préparation en amont, la séance photo avant le mariage pour que les mariés soient à l’aise, l’édition, le livre, le SAV. Sébastien estime entre 40 et 60 heures de travail par mariage. À 6000€, ça fait un taux horaire correct. À 1200€, ça devient n’importe quoi.

Vendre plus cher que ses concurrents commence dans la tête, pas sur le devis

Quinze ans. C’est le temps qu’il a fallu à Sébastien pour passer de ‘je déteste le marketing’ à ‘j’en joue comme d’un instrument’.

Ce qui m’agace dans la plupart des formations à la vente, c’est qu’elles traitent le problème comme technique alors qu’il est viscéral. Sébastien ne manquait pas de techniques. Il manquait de permission intérieure.

« Quand il a fallu que je parle argent avec un particulier, tu demandes ne serait-ce qu’à l’époque 1000, 1200 balles pour un mariage, tu te dis c’est un SMIC. Tu demandes un SMIC pour bosser techniquement dans leur tête, on bosse une journée même si on bosse une semaine en tout. »

Dit comme ça, c’est le blocage classique. Le client n’a pas le même cadre de référence que le prestataire – et si le prestataire ne le recadre pas, le prix sera toujours trop élevé.

Le tournant pour Sébastien, c’est en 2012. Il regarde une vidéo d’un photographe américain qui termine son rendez-vous de vente par une offre spéciale valable deux heures. Réaction immédiate : ‘Comment on a le droit de faire ça, mettre la pression comme ça aux gens ?’ Il essaie quand même. Des clients avec un budget de 1500€ repartent avec une prestation à 2500€ – et le sourire.

Mille euros de plus. Juste parce qu’il a structuré son offre différemment. Ce genre de résultat fait bouger des convictions.

Sur vendre sans pression, il y a un vrai débat : est-ce que les offres limitées dans le temps sont de la manipulation ou de la clarté ? Sébastien a tranché pour lui-même. Le résultat parle.

Ce que personne ne dit sur le ‘thermostat financier’ – ce concept que Stan Leloup aborde dans l’épisode – c’est qu’il fonctionne aussi dans l’autre sens. Monter ses prix trop vite, sans avoir les preuves sociales et la posture qui vont avec, ça peut planter une réputation aussi vite que ça la construit.

La page de vente d’un photographe : ce que personne ne fait

Le standard dans la photo de mariage, c’est : un portfolio, un bouton ‘contactez-moi’, et le tarif qu’on ne mentionne jamais clairement parce que ‘ça dépend’. Sébastien fait exactement l’inverse.

Texte travaillé. Vidéo de présentation. Anecdotes réelles. Peurs adressées directement. Et un process de qualification qui filtre avant même le premier rendez-vous.

En 2012, il intègre une vidéo de présentation sur son site – à une époque où ça ne se faisait pas du tout dans la photographie française (et c’est un euphémisme). Pas une vidéo de ses photos. Une vidéo de lui, qui parle, qui montre ce qu’il est. Le genre de format qui s’inspire de ce que Creative Live diffusait aux États-Unis, mais que personne n’adaptait ici.

Le résultat sur le rendez-vous de vente est direct : les clients arrivent déjà en confiance. Ils ont déjà choisi, dans leur tête. Le rendez-vous n’est plus une audition – c’est une confirmation.

Pour un copywriter freelance qui bosse sur des pages de prestataires de service, l’approche de Sébastien est un cas d’école. Le texte fait le pré-travail de qualification. Il attire les bons clients et décourage les autres – ceux qui compareront sur le prix.

Ce qui m’a scotché dans cette partie de la conversation : aucun client ne lui a dit qu’il était cher. Des clients lui ont dit qu’il n’était pas dans leur budget – c’est très différent. L’un dit quelque chose sur toi. L’autre dit quelque chose sur eux.

