chaînes youtube en parallèle

Faire décoller 3 chaînes YouTube en 2 ans – avec Yann Piette

Épisode diffusé le 14 avril 2020 par Marketing Mania

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Gérer des chaînes youtube en parallèle – trois d’un coup, sur des audiences différentes, avec du contenu quotidien – c’est le genre de truc qui fait tiquer n’importe quel créateur sensé. Yann Piette, coach en séduction et développement personnel depuis 2010, l’a pourtant fait. Et pas dans le vide : en partant littéralement de zéro après avoir quitté une activité qui cartonnait, une chaîne à 95 000 abonnés qu’il avait construite sous un alias pendant sept ans.

Ce qui est intéressant chez lui, c’est pas le chiffre – 104k, 85k, 50k abonnés sur ses trois nouvelles chaînes en à peine deux ans. C’est la mécanique derrière. La façon dont il pense la séparation des audiences, le switch cognitif entre les projets, et cette conviction un peu à contre-courant que la fréquence de publication n’est peut-être pas le truc le plus important.

Stan Leloup l’a reçu dans un épisode de Marketing Mania. Et la conversation part dans des directions que les articles SEO classiques sur ‘comment faire grandir sa chaîne YouTube’ ne couvrent jamais vraiment. Parce que Yann Piette n’est pas un théoricien. Il a construit, raté, recommencé – et il a des opinions claires sur pourquoi.

Pourquoi Yann Piette a tout lâché pour repartir de zéro

Consultant en SS2I à Paris. C’est là que commence l’histoire – dans un bureau, avec un salaire correct et un ennui profond. Un ami lui propose une opportunité dans le monde de la séduction, en 2010. Yann Piette accepte. Pas par passion pour le marketing. Parce qu’il passait déjà l’essentiel de son temps libre à perfectionner ses propres approches depuis ses 18-19 ans.

« J’avais des amis qui traînaient avec moi, qui faisaient le même sport que moi, et je voyais que ces mecs-là avaient beaucoup de succès. Moi je me disais : comment ils font ? Donc j’ai commencé à observer ces mecs-là et par mimétisme, je me suis mis dans leur roue. »

Dit comme ça, c’est presque banal. Sauf que ce passage – de timide frustré à quelqu’un qui comprend les dynamiques sociales – va devenir le cœur de son positionnement pendant des années.

Avec son associé, il lance une des premières chaînes de séduction sur YouTube en France. Le format : des caméras cachées. Une caméra à 200 balles de la Fnac, un micro à 50 euros scotché sous le col, une synchro faite à la main en post-prod. Pas de budget. Pas de plan marketing. Juste l’intuition que montrer concrètement – pas expliquer abstraitement – c’est ce qui accroche.

Ça marche immédiatement. Pas à l’échelle de Norman ou Cyprien, la thématique est trop niche pour ça. Mais 20 000, 30 000 vues sur les premières vidéos, avec des commentaires qui encouragent. La chaîne finit par atteindre 95 000 abonnés en sept ans – première position dans son domaine en France.

Et puis il arrête. Les raisons exactes restent floues dans l’interview – des contraintes contractuelles l’empêchent d’en dire plus. Mais en 2017-2018, il repart de zéro. Même domaine, même compétences, nouvelle identité. Trois chaînes cette fois. Sous son vrai nom.

La logique derrière les chaînes youtube en parallèle

La question que Stan Leloup lui pose – et que se pose n’importe qui en entendant ça – c’est : pourquoi trois ? Pourquoi ne pas concentrer toute l’énergie sur une seule chaîne et vraiment la pousser ?

La réponse de Yann Piette est plus stratégique qu’elle n’y paraît.

« Tu ne sais pas ce qui va le mieux marcher. Si je réfléchis en tant qu’entrepreneur, je me dis : au lieu de faire un seul projet et de traiter tous ces trucs sous le même toit, je vais lancer trois projets différents et on verra bien ce qui va marcher le plus. »

C’est exactement le problème que personne ne formule clairement. Gérer des chaînes youtube en parallèle, c’est pas de la dispersion – c’est une forme de diversification du risque. Comme un fonds qui n’investit pas tout sur une seule ligne.

