créer un podcast entrepreneuriat

Faire exploser une agence (et un podcast) – avec Matthieu Stefani

Épisode diffusé le 11 mars 2020 par Marketing Mania

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Créer un podcast entrepreneuriat, pour beaucoup, ça reste un projet de coin de table – un truc qu’on fera quand on aura le temps. Matthieu Stefani, lui, l’a fait en février 2017 avec un enregistreur Zoom tout simple, une douzaine d’épisodes en tête, et aucune certitude que ça tiendrait la route. Trois ans plus tard, Génération Do It Yourself compte plus de 100 épisodes, des anciens ministres de l’économie parmi les invités, et Stefani dirige CosaVostra – un cabinet de conseil en innovation de près de 50 personnes. Le podcast et la boîte se sont nourris l’un l’autre d’une façon que lui-même n’avait pas planifiée.

Ce qui m’a frappé dans cette conversation entre Stan Leloup (Marketing Mania) et Stefani, c’est que personne ne parle vraiment de ce que ça change concrètement de créer un podcast quand tu es entrepreneur. On te parle de monétisation, de croissance d’audience, de taux d’écoute. Mais le truc de fond – le réseau, la crédibilité, la transformation personnelle – c’est beaucoup plus discret, et beaucoup plus puissant.

Pourquoi créer un podcast entrepreneuriat quand tu as déjà une agence de 50 personnes

La première question de Stan Leloup était directe : pourquoi passer une demi-journée par semaine à faire un podcast quand tu as déjà un business qui tourne ? La réponse de Stefani est honnête, et c’est rare.

«Le tout premier intérêt, je dois te dire avant d’arriver au reste, ça a été le kiff. Je vraiment, j’insiste là-dessus parce que je vais pas dire que j’avais zéro ambition sur ce podcast, ce serait mentir… mais d’abord, je me suis dit attends, ce format de l’oralité, l’audio, c’est quelque chose d’assez fantastique.»

Voilà. Pas de grand discours sur la stratégie de contenu. Juste quelqu’un qui aime parler aux gens.

Mais Stefani va plus loin. Il décrit l’audio comme quelque chose de «préhistorique» – antérieur à l’écriture, antérieur à tout le reste. Et dans un monde où on optimise tout par Slack, par mail, par des process qui réduisent la friction, l’échange oral porte quelque chose de différent. Une texture. Une vérité qui passe mal à l’écrit.

Ce qui est intéressant – et c’est un point que beaucoup ratent quand ils décident de créer un podcast entrepreneuriat – c’est que le kiff n’est pas un argument anodin. C’est souvent la seule chose qui te fait tenir pendant les épisodes où l’audience ne suit pas encore, où tu parles dans le vide, où tu te demandes à quoi ça sert.

Le réseau : l’argument que personne ne te dit vraiment

Stefani a les numéros de portable d’anciens ministres de l’économie. De grands patrons. De multimillionnaires comme Jacques-Antoine Granjon. Et il les a obtenus légitimement, naturellement, sans forcer la porte – parce que créer un podcast entrepreneuriat lui donnait une raison valable de les contacter.

«J’ai des numéros des 06 de gens qui sont juste des gens monstrueux… je reviens à l’origine de mon podcast, on est la moyenne des personnes qu’on fréquente, et moi je me dis tiens, je vais aller fréquenter des gens qui ont réussi des trucs de ouf.»

C’est exactement le problème. Cet argument-là, on l’entend peu. Pourtant c’est sans doute le plus puissant.

Stan Leloup confirme la même mécanique de son côté : en 2015, quand il a lancé Marketing Mania, quasi personne ne le connaissait. Mais les gens aiment raconter leur histoire. Si tu leur donnes un prétexte légitime – un micro, une audience, même petite – ils viennent. «Presque tous les gens à qui je demandais me disaient oui», dit-il. (Ce qui est rare dans le secteur, parce que les entrepreneurs connus croulent généralement sous les sollicitations – mais un podcast, c’est pas pareil qu’une demande de conseil gratuit.)

