modèle d'abonnement e-commerce

#53 – Les coulisses du système d’abonnement et de rétention de SPRiNG avec Laure Favre et Ben Guerville (2/2)

Épisode diffusé le 23 mai 2022 par Danilo Duchesnes

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Le modèle d’abonnement e-commerce fait rêver beaucoup de fondateurs – et il plante beaucoup plus souvent qu’on ne l’admet. SPRiNG, la marque de lessive et produits d’entretien clean lancée en plein confinement 2020, en a fait son architecture entière. Ben Guerville, cofondateur avec Laure Favre, a accepté de mettre les mains dans le cambouis avec Danilo Duchesnes lors du podcast Le Rendez-vous Marketing. Ce qui en sort n’est pas un beau discours de pitch deck – c’est une mécanique opérationnelle, chiffrée, avec ses vrais arbitrages.

100 000 emails récoltés avant même d’avoir expédié le premier colis. Un taux de conversion mobile qui rattrapait le desktop après une refonte complète. Plus d’un abonné sur deux qui souscrit à plusieurs produits dès la première commande. Ces chiffres ne tombent pas du ciel. Derrière, il y a des sprints de 10 jours, un data warehouse construit dès le jour 1, et une obsession pour chaque étape du tunnel qui fait un peu peur – dans le bon sens.

Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est que Ben parle comme quelqu’un qui a déjà raté les mêmes erreurs ailleurs. Pas d’esbroufe. Juste une logique de payback qui force à être patient, et une infrastructure data pensée avant même le lancement. Rare.

100 000 prospects avant le premier colis : le pré-lancement qui change tout

Printemps 2020. La France est confinée, SPRiNG n’a pas encore de produit à livrer, et Ben et Laure décident que ce temps mort est une opportunité. Plutôt que d’attendre, ils lancent une opération de pré-lancement sur trois mois combinée à une phase de co-création avec leur future communauté.

Le résultat : 100 000 adresses email de prospects consommateurs. Dans une catégorie comme la lessive – pas la sneaker, pas la cosmétique – c’est une base qui n’aurait pas dû exister à ce stade.

« 100 000 mails de prospect de consommateur. Ce qui fait que quand on a été prêts et qu’on a eu la certitude de la date de livraison, on a pu ouvrir des pré-commandes sur cette base de prospect et c’est comme ça qu’on a converti nos premiers milliers de clients abonnés. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais le choix de ne pas faire de crowdfunding – alors que beaucoup de marques DTC s’y appuient comme béquille – révèle une vraie philosophie. Pas de promesses non tenues. Pas de livraison 9 mois après la campagne Kickstarter. Les premiers colis sont partis le 1er septembre 2020, date annoncée, tenue.

Après ce démarrage, quatre mois de tests sur Facebook et Instagram – sans augmenter les budgets. L’objectif n’était pas de scaler, c’était de valider : les messages publicitaires, les formats, la chaîne logistique, la satisfaction produit. Ce n’est qu’au début 2021 que SPRiNG a « mis les gaz », pour recruter plusieurs milliers de nouveaux abonnés par mois. Ce séquençage – patience d’abord, accélération ensuite – est exactement ce que la plupart des fondateurs font à l’envers. Pour aller plus loin sur la construction d’une DNVB solide, les clés pour développer une DNVB à succès posent des bases similaires.

Le tunnel du modèle d’abonnement e-commerce que personne ne vous montre

La plupart des sites e-commerce qui font de l’abonnement laissent une porte de sortie : l’achat unique. SPRiNG a refermé cette porte.

Abonnement, et c’est tout. Ce choix – que Ben qualifie lui-même de « bold » – force à repenser complètement la page produit et le parcours client. La fiche produit ne vend pas l’abonnement. Elle donne envie du produit : belles photos, description, transparence sur les ingrédients. La transaction, elle, se passe dans un tunnel multi-étapes qui vient juste après.

