créateur de contenu youtube

Spinoza est putaclic – avec Le Précepteur

Épisode diffusé le 6 avril 2021 par Marketing Mania

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Devenir créateur de contenu youtube avec un format audio de 40 minutes, sans facecam, sans montage dynamique, sur Spinoza ou Platon – et faire 15 millions de vues. Charles Robin, alias Le Précepteur, a réussi ce truc que personne n’aurait misé dessus. En un an, il est passé de 38 000 à plus de 290 000 abonnés. Pas grâce à une stratégie de croissance optimisée. Pas grâce à des thumbnails chocs. Grâce à un micro, des bouquins, et une voix qui parle lentement dans le noir.

Ce qui m’intéresse dans son parcours, c’est pas le chiffre. C’est ce qu’il a refusé de faire quand les chiffres ont commencé à grimper. Beaucoup de gens dans sa position auraient sorti une formation, lancé un funnel, embauché un monteur. Charles a dit non – enfin, il a essayé, puis il a dit non. Et cette décision-là, elle dit quelque chose sur ce que c’est vraiment d’être créateur de contenu youtube aujourd’hui.

Stan Leloup l’a reçu dans le podcast Marketing Mania. Ce qui suit, c’est ma lecture de cette conversation – avec les questions qu’elle pose et celles qu’elle laisse sans réponse.

Exploser sur YouTube sans comprendre pourquoi : le paradoxe du créateur de contenu youtube

Charles Robin est prof particulier. Pas YouTubeur de métier – prof particulier, avec des élèves, des horaires, une vraie vie de prestataire de service. Il lance Le Précepteur il y a trois ans comme une chaîne de pédagogie. Pas de philosophie. Pédagogie.

Et puis quelque chose se passe. Le confinement arrive. Les gens se retrouvent seuls avec leurs questions existentielles. Et ses vidéos de philo – les fameux ‘formats Charles Robin’, des podcasts audio de 30 à 45 minutes sur un philosophe – commencent à faire des chiffres que lui-même n’explique pas bien.

J’ai eu le sentiment que la situation m’échappait. Alors c’est très paradoxal parce que le succès c’est plutôt la preuve que qu’on fait bien les choses… mais c’est vrai que j’ai eu le sentiment que la situation m’échappait.

Ce flottement-là, je l’ai entendu chez d’autres créateurs. Mais Charles le formule avec une honnêteté rare.

Il nuance quand même sur le rôle du confinement. Tous les YouTubeurs n’ont pas explosé pendant le confinement – loin de là. Ce qui a joué dans son cas, c’est le croisement entre un moment de questionnement collectif et un format particulièrement adapté à l’introspection. Un format lent. Méditatif, dit-il. (Et ça, dans un univers YouTube où la règle non écrite c’est de couper toutes les respirations au montage, c’est presque une position militante.)

Le vrai paradoxe du créateur de contenu youtube qui explose malgré lui, c’est qu’il se retrouve face à une question pour laquelle il n’a pas préparé de réponse : maintenant que les gens sont là, qu’est-ce qu’on en fait ?

L’audio sans image qui cartonne : quand le format brise toutes les règles

Une image fixe. Une voix. Quarante minutes. Pas de B-roll, pas de sous-titres animés, pas de jump cuts. Le format audio de Le Précepteur est objectivement tout ce qu’on dit de ne pas faire sur YouTube en 2021.

Et pourtant certaines vidéos dépassent le million de vues.

Charles explique la genèse de ce format avec une simplicité désarmante. Il le faisait déjà sur sa première chaîne – qui s’appelait simplement ‘Charles Robin’ et qui compte aujourd’hui environ 60 000 abonnés. Des vidéos de philosophie, enregistrées sans protocole particulier. La question de comment grandir sur YouTube en partant d’un contenu de niche s’est posée pour lui très différemment : ce sont ses abonnés qui lui ont demandé de continuer.

Les gens me disaient ‘Ah on aimait bien les formats Charles Robin’. Les formats Charles Robin, c’était les formats audio où je parlais d’un philosophe pendant 30 ou 40 minutes.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais derrière ce format ‘simple’, il y a un travail de script, de construction argumentaire, de narration orale qui s’apparente davantage à la préparation d’un cours magistral qu’à la production d’une vidéo YouTube standard.

Ce que j’aurais voulu qu’on creuse davantage dans l’interview – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise – c’est le processus exact de préparation. Charles mentionne ‘tout un tas de travail et de techniques’ qui rendent le résultat naturel. Mais on n’entre pas vraiment dedans. Dommage.

Ce format répond à quelque chose de réel dans notre rapport à la consommation de contenu. On passe nos journées à scroller, à cliquer, à zapper. Un audio de 40 minutes sur Spinoza, ça force à s’arrêter. Ça demande quelque chose au spectateur. Et paradoxalement, c’est peut-être ça qui crée l’attachement.

De prof particulier à créateur de contenu youtube à plein temps : la transition que personne ne voit

Dix ans de manutention, en parallèle de ses études. Puis prof particulier, comme métier – pas comme job étudiant. Charles insiste là-dessus. Et il a raison d’insister.