Ce que Stefani décrit ensuite, c’est un cercle vertueux à plusieurs niveaux. Les invités deviennent parfois clients. D’autres renvoient des leads vers CosaVostra. D’autres encore deviennent des investisseurs potentiels sur les projets du startup studio. Le podcast n’est pas un canal de vente – c’est une infrastructure relationnelle qui produit des effets sur 2 ou 3 ans.

Pour aller plus loin sur la question de se différencier sur un marché concurrentiel, la mécanique est exactement la même : ce n’est pas le produit qui te distingue au départ, c’est la relation que tu construis avant même de vendre quoi que ce soit.

De l’enregistreur Zoom au startup studio : ce que CosaVostra a vraiment construit

Revenons un instant sur le business lui-même, parce que c’est là que ça devient instructif.

Stefani a quitté une startup qu’il avait créée en 2005 autour de l’image. Il a rêvé de nomadisme digital – «un ordi, un smartphone, bosser d’où je veux quand je veux». En 2011, ce n’était pas encore un cliché. Il a géré MorphSuits (des déguisements intégraux en Lycra – oui, vraiment) pour les pays francophones, lancé Iron Cards, leader de la carte de visite en métal à 5 euros pièce hors taxe. Des milliers d’euros de revenus nets par mois, en bossant peu. Ça avait l’air parfait.

Sauf que. Il construisait rien. Si la santé flanchait, si un fournisseur lâchait, il laissait zéro valeur derrière lui. Et lui, au fond, il est un builder.

«J’aime bien les Lego et les trucs… j’aime bien construire des choses. Et ça me convenait pas complètement, et je voyais que ce truc se profilait.»

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais entre «voir que ça se profile» et diriger une boîte de 50 personnes, il y a cinq ans de recrutements, d’associés qui rejoignent (François sur la strat, son frère Pierre en dev, Laurent en troisième), de clients américains qu’on aide à entrer sur le marché européen, de boîtes créées et revendues.

La proposition de valeur de CosaVostra, telle que Stefani la résume : on est des entrepreneurs qui accompagnent d’autres entreprises sur leurs projets digitaux innovants. Pas des consultants qui theorisent. Des gens qui ont créé des boîtes, revendu pour des millions, et qui viennent avec leur «street cred» intacte.

Le modèle interne est malin. Les équipes sont occupées à 80-85% du temps disponible en missions clients. Les 15% restants – l’intercontrat, dans le jargon des SSII – alimentent les projets internes du startup studio. Résultat : cinq boîtes créées en cinq ans et demi, quatre revendues. (Et Stefani précise : «plutôt bien», avec des centaines de millions d’euros de valorisation sur certaines.)

Sur la question de comment construire un système qui tourne sans toi, CosaVostra illustre exactement ça – mais en version collective, avec 50 personnes qui portent le truc ensemble.

Le format podcast qui vieillit bien – et celui qui ne vieillit pas

Stan Leloup a animé quatre podcasts différents, pour un total d’environ 150 épisodes. Et dans cette conversation, il y a une digression sur le format «duo» – deux présentateurs qui construisent leur business en direct devant les auditeurs – qui mérite qu’on s’y arrête.

Le podcast Nomade Digital, co-animé avec Paul, durait depuis un an et demi. Leloup était au Vietnam. Paul aux Philippines. Ils bootstrappaient des trucs. Et les auditeurs les suivaient semaine après semaine, en temps réel, sur des questions qui évoluaient : recruter ou pas ? Bureau ou remote ? Lever des fonds ou bootstrapper ?

«On avait un débat et tout d’un coup on s’aperçoit un an plus tard qu’on a chacun basculé un petit peu dans cette idée… tu nous vois évoluer là-dessus. Mais c’est ça qui est beau.»

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire quelque part quand je me demandais comment créer un podcast entrepreneuriat – c’est que la durabilité d’un format dépend moins du sujet que de l’authenticité de l’évolution. Un podcast où les gens changent d’avis, se plantent, reviennent sur leurs certitudes – ça vieillit bien. Un podcast où tu donnes des conseils tactiques sur Amazon FBA ou le référencement naturel en 2017 – beaucoup moins.

