travailler chez soi productivité

“J’ai arrêté mon job de rêve” – avec Alex Vizeo

Épisode diffusé le 21 avril 2020 par Marketing Mania

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La question de travailler chez soi productivité n’a rien de neuf – mais Alex Vizeo, ex-influenceur voyage avec 104 000 abonnés et 12 millions de vues sur YouTube, l’a vécue à une intensité que peu de gens connaissent. Des années à parcourir la planète, à filmer, monter, publier, répondre aux marques, gérer les contrats – et rentrer dans un appartement où le boulot n’avait jamais vraiment quitté le canapé. Quand le confinement de 2020 arrive et qu’il s’installe à Annecy, il se retrouve dans la même situation que des millions d’entrepreneurs : travailler là où il dort, manger là où il bosse, regarder des séries sur l’ordi qui a servi à envoyer les devis.

Stan Leloup, fondateur de Marketing Mania, l’a invité pour parler d’influence de voyage et de reconversion. Ils ont dérivé – comme souvent dans les bons podcasts – vers quelque chose de plus utile. Comment, concrètement, on trompe son cerveau pour qu’il sache quand bosser et quand souffler. La conversation dure 1h42. Ce qui suit, c’est ce que j’en ai retenu – avec mes propres agacements dedans.

Le piège du télétravail que personne ne nomme vraiment

Voilà le truc qu’on ne dit pas assez : le problème du travail à la maison, c’est pas la concentration. C’est la fin. Savoir arrêter.

Alex Vizeo le formule mieux que dans la plupart des articles de productivité qu’on lit :

On aime tellement notre travail et ça nous passionne tellement et surtout quand tu es chez toi et que ton travail est chez toi, en fait c’est comme si tu vivais au bureau.

Dit comme ça, ça paraît évident. Pourtant, des milliers de freelances continuent d’ouvrir leur boîte mail à 22h en se disant que c’est juste pour vérifier.

Stan Leloup confirme de son côté que son équipe – entièrement distribuée – s’est retrouvée à travailler les weekends pendant le confinement. Pas parce qu’il y avait urgence. Parce que la frontière avait disparu. Et sans frontière, le boulot colonise tout l’espace disponible, y compris le temps qu’on s’était réservé pour ne rien faire. (Ce qui est précisément le moment où les meilleures idées arrivent, mais passons.)

La question que pose Leloup – et qui mérite d’être retenue – c’est : est-ce qu’on a mis en place des systèmes pour contrecarrer ça ? Pas juste pour être productif. Pour récupérer une séparation.

Le conditionnement pavlovien : travailler chez soi productivité par l’espace et le mouvement

Alex Vizeo a une réponse directe. Il utilise le mot « conditionnement ». Pas métaphoriquement – littéralement.

Il faut devenir le chien de Pavlov et te dire OK comment est-ce que je me conditionne pour bosser et pour être productif quand je bosse mais aussi le truc inverse – comment est-ce que je me conditionne pour me détendre et séparer les deux.

Clairement, ça va plus loin que « range ton bureau le soir ». Ce qu’il décrit, c’est une architecture comportementale. Chaque espace a une fonction. Chaque geste déclenche un état. Et ce qui casse le mode travail, c’est pas de s’allonger sur le canapé – c’est une action physique différenciante.

Il court à 18h30. Pas parce qu’il aime courir. Parce que le mouvement est le seul interrupteur qui fonctionne sur lui. S’asseoir devant Netflix sans avoir bougé, son cerveau reste en mode boulot. Il continue à rouler sur les mails en tête, les trucs à finir, les messages sans réponse.

Stan Leloup ajoute un détail que j’ai trouvé vraiment pratique : il refuse de rallumer son propre ordi le soir pour regarder une série. Il demande à sa conjointe d’utiliser le sien. Pourquoi ?

Quand je dois le rallumer, il y a tout le côté émotionnel en fait, la charge émotionnelle et mentale qui se rouvre avec mon ordi et j’aime pas du tout ça.