Il y a une phrase qu’il dit et qui m’a arrêté :

Mon outil de travail bah c’est mon micro, c’est mes bouquins et le fait de pouvoir consacrer du temps à ça, je m’estime le plus heureux des hommes.

Voilà. C’est aussi simple que ça.

La transition vers le créateur de contenu youtube à plein temps, il l’a annoncée dans une vidéo FAQ. À partir de septembre 2021, les cours s’arrêtent – ou presque. Deux ou trois élèves gardés pour maintenir le contact humain. Et le reste du temps pour lire, préparer, enregistrer.

Ce qui est intéressant dans sa réflexion sur la solitude du créateur, c’est qu’il ne la romantise pas. Il dit clairement que ça demande une ‘psychologie du solitaire’ et qu’il ne sait pas encore si la sienne tiendra sur la durée. (Ce qui est honnête. La plupart des créateurs qui passent full-time ne parlent que de liberté et d’épanouissement – rarement des coups de mou du mercredi après-midi quand personne ne répond sur Slack.)

Il pointe aussi quelque chose que Stan confirme de son côté : les cours particuliers apportent une forme de feedback immédiat, d’utilité visible, qu’aucun compteur de vues ne peut reproduire. La question de comment travailler seul chez soi sans perdre pied, d’autres créateurs se la posent aussi – avec des réponses très différentes.

La formation abandonnée : le créateur de contenu youtube qui refuse d’être infopreneur

C’est là que l’interview devient vraiment intéressante.

Charles avait tout pour lancer un business de formation en ligne. Une audience engagée. Un sujet avec de la valeur perçue. Des gens qui lui demandaient activement d’aller plus loin. Il a lancé des stages vidéo – préparation au bac de français, quelques heures en ligne, tarif accessible. Et ça a marché. Financièrement.

Il a arrêté quand même.

Je me suis rendu compte que c’était un métier à part entière, c’est-à-dire de vendre des stages vidéos ça nécessite des connaissances en marketing que j’ai acquise… je me suis rendu compte que j’étais pas fait pour ça.

C’est exactement le problème que Stan décrit de l’intérieur – lui qui a construit toute une équipe autour de son business de formation et qui admet passer ‘un tiers de son temps’ sur les vidéos, le reste sur la machine.

Mais attention – la raison profonde de Charles, elle est pas seulement pratique. Il parle de ‘blocage psychologique’, d’une éducation où l’argent est perçu comme une chose suspecte. Il parle de ne pas vouloir ‘donner une couleur commerciale’ à ses productions. C’est une posture éthique, pas juste une question de compétences.

Et c’est là que ça coince, ou plutôt que ça devient une vraie question pour n’importe quel créateur de contenu youtube : est-ce que tu peux vivre de ton contenu sans te transformer en marchand ? Sa réponse, pour l’instant, c’est : pub Adsense + dons de la communauté via Tipeee et la fonction Join de YouTube. Pas de funnel. Pas d’email marketing. Pas de relance panier.

Comment monter un business sur YouTube sans se perdre dans la machine commerciale – c’est une tension que beaucoup de créateurs connaissent, mais peu formulent aussi clairement que Charles.

Le dilemme de la monétisation : quand les dons remplacent les funnels

38 000 abonnés en mars 2020. 292 000 un an plus tard. Et comme principale source de revenus : la pub et les dons.

C’est contracyclique. Presque contre-intuitif pour quelqu’un qui a passé du temps à regarder des vidéos de marketing digital.

Stan le dit honnêtement : d’un point de vue financier, arrêter les formations c’était probablement laisser de l’argent sur la table. La pub Adsense, c’est instable – quelques fractions de centimes par vue, soumis aux variations des CPM, aux fluctuations du marché publicitaire. Les dons, c’est par définition volontaire et imprévisible.

Mais Charles fait un calcul différent. Le calcul du créateur de contenu youtube qui préfère être pauvre et libre plutôt que riche et débordé. (C’est peut-être romantique. C’est peut-être aussi très sage – à 41 ans, on commence à voir des gens faire le chemin inverse et en souffrir.)

Il évoque quand même deux projets futurs : des cours de philosophie collectifs en live, avec les enregistrements vendus ensuite. Et un livre. Pas une formation. Un livre. La question du positionnement comme créateur – ce qu’on accepte de vendre et ce qu’on refuse – elle est au cœur de ce que Charles construit.

Il met d’ailleurs en téléchargement gratuit son premier essai philosophique ‘Tous philosophes ?’ sur son site. Pour prouver qu’il sait écrire avant de vendre. C’est une forme de marketing inversé que peu de créateurs font – montrer d’abord, vendre ensuite, sans urgence artificielle.

Ce que le Précepteur révèle sur la tension entre créer et commercialiser

Beaucoup de créateurs de contenu youtube arrivent à un carrefour similaire. La chaîne marche. Les gens sont là. Et la question se pose : est-ce qu’on construit une machine derrière, ou est-ce qu’on reste artisan ?