Stefani le dit clairement : les épisodes de Nomade Digital continuent d’être réécoutés aujourd’hui, même sans nouveaux épisodes depuis des années. «Les gens reviennent et ils vont se les réécouter en partant du début en suivant un peu l’histoire.» Parce que c’est un récit d’évolution personnelle – pas un tutoriel qui a une date de péremption.

L’oral a un autre avantage que l’écrit, d’ailleurs. Quand tu changes d’avis à l’oral, c’est nuancé, ça se voit évoluer. À l’écrit, si tu as posé une conviction dans le marbre et que tu reviens dessus trois ans plus tard, quelqu’un va te le retrouver en pleine figure. (Et ce quelqu’un, dans le format duo, c’était l’autre présentateur – ce qui donnait des moments assez drôles apparemment.)

créer un podcast entrepreneuriat dans une niche ultra-précise : la mécanique qui marche partout

Un des trucs les plus concrets de cette conversation, c’est la démonstration que créer un podcast entrepreneuriat n’a rien à voir avec une niche large ou un sujet grand public.

Stefani cite l’exemple du vétérinaire qui fait un podcast pour les vétérinaires. Ou le maçon qui interviewe les meilleurs maçons de France sur leurs techniques. Et il pose la question franchement : à la fin, tu seras un meilleur maçon. C’est simple. Presque trop simple pour qu’on y croie.

Mais la vraie mécanique, c’est celle-ci : dans une niche, les meilleures personnes ne croulent pas sous les sollicitations. Elles sont accessibles. Et elles ont envie de raconter ce qu’elles font – parce que dans leur domaine, personne ne leur pose de vraies questions approfondies. Du coup, tu crées un podcast sur l’architecture d’intérieur haut de gamme, tu contactes les dix meilleurs architectes français, neuf disent oui. C’est une opportunité que tu n’aurais jamais en tant que simple client ou partenaire.

Ce raisonnement s’applique aussi au brand content. Créer un podcast entrepreneuriat quand tu diriges une agence de conseil – comme le fait Stefani avec CosaVostra – c’est une façon de démontrer ton expertise sans écrire une seule ligne de blog. Chaque épisode est une preuve que tu fréquentes les bonnes personnes, que tu poses les bonnes questions, que tu es dans la conversation qui compte.

C’est d’ailleurs pour ça que le podcast explose dans tous les secteurs en ce moment. Pas parce que l’audio est «le futur des médias» (c’est une phrase que j’ai lue 400 fois depuis 2018). Mais parce que dans chaque univers professionnel, il y a un vide – et les premiers qui le remplissent avec de la qualité captent un réseau et une crédibilité qu’il sera très difficile de rattraper dans 5 ans.

Sur la question de trouver une idée de contenu originale dans sa niche, le format podcast a souvent un temps d’avance sur les autres – mais ça reste un format qui demande de la constance, et c’est là que beaucoup abandonnent.

L’été, tout le monde s’arrête – Stefani en fait le double

Un dernier point, plus tactique, et qui me parle pas mal.

Stefani observe que l’été, ses amis podcasteurs s’arrêtent. «Il y a moins d’écoute en été, donc j’arrête» – c’est le raisonnement classique. Sa réponse est inverse : il en fait le double.

Ce n’est pas un conseil révolutionnaire. Mais ça illustre quelque chose de plus profond sur la façon dont les leaders de leur catégorie se comportent par rapport à la concurrence. Quand les autres ralentissent, tu accélères – ou au moins tu maintiens. L’écart se creuse silencieusement, sans que personne ne s’en rende compte sur le moment.

Stefani a lancé Génération Do It Yourself «au bon moment» – il le dit lui-même, avec une honnêteté qui force le respect. Le time to market comptait. Il y avait peu de podcasts entrepreneuriat en France en 2017. Mais le time to market, c’est une condition nécessaire, pas suffisante. Ce qui a fait la différence, c’est la régularité dans les moments où les autres auraient lâché.

