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#19 – Comment créer une stratégie Facebook Ads en béton grâce à une analyse (très) fine de la data avec Simon Briquet-Loggia de Smiirl

Épisode diffusé le 15 mars 2021 par Danilo Duchesnes

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Construire une stratégie facebook ads solide quand ton produit n’existe dans la tête de personne avant que tu lui mettes sous les yeux – c’est un exercice de funambule. Simon Briquet-Loggia, CMO chez Smiirl depuis 2016, le sait mieux que quiconque. L’entreprise vend des compteurs connectés aux réseaux sociaux – des vrais objets physiques, avec un design qui fait tourner les têtes et un cliquetis mécanique inspiré des tableaux de gare. Et depuis cinq ans, leurs pubs Facebook défilent dans vos fils sans crier gare.

37 000 compteurs vendus. 85 pays livrés. 90 % du budget publicitaire concentré sur un seul canal. Ces chiffres, Simon les lâche sans forfanterie dans l’épisode 19 du podcast Le Rendez-vous Marketing de Danilo Duchesnes. Ce qui m’a retenu, c’est pas le produit – c’est la mécanique derrière. La façon dont une petite équipe marketing a appris à lire ses données pour décider où accélérer, où couper, et comment séquencer un remarketing fin comme un scalpel.

Le contexte compte. Smiirl vend un produit cher à des entreprises qui n’ont pas forcément cherché ce produit. Pas de demande préexistante, pas de mot-clé magique à capturer en search. Tu crées le besoin ou tu rentres chez toi. Et dans ce cas de figure précis, la stratégie facebook ads n’est pas un canal parmi d’autres – c’est le cœur du réacteur.

Un produit que personne ne cherche : le vrai défi de la stratégie facebook ads

Le vrai problème ? Smiirl vend quelque chose qui n’a pas de case dans la tête du client. Simon le dit lui-même :

« Il faut pas oublier que notre produit le besoin entre guillemets, c’est nous qui le créons. Tu penses pas à ça, c’est peut-être pas toujours un painkiller dans l’esprit des gens. »

C’est exactement le problème. Et c’est pour ça que Google Ads ne peut pas être leur cheval de bataille.

Sur Google Search, Smiirl capte les quelques âmes qui ont tapé « compteur likes Facebook en temps réel » – et selon Simon, ça représente 0,001 % de leurs clients. Le reste, il faut aller le chercher là où il passe du temps sans savoir qu’il a besoin de toi. Vendre un produit cher sur Facebook Ads impose ce genre de logique : tu ne réponds pas à une intention, tu en crées une.

Facebook devient alors l’outil principal non pas parce que c’est la mode, mais parce que c’est là que vivent les gérants de commerces, les directeurs marketing des PME, les responsables com’ des start-up. Ils sont sur Facebook parce qu’ils y étaient à 22 ans et qu’ils n’en sont jamais vraiment partis. Et eux, ils ont une page Facebook ou un compte Instagram d’entreprise – ce qui fait d’eux la cible naturelle d’un compteur social.

Logique implacable. Mais ça ne répond pas à la question du comment. Comment on structure les campagnes ? Comment on sait qu’une pub fonctionne quand le parcours d’achat dure plusieurs semaines ?

Lookalike et prospecting : le cœur du réacteur

90 % du spend publicitaire de Smiirl va sur Facebook. C’est un chiffre qui fait réfléchir – même si ça peut sembler risqué de tout mettre dans le même panier (et c’est souvent là que ça coince pour les marques qui veulent diversifier à tout prix sans avoir encore épuisé leur canal principal).

Simon est direct sur la structure :

« Les look like c’est quasiment le cœur du réacteur puisque on a quasiment l’intégralité de nos campagnes de prospecting qui sont basées sur les look like et donc sur l’extraction des données antérieures qu’on a sur les clients déjà acquis. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Ça ne l’est pas.

Construire des audiences lookalike efficaces suppose d’avoir un volume de données clients suffisant, propre, segmenté par produit. Smiirl a deux lignes de produits distinctes – les compteurs sociaux (Facebook/Instagram) et les compteurs personnalisables. Deux audiences sources, deux comportements d’achat différents, deux lookalike à construire et à tester séparément. Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – enfin, ce que beaucoup de gens ratent – c’est que balancer tous tes clients dans une seule audience source, c’est moyenner des signaux qui n’ont rien à voir.

Sur le choix de l’objectif dans Facebook Ads, Smiirl suit une logique classique mais bien exécutée : conversion en prospecting, retargeting pour fermer les deals qui traînent. Google Ads arrive en bout de course – quand quelqu’un a vu les pubs, s’est souvenu du nom à moitié et tape quelque chose de proche dans la barre de recherche. Couvrir ces requêtes en Search, c’est du filet de sécurité, pas une stratégie d’acquisition.

L’attribution, ce nœud que tout le monde évite

Parlons du sujet que les agences glossent souvent trop vite. L’attribution.