Mais il y a une deuxième raison, plus technique. YouTube punit la mixité des audiences sur une même chaîne. Yann Piette l’a appris à ses dépens dans sa première société : quand tu parles à deux audiences différentes sur le même canal, tu crées des frictions. Un abonné qui te suit pour les vidéos de séduction masculine va se barrer si tu commences à publier du contenu pour un public féminin. Et surtout, l’algorithme ne sait plus quoi faire de toi.

Ses trois chaînes au moment de l’interview : Les Bicheurs (séduction masculine, contenu produit par une équipe), Yann Piette (intelligence sociale et développement personnel, sa chaîne principale), et L’homme Expliqué (rencontres et relations pour un public féminin, lancée en août-septembre 2018, la plus jeune mais avec la croissance la plus forte).

Si tu veux aller plus loin sur la mécanique YouTube – notamment pourquoi la cohérence thématique est plus importante que la fréquence pour l’algorithme – la stratégie contre-intuitive de Stan Leloup sur YouTube couvre exactement ce sujet.

Le switch cognitif : ce que personne ne dit sur la gestion multi-projets

Trois chaînes, ça veut dire trois tons différents, trois vocabulaires, trois façons d’aborder les mêmes sujets de fond. Parler à des hommes qui veulent améliorer leur vie amoureuse, ce n’est pas la même chose que parler à des femmes qui essaient de comprendre comment les hommes fonctionnent. Les métaphores changent. Les exemples changent. La posture change.

Yann Piette a une métaphore pour décrire ça :

« C’est comme si tu parlais à un pote et après tu parlais à un autre pote. Tu as un comportement avec ce pote-là, tu le connais depuis 15 ans. Puis cet autre pote, tu le connais moins, tu t’es rencontré il y a 2 ans, 3 ans. Tu as pas les mêmes codes verbaux. C’est vrai qu’il y a un petit côté un peu schizophrène. »

Honnêtement, c’est la meilleure formulation que j’aie entendue pour décrire le coût mental du multi-projet.

Sa solution concrète : des plages de travail longues par thématique. Pas de switch dans la même journée. Il passe trois ou quatre jours à travailler exclusivement avec son audience féminine, puis bascule. L’objectif, c’est de minimiser ce qu’il appelle le ‘temps de switch’ – ce moment où les neurones doivent se réagencer avant d’être vraiment fluides.

Et ce qui l’aide énormément dans ce travail, c’est le coaching. Une ou deux séances par jour, en face à face dans ses locaux parisiens ou par téléphone. Ça lui donne une personne réelle, des vraies problématiques, des formulations qui émergent spontanément dans l’improvisation et qu’il récupère ensuite pour ses vidéos.

« C’est en total improvisation et c’est là que tu as les meilleures idées. Tu vas utiliser une métaphore qui marche bien, tu vas avoir une façon d’expliquer un truc et tu vas dire : tiens, je le remets dans une vidéo. »

Voilà. Le coaching n’est pas juste une source de revenus – c’est son laboratoire de contenu. Ca, c’est une idée que peu de créateurs formulent aussi clairement.

La vérité sur la fréquence de publication – et pourquoi c’est plus compliqué que ça

Beaucoup de créateurs sur YouTube passent leur vie à culpabiliser sur la fréquence. Une vidéo par semaine minimum, sinon l’algorithme t’oublie. Stan Leloup lui-même admet dans l’interview qu’il ne sort parfois même pas une vidéo par mois sur sa chaîne principale.

Yann Piette a une vision plus nuancée – et franchement plus reposante si tu es en train de gérer des chaînes youtube en parallèle.

Il y a selon lui deux modèles qui marchent. Le premier : la fréquence pure, des contenus faciles à produire, type vlog quotidien avec un prestataire qui fait le montage. Le second : moins de vidéos, mais chaque vidéo est un mini-projet travaillé – écriture, montage, réflexion. Les deux fonctionnent. Ils ne sont juste pas compatibles entre eux.

Ce qui m’agace dans le discours dominant sur YouTube, c’est précisément ça – l’idée que la fréquence serait une variable indépendante qu’on peut juste ‘augmenter’ sans changer le reste du modèle. En réalité, le choix de ta cadence de publication détermine tout ton process de production.

Yann Piette, lui, travaille une vidéo à la fois. Un exemple concret qu’il donne : il a passé une journée entière sur une vidéo pour sa chaîne principale sur le thème ‘devenir inoubliable’. Une journée. Une vidéo. Puis il attend de voir comment elle se comporte avant de lancer la suivante.

