facebook ads ios 14

[BONUS] L’après iOS 14.5 : 7 experts donnent leur observation et solutions pour s’adapter

Épisode diffusé le 19 juillet 2021 par Danilo Duchesnes

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Le 26 avril 2021, facebook ads ios 14 est devenu le sujet numéro un dans les agences de pub. Pas parce que c’était une nouveauté – ça se préparait depuis des mois. Mais parce que les chiffres, eux, ne mentaient plus. Des clients qui voient leurs conversions baisser de 20, 30 %, des audiences de remarketing qui s’effondrent, un pixel qui devient à moitié aveugle. Danilo Duchesnes, fondateur de DHS Digital et gestionnaire de près de 200 000 € de budget pub mensuel sur Facebook et Instagram, a eu la bonne idée de rassembler sept praticiens pour en parler sans filtre dans un webinaire baptisé Kick Ads.

Le résultat, c’est une heure de discussion dense entre des gens qui ont les mains dans le cambouis. Joseph Donio (consultant depuis 2016, animateur du podcast No Pay No Play), Laura Albenois (consultante acquisition, ex-Germinal), Théo Lyon (fondateur de Codac), Jérémy Pou (ancien formateur Europe chez Facebook), Frédéric Puxdu (agence solo depuis 2016), et Julien de Méviville (Head of Social Ads chez Ad Premier) – tous confrontés aux mêmes dégâts, pas tous avec les mêmes solutions.

Ce qui m’a frappé en écoutant ce webinaire, c’est l’honnêteté. Personne ne vend un système miracle. Plusieurs reconnaissent qu’ils bricolent, qu’ils estiment, qu’ils tâtonnent. Et c’est précisément pour ça que ça vaut la peine d’en parler.

Ce que facebook ads ios 14 a vraiment cassé – au-delà du discours officiel

La mécanique de base, tout le monde la connaît. Apple a déployé son App Tracking Transparency (ATT) : chaque app doit désormais demander explicitement l’autorisation de tracker l’utilisateur hors de son environnement. Facebook, dont le modèle publicitaire repose précisément sur cette capacité à suivre les gens de site en site, a pris un coup direct.

Mais ce que les experts du webinaire soulèvent va plus loin que la perte de données brutes. C’est la fenêtre d’attribution qui a changé – Facebook n’affiche plus que les conversions à 7 jours, contre 28 jours avant. Pour certains clients e-commerce avec des paniers moyens supérieurs à 300 €, Danilo Duchesnes a chiffré la différence : entre 20 et 30 % des conversions disparaissent simplement parce qu’elles tombