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Monétiser un plugin gratuit installé sur 500k sites – avec Jonathan Buttigieg

Épisode diffusé le 7 avril 2020 par Marketing Mania

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Créer un plugin WordPress et le vendre – pas juste le poster sur le dépôt officiel en espérant que ça prenne – c’est le pari que Jonathan Buttigieg a réussi à transformer en 4 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Sans bureau. Sans levée de fonds. Avec un premier site lancé sur un template HTML à 5 dollars et un logo acheté 10 euros sur une marketplace. Jonathan est le cofondateur de WP Rocket, le plugin de cache installé sur plus de 500 000 sites dans le monde, et de WP Media, la structure qui chapeaute aussi Imagify, un outil d’optimisation d’images. L’histoire commence en 2013 avec un tutoriel posté sur son blog personnel, geekpress.fr. Un tutoriel technique – vraiment technique, deux heures de contenu – sur comment implémenter un système de cache sur un site WordPress. À la fin, les gens pouvaient télécharger les fichiers sources pour 4,50 euros. 250 commentaires en un mois. 7 400 euros de ventes en quinze jours après le lancement officiel. La question que ça pose n’est pas ‘comment il a eu cette idée’ mais plutôt : pourquoi ça a marché là où des centaines de développeurs échouent chaque année avec des projets similaires ?

Du script à 4,50€ à la vraie boîte : comment créer un plugin WordPress qui se vend

Le point de départ de WP Rocket, c’est une validation brutale. Pas un sondage. Pas un landing page avec une liste d’attente de 50 personnes. 250 commentaires sur un article technique et des gens qui sortent leur carte bleue pour 4,50 euros afin de ne pas avoir à recopier du code pendant deux heures. C’est pas un focus group, c’est du comportement réel.

Jonathan et ses deux associés – Jean-Baptiste Marchant, le profil SEO qu’il connaissait déjà depuis l’agence web où ils bossaient ensemble, et Julio Patier, développeur WordPress reconnu dans la communauté francophone spécialisé en sécurité – ont lancé le produit en MVP pur. Budget total : environ 80 euros.

« On a pris un logo qu’on a acheté sur l’équivalent de Thème Forest mais pour les logos. Donc ça nous a coûté 10 balles, on a pris un template HTML dégueulasse à 5 dollars qu’on a lancé. »

Dit comme ça, ça a l’air évident. Mais la réalité c’est que la plupart des gens auraient passé trois mois à peaufiner le site avant de sortir quoi que ce soit.

La phase de beta – un mois, 150 emails récupérés – leur a permis d’itérer sur le produit avant l’ouverture officielle. Le 14 juillet 2013, WP Rocket est mis en vente. Symbolique franco-française assumée. Ils ont demandé à leurs contacts dans la communauté WordPress francophone d’essayer et d’écrire dessus – WP Channel, WP Formation, WP Marmite – sans les forcer, parce qu’une recommandation d’un site qui n’a pas testé le truc, ça sent le contenu sponsorisé à dix kilomètres. Résultat sur la première quinzaine : 7 400 euros. Avec des prix de lancement à 19, 49 et 99 euros selon le nombre de sites. Ce que les gens achetaient, techniquement, c’est une licence GPL – le code est disponible sur GitHub, gratuitement – mais en pratique, ils payaient pour un an de support et de mises à jour. C’est le modèle qui tient encore aujourd’hui et qui explique en grande partie pourquoi créer un plugin WordPress peut devenir un business récurrent si le produit est bon.

Trois fondateurs techniques et personne pour faire le marketing

Trois co-fondateurs avec un background développeur, c’est une configuration qu’on voit souvent dans les boîtes qui peinent à trouver des clients. Pas ici, ou en tout cas pas longtemps.

Jonathan l’explique clairement : parmi les trois, c’est lui qui avait l’appétit le plus fort pour le marketing. Pas les compétences – l’appétit. Il a installé Intercom. Il a testé Facebook Ads. Il a lu des articles en anglais et en français sur l’acquisition client, sur comment répondre à un ticket, sur comment gérer une demande de remboursement. Tout ça en même temps qu’il faisait du support et du développement. La méthode pompier, appliquée systématiquement.

« Le point de départ est de s’autoformer quand on est petit et après quand on peut se permettre de déléguer, bah là on arrive encore sur un niveau différent parce qu’on peut apprendre encore beaucoup plus vite d’autres personnes qui ont l’expérience par rapport à nos manques. »

Ce que j’aime dans cette logique – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je démarrais – c’est qu’il ne dit pas ‘je suis devenu marketeur’. Il dit : j’ai appris assez pour recruter les bonnes personnes et les évaluer.

C’est un angle que la question de la délégation et de la productivité pose souvent chez les fondateurs solo ou en petite équipe : tu ne peux pas déléguer ce que tu ne comprends pas du tout. Tu finiras par recruter quelqu’un que tu n’es pas capable d’évaluer. Et là, le temps te dira si tu as eu de la chance ou pas.

Augmenter ses prix de 25% : la décision que Jonathan a d’abord ratée

Voilà un exemple concret de pourquoi savoir créer un plugin WordPress ne suffit pas pour diriger une boîte.

Jonathan a pris la décision d’augmenter les prix. Seul. Sans méthode de mesure. Et il a lancé ça une semaine avant la promo Halloween. Résultat : impossible de savoir si la baisse de conversion venait du changement de prix ou de la promo qui arrivait. Données inexploitables. Trois semaines perdues.

« Je me suis complètement planté parce que d’une, je ne sais pas comment mesurer l’impact. Analytique c’est moi, c’est on fait deux. Donc après il faut se former et cetera mais j’ai pas l’envie de me former à Google Analytics. »

C’est exactement le problème. Pas l’erreur en elle-même – tout le monde se plante sur un timing. Mais le fait qu’il n’avait pas les outils pour apprendre de l’erreur.

Quand leur responsable marketing est arrivée – nommée après la restructuration qui a fait de Jonathan le CEO – elle a repris le même sujet en premier mois. Tableaux prévisionnels. Scénarios de taux de renouvellement selon le nouveau tarif. Rapports post-implémentation avec taux de conversion, impact sur les renouvellements, revenu net. Le jour et la nuit, dit Jonathan. Et le résultat concret : +25% de revenus sur les renouvellements. C’est une des raisons principales de la forte croissance cette année-là (de 2,65M€ en 2018 à un objectif de 4,5M€ en 2019). La stabilité du chiffre d’affaires, ça ne s’improvise pas – ça se mesure et ça se pilote.

La raison de fond derrière la hausse des prix ? Le marché WordPress qui mature. Les plugins ‘lifetime’ – paiement unique, support et mises à jour illimités – disparaissaient progressivement parce que non rentables sur la durée. Gravity Forms n’avait pas touché ses prix depuis dix ans, puis a augmenté de 25%. WooCommerce a supprimé sa remise de 50% sur le renouvellement. WP Rocket est passé de 50% de remise sur le renouvellement à 30%. Le signal de marché était là. Il fallait juste quelqu’un pour le lire correctement et construire le modèle autour.

Le vrai job du fondateur : créer un plugin wordpress ne suffit plus

À 22 personnes dans l’équipe, Jonathan ne code presque plus sur le plugin lui-même. Quelques tickets de support par-ci, un bug à corriger par-là. Mais la partie e-commerce du site – validation des licences, auto-renouvellement – reste entre ses mains. Pas parce qu’il ne veut pas déléguer. Parce que c’est lui qui a codé ça, à sa façon, et qu’un bug sur cette partie-là ne tolère aucun délai de correction – une agence qui n’est pas disponible dans l’heure, c’est des ventes qui partent à la poubelle.

Son vrai poste, officiellement, c’est ‘responsable de la croissance du chiffre d’affaires’. En pratique, ça ressemble à trois choses : trouver de nouvelles sources de revenus, servir de consultant interne à la responsable marketing et au product manager (un ancien de Fruit Ninja, 50 à 100 millions d’utilisateurs – (ce qui est un profil assez rare dans l’écosystème WordPress)), et faire le pompier là où il manque quelqu’un. Dont le support en ce moment, parce que recruter un support manager s’avère – pardon, c’est plus difficile que prévu.

