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#26 – Les clés pour développer une marque personnelle forte sur les réseaux sociaux avec Alex Vizeo

Épisode diffusé le 21 juin 2021 par Danilo Duchesnes

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Le personal branding, c’est ce truc dont tout le monde parle depuis 2018 et que personne ne fait vraiment. Ou plutôt : que la plupart font de travers, en postant des selfies LinkedIn avec des citations de Steve Jobs et en appelant ça une stratégie. Alex Vizeo, lui, a passé dix ans à construire le sien sans jamais prononcer le mot – en tant qu’influenceur voyage, pionnier de la vidéo de trip, à l’époque où « blogueur » n’était même pas un métier reconnu. Aujourd’hui il en fait une formation. Et ce qu’il raconte dans cet épisode du Rendez-vous Marketing avec Danilo Duchesnes est beaucoup plus concret – et beaucoup moins rassurant – que ce qu’on lit habituellement sur le sujet.

Ce que le personal branding n’est pas (et ce que ça change)

Commençons par vider l’abcès. Le personal branding n’est pas une question d’image. Pas de photo pro retouchée, pas de bio Instagram au cordeau. La définition qu’Alex Vizeo donne dans l’épisode est plus radicale que ça.

« Mon personal branding, c’est comment tu vas personnifier et humaniser ton business. Comment les gens ne vont plus simplement acheter un produit, mais ils vont acheter des valeurs, une mission, une personnalité, une sensibilité. »

Voilà. Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais derrière cette phrase, il y a une mécanique très précise : tu envoies des signaux constants via ton contenu, ta façon de parler, tes prises de position, et ces signaux font le tri tout seuls. Ils repoussent les clients qui ne matchent pas avec toi, ils attirent ceux qui vibrent sur la même fréquence. C’est un filtre, pas un entonnoir.

L’exemple qu’il donne est bête comme chou. Dix graphistes. Ils font tous à peu près la même chose, tous au même prix. Comment tu choisis ? Pas sur le portfolio. Sur l’un d’eux qui surfe et toi aussi. Sur l’autre qui aime la chasse quand toi tu milites pour l’environnement – et là tu l’élimines. Le personal branding, c’est ces signaux-là, pas les compétences techniques qui, franchement, se valent souvent.

Ce qui m’agace dans la plupart des articles sur le sujet, c’est qu’ils réduisent ça à une question de « storytelling ». Comme si raconter une belle histoire suffisait. Alex nuance : l’histoire doit être vraie, alignée avec des valeurs réelles, et surtout cohérente dans le temps. Parce que le personal branding fonctionne à intérêts composés – et ça prend du temps avant de payer.

Dix ans d’influenceur voyage : comment Alex Vizeo a construit son personal branding sans le savoir

En 2011, Alex Vizeo claque sa démission. Il est cadre à 25 ans, directeur de clientèle dans une régie pub après être entré dans un service client avec un bac +3. Belle trajectoire sur le papier. Sauf qu’il n’est pas plus heureux qu’en Erasmus avec 400 euros par mois.

Donc il part faire le tour du monde. Il commence un blog, des vidéos. Et il ne s’arrête plus.

« Blogueur, c’était même pas un métier. Influenceur, ça existait même pas. Donc j’ai voulu continuer à essayer d’avoir un job qui existait pas, ça a pris 3 ans. »

Trois ans. C’est le délai avant que le marché de l’influence marketing se structure assez pour qu’on puisse en vivre. Et pendant ce temps, Alex construisait son personal branding – sa communauté, sa ligne éditoriale, son territoire de marque autour du voyage comme « tremplin », pas comme parenthèse – sans avoir le vocabulaire pour le nommer.

Il fait ça pendant dix ans. Jusqu’en 2019-2020 où il commence à sentir que quelque chose coince. Pas que le voyage le blase. Non, l’inverse : il kiffe toujours, mais il ne se sent plus évoluer. (C’est une nuance importante que beaucoup ratent : stagner dans le plaisir, c’est quand même stagner.)

Et il y a la question écologique. Il prend beaucoup l’avion. Il ne se sent plus exemplaire sur ce sujet. Alors il se retire – avec une humilité qui, franchement, est assez rare dans le milieu pour qu’on le note.

Ce pivot vers le coaching en personal branding n’est pas un pivot au sens startup du terme. C’est une reconversion construite sur une question simple : dans tout ce que tu as fait, qu’est-ce qui te faisait vraiment vibrer ? Pour lui, la réponse : aider les gens à réaliser leurs rêves. Le voyage était l’outil. Le personal branding et la création de contenu, c’est le nouvel outil. La mission, elle, n’a pas changé.

Le personal branding comme capital à intérêts composés

92 000 abonnés sur Instagram avant le pivot. 85 000 après. Soit moins de 10% de perte, sur une communauté construite intégralement autour du voyage. C’est le chiffre qui m’a arrêté dans cet épisode.

Parce que ça veut dire quelque chose de précis : les gens qui suivaient Alex ne suivaient pas « le mec qui voyage ». Ils suivaient Alex. Sa façon de voir les choses, son énergie, sa sincérité. Le thème était secondaire.