Pour ceux qui réfléchissent à la question de créer du contenu de façon régulière quand on a un business qui tourne par ailleurs, la conversation Stefani-Leloup donne quelques éléments de réponse – mais sans te donner un process clé en main, parce que ça n’existe pas vraiment.

Une limite que je dois mentionner, parce que ce serait malhonnête de ne pas le faire : tout ça fonctionne si tu as quelque chose à dire. Créer un podcast entrepreneuriat sans expérience réelle à partager, sans avoir construit et raté et reconstruit – ça produit du contenu creux que les auditeurs sentent immédiatement. Stefani peut parler de ses boîtes revendues, de ses erreurs de casting, de ses hésitations sur le remote vs le bureau parce qu’il les a vécues. Ce n’est pas reproductible par quelqu’un qui n’a pas ce bagage.

Ce que Stefani a construit – le podcast, l’agence, le startup studio, le réseau – forme un tout cohérent. Mais ce tout s’est construit dans le désordre, par accumulation, avec des pivots et des changements d’avis. Pas selon un plan. Et c’est probablement la leçon la moins sexy mais la plus utile de toute cette conversation. Tu peux tout recommencer à zéro ou tout accumuler – dans les deux cas, la cohérence vient après coup, pas avant.

Questions fréquentes

Pourquoi créer un podcast entrepreneuriat quand on est déjà chef d'entreprise ? +
Créer un podcast entrepreneuriat quand on dirige une boîte, c'est surtout un outil de réseau et de crédibilité. Matthieu Stefani a récupéré les numéros de portable d'anciens ministres et de grands patrons uniquement grâce à son podcast Génération Do It Yourself. Les invités deviennent parfois clients, parfois investisseurs. Et le brand content que ça génère vaut toutes les campagnes LinkedIn du monde - à condition de tenir dans la durée.
Combien d'épisodes faut-il faire avant de voir des résultats avec un podcast business ? +
Stefani et Leloup ont tous les deux commencé avec un objectif de 12 épisodes, juste pour tester. En 12 épisodes, tu as déjà des retours, une audience qui se construit, et surtout un feeling sur ce que ça t'apporte vraiment. Les vrais effets sur le réseau et le business prennent plutôt 1 à 2 ans.
Créer un podcast entrepreneuriat dans une niche très précise, est-ce que ça marche vraiment ? +
C'est même souvent plus efficace qu'un podcast généraliste. Dans une niche étroite - vétérinaires, architectes, maçons - les meilleures personnes du secteur sont accessibles et ont envie de parler parce que personne ne leur pose de vraies questions. Tu construis un réseau de qualité beaucoup plus vite que sur un sujet large.
Quel matériel pour commencer un podcast entrepreneuriat sans se ruiner ? +
Stefani utilise un enregistreur Zoom - «un truc tout petit» selon ses mots. Le matériel n'est pas le sujet. Ce qui compte, c'est la régularité et la qualité des conversations. Tu peux créer un podcast entrepreneuriat pour quelques centaines d'euros de matériel au départ.
Comment un podcast peut-il alimenter un startup studio ou une agence ? +
Le modèle de Stefani est intéressant : les 15% de temps non facturé de ses équipes alimentent les projets internes. Le podcast, lui, ramène des contacts qui deviennent investisseurs ou partenaires sur ces projets. Les deux se nourrissent. Cinq boîtes créées, quatre revendues en cinq ans - le podcast n'est pas étranger à ces opportunités.
Est-ce que créer un podcast entrepreneuriat fonctionne encore en 2024 ou c'est trop saturé ? +
Stefani lui-même admet avoir eu «le bon time to market» en 2017. Le marché est plus dense aujourd'hui. Mais dans chaque niche professionnelle très précise, les podcasts de qualité restent rares. Ce n'est pas la saturation globale qui compte - c'est la saturation dans ton secteur précis. Et là, dans beaucoup de métiers, il reste de la place.

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