Ça parait anecdotique. C’est en fait extrêmement précis comme observation. L’objet lui-même est conditionné. L’ordi de boulot n’est pas neutre – il porte la charge de tout ce qui n’est pas terminé.

Si la question du personal branding et de la présence en ligne te parle, se différencier par le personal branding est un sujet qui revient souvent dans ce genre de reconversions – et c’est exactement ce qu’Alex Vizeo a fini par choisir comme nouveau cap.

L’ordi de boulot ne regarde pas YouTube. Point.

Stan Leloup est radical là-dessus. Sur son PC de travail, il n’y a pas son compte YouTube personnel. Il n’y a que la chaîne Marketing Mania. Si tu ouvres YouTube sur cet ordi, tu tombes sur tes propres vidéos.

Bizarre comme contrainte. Mais logique.

L’idée : chaque onglet ouvert sur le mauvais ordi, c’est un signal parasitaire. Tu tombes sur ta boîte Gmail, tu vois 47 mails non lus, ton cerveau calcule automatiquement lesquels sont urgents, tu en lis un « pour voir », tu y réponds parce que maintenant tu l’as lu et que ne pas y répondre veut dire le relire demain. Double perte de temps. Et l’angoisse en prime pendant toute la soirée.

La solution qu’il propose – et qui ne coûte rien – c’est le profil invité sur Mac ou PC. Aucun mot de passe sauvegardé, aucun login actif, navigateur par défaut sans historique. Tu n’as littéralement accès à rien de ton boulot. C’est pas une discipline. C’est une friction technique qui fait le travail à ta place.

Alex Vizeo, lui, a poussé la logique encore plus loin : il a un appartement séparé dans son immeuble qui sert exclusivement de bureau. Bureau debout, micro, écran – rien d’autre. Quand il finit de bosser, même pour une pause de 15 minutes, il rentre chez lui physiquement. Séparation absolue. (Évidemment, tout le monde n’a pas un appart en rab dans son immeuble. Mais l’idée de la pièce dédiée, même un coin avec une table qu’on ne touche jamais pour manger, suit la même logique.)

Pour aller plus loin sur la création de contenu au quotidien et la gestion de l’énergie créative, ces astuces pour gagner du temps en création de contenu sont dans la même veine – moins de dispersion, plus d’impact par session.

Ce que Brain.fm révèle sur la concentration – et sur l’effet placebo

Alex Vizeo parle de Brain.fm avec l’enthousiasme de quelqu’un qui a trouvé un truc qu’il n’attendait pas. L’appli diffuse des musiques de concentration avec des fréquences que l’oreille ne perçoit pas consciemment mais que le cerveau traite quand même – du moins c’est ce que la recherche en neurosciences derrière le produit revendique.

Son retour :

Putain, mais quand je mets ça, je ressors une heure une heure et demie après – je suis putain mais d’habitude au bout de 20 minutes c’est bon, j’ai perdu cette efficacité pure de ce qu’on appelle le deep work.

Ce qui m’agace un peu dans ce genre de témoignage, c’est qu’on ne sait jamais si c’est l’outil ou le rituel. Stan Leloup le dit lui-même : il se met une musique, n’importe laquelle, et deux heures plus tard il a oublié de manger. Donc est-ce que Brain.fm est vraiment différent d’une playlist Lofi sur YouTube ?

Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être que la réponse n’a pas d’importance. Si le rituel de mettre des écouteurs et de lancer une musique spécifique déclenche l’état de concentration – que ce soit par les fréquences ou par le conditionnement pur – le résultat est le même. Ryan Holiday fait pareil avec une chanson en boucle. C’est son interrupteur à lui.

Alex mentionne qu’il a « la concentration d’un écureuil ». Ce genre d’aveu, dans un podcast sur le marketing et l’entrepreneuriat, c’est rare. La plupart des invités arrivent avec leur système de productivité parfait et leurs 4h de deep work matinal. Lui dit clairement que son cerveau part dans tous les sens et qu’il a besoin de béquilles pour fonctionner. C’est beaucoup plus utile.