Ce rôle de ‘consultant de son propre produit’, c’est quelque chose que beaucoup de fondateurs techniques ne voient pas venir. Tu crées un plugin WordPress, tu le vends, et un jour tu réalises que tu es devenu le référent métier d’une boîte que d’autres font tourner. C’est pas une régression. C’est une évolution normale. Mais ça demande de lâcher quelque chose que tu maîtrisais parfaitement pour aller dans des zones où tu tâtonnes.

La restructuration interne qui a mené à sa nomination comme CEO a été, de son propre aveu, frustrante au départ. Un poste nouveau, des compétences qu’il n’avait pas, et une première décision (le changement de prix) qui s’est retournée contre lui. Mais faire exploser une boîte passe presque toujours par cette phase de désorientation – quand les outils qui t’ont amené là ne suffisent plus pour aller plus loin.

S’associer avec des gens qu’on connaît déjà – ou presque

Y Combinator a refusé WP Rocket en 2014. Jonathan le mentionne en passant, comme une anecdote (et on entend qu’il n’en fait pas un drame). Ce qui est plus intéressant, c’est la question de la structure d’association.

Jonathan et Jean-Baptiste se connaissaient déjà d’un an de travail commun en agence. Passion partagée pour la performance web. Vision commune de ce que devait être le produit. Styles complémentaires – Jonathan électron libre avec des idées en rafale, JB calme et raisonné. Sur les désaccords : ils font confiance à l’autre pour trancher sur son domaine. Un an et demi après le recrutement de leur product manager, bilan positif. La méthode fonctionne.

« Quand tu connais déjà la personne, ça sera plus facile d’habiter avec cette personne que quand tu découvres quelqu’un que tu ne connais pas. »

Le troisième associé, Julio Patier, les a rejoints différemment – connu d’internet, sans relation physique préalable. La séparation qui a suivi – environ deux ans avant l’enregistrement de cet épisode – n’est pas expliquée en détail, mais Jonathan lie implicitement la chose à cette connaissance moins profonde au départ. Il se corrige lui-même immédiatement : il connaît des cas où ça a très bien marché aussi. Donc pas de règle absolue. Mais une tendance.

Ce qui m’agace un peu dans le discours habituel sur les co-fondateurs – notamment dans les cercles startup qui citent Paul Graham en boucle – c’est qu’on présente ça comme une condition nécessaire au succès. Jonathan lui-même dit qu’il ne se voyait pas lancer WP Rocket seul. Mais la vraie raison n’est pas ‘parce que Y Combinator aime les duos’. C’est parce que le projet nécessitait des compétences SEO (JB) et sécurité (Julio) qu’il n’avait pas, et que se différencier sur un marché concurrentiel demande d’être complet dès le départ sur les fondamentaux du produit. C’est une logique de complémentarité réelle, pas une stratégie de pitch deck.

Ce que créer un plugin wordpress apprend sur le bootstrapping SaaS

Le modèle économique de WP Rocket est particulier. Le code est open source, disponible sur GitHub. Ce que les gens paient, c’est le support et les mises à jour pour un an. C’est un modèle de confiance autant qu’un modèle commercial – tu vends la relation et l’expertise, pas la propriété du code.

Et c’est ça qui rend la qualité du support critique. Jonathan l’explique : quand le volume de tickets augmente, soit tu baisses la qualité, soit tu recrutes, soit tu augmentes les prix pour financer le recrutement et la montée en qualité simultanément. Ils ont choisi la troisième option. 15 000 dollars investis dans des vidéos tutoriels professionnelles (belle voix, belle présentation, produit documenté correctement) pour réduire le nombre de tickets en amont. Résultat attendu : moins de questions basiques, support engineer libéré pour des tâches plus complexes.

La croissance de 2,65M€ à 4,5M€ en un an ne vient pas d’une nouvelle fonctionnalité killer. Elle vient d’une combinaison de hausses tarifaires bien exécutées, de recrutements ciblés et d’une documentation qui fait une partie du travail du support. C’est pas glamour. Mais ça scale. Et si tu veux comprendre les freins à la croissance dans ce type de modèle, ce n’est presque jamais le produit lui-même qui bloque – c’est l’organisation autour.