« Un bon personal branding, c’est un capital à intérêt composé qui fait que grandir avec le temps et qui ne te permet de ne jamais repartir à zéro. Parce que les gens se sont attachés à toi, ta vision des choses, tes valeurs et ta façon de délivrer de l’information. »

C’est exactement le problème avec la plupart des comptes thématiques purs. Si tu n’es que « le compte sur la nutrition sportive » ou « le compte sur les cryptos », le jour où tu changes de sujet – ou où le sujet se déprécie dans l’algorithme – tu repars de zéro. Le personal branding fort, lui, survit aux pivots. Il survit même aux algorithmes, dans une certaine mesure.

Alex raconte aussi un phénomène qu’il appelle « social fatigue » : des gens qui le suivaient depuis des années, qui s’étaient un peu désengagés sur la fin de la période voyage, et qui sont revenus avec le changement de thématique. Parce que ça leur a fait clic. Parce qu’entre-temps, eux aussi avaient évolué – ils étaient devenus freelances, nomades digitaux, entrepreneurs – et le personal branding les concernait directement maintenant. Sur ce sujet, l’épisode de Grégoire Gambatto sur poster sur LinkedIn et créer une tonalité unique parle exactement de cette même mécanique : l’attachement à une voix, pas à un sujet.

Donner, donner, donner – et puis vendre

Le blocage d’Alex quand il a lancé sa formation, c’était pas la légitimité. C’était de demander de l’argent à sa communauté. Après dix ans à tout donner gratuitement, financé par les marques et les offices de tourisme, retourner voir ses abonnés avec un produit payant – ça l’a bloqué.

C’est un point que beaucoup d’entrepreneurs qui démarrent dans le contenu vont reconnaître. Et la réponse d’Alex est intéressante : il a résolu ce blocage en comprenant ce qu’il vendait vraiment.

« Je te donne, je te donne, je te donne pour t’apporter de la valeur, t’aider, te faire avancer plus vite, te prouver que moi je suis bon. Et au bout d’un moment je vais dire en fait j’ai un truc à te vendre. Mais parce que j’ai créé une connexion avec toi, parce que je t’ai prouvé que j’étais bon, parce que je t’ai aidé de toute façon, c’est à moi que tu vas l’acheter. »

Ce n’est pas du hard sell. C’est du marketing bienveillant – un terme qu’il emploie et qui correspond à quelque chose de réel : tu donnes tellement de valeur en amont que la vente n’est plus une rupture dans la relation, c’est une étape naturelle.

Le contenu gratuit, ici, joue un rôle double. D’abord, il prouve la compétence. Ensuite, il filtre : ceux qui restent après avoir consommé du contenu pendant des semaines sont précisément ceux qui sont alignés avec ta vision, tes valeurs, ta personnalité. Ce sont les meilleurs clients possibles – ceux qui ne négocient pas, qui recommandent, qui reviennent. Si tu veux creuser ce côté acquisition par le contenu, la stratégie de Lemlist racontée par Guillaume Moubeche sur comment générer 5 millions de revenus sans publicité est un cas d’école assez brutal sur les chiffres.

Une concession quand même : ce modèle prend du temps. Beaucoup de temps. Si tu lances une activité et que tu as besoin de revenus dans 90 jours, le personal branding seul ne va pas suffire. C’est un investissement long terme, pas une campagne. Et certains n’ont pas ce luxe.

Formation ou coaching ? Le modèle hybride qui change la donne

La question de Danilo Duchesnes sur le format de transmission est une des plus intéressantes de l’épisode. Coaching individuel, formation en ligne, boot camp – Alex a testé les trois.

Le coaching one-to-one : il kiffait pas vraiment. Trop de répétition sur les bases, et surtout il n’aimait pas la dynamique de béquille qui peut s’installer. Le client avance pendant la session, raccroche, et attend la semaine suivante en mode stand-by.

Sa réponse : un format hybride. Formation en ligne avec un groupe fermé par promotion – 120 personnes dans la promo actuelle – et un live hebdomadaire sur Zoom à 21h. (Il fait ça tard pour inclure les parents. Tip utile que je note.)

Ce qui est malin dans ce modèle : l’effet de groupe fait une partie du travail de motivation à sa place. Quand tu vois Véronique, 55 ans, ex-chocolatière, construire ses ateliers gustatifs autour d’une marque personnelle cohérente, tu n’as plus d’excuses. Le personal branding n’est plus une affaire de « jeunes actifs LinkedIn » – c’est une mécanique qui fonctionne pour des profils radicalement différents, des sound designers aux analystes Big Data en passant par les photographes.

Et pendant les lives Zoom, les questions de l’un profitent à tous. C’est la force du coaching de groupe que les gens sous-estiment : tu bénéficies des blocages des autres, pas seulement des tiens. Sur ce sujet de la création de contenu régulière sans s’épuiser, Selma Chauvin avait partagé des choses très utiles sur une stratégie de contenu avec le minimum d’efforts – complémentaire à ce qu’Alex décrit ici.