« Au début tu pourrais te dire ce n’est pas un abonnement mais tu t’en rends compte. Enfin attends, je dis pas de bêtises. Tu le vois mais c’est pas non plus le focus de la page produit quoi. Non, le focus de la page produit c’est de donner envie. »

C’est exactement le problème que la plupart des marques esquivent. Le modèle d’abonnement e-commerce crée une friction cognitive chez l’utilisateur – il sait qu’il s’engage sur la durée. Si tu mets ce fait en avant dès la fiche produit, tu perds une partie du trafic avant même qu’il ait eu envie du produit.

Le tunnel en lui-même est construit autour d’un pack d’essai à 4,90€ frais de port inclus. Pour SPRiNG, c’est clairement un coût d’acquisition intégré, pas une vente rentable. L’utilisateur configure sa fréquence de livraison – non pas en se demandant « combien de lessives par mois » (trop abstrait) mais en répondant à « combien de machines tu fais par semaine » (concret, tout le monde sait). SPRiNG recalcule la fréquence optimale. Malin.

Dans le tunnel, le cross-sell arrive après la configuration. Et les chiffres parlent : plus d’un utilisateur sur deux prend plus d’un produit dès la première commande. La moyenne monte à deux abonnements par abonné. Sur un modèle d’abonnement e-commerce où chaque abonnement supplémentaire améliore directement la LTV, c’est un levier énorme.

Shopify headless et mobile first : quand le CMS devient un frein

Stack de départ : Shopify + Recharge pour gérer la logique métier de l’abonnement (consentement, stockage des cartes via Stripe, déclenchement des livraisons à la bonne fréquence). Classique, fonctionnel.

Sauf que rapidement, le front Shopify montre ses limites sur mobile. 75% du trafic de SPRiNG est mobile. Et le taux de conversion mobile était 50% plus bas que sur desktop. Pas 10%, pas 20% – 50%.

« On trouvait qu’à chaque fois il y avait des problèmes de taille de typo, de marge… sur des UX beaucoup plus custom, donc des tunnels, ça arrive aux limites de ce qu’on peut faire avec Shopify. »

La solution : passer en headless. Shopify reste pour le back – base clients, commandes, interface logistique. Mais le front devient un site développé avec le store builder de Wons.ap, une start-up française, en React JS et Next JS. Deux codes différents, une seule URL. Un site mobile optimisé pour mobile, un site desktop optimisé pour desktop – pas un site responsive qui « se tord » pour s’adapter.

Résultat : le taux de conversion mobile a rattrapé quasiment celui du desktop. (Ce qui est rare dans le secteur – la plupart des marques acceptent l’écart comme une fatalité.)

Le conseil que donne Ben est contre-intuitif pour beaucoup d’équipes : designer d’abord le mobile, adapter ensuite le desktop. Pas l’inverse. Sur mobile, la contrainte de l’écran force à prioriser l’information. Sur desktop, tout rentre – et du coup, rien n’est vraiment hiérarchisé. Et pour qui s’interroge sur la création d’une boutique Shopify, cette limite du responsive mérite d’être anticipée dès le départ.

Un autre truc que j’ai relevé – et qu’on voit rarement documenté – c’est l’usage des « drawers » sur mobile. Ces tiroirs qui se superposent à l’image produit quand tu cliques, que tu peux refermer avec le pouce. C’est un pattern d’application mobile, pas de site web. Et c’est exactement là où SPRiNG veut aller : une navigation pensée pour un seul pouce, pas pour une souris.

L’itération permanente sur le modèle d’abonnement e-commerce : 35 releases par an

30 à 35 releases du site par an. Ça fait un sprint de 10 jours, une modification du tunnel, et on recommence. Chaque release contient généralement un changement dans le tunnel : une photo, un mot, l’ordre des questions, l’ordre des étapes.