Stan a fait le choix de la machine – et il le dit sans honte, avec une lucidité sur les compromis que ça implique. Charles a fait le choix de l’artisan – et lui aussi le dit sans honte, avec une lucidité sur les risques financiers que ça comporte.

Ce qui est rare, c’est que les deux se parlent sans que l’un essaie de convaincre l’autre. D’autres profils de créateurs ont fait des choix différents encore, en multipliant les projets en parallèle. Chaque trajectoire dit quelque chose sur ce que le créateur veut vraiment – pas sur ce qui est ‘optimal’.

Ce que Charles dit sur le rapport de l’audience à la commercialisation d’une chaîne, c’est quelque chose que j’entends souvent en France :

Il sait très bien qu’en France l’argent c’est tabou et que on peut vite passer pour un vendu…

C’est réel. Et c’est particulièrement aigu dans les niches culturelles, philosophiques, éducatives. Le public qui vient pour Spinoza n’est pas le même que celui qui vient pour ‘comment faire 10k par mois en dropshipping’. Et ce public-là, il surveille. Il attend la faute de goût commerciale.

La limite assumée du modèle de Charles, c’est sa dépendance aux revenus passifs et aux dons. Si YouTube change son algo, si l’engagement baisse, si les CPM s’effondrent – il n’a pas de filet. C’est le risque qu’il accepte consciemment pour garder son format intact. Ça peut paraître naïf. Mais ceux qui ont construit de gros médias YouTube savent aussi que la machine a ses propres contraintes – et qu’elle finit par vous ressembler de moins en moins.

Est-ce qu’il y a une troisième voie ? Probablement. Mais ni Stan ni Charles ne la dessinent clairement dans cet épisode. Et c’est peut-être ça, l’honnêteté du truc.

Questions fréquentes

Comment un créateur de contenu youtube peut-il vivre sans vendre de formations ? +
Charles Robin le fait via deux sources principales : la pub Adsense sur ses vidéos et les dons de sa communauté via Tipeee et la fonction Join de YouTube. Il a aussi une boutique de produits dérivés, mais c'est marginal. Ce modèle fonctionne à partir d'un certain volume de vues - il estime qu'on peut commencer à en vivre autour de 150 000 à 200 000 abonnés selon le rythme de publication. Le risque réel, c'est la dépendance à l'algorithme et aux CPM publicitaires, qui peuvent varier fortement.
Pourquoi le format audio sans image fonctionne-t-il sur YouTube ? +
Le Précepteur publie des audios de 30 à 45 minutes avec une image fixe et sa seule voix. Ce format fonctionne parce qu'il répond à un besoin de lenteur et de profondeur que peu de créateurs couvrent. L'audience qui vient pour la philosophie cherche quelque chose de différent du contenu rapide - et ce format crée un attachement fort. Certaines vidéos dépassent le million de vues.
À partir de combien d'abonnés peut-on vivre de sa chaîne YouTube ? +
Selon Charles Robin, le seuil se situe entre 100 000 et 200 000 abonnés selon le rythme de publication et le nombre de vues par vidéo. Le nombre d'abonnés seul ne dit rien - c'est le volume de vues qui détermine les revenus Adsense. Un créateur qui publie peu mais génère beaucoup de vues par vidéo peut vivre de sa chaîne avec moins d'abonnés qu'un créateur qui publie trop souvent et dilue son engagement.
Pourquoi un créateur de contenu youtube arrête-t-il de vendre des formations même quand ça marche ? +
C'est exactement ce qu'a fait Charles Robin. Ses stages vidéo fonctionnaient financièrement. Il a arrêté parce que la vente et le marketing représentent un métier à part entière qui demandait de son temps, de ses compétences et une forme de rapport à l'argent qu'il n'avait pas envie d'entretenir. Il parle d'un blocage psychologique lié à son éducation, mais aussi d'un choix délibéré de ne pas vouloir transformer sa chaîne en machine commerciale.
Comment Le Précepteur a-t-il fait pour passer de 38 000 à 290 000 abonnés en un an ? +
Plusieurs facteurs se sont combinés. Le confinement a poussé beaucoup de gens vers des contenus de réflexion et de philosophie. Charles avait un format audio méditatif, lent, qui correspondait à un besoin de ralentissement. Sa communauté lui demandait activement plus de vidéos de philosophie, ce qui a orienté sa production. Et il publiait régulièrement - une vidéo par semaine environ. Lui-même dit avoir eu le sentiment que la situation lui échappait partiellement.
Peut-on être créateur de contenu youtube sans stratégie marketing ? +
Charles Robin le prouve d'une certaine manière - il a volontairement évité de maximiser la monétisation et le marketing digital. Mais attention : son format s'est développé en écoutant sa communauté, en pivot progressif de la pédagogie vers la philosophie. Ce n'est pas l'absence de stratégie, c'est une stratégie centrée sur le contenu et l'authenticité plutôt que sur la conversion. La différence est importante.

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