Le personal branding est-il vraiment pour tout le monde ?

La question mérite d’être posée franchement. Alex dit que son objectif, c’est d’« évangéliser un maximum de gens » – il y croit dur comme fer. Mais il y a des cas où le personal branding classique coince.

D’abord, si tu travailles dans un secteur où l’anonymat est une valeur (certaines niches B2B très techniques, certains métiers réglementés). Là, mettre ta tête partout peut jouer contre toi.

Ensuite, si tu as une personnalité qui ne passe pas à l’écrit ou à la caméra – et c’est plus fréquent qu’on ne le dit. Tout le monde peut apprendre, mais certains vont mettre deux ans à trouver leur voix naturelle en vidéo. Deux ans pendant lesquels le contenu sera mauvais et l’effet inverse de celui escompté.

Et enfin – c’est le point que j’aurais voulu qu’on creuse davantage dans l’épisode – le personal branding crée une dépendance à ta propre présence. Si tu t’arrêtes, la machine ralentit. Contrairement à un site e-commerce qui peut tourner sans toi, une marque personnelle forte a besoin d’être alimentée en continu. C’est un choix de vie autant qu’une stratégie marketing. Aline Bartoli de TheBBoost avait abordé en partie cette tension dans l’épisode sur créer du contenu sur Instagram sans jamais tomber en panne d’idées – comment on maintient le rythme sur le long terme.

Le personal branding fort, celui qu’Alex décrit et qu’il a vécu, ça reste un des leviers d’acquisition les plus puissants qui existent. Zéro coût publicitaire, clients qui arrivent à toi, taux de conversion élevés parce que la confiance est déjà là. Mais c’est un jeu long. Et tout le monde n’a pas dix ans devant soi pour prouver le concept. Pour voir comment d’autres médias abordent la question du personal branding en B2B spécifiquement, l’épisode sur le personal branding comme levier de vente en B2B complète bien la perspective d’Alex, plus orientée grand public et solopreneurs.

Mais bon. Ce qu’Alex Vizeo a construit en dix ans sans le nommer, et ce qu’il transmet maintenant, c’est exactement ça : la preuve que le personal branding fonctionne. Il est lui-même son meilleur cas d’usage. Et c’est peut-être le seul argument vraiment convaincant dans un domaine où les promesses sont légion.

Questions fréquentes

C'est quoi le personal branding exactement ? +
Le personal branding, c'est la façon dont tu humanises et personnifies ton activité pour que les gens n'achètent plus seulement un produit ou un service, mais une personnalité, des valeurs et une vision. Concrètement, ça passe par ton contenu, ta façon de parler, tes prises de position - tout ce qui envoie des signaux pour attirer les clients qui te ressemblent et repousser ceux qui ne matchent pas.
Comment développer son personal branding quand on part de zéro ? +
La première étape, c'est de clarifier trois choses : ce que tu aimes faire, dans quoi tu es naturellement bon, et ce que tu as vraiment vécu et prouvé. Le personal branding ne fonctionne pas si tu essaies d'enseigner quelque chose que tu n'as pas toi-même expérimenté. Ensuite, tu crées du contenu de façon régulière - pas forcément beaucoup, mais consistant - en apportant de la valeur avant de chercher à vendre.
Combien de temps faut-il pour que le personal branding produise des résultats ? +
Honnêtement ? Plusieurs mois minimum, souvent plus d'un an avant de voir des effets tangibles sur l'acquisition clients. Alex Vizeo a mis trois ans à vivre de son activité d'influenceur voyage en 2011. Aujourd'hui les outils sont plus rapides, mais le personal branding reste un investissement long terme. Ce n'est pas une campagne publicitaire.
Peut-on changer de thématique sans tout perdre quand on a un personal branding fort ? +
Oui, et c'est précisément la force d'un bon personal branding. Alex Vizeo est passé de l'influence voyage au coaching en personal branding et n'a perdu que 7 000 abonnés sur 92 000 - soit moins de 10%. Parce que les gens s'étaient attachés à lui, pas seulement au sujet du voyage. La condition : que les valeurs et la façon de délivrer l'information restent cohérentes.
Personal branding ou publicité payante, lequel choisir pour acquérir des clients ? +
Les deux ne s'opposent pas, mais ils fonctionnent sur des temporalités très différentes. La pub payante génère des leads rapidement mais s'arrête dès que tu coupes le budget. Le personal branding prend plus de temps à construire mais crée une audience qui vient à toi, avec une confiance déjà installée et des taux de conversion bien supérieurs. Pour un freelance ou un solopreneur avec peu de budget, le personal branding est souvent le levier le plus rentable sur le long terme.
Quelle est la différence entre personal branding et réputation ? +
La réputation est ce que les autres disent de toi quand tu n'es pas dans la pièce - elle se construit passivement. Le personal branding est la démarche active par laquelle tu shapes toi-même la perception que les autres ont de toi, via ton contenu, tes prises de position et ta présence en ligne. L'un est subi, l'autre est choisi.

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