La question affiliation vs dropshipping revient en boucle dans les forums SEO français – et la plupart des gens qui en débattent n’ont jamais vraiment gagné leur vie avec l’un ou l’autre. David BlackHat, lui, a vécu une année entière à Malte sans allumer son ordinateur une seule fois, pendant que sa machine d’affiliation tournait seule. Puis il s’est fait éjecter de sa propre boîte par ses associés. Et il a rebondi en lançant 15 000 sites de dropshipping. Pas 15, pas 150. Quinze mille.
Ce que j’ai trouvé intéressant dans l’épisode 3 du podcast Les Makers, c’est que David ne répond pas à la question comme tout le monde. Il ne dit pas ‘affiliation c’est mieux’ ou ‘dropshipping c’est l’avenir’. Il dit : c’est juste deux façons différentes de monétiser du trafic. Et cette distinction-là, elle change tout.
Alors pourquoi il veut revenir à l’affiliation malgré tout ? Et pourquoi la plupart des SEO français passent à côté d’une opportunité massive, selon lui ? On va creuser ça.
15 000 sites : comment on en arrive là
David s’appelle David, vit en France mais a traîné ses valises à Malte, Dubaï, en Italie, en Irlande. Son truc – enfin, ce qui le caractérise selon ses propres mots – c’est de lancer des sites à une échelle qui donne le vertige. 15 000 sites de dropshipping actuellement. Objectif 100 000 avant la fin du premier semestre de l’année suivante. Ces chiffres-là méritent qu’on s’arrête deux secondes.
Sa méthode repose sur deux approches. La première : partir d’un site généraliste existant – il cite meilleurtest.fr ou Idealo – récupérer toutes les catégories via le sitemap, puis scraper automatiquement les SERP dans tous les pays pour chaque catégorie traduite.
« Je vais sur le sitemap, je récupère toutes les catégories. J’ai je sais pas 4000 catégories. Et après automatiquement je lance une requête traduite du nom de cette catégorie dans Google, dans tous les pays et je vais scraper les serp et ça me donne je sais pas 20 000 sites positionnés sur ces mots clés. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Ça l’est probablement – si tu sais coder et que tu as un peu de recul sur ce que Google indexe vraiment.
La deuxième méthode : les footprints. Tu cherches des patterns récurrents dans les SERP – le footer ‘Created by GeneratePress’, des expressions comme ‘test avis guide d’achat’ entre guillemets – et tu aspires tous les sites qui correspondent. C’est du gros bourrin, il le dit lui-même, mais c’est efficace pour identifier des niches et des structures à dupliquer. En dropshipping, il applique la même logique en cherchant des sites issus de formations (les élèves copient souvent bêtement le même template), puis il remonte vers les généralistes de la niche pour trouver les mots clés à couvrir.
Pour la partie édition de site à grande échelle, Kevin Jourdan avait déjà évoqué cette philosophie dans l’épisode 1 – mais David l’industrialise à un niveau clairement différent.
Pourquoi il veut quitter le dropshipping alors qu’il est au sommet
Voilà le paradoxe central de cet épisode. David gère 15 000 sites de dropshipping, vise les 100 000, et en même temps il dit clairement qu’il veut revenir à l’affiliation. Pourquoi ?
« J’ai vécu un an à Malte, une très belle maison à côté de la mer. Et j’ai pas allumé mon ordi une seule journée pendant cette année-là. J’avais un dev qui lui avait un ordi qui tournait. Et on foutait rien. Et c’était une rente. Là en dropshipping tous les jours j’ai envie de sauter par la fenêtre. »
Voilà. L’affiliation bien montée, c’est du passif. Le dropshipping, même automatisé, c’est de la logistique permanente : service après-vente, processeurs de paiement, fournisseurs chinois, retours. David délègue massivement – il garde 15% de son opération dropshipping, exactement comme il ne gardait que 12,5% de son ancienne boîte d’affiliation. Mais même à 15%, il doit quand même penser à tout ça.
Et il y a un autre problème, plus structurel : le dropshipping SEO rapporte peu. Très peu par site. Ceux qui font de gros chiffres, selon David, sont soit dans la contrefaçon (il cite les mangas), soit dans des trucs clairement borderline. Pour les autres, la marge est serrée – et la gamme de mots clés disponibles est contrainte par ce qu’on peut physiquement expédier depuis la Chine.
affiliation vs dropshipping : la vraie différence que personne ne formule clairement
C’est là que la conversation devient vraiment utile. Dans le débat affiliation vs dropshipping, tout le monde se dit que le dropshipping devrait rapporter plus parce qu’on garde la marge produit. Logique, non ? Pas si vite.
David prend l’exemple du bonnet docker. En dropshipping, tu peux vendre un bonnet docker – produit léger, pas dangereux, facile à expédier depuis la Chine. Mais l’affiliation sur un bonnet à 13 euros sur Amazon, avec les commissions Amazon qui sont ‘vraiment horribles’ selon lui, ça n’a aucun intérêt non plus. Jusqu’ici égalité.
Mais en affiliation, tu peux couvrir la musculation au sens large. Banc de musculation, gilets lestés, haltères, barres de traction. Ces produits-là, tu ne peux pas les faire livrer depuis la Chine à un coût qui tient la route – trop lourds, trop encombrants, marge impossible. Du coup, en dropshipping, tu restes coincé sur l’élastique de fitness et ses déclinaisons (élastique yoga, élastique squat, élastique pour développé couché…). Tu manques tous les mots clés intéressants de la niche.