Quand l’audience YouTube devient un canal de vente pour vendre plus cher que ses concurrents

89 000 abonnés sur F/1.4 – sa chaîne principale sur la photographie. Et une deuxième chaîne, Le Guide du photographe de mariage, lancée en septembre 2019, déjà à 5000 abonnés au moment du podcast.

La mécanique est simple sur le papier. La communauté YouTube connaît Sébastien. Elle lui fait confiance. Quand un membre de cette communauté – ou quelqu’un qu’un membre recommande – cherche un photographe de mariage, Sébastien n’est pas un prestataire parmi d’autres. C’est ‘le gars de F/1.4’.

« Ma clientèle vient beaucoup de F14, de ma communauté. Il y a aussi le fait qu’ils aient Sébastien Roignant sur leur mariage, quelqu’un qui les suit… c’est comme si moi j’avais Stan Leloup avec moi sur mes rendez-vous clientèle. »

Voilà. Le personal brand transforme la transaction.

Ce n’est pas magique pour autant – il le précise lui-même. Les 41 000€ de chiffre d’affaires générés en deux semaines lors du lancement de son livre photo ‘Soledade’ (600 exemplaires à 42€, plus des éditions limitées avec tirages), c’est l’aboutissement d’une communauté construite sur des années. Pas du paid social. Pas de growth hack.

Sur la question du closing commercial dans le digital, il y a une leçon à retenir ici : le meilleur closing c’est celui qui commence six mois avant le rendez-vous, dans le contenu que tu produis.

Mais – et c’est là où la nuance s’impose – cette mécanique ne marche que si le contenu est réellement utile. Sébastien a mis huit ans à construire cette audience. Et pendant ces huit ans, YouTube a radicalement changé. L’algorithme de 2012 n’a plus grand chose à voir avec celui de 2020. Ce qu’il ne développe pas dans la partie transcrite de l’épisode, mais qui mérite d’être soulevé : la deuxième chaîne n’a pas les mêmes règles du jeu que la première.

Apprendre à vendre quand l’idée même du marketing te fait honte

C’est peut-être l’angle le plus universel de cet épisode. Et aussi le moins attendu.

Dans le milieu de la photographie – comme dans beaucoup de milieux artistiques – parler argent est presque tabou. Sébastien l’a vécu de l’intérieur. Quand il a commencé à dire sur YouTube que les photographes de mariage devaient se vendre à des tarifs décents, la réaction a été épidermique.

« Je me suis pris des réactions très très fortes, du genre : non, c’est pas des choses qui se… comment tu peux dire ce genre de choses pour tes clients, tu les aimes pas et tout. De la part des photographes. Mais comme j’étais avant, c’est juste que j’avais un petit peu évolué. »

C’est exactement le problème. La résistance au marketing chez les créatifs n’est pas de la stupidité – c’est une question d’identité. Vendre son art, c’est s’exposer à un rejet qui est personnel. Ce n’est pas le produit d’une marque que tu défends. C’est toi.

Sébastien fait une distinction utile : vendre la prestation d’un mariage, c’est déjà difficile. Vendre une photo d’auteur – un objet qui ‘vient du cœur’, comme il dit – c’est encore plus exposant. Parce qu’un refus n’est pas ‘ce n’est pas dans mon budget’, c’est ‘ton regard sur le monde ne m’intéresse pas’.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu entendre de la bouche de quelqu’un qui l’a vécu de l’intérieur – c’est que cette résistance ne disparaît pas complètement. Elle s’apprivoise. La vente par l’histoire personnelle est précisément ce mécanisme : tu externalises l’exposition en la narrativisant.

Et paradoxalement, c’est souvent les anciens commerciaux qui ont le plus de mal à se vendre eux-mêmes. Quand le produit c’est toi – ton temps, ton expertise, ton esthétique – les techniques de vente apprises pour d’autres ne s’appliquent plus directement. Il faut reconstruire.