Ce n’est pas de l’agitation. C’est une mécanique de test structurée. Sur la landing page – que SPRiNG a conçue comme une page dédiée centrée sur la lessive, même si c’est la home – des dizaines de versions ont été testées en multivariant, avec le trafic Facebook réparti entre différentes variantes. On garde la meilleure, on crée deux nouvelles versions, on reteste.

« Même quand tu es arrivé à un certain taux de conversion, on est dans l’amélioration continue et on pense qu’on peut aller gratter 0,5 points de plus. Et c’est énorme en terme d’impact sur le coût d’ac – parce que la performance sur le site, on est 100% responsables. »

Cette dernière phrase résume quelque chose d’important. Sur les plateformes publicitaires, une partie du coût d’acquisition t’échappe – algorithmes, concurrence, changements iOS 14. Sur le site, tu contrôles tout. C’est là que l’énergie doit aller en priorité. C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux des DNVB qui réussissent : optimiser ce qu’on maîtrise avant de s’épuiser sur ce qu’on ne maîtrise pas.

Pour mesurer tout ça, SPRiNG a investi dès le départ sur la data : tracking, attribution, data warehouse propre sur Google BigQuery, visualisation. Ben développe pas – mais il sait exactement ce dont il a besoin, et il externalise les parties ultra-techniques. C’est une distinction importante. Le fondateur qui comprend la structure de données sans savoir coder est bien plus dangereux – dans le bon sens – que celui qui attend que son dev lui produise des tableaux de bord.

Canaux d’acquisition : Facebook d’abord, puis là où l’audience est

Facebook et Instagram comme base. Google en parallèle – mais avec une réalité de marché à accepter : il n’y a pas autant de recherches sur « lessive » que sur « basket » ou « iPhone ». Le SEO et le SEA sur cette catégorie, c’est bon à prendre, mais c’est limité.

Ce qui a changé la donne, c’est la hausse des coûts d’acquisition post-déconfinement et post-iOS 14 sur Facebook. SPRiNG a alors élargi vers Snap et TikTok – non pas parce que c’est à la mode, mais parce que les formats vidéo qui fonctionnaient bien sur Facebook (Laure qui parle, des clients qui témoignent) sont proches de ce qui performe sur ces plateformes. Avec des adaptations spécifiques à chaque canal – pas de copier-coller.

L’influence marketing et l’affiliation complètent le dispositif. Sur l’affiliation notamment, le marketing de l’affiliation reste un canal souvent sous-estimé par les DTC, surtout quand le modèle d’abonnement crée une LTV suffisante pour rémunérer correctement les affiliés.

Pinterest ? « On fait un peu dans l’ordre. » Ce qui est honnête. La discipline de ne pas se disperser – faire moins de canaux mais les creuser à fond – est exactement ce qui a permis à SPRiNG de valider sa mécanique avant de la scaler.

Rétention et LTV : ce que le payback à 12 mois implique vraiment

Sur un modèle d’abonnement e-commerce, le payback prend du temps. Ben le dit clairement : pour mesurer la vraie rentabilité d’une cohorte d’abonnés selon le canal d’acquisition, il faut attendre un an. La rétention à 12 mois, tu ne l’as qu’au bout de 12 mois. Évident – mais les implications opérationnelles sont rarement tirées jusqu’au bout.

Ça veut dire ne pas « cramer trop vite ». Ça veut dire tracker les UTM dès le premier jour pour savoir exactement quelle audience, quelle pub, quel canal a généré chaque abonné. Et ça veut dire accepter de piloter avec des données partielles pendant les premiers mois.

La rétention, selon Ben, commence bien avant l’email. Le premier facteur : la qualité du produit. Banal à dire, mais si la lessive ne lave pas bien, aucune séquence de nurturing ne sauvera le taux de churn. Viennent ensuite la fiabilité du packaging – des capsules qui arrivent écrasées, c’est un abonné perdu -, la ponctualité des livraisons, et l’expérience d’unboxing.