Smiirl vend un produit B2B dont le parcours d’achat peut s’étaler sur plusieurs semaines. Le gérant d’un restaurant voit la pub, en parle à son associé, y repense deux semaines plus tard, clique depuis un autre appareil, achète. Combien de touchpoints ? Quel canal créditez-vous ?

« La première personne qui découvre le produit au sein d’une entreprise va pas forcément être l’acheteur. Donc en terme d’attribution, ça peut être assez compliqué de réattribuer les ventes à nos canaux d’acquisition. »

C’est exactement le problème. Et la plupart des équipes marketing se contentent d’un last-click qui ment.

Smiirl a choisi de ne pas se laisser piéger par les dashboards natifs de Facebook – qui ont tendance à se créditer généreusement. Ils croisent les données avec d’autres sources pour avoir une vision globale, pas une vision partielle embellie. C’est ce qu’ils appellent analyser la durée réelle du parcours d’achat – et ça conditionne tout le reste, notamment le séquençage du remarketing. Pour aller plus loin sur les enjeux de tracking post-iOS 14, l’épisode avec Antoine Dalmas est une lecture utile : les changements d’attribution Facebook Ads après iOS 14 y sont traités avec beaucoup de précision.

Mais bon – même avec les meilleurs outils, l’attribution multi-touch reste une approximation. C’est une limite que Simon assume, et c’est honnête.

Le remarketing séquencé : quand la stratégie facebook ads devient chirurgicale

Ce qui distingue une stratégie facebook ads amateur d’une stratégie facebook ads mature, c’est souvent ici. Pas dans les audiences. Pas dans les créas. Dans le remarketing.

La plupart des annonceurs font du remarketing binaire : t’as visité le site, je te montre une pub. Point. Smiirl a construit quelque chose de plus fin – un séquençage basé sur une analyse réelle de la durée du parcours d’achat. Si tu sais que tes prospects prennent en moyenne 3 semaines pour acheter, tu ne leur montres pas la même pub au jour 2 et au jour 18.

C’est le genre de mécanique qui demande de la data, de la patience et de l’humilité – parce qu’au départ, tu ne sais pas combien de temps dure vraiment ton cycle. Tu dois d’abord observer, mesurer, puis construire. Pas l’inverse. L’impact d’iOS 14 sur le retargeting Facebook a d’ailleurs rendu cet exercice encore plus compliqué pour tout le monde – les audiences de remarketing se sont réduites, les fenêtres d’attribution aussi.

Ce que j’aurais voulu entendre Simon développer davantage – et c’est ma frustration d’auditeur – c’est le contenu précis des messages à chaque étape. Qu’est-ce qu’on dit à quelqu’un au jour 3 qu’on ne dit pas au jour 15 ? C’est là que la stratégie éditoriale et la stratégie facebook ads se rejoignent, et c’est souvent le maillon faible.

Painkiller ou vitamine – et pourquoi ça change tout au message publicitaire

Danilo pose la question frontalement dans l’épisode. Le Smiirl, c’est un painkiller – un produit qui résout une vraie douleur – ou une vitamine, un nice-to-have qu’on achète quand on a le budget ?

La réponse de Simon est nuancée, et elle compte pour la créa pub :

« Dans le cas des small business, donc vraiment des commerces sur rue, c’est clairement un painkiller. Le compteur va permettre à la fois de montrer ta notoriété. On dit souvent c’est un peu l’équivalent d’une terrasse pleine. Si il y a du monde, c’est que c’est un bon restaurant. »

Voilà. La preuve sociale comme argument central. Pas le design, pas la technologie – la preuve que d’autres te font déjà confiance.

Pour les compteurs personnalisables en revanche – ceux qu’on connecte à un KPI maison, un chiffre d’affaires, un nombre de compteurs actifs dans le monde – on bascule dans la vitamine. Et là, le message change radicalement. Tu ne vends plus de la réassurance sociale, tu vends de la motivation d’équipe, tu vends un outil de pilotage visible. Ce sont deux territoires créatifs différents, deux audiences différentes, deux stratégies facebook ads différentes.

Ce que beaucoup d’annonceurs ratent, c’est qu’ils gardent le même message pour tout le monde. Un seul angle, une seule promesse, pour des clients qui n’ont pas les mêmes raisons d’acheter. Sans ça, tu crées des créas pour toi – pas pour eux. Pour aller plus loin sur les pubs Facebook qui marchent vraiment, il y a matière à creuser.

La Conversion API et les indicateurs qui coupent ou accélèrent une campagne

Dernière pièce du puzzle – et pas la moins importante. Smiirl a adopté la Conversion API de Facebook pour récupérer les données côté serveur. En clair : quand le pixel navigateur devient aveugle à cause d’iOS 14, des bloqueurs de pub ou des problèmes de cookies, l’API de conversion prend le relais pour faire remonter les événements directement depuis le serveur.

C’est technique. C’est pas optionnel en 2021 – et encore moins maintenant. (Ce qui est rare dans le secteur, c’est de voir des équipes marketing de start-up l’implémenter vraiment bien, avec une déduplication correcte des événements.)