Une limite à signaler clairement : tout ce que Jonathan décrit fonctionne dans un contexte très spécifique. Un marché (WordPress) avec une communauté active, des blogs influents, des utilisateurs techniquement curieux. Créer un plugin WordPress sur un segment de niche sans cette communauté autour, avec les mêmes méthodes de lancement – les copains qui écrivent un article, le 14 juillet comme date symbolique – ça n’aurait probablement pas pris de la même façon. Le produit était bon. Mais le terreau l’était aussi.

Et puis il y a la question du deuxième produit – Imagify – et de la stratégie de portefeuille chez WP Media. Jonathan l’effleure dans la conversation sans qu’on aille au fond. Mais le principe de lancer un second produit quand le premier tourne bien, c’est un pari sur la capacité à faire grossir l’équipe sans diluer ce qui fait la qualité du premier. Transformer un business en ligne en quelque chose qui tourne vraiment sans toi – sans le fondateur en pompier permanent – c’est le vrai défi que Jonathan est en train de résoudre. Il n’y est pas encore complètement. Il le dit lui-même.

Questions fréquentes

Comment créer un plugin WordPress et le vendre ? +
Créer un plugin WordPress rentable passe d'abord par une validation réelle du besoin - pas un sondage, mais une transaction concrète. Jonathan Buttigieg a commencé par vendre ses fichiers sources 4,50 euros sur son blog, avec 250 commentaires en un mois comme signal. Il a ensuite lancé WP Rocket en MVP avec un budget de 80 euros environ, après une phase de beta d'un mois avec 150 testeurs. Le modèle commercial retenu : vendre non pas le code (disponible sur GitHub) mais le support et les mises à jour sur 12 mois.
Combien peut rapporter un plugin WordPress populaire ? +
WP Rocket a généré 2,65 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2018 et visait 4,5 millions en 2019, avec une équipe de 22 personnes entièrement en remote. Le plugin est installé sur plus de 500 000 sites. La croissance a été fortement accélérée par une hausse tarifaire bien exécutée, qui a augmenté les revenus de renouvellement de 25%.
Faut-il être plusieurs pour créer un plugin WordPress qui réussit ? +
Jonathan Buttigieg ne se voyait pas lancer WP Rocket seul, non pas pour des raisons de philosophie startup, mais pour des raisons concrètes : il avait besoin d'un profil SEO (Jean-Baptiste Marchant) pour l'acquisition client et d'un développeur WordPress spécialisé en sécurité (Julio Patier) pour la robustesse du produit. Cela dit, il reconnaît lui-même que des projets lancés par des associés qui ne se connaissaient que d'internet ont aussi très bien fonctionné. Pas de règle absolue.
Comment augmenter le prix d'un plugin WordPress sans perdre ses clients ? +
La hausse tarifaire de WP Rocket a été préparée avec des tableaux prévisionnels, des scénarios de taux de renouvellement et des rapports post-implémentation. Résultat : +25% de revenus sur les renouvellements sans baisse notable du volume de clients. La clé - avoir quelqu'un capable de mesurer l'impact avant, pendant et après le changement, pas juste d'exécuter la décision.
Créer un plugin WordPress : quel modèle économique choisir ? +
WP Rocket a opté pour un modèle licence annuelle : le code est open source (GPL, disponible sur GitHub), mais les utilisateurs paient pour un an de support et de mises à jour. Ce modèle génère du récurrent et s'éloigne des offres 'lifetime' (paiement unique, support illimité) qui se sont révélées non rentables sur la durée pour la quasi-totalité des éditeurs de plugins.
Comment faire du support efficacement quand on crée un plugin WordPress ? +
Jonathan Buttigieg conseille de faire du support soi-même au démarrage - c'est le lien direct entre le produit et le client. Il continue d'ailleurs à prendre quelques tickets pour rester en contact avec les problématiques réelles des utilisateurs. Pour réduire le volume à mesure que la base grandit : investir dans la documentation et les tutoriels vidéo (WP Media a mis 15 000 dollars dans des vidéos professionnelles) pour répondre aux questions avant qu'elles ne deviennent des tickets.

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