L’email marketing et le CRM travaillent l’upsell et le cross-sell après la première commande. Avec un indicateur clé : le nombre d’abonnements par abonné. Plus il est élevé, plus la LTV monte, plus le modèle d’abonnement e-commerce tient la route économiquement. SPRiNG vise à déclencher un deuxième abonnement dès le tunnel initial – et y arrive plus d’une fois sur deux.

Ce qui reste en suspens dans cet épisode – et que Danilo n’a pas eu le temps de creuser – c’est le détail de la séquence email post-achat. Quels déclencheurs, quelles offres, quelle cadence. On sait que Recharge gère la logique métier, on devine que le CRM fait le reste. Mais là, il faudrait un troisième épisode. Pour comprendre comment les marques qui réussissent transforment un service client en levier de rétention, la stratégie e-commerce de Snowleader offre un angle complémentaire intéressant.

Le modèle d’abonnement e-commerce de SPRiNG n’est pas un template reproductible à l’identique – et Ben ne prétend pas que c’est le cas. Ce qui est reproductible, en revanche, c’est la rigueur : data dès le jour 1, patience sur le payback, itération permanente sur ce qu’on contrôle vraiment. Le reste – les plateformes, les algorithmes, les CPM qui s’envolent – c’est subi, pas choisi.

Questions fréquentes

Comment fonctionne le modèle d'abonnement e-commerce de SPRiNG ? +
SPRiNG propose uniquement l'abonnement - pas d'achat unique. Le client commence par un pack d'essai à 4,90€ frais de port inclus, configure sa fréquence de livraison selon le nombre de machines qu'il fait par semaine, et se voit proposer des produits complémentaires dans le tunnel. Plus d'un abonné sur deux souscrit à plusieurs produits dès la première commande, avec une moyenne de deux abonnements par abonné.
Quel CMS utiliser pour un modèle d'abonnement e-commerce ? +
SPRiNG utilise Shopify pour le back-office (base clients, commandes, logistique) combiné à Recharge pour la logique métier de l'abonnement. Pour le front-end, ils sont passés en headless avec le store builder de Wons.ap, développé en React JS et Next JS, pour avoir un site mobile vraiment optimisé pour mobile et non plus un site responsive qui s'adapte.
Comment améliorer le taux de conversion sur mobile pour un site d'abonnement ? +
Ben Guerville conseille de designer d'abord le site mobile, puis d'adapter le desktop - et non l'inverse. SPRiNG a réussi à ramener son taux de conversion mobile au niveau du desktop en passant en headless. Ils travaillent aussi des patterns d'application mobile comme les drawers et une navigation pensée pour un seul pouce.
Comment calculer le payback sur un modèle d'abonnement e-commerce ? +
Le payback dépend de deux variables : le coût d'acquisition (visible immédiatement) et le taux de rétention à différents horizons (1 mois, 3 mois, 6 mois, 12 mois). Pour mesurer la rentabilité réelle d'une cohorte selon le canal d'acquisition, il faut attendre au minimum 12 mois. Cela implique un tracking UTM rigoureux dès le lancement et un data warehouse structuré.
Comment SPRiNG a-t-il trouvé ses premiers clients avant son lancement ? +
Lancée en plein confinement de 2020, SPRiNG a combiné une phase de co-création et une opération de pré-lancement sur 3 mois. Résultat : 100 000 emails de prospects récoltés avant même la première livraison. À l'ouverture des pré-commandes, cette base a converti les premiers milliers d'abonnés. SPRiNG a délibérément évité le crowdfunding pour ne pas livrer des produits des mois après les promesses.
Quels canaux publicitaires fonctionnent pour un modèle d'abonnement e-commerce ? +
SPRiNG a démarré sur Facebook et Instagram avec des formats vidéo (fondatrice qui parle, témoignages clients). Face à la hausse des CPM post-iOS 14, ils ont élargi à Snap et TikTok avec des créas adaptées à chaque plateforme, puis à l'influence marketing et à l'affiliation. Google reste limité sur la catégorie lessive faute de volume de recherches suffisant.

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