Faire une seule chose : la vraie limite du multitasking

Stan Leloup l’a admis d’emblée : il est un écureuil. 40 000 trucs en même temps, impression de ne pas avancer, fatigue chronique. Alex Vizeo est exactement l’inverse – et il le vit aussi comme un problème.

Quand il écrit son livre, il ne publie aucune vidéo pendant 6 à 8 mois. Pas par manque de motivation. Parce que son cerveau ne peut pas fonctionner autrement. Deux projets en parallèle, et c’est la panique. Trois, c’est le blocage complet.

Ce qu’il a compris – et ça m’a semblé être la partie la plus solide de toute la conversation – c’est qu’il doit organiser ses projets en séquences, pas en parallèle. Une semaine entière dédiée à enregistrer des podcasts. Une période pour la formation. Une période pour les vidéos. Jamais les deux en même temps.

Il faut qu’ils soient successifs pour moi plutôt que parallèles et dès qu’ils sont parallèles, ça m’ajoute beaucoup d’anxiété, surtout s’il y a des personnes annexes qui sont impliquées.

La nuance sur les personnes annexes est importante. Un side project solitaire sans deadline, il peut le gérer. Dès qu’il y a quelqu’un qui attend un retour, un feedback, une livraison – la pression monte de façon disproportionnée. Il a l’impression de décevoir en permanence. Et cette impression de décevoir, c’est souvent un signal précurseur de burnout – pas juste de mauvaise organisation.

Ce parallèle entre multitasking et épuisement, la décision d’arrêter les réseaux sociaux en parle aussi, sous un angle différent. Quand la pression de produire du contenu partout en même temps finit par prendre le dessus sur le sens de ce qu’on fait.

Leloup, lui, défend la régularité. Publier souvent, maintenir un rythme, battre le talent par la constance. Vizeo dit l’inverse : concentre-toi sur une chose pendant un bloc de temps, extrais le maximum de cette période, puis passe à autre chose. Les deux approches fonctionnent – pour des profils complètement différents. Et c’est bien là le problème avec tous les conseils de productivité : ils sont écrits pour un profil type qui n’existe pas vraiment.

Sur la question de comment vendre sans s’épuiser à créer du contenu en permanence, il y a des approches qui rejoignent cette logique de travail par blocs – arrêter de disperser son énergie pour concentrer les efforts sur ce qui convertit vraiment.

Micro-lieux, micro-rituels : travailler chez soi productivité à l’échelle d’une pièce

Alex Vizeo a développé un truc que j’aurais tendance à qualifier de micro-géographie du travail. Même sans appart séparé, même sans pièce dédiée, il change de lieu dans sa maison à chaque type de tâche.

Le matin, en chaussons en laine et couverture alpaga ramenée du Pérou (le détail est suffisamment précis pour être vrai), il fait sa création de contenu. Articles, formations, scripts de vidéos. Deux heures. Puis il bouge – écouteurs, apprentissage, déplacement dans la maison. Puis bureau, mails et gestion.

Ce n’est pas du feng shui. C’est de la psychologie comportementale basique : l’environnement physique est un signal. Ton cerveau associe un endroit à un état. La table de cuisine devient l’endroit où tu crées. Le canapé devient l’endroit où tu apprends passivement. Le bureau devient l’endroit où tu traites. Quand tu ne fais pas ce changement de micro-lieu, tu traînes l’état mental de la tâche précédente dans la suivante.

Il dit lui-même que quand il zappe ce rituel, il est moins efficace. Pas catastrophiquement moins efficace – juste légèrement moins précis, légèrement moins dans le bon état. Et sur la durée, ces légères pertes d’efficacité s’accumulent.

La question des habits suit la même logique. Vizeo avoue qu’il ne peut pas vraiment tester ça – sa tenue de travail, c’est un t-shirt et un short, ce qui est exactement sa tenue de repos. Pas beaucoup de conditionnement possible. Mais Leloup note que certaines personnes s’habillent « normalement » pour travailler chez elles, même sans sortir, et que ça fonctionne. (Ce que j’aurais trouvé absurde il y a cinq ans et que je trouve maintenant parfaitement rationnel.)

