Les tendances marketing digital de 2022 n’ont pas attendu janvier pour se mettre en place. Certaines couvaient depuis 2020, d’autres ont explosé en quelques semaines – comme Clubhouse, qui a fait rêver tout le secteur avant de disparaître des conversations en moins d’un an. Danilo Duchesnes, consultant en publicité digitale et créateur du podcast Le Rendez-vous Marketing, en a recensé dix-sept dans son article annuel. Ici, on en décortique dix. Les plus croustillantes, dit-il. Je dirais plutôt : les plus révélatrices de ce qui se fracture dans le paysage du marketing en ligne.
Pas de résumé propre. Pas de liste à cocher. Plutôt un passage en revue honnête de ce qui change vraiment – et pourquoi ça devrait vous inquiéter autant que ça devrait vous exciter.
TikTok et les tendances marketing digital : le tournant DTC
34 % des utilisateurs TikTok ont entre 16 et 24 ans. Jusque-là, rien de surprenant. Mais 32 % ont entre 25 et 34 ans. C’est le chiffre que personne ne cite quand on parle de TikTok comme d’un réseau pour ados qui dansent.
Danilo Duchesnes le formule bien :
Il y a 2 ans, on pouvait se dire que c’est une application qui était uniquement pour les adolescents, qui aiment danser, qui aiment chanter, qui a pas vraiment beaucoup de business à faire sur cette plateforme. En 2021, on a un peu changé d’avis.
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais ce changement d’avis a pris du temps à se traduire en budget réel.
Deux marques ont compris le truc avant les autres. Gymshark – marque britannique de vêtements de sport, 3,5 millions d’abonnés TikTok – a une stratégie que j’aurais qualifiée de paresseuse si elle n’était pas aussi efficace : republier le contenu généré par leurs fans. Hashtags de marque, challenges, entraînements filmés par des clients. Zéro production interne ou presque. Et ça marche.
Merci Handy, de son côté, fait quelque chose de plus intelligent encore : ils ont une stratégie différente selon le réseau. Instagram, c’est orienté produit, image de marque soignée. TikTok, c’est les coulisses, l’humour décalé, les lancements vus de l’intérieur. Même marque, deux tons. C’est rare dans le secteur – et c’est exactement ce qu’il faut faire. Pour aller plus loin sur la question de la stratégie digitale multicanal, l’épisode avec Déborah Cohen reste une référence solide.
Le commerce social : quand l’acte d’achat glisse dans le feed
L’expression « expérience sans friction » est devenue un cliché de présentation marketing. Mais dans le cas du commerce social, elle décrit quelque chose de réel.
L’idée : vous scrollez Instagram, vous avez un coup de cœur sur un produit, vous cliquez, vous achetez – sans jamais quitter l’application. Facebook Shops, Instagram Shopping, l’onglet boutique… l’infrastructure est déjà là. Aux États-Unis, on peut acheter directement sur la plateforme. En Europe à l’époque de cet épisode, on y était presque.
Mais la vraie nouveauté, c’est le live shopping. Danilo en parle comme d’un retour du téléachat :
Le live shopping ça reprend les grands principes du téléachat en permettant cette fois-ci aux utilisateurs de visualiser les produits en vidéo, voir les intervenants les tester et donner leurs caractéristiques.
Voilà. Le téléachat avait disparu des radars pendant quinze ans, et le voilà qui revient avec un influenceur à la place de l’animateur et un bouton d’achat intégré. Le cabinet Frost and Sullivan estimait le chiffre d’affaires global du live shopping à 413 milliards de dollars d’ici 2022. Je ne sais pas si l’objectif a été atteint, mais la direction est claire.
Ce qui m’agace un peu dans cette tendance, c’est qu’on la présente toujours comme révolutionnaire alors que c’est du commerce de l’urgence et du désir – un format vieux comme la télévision – simplement redistribué sur de nouveaux tuyaux.
Les communautés : la tendance que tout le monde annonce sans vraiment la construire
Créer du contenu, tout le monde le fait. C’est devenu le minimum syndical. Ce qui distingue les créateurs et les marques qui cartonnent, c’est la communauté – cette capacité à transformer des abonnés passifs en gens qui répondent, qui commentent, qui défendent la marque dans les DM.