« En dropshipping tu es obligé d’être très très très niché et tu rates tout un tas de mots clés qui peuvent être super intéressants, même juste pour ton maillage interne. »
C’est exactement le problème. Et c’est une nuance que j’aurais voulu qu’on me dise il y a quelques années quand j’écrivais sur ces sujets – parce qu’elle est rarement formulée aussi clairement dans les contenus SEO francophones. Pour comprendre les bases du modèle, un article sur ce qu’est vraiment l’affiliation reste utile si tu pars de zéro.
L’avantage du dropshipping, en revanche, c’est la rapidité d’indexation. Un site de 600-700 produits s’indexe en une semaine via une API d’indexation. Et ça ranke avec très peu de backlinks – ’20 backlinks claqués’ suffit selon David. C’est quasiment instantané comparé à de l’affiliation éditoriale. Mais après, il faut assumer les ventes.
Ce que les SEO français ratent – et comment l’Italie de 2022 ressemble à la France de 2013
60 000 euros. 700 euros. Ce sont les deux chiffres qui résument la frustration de David face aux SEO français qu’il croise au téléphone. Des mecs techniquement incroyables, qui font des trucs impressionnants en sémantique ou en automatisation – et qui gagnent 700 euros par mois avec leur site d’affiliation.
Sa prescription est tranchée : arrêtez de regarder les mots clés français. Arrêtez de vous battre sur CBD ou les tronçonneuses thermiques parce que le concurrent s’y est posé. Regardez l’Italie, l’Espagne, le Portugal – et encore plus loin, la Grèce, la Turquie, la République Tchèque.
« En France, on est peut-être au SEO US de 2016. Mais l’Italie ils sont en 2013 par rapport à la France. Donc par rapport aux US, je sais même pas. Et la République Tchèque ou la Grèce ou la Turquie, ils sont avant Penguin et Panda quoi. »
Avant Penguin et Panda. Ça veut dire : des marchés où les techniques black hat des années 2010 fonctionnent encore sans résistance. Des marchés où ranker est ‘d’une simplicité sans nom’ selon ses mots. Et la plupart des SEO francophones ne les regardent même pas – parce qu’ils ont les yeux rivés sur leurs concurrents directs en France.
Le conseil pratique qui suit est radical : lance ton site dans 10 pays d’abord. Trouve l’affiliation une fois que c’est indexé. Pas l’inverse. (Ce qui implique de ne pas être obnubilé par la monétisation dès le départ – un renversement mental assez contre-intuitif pour quelqu’un qui découvre ces business models.)
SEO comme canal, pas comme business model : la distinction qui change tout
Un point que les deux interlocuteurs martèlent – et qui mérite d’être sorti du podcast pour en faire quelque chose d’actionnable : le SEO n’est pas un business model. C’est un canal d’acquisition de trafic parmi d’autres.
En France, la communauté SEO est techniquement très forte. David le reconnaît volontiers, et c’est pas un compliment de façade. Mais cette force technique crée un angle mort : on traite le SEO comme une fin en soi, pas comme un outil au service d’une monétisation. Du coup tu as des experts capables de ranker n’importe quoi, qui gagnent 700 euros par mois parce qu’ils n’ont pas pensé à la chaîne complète.
Aux États-Unis – et dans une moindre mesure en Australie – la vision est différente. Le SEO est un élément parmi d’autres : ads Facebook, TikTok, YouTube, email, produits info. Et les gros sites comme Wirecutter (racheté par le New York Times) ou lifehack.org ont construit des actifs – une email list, une communauté, des infoproduits – qui changent radicalement leur multiple de valorisation quand ils se revendent.
Un site de niche affiliation se revend à un multiple de son EBITDA mensuel. Une marque avec une communauté, des ebooks, des listes email se revend ‘des millions’, selon David. C’est pas le même jeu. Et pour voir ce que ça donne concrètement en termes de stratégie marketing digitale pour un e-commerce, certains cas étudiés dans d’autres épisodes donnent une idée des leviers disponibles.
Il y a une limite à tout ça, et David l’assume : le dropshipping SEO à grande échelle, la multiplication des sites dans 10 pays, l’automatisation poussée – tout ça nécessite des compétences techniques sérieuses. Ce n’est pas une recette pour un débutant qui lance son premier site. La question des ruptures de stock et de la gestion des ventes en e-commerce ajoute une couche de complexité que l’affiliation pure n’a tout simplement pas.
Ce qu’on retient quand on sort du podcast
Trois choses, en vrac.
D’abord : affiliation vs dropshipping, c’est une fausse opposition si on ne définit pas d’abord ce qu’on veut comme style de vie. David a choisi le dropshipping par défaut – après s’être fait éjecter de sa boîte d’affiliation – et il veut en sortir. Ce n’est pas une question de rentabilité pure, c’est une question de charge mentale quotidienne.
Ensuite, le vrai sujet dans la question affiliation vs dropshipping n’est pas ‘lequel rapporte plus’ mais ‘sur quels mots clés tu peux te positionner’. Et là, l’affiliation gagne clairement pour tout ce qui est produit lourd, cher, ou à forte commission. Le dropshipping gagne sur la rapidité d’indexation et les marchés e-commerce de niche très précis.
Et enfin – le truc que j’ai trouvé le plus sous-estimé dans cet épisode – la question géographique. Regarder uniquement le marché français en 2022 en matière de SEO affiliation, c’est comme jouer à un jeu vidéo en mode expert alors qu’il y a d’autres maps disponibles en mode facile. L’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce. Des marchés entiers qui attendent.
Mais bon – ça demande de parler la langue, ou au moins de gérer des contenus générés dans ces langues. Et là c’est une autre conversation.