Pas d’avance stockée. Pas de calendrier éditorial sur trois mois. Juste une idée claire dans la tête, une séance de coaching qui l’a fait mûrir, et une caméra.

Si la question de comment vendre sur YouTube sans poster tous les jours te travaille, tu verras que cette logique se retrouve chez d’autres créateurs qui ont construit des audiences solides sans se tuer au rythme.

Ce que les chiffres révèlent vraiment sur ce modèle

Les trois chaînes – lancées entre début 2018 et fin 2018 – affichent des trajectoires similaires malgré des dates de démarrage différentes. La chaîne féminine, L’homme Expliqué, lancée en retard par rapport aux deux autres, a en réalité une croissance plus forte au moment de l’interview. Environ 30 000 abonnés pour l’une, 60 000 pour chacune des deux autres – avec des dynamiques qui continuent.

Ce n’est pas anodin. Ca suggère que la thématique ‘comprendre les hommes pour les femmes’ était moins saturée que la séduction masculine. Ou que Yann Piette a mieux appliqué ses apprentissages sur ce troisième projet. Probablement les deux.

Mais il y a une limite que Yann Piette reconnaît lui-même. La monétisation et les tunnels de vente derrière ces trois chaînes – trois sites, trois audiences à chauffer, trois entonnoirs à construire – c’est une charge énorme. Là où il brille en création de contenu, il reconnaît ouvertement ses lacunes en marketing : il ne sait pas faire de publicité, n’a jamais vraiment pensé en termes de tunnel de vente, a laissé filer des opportunités sur Facebook à l’époque où la portée organique était encore massive.

Et c’est peut-être le truc le plus honnête de toute la conversation. Quelqu’un qui a construit une des plus grosses chaînes de sa niche en France qui dit clairement : ‘Je suis pas bon en marketing.’ (Ce qui est rare dans un secteur où tout le monde se présente comme un expert de tout.)

La question que ça pose – et que Yann Piette ne résout pas vraiment dans l’interview – c’est comment on aligne une machine de contenu aussi productive avec une infrastructure commerciale à la hauteur. Pour des créateurs qui se lancent dans la passion economy, c’est souvent là que le modèle accroche.

La caméra cachée comme format fondateur – et ce qu’elle dit sur la stratégie de contenu

Revenons en 2010. Une caméra à 200 euros, un micro à 50 euros scotché au col. Pas de HF, pas de synchro propre. Et des vidéos qui atteignent 20 000-30 000 vues immédiatement.

Le format caméra cachée, Yann Piette en a produit entre 300 et 400 sur l’ensemble de sa carrière – certaines gratuites sur YouTube, d’autres intégrées dans des formations payantes. C’est lui qui a popularisé ce format dans le domaine de la séduction francophone. Et il explique très bien pourquoi ça marche : le même effet que les documentaires d’investigation. ‘Ça a toujours une saveur particulière’, dit-il. Parce que tu vois quelqu’un faire, pas juste expliquer.

Ce qu’il tire de cette expérience pour aujourd’hui : il est fondamentalement un créateur de contenu par improvisation. Les vidéos où il doit lire un script ou suivre un plan rigide – il est mauvais. Les vidéos où il a l’idée claire dans la tête et parle directement à la caméra comme à une personne – il est excellent.

C’est une connaissance de soi que beaucoup de créateurs mettent des années à acquérir. Et c’est aussi pour ça que le coaching quotidien est au cœur de son modèle : il ne produit pas du contenu à partir de recherches Google ou de briefs éditoriaux. Il produit du contenu à partir de conversations réelles.

Pour ceux qui se posent la question du format – est-ce que YouTube ou le podcast est le bon canal pour un business de coaching – la trajectoire de Yann Piette est un cas d’école : YouTube lui donne de la preuve sociale visible, le coaching lui donne la matière première du contenu. Les deux se nourrissent.

La phase de décollage et ce qu’elle coûte vraiment

Il y a une image qu’il utilise et qui reste. L’avion qui décolle consomme le plus de kérosène au moment où il quitte le sol – pas en croisière. Yann Piette dit qu’il est en phase de décollage depuis début 2018. Que c’est la phase où il faut ‘charbon’ – et que oui, ça pèse, mais pas de la façon dont on imagine.