Danilo cite plusieurs formes que ça peut prendre :
- Les groupes Facebook avec une thématique forte (comme le groupe « Facebook Ads pour francophones » de J7 Media)
- Les newsletters participatives, à l’image de Snowball de Yohan Lopez, où les abonnés payants co-construisent le contenu
- Les communautés Discord ou Slack, gratuites ou payantes
Sur LinkedIn, il observe quelque chose d’intéressant : les créateurs avec le plus de traction ont toujours les mêmes personnes dans leurs commentaires. C’est pas du reach, c’est de la fidélité. Nuance énorme.
Et puis il y a le métavers – Danilo le mentionne, prudemment. Les communautés vont se reconstruire dans des environnements virtuels, dit-il. Sandbox, Decentraland, le projet de Meta. Pour ceux qui veulent réfléchir à comment construire une présence forte sur les réseaux avant même que ces espaces n’existent vraiment, c’est le bon moment.
La limite, que Danilo n’évoque pas vraiment : construire une communauté prend des années. La plupart des marques qui annoncent « créer de la communauté » confondent ça avec avoir des followers. Ce n’est pas la même chose.
L’audio social après Clubhouse : ce que la hype a laissé derrière elle
Début 2021, Clubhouse était partout. En janvier 2022, plus personne n’en parlait. Danilo le dit sans détour.
En janvier-février 2021, tout le monde parlait de l’application. En janvier 2022, plus personne n’en parle et de moins en moins de gens vont pour créer du contenu.
C’est exactement le problème. Mais l’audio, lui, n’est pas mort avec Clubhouse. Facebook a lancé ses Live Audio Rooms. LinkedIn a annoncé ses Audio Events en début 2022. Et les chiffres du podcast continuent à grimper : 2 millions de podcasts actifs en 2021, contre 700 000 en 2019. 48 millions d’épisodes publiés en un an.
Ce qui m’a scotché dans cette partie, c’est l’écart entre le bruit autour d’une plateforme et la santé d’un format. L’audio comme format de consommation de contenu ne souffre pas. C’est juste Clubhouse – le réseau – qui a souffert. Pour ceux qui hésitent encore à se lancer, les avantages et désavantages du podcast ont été détaillés dans un épisode dédié.
Et si demain Facebook déploie vraiment l’intégration RSS des podcasts dans le fil d’actualité – ce qui n’était pas encore disponible en France à l’époque – les créateurs audio auront une distribution gratuite sur la plus grande plateforme sociale du monde. Ça change un peu l’équation.
Quand les tendances marketing digital percutent la pub payante
3,5 milliards de recherches par jour sur Google. 2 milliards d’utilisateurs sur YouTube. Un milliard sur TikTok. Entre 400 et 500 millions sur Pinterest.
Ces chiffres posent une question simple : pourquoi la plupart des annonceurs français étaient encore mono-plateforme Facebook/Instagram fin 2021 ?
Danilo répond avec ce qu’il observe chez ses clients :
De plus en plus mes clients cherchent à ce qu’on gère leur campagne sur des plateformes comme Google, comme Pinterest ou Snapchat. Alors qu’auparavant c’était toujours faites-vous de Facebook et Instagram Ads.
La mise à jour iOS 14.5 a été un électrochoc. Les annonceurs ultra-dépendants de Facebook ont pris le plus de dégâts. (Et franchement, la plupart le savaient mais n’avaient pas vraiment envie de réapprendre à faire de la pub ailleurs.)
La logique multicanal qu’il propose est claire : Facebook/Instagram pour la découverte, Pinterest pour l’audience en intention d’achat déco ou lifestyle, Google pour capturer la demande existante. Chaque plateforme correspond à un moment différent dans le parcours d’achat. Ce n’est pas une stratégie complexe – c’est juste arrêter de mettre tous ses oeufs dans le même panier algorithmique.
Pour aller plus loin sur la question de l’acquisition de contenu sans dépendre d’une seule plateforme, le dark social comme levier d’acquisition invisible mérite vraiment qu’on s’y attarde.