Sur les indicateurs de pilotage, Simon reste volontairement vague sur les chiffres précis – ce qui se comprend pour une entreprise cotée sur son marché. Mais la logique est claire : tu ne regardes pas que le ROAS déclaré par Facebook. Tu croises avec tes propres données de vente. Et tu coupes une campagne quand les signaux convergent vers le bas – pas quand un seul dashboard te dit que ça performe moins bien.

Pour les campagnes de prospecting, leur North Star Metric interne est révélatrice : le nombre de compteurs connectés dans le monde. Pas les ventes brutes. Les compteurs effectivement actifs. Parce qu’un compteur vendu mais pas connecté, c’est un client qui ne verra pas la valeur du produit et qui ne renouvellera pas. Et potentiellement, un compteur connecté dans une boutique, c’est une pub vivante pour Smiirl – visible par chaque client qui entre. C’est ce qu’on appelle une boucle de croissance organique, et c’est malin.

Pour les annonceurs B2B qui hésitent encore entre Facebook et LinkedIn pour leurs campagnes, la question mérite d’être posée sérieusement : LinkedIn Ads n’est pas Facebook Ads, et les deux ont des logiques de ciblage très différentes selon la maturité de votre audience.

Au fond, ce que Smiirl a construit en cinq ans de stratégie facebook ads, c’est moins une recette qu’une discipline. Analyser vraiment ses données – pas juste les regarder. Comprendre la durée réelle du parcours d’achat avant de séquencer le remarketing. Distinguer les messages selon que tu vends un painkiller ou une vitamine. Et installer les outils de tracking qui tiennent quand les cookies lâchent. C’est pas révolutionnaire. Mais la plupart n’en font qu’une partie.

Questions fréquentes

Comment construire une stratégie facebook ads quand ton produit n'est pas recherché sur Google ? +
C'est le cas de Smiirl : personne ne tape 'compteur likes en temps réel' dans Google. La stratégie consiste à aller chercher la cible là où elle passe du temps - Facebook et Instagram - avec des audiences lookalike construites à partir de tes clients existants. Google Ads intervient uniquement en bas de funnel, pour capter les gens qui ont vu les pubs et cherchent ensuite la marque. L'essentiel du travail, c'est de créer le besoin avant de répondre à une demande qui n'existe pas encore.
Qu'est-ce qu'une audience lookalike et comment Smiirl l'utilise dans sa stratégie facebook ads ? +
Une audience lookalike est une audience que Facebook construit en trouvant des profils similaires à une liste de clients que tu lui fournis. Smiirl base quasiment toutes ses campagnes de prospecting sur ce mécanisme. La clé : segmenter les audiences sources par produit - compteurs sociaux d'un côté, compteurs personnalisables de l'autre - pour ne pas mélanger des signaux d'achat différents.
Comment gérer l'attribution Facebook Ads en B2B quand le parcours d'achat est long ? +
C'est un vrai problème. En B2B, la première personne qui voit la pub n'est pas toujours l'acheteur. Le cycle peut durer plusieurs semaines avec plusieurs personnes impliquées. Smiirl croise les données du gestionnaire de pubs avec ses propres données de vente pour éviter de se fier uniquement au last-click, qui surestime souvent le dernier canal touché. L'analyse de la durée réelle du parcours d'achat conditionne aussi le séquençage du remarketing.
Faut-il installer la Conversion API Facebook en 2024 ? +
Oui. Depuis iOS 14 et la restriction des cookies tiers, le pixel navigateur seul est insuffisant. La Conversion API envoie les événements directement depuis le serveur, indépendamment du navigateur de l'utilisateur. Ça améliore la qualité des données remontées à Facebook et donc la performance des algorithmes d'optimisation. La difficulté technique : bien dédupliquer les événements pour ne pas comptabiliser deux fois la même conversion.
Facebook Ads est-il efficace en B2B pour vendre à des professionnels ? +
Plus qu'on ne le croit. Les décideurs de 30-45 ans sont sur Facebook dans leur vie personnelle - ils y étaient à 20 ans et n'en sont pas partis. Smiirl en a fait son principal canal d'acquisition B2B. La clé c'est d'avoir une bonne audience source (base clients existants) pour construire des lookalike pertinents. Facebook coûte aussi nettement moins cher que LinkedIn, ce qui change le calcul de rentabilité même si le ciblage professionnel natif y est moins précis.
Comment séquencer son remarketing dans une stratégie facebook ads pour un produit B2B ? +
La logique de Smiirl : analyser d'abord la durée réelle du parcours d'achat, puis adapter les messages en conséquence. On ne montre pas la même pub au jour 2 et au jour 18. Au début du cycle, on travaille la notoriété et la preuve sociale. En fin de cycle, on peut pousser des arguments plus rationnels - garantie, avis clients, comparatif. Sans analyse préalable de la durée du cycle, le séquençage est arbitraire.

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