Pour aller plus loin sur comment monter un business sur YouTube en organisant sa création de contenu de façon viable, les questions de rythme et de séparation des tâches reviennent régulièrement – et les réponses ne sont jamais universelles.

Ce que je retiens de cette conversation – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à bosser depuis chez moi – c’est que travailler chez soi productivité n’est pas une question de discipline. C’est une question de design. Tu conçois ton environnement, tes objets, tes rituels pour que le bon état arrive presque automatiquement. Tu ne te bats pas contre toi-même. Tu crées des frictions là où tu veux ralentir et des déclencheurs là où tu veux accélérer.

Alex Vizeo a mis des années à comprendre ça – entre deux aéroports, des hôtels interchangeables et un algorithme YouTube qui ne s’arrête jamais. Stan Leloup l’a compris en gérant une équipe distribuée et en écrivant un livre sur le marketing. Ni l’un ni l’autre n’a trouvé le système parfait. Mais ils ont tous les deux arrêté de chercher une discipline surhumaine pour se concentrer sur un design intelligent.

La différence entre les deux, c’est peut-être ça.

Questions fréquentes

Comment travailler chez soi sans perdre en productivité ? +
La clé, c'est moins la discipline que le design de son environnement. Séparer physiquement les espaces de travail et de repos, utiliser des rituels de transition (sport, changement de lieu, musique de concentration) et conditionner son cerveau à associer un endroit à un état spécifique. Alex Vizeo et Stan Leloup utilisent tous les deux des déclencheurs comportementaux concrets plutôt que de compter sur leur volonté.
Comment séparer vie professionnelle et vie personnelle en télétravail ? +
Plusieurs approches concrètes : avoir un ordi dédié au boulot sans accès aux comptes personnels, ne jamais rallumer cet ordi le soir pour regarder des séries, et créer une action physique de transition (une sortie running, un changement de pièce) qui signale à ton cerveau que la journée de travail est terminée. La séparation n'est pas une question de volonté - c'est une question de friction technique bien placée.
Qu'est-ce que Brain.fm et est-ce que ça aide vraiment à se concentrer ? +
Brain.fm est une appli qui diffuse des musiques de concentration intégrant des fréquences sonores censées induire un état de deep work. Alex Vizeo rapporte des sessions de concentration de 1h à 1h30 là où il décrochait habituellement au bout de 20 minutes. Stan Leloup reste prudent sur l'effet placebo - il obtient des résultats similaires avec n'importe quelle musique. L'important est peut-être moins l'outil que le rituel de lancer une musique spécifique comme déclencheur.
Comment travailler chez soi productivité quand on a plusieurs projets en parallèle ? +
Alex Vizeo a une réponse radicale : ne pas les mener en parallèle. Il organise ses projets en séquences - une semaine entière de podcasts, une période dédiée à la formation, une autre aux vidéos. Dès que des projets se chevauchent et impliquent des tiers qui attendent des livrables, son anxiété monte de façon disproportionnée. Pour certains profils, la succession vaut mieux que le parallélisme.
Le conditionnement pavlovien fonctionne-t-il vraiment pour la productivité ? +
C'est le cadre conceptuel qu'Alex Vizeo utilise explicitement. L'idée : associer un objet, un espace ou un geste à un état mental précis - comme le chien de Pavlov associait la cloche à la nourriture. Sur le principe, c'est de la psychologie comportementale classique. En pratique, ça demande de la constance pour ancrer les associations. Et oui, ça plante si tu utilises le même ordi pour tout - le cerveau ne sait plus à quel signal répondre.
Alex Vizeo : pourquoi a-t-il arrêté l'influence voyage pour devenir coach ? +
Alex Vizeo était l'un des premiers influenceurs voyage français, avec 104 000 abonnés YouTube et plus de 12 millions de vues. Fin 2019, il annonce publiquement qu'il arrête - sans filet, sans plan B annoncé. Trois mois plus tard, il revient avec une nouvelle direction : coach en personal branding. Le rythme de travail intense, la difficulté à séparer vie professionnelle et création permanente, et un changement de valeurs sont au cœur de cette décision.

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