Le SEO devient du SXO – et Google ne plaisante plus avec l’UX
Plus de 200 critères de classement pour Google. Danilo en identifie un qui a pris une place centrale depuis la mise à jour Page Experience de juin 2021 : l’expérience utilisateur.
Ergonomie mobile, temps de chargement, accessibilité du contenu, éléments intrusifs (popups, widgets qui bloquent la lecture), navigation sécurisée. Tout ça rentre maintenant dans l’algorithme.
La définition du SXO qu’il cite : « un mariage du SEO et de l’UX qui consiste à améliorer l’expérience utilisateur du moteur de recherche jusqu’au site web afin d’optimiser votre taux de conversion. »
Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je regardais uniquement les backlinks – c’est que vous pouvez avoir le meilleur contenu du monde, si votre site met 6 secondes à charger sur mobile et que les popups arrivent après 2 secondes de lecture, Google vous pénalise. Clairement. Sans discussion. C’est une des tendances marketing digital qui touche tout le monde, même ceux qui n’ont jamais fait de pub payante.
Et puis il y a la question des cookies tiers. Suppression prévue sur Chrome – 60 % de parts de marché navigateur – d’ici 2023. Le pixel Facebook repose sur ces cookies. Firefox et Safari les bloquent déjà. La Conversion API est la solution de transition : envoyer les données directement depuis le serveur vers le Business Manager, sans passer par le navigateur. Ça compense une partie des pertes. Mais « une partie » seulement.
Web3, NFT, DAO : les tendances marketing digital qui font peur à ceux qui ne les comprennent pas encore
Web 1 : on lit. Web 2 : on lit et on publie, mais nos données appartiennent aux plateformes. Web 3 : on lit, on publie, et – en théorie – on possède ce qu’on crée.
Danilo explique le NFT avec une image que j’aime bien :
Mon album de Michael Jackson que j’ai acheté il y a 10 ans et qui a été signé par l’artiste lui-même avant qu’il ne meurt, et bien ne peut pas être échangé contre quelque chose de valeur égale parce que ce facteur d’authenticité qui entre en compte.
Un NFT, c’est ça : la preuve d’authenticité d’un objet numérique, enregistrée sur la blockchain. Le premier tweet de Jack Dorsey vendu 2,9 millions de dollars. Pas le tweet en lui-même – la preuve que c’est l’original.
Pour le marketing digital, l’application concrète la plus intéressante à court terme, c’est l’accès communautaire. Un NFT qui donne accès à un espace privé, à des événements exclusifs, à un cercle de pairs. C’est une nouvelle forme de membership – mais avec une liquidité que les abonnements classiques n’ont pas.
Les DAO (organisations autonomes décentralisées) vont plus loin : des structures gouvernées par des smart contracts, où les membres votent avec des tokens. Danilo imagine tokeniser son podcast – les auditeurs acquièrent des tokens, participent aux décisions, bénéficient de la hausse de valeur si le projet grandit. C’est encore flou dans les détails d’exécution, il le reconnaît. Mais la direction – donner aux créateurs plus de contrôle sur leur monétisation et à leur audience plus de pouvoir dans les décisions – ça, c’est une vraie rupture. Pour ceux qui réfléchissent à la stratégie d’acquisition d’une newsletter ou d’une audience payante, le Web3 ouvre des pistes qu’on n’avait pas il y a trois ans.
Est-ce que tout ça va tenir ses promesses ou finir comme Clubhouse ? Franchement, personne ne sait. Mais ignorer ces tendances marketing digital sous prétexte qu’elles sont complexes, c’est une erreur que beaucoup regretteront dans quelques années – ou dans quelques mois.










![#8 - Quelle stratégie de contenu adopter lorsque l’on a un budget réduit ? On en a parlé avec Alexis Chevallier de YouLoveWords [REDIFFUSION] 20 stratégie de contenu](http://podcast-marketing.fr/wp-content/uploads/2026/04/le-rendez-vous-e-commerce-8-quelle-strategie-de-contenu-adopter-lorsque-l-on-a-un-budget-reduit-on-en-a-parle-avec-alexis-3.jpeg)