Ca ne lui pèse pas parce qu’il adore faire ça. Clairement dit, simplement dit.

Ce que ça cache, par contre, c’est que le modèle des chaînes youtube en parallèle n’est pas duplicable sans une vraie réflexion sur son propre mode de fonctionnement cognitif. Stan Leloup le dit ouvertement dans l’échange : lui, il a besoin de monobloc. Plusieurs semaines sur un seul projet, puis passage au suivant. Yann Piette fonctionne en alternance de plages thématiques. Deux cerveaux, deux organisations complètement différentes, deux manières valides de gérer la complexité.

La question que l’interview laisse ouverte – et c’est là que c’est honnête – c’est quand est-ce que la phase de croisière commence vraiment. Quand est-ce que les chaînes ‘volent toutes seules’. Yann Piette n’a pas la réponse à ce moment-là. Il suppose que ça viendra. Mais il n’est pas arrivé à un endroit où il peut réduire l’effort de manière significative.

Ce qui devrait calmer les ardeurs de ceux qui regardent les chiffres de loin et croient que gérer des chaînes youtube en parallèle avec 150 000 abonnés au total, c’est du pilotage automatique. C’est pas le cas – et Yann Piette est assez honnête pour le dire.

Pour un créateur de contenu solo qui cherche à vendre sans s’épuiser à créer du contenu en continu, le modèle de Yann Piette n’est pas forcément le bon exemple à suivre – du moins pas immédiatement. Il fonctionne parce qu’il a des années de pratique derrière lui, une connaissance très fine de ses audiences, et une infrastructure de coaching qui alimente le contenu. Enlève un de ces trois piliers, et l’édifice vacille.

Mais ça, c’est une autre conversation.

Questions fréquentes

Comment gérer plusieurs chaînes YouTube en parallèle sans s'épuiser ? +
Yann Piette recommande de travailler par plages thématiques longues - plusieurs jours consécutifs sur une seule chaîne avant de switcher - plutôt que de passer d'une chaîne à l'autre dans la même journée. Le coût cognitif du switch est réel et sous-estimé. Il conseille aussi de s'appuyer sur des activités de terrain (coaching, échanges clients) pour générer du contenu de manière organique plutôt que de tout construire à partir de zéro.
Est-ce qu'on peut vraiment avoir des chaînes youtube en parallèle sur le même sujet ? +
Oui, à condition de bien séparer les audiences. Parler à des hommes et parler à des femmes sur les relations, même si les sujets se croisent, ce sont deux chaînes distinctes. Mixer les deux sur un seul canal crée des frictions chez les abonnés et perturbe l'algorithme qui ne sait plus à qui recommander le contenu.
Quelle fréquence de publication pour faire grandir une chaîne YouTube ? +
Il n'y a pas de réponse universelle. Yann Piette défend deux modèles valables : la fréquence pure avec des formats légers à produire, ou la qualité espacée avec des vidéos très travaillées. Les deux fonctionnent. Ce qui ne fonctionne pas, c'est d'essayer de faire les deux en même temps sans adapter son process de production.
Faut-il être bon en marketing pour réussir sur YouTube ? +
Yann Piette dit explicitement qu'il n'est pas bon en marketing - pas de publicité payante, pas de tunnel de vente structuré - et pourtant il a construit des chaînes avec des centaines de milliers d'abonnés. Sa force, c'est la création de contenu pure. Ça ne veut pas dire que le marketing ne sert à rien, mais que la maîtrise du contenu peut compenser beaucoup de lacunes en distribution au moins dans une phase de démarrage.
Comment trouver des idées de contenu quand on gère plusieurs chaînes YouTube ? +
La méthode de Yann Piette : le coaching quotidien. En faisant une ou deux séances par jour avec des clients réels, il récupère des métaphores, des formulations, des questions récurrentes qu'il réutilise ensuite dans ses vidéos. Le terrain génère le contenu - pas l'inverse.
Pourquoi créer plusieurs chaînes YouTube plutôt qu'une seule grande chaîne ? +
Deux raisons principales. La première, entrepreneuriale : diversifier les risques en lançant plusieurs projets simultanément pour voir lequel prend le mieux. La seconde, algorithmique : YouTube favorise la cohérence thématique. Une chaîne qui parle à une audience précise sur un sujet précis sera mieux recommandée qu'une chaîne qui mélange les genres.

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