Comment on répond à l’objection ‘c’est pas le bon moment’ quand ce que tu vends c’est une date de mariage fixée un an à l’avance ? La temporalité change tout, et les scripts génériques ne fonctionnent pas.

Ce qui marche, d’après l’expérience de Sébastien : des témoignages concrets (l’anecdote de l’abbaye est sur son site), une vidéo qui montre qui tu es avant le rendez-vous, et une offre structurée avec une vraie limite de temps à la fin. Pas du bluff. Une vraie contrainte qui force la décision.

Reste la question de la délégation – qu’ils abordent en fin d’épisode et que je ne développerai pas ici faute de transcription complète. Mais à 100 000€ de CA sur une seule formation, c’est clairement le prochain nœud. Savoir vendre plus cher que ses concurrents, c’est une chose. Savoir ensuite quoi ne plus faire soi-même, c’en est une autre.

Questions fréquentes

Comment vendre plus cher que ses concurrents sans perdre de clients ? +
La clé est de repositionner ce que vous vendez réellement. Sébastien Roignant ne vend pas des photos - il vend une journée de mariage sans stress. En comprenant la peur profonde de ses clients (une journée qui part en vrille) plutôt que leur désir apparent (de jolies photos), il justifie un tarif de 6000€ là où la moyenne du marché est à 1200€. Aucun de ses clients ne lui a dit qu'il était cher.
Pourquoi les artistes et créatifs ont du mal à vendre plus cher que leurs concurrents ? +
Parce que vendre son travail artistique, c'est s'exposer à un rejet personnel. Si un client refuse votre devis, il ne rejette pas un produit anonyme - il rejette votre regard sur le monde, votre esthétique, ce que vous avez mis de vous-même dedans. Cette exposition-là est beaucoup plus difficile à gérer psychologiquement que de vendre le produit d'une entreprise. La résistance au marketing chez les créatifs vient rarement d'un manque de compétence technique.
Comment une page de vente peut aider à vendre plus cher que ses concurrents ? +
Une page de vente bien construite filtre les clients en amont. Quand un prospect arrive en rendez-vous après avoir lu une page qui adresse directement ses peurs et ses désirs, il est déjà convaincu. Le rendez-vous n'est plus une audition - c'est une confirmation. Sébastien Roignant a ajouté une vidéo de présentation personnelle sur son site dès 2012, à une époque où aucun photographe de mariage français ne le faisait.
Qu'est-ce que le thermostat financier et comment ça bloque la capacité à vendre plus cher ? +
Le thermostat financier, c'est la limite inconsciente que vous vous fixez sur ce que vous 'méritez' de gagner. Pour Sébastien, cette limite venait de ses débuts difficiles : demander 1200€ pour un mariage lui semblait énorme parce qu'il voyait ça comme 'un SMIC pour une journée'. Monter ce thermostat demande des preuves - résultats concrets, témoignages clients satisfaits, et la décision de tester des tarifs plus élevés pour voir ce qui se passe vraiment.
Une audience YouTube aide-t-elle vraiment à vendre plus cher que ses concurrents ? +
Oui, mais de manière indirecte. Quand des clients potentiels vous connaissent déjà via du contenu, la relation de confiance est établie avant même le premier contact. Sébastien Roignant génère une partie significative de ses clients mariage via sa chaîne F/1.4. Ces clients n'arrivent pas en comparant des devis - ils arrivent en voulant spécifiquement travailler avec lui. Ce qui supprime mécaniquement la négociation sur le prix.
Comment structurer un rendez-vous de vente pour justifier un tarif premium ? +
Sébastien utilise plusieurs leviers : des anecdotes concrètes tirées de ses mariages (l'abbaye, la cérémonie déplacée en 30 minutes), une présentation de son process complet (40 à 60 heures de travail par mariage), et une offre structurée avec une limite de temps à la fin du rendez-vous. Cette dernière technique l'a fait passer d'une vente à 1500€ à 2500€ lors de son premier essai en 2012. Le tout sans agression - juste de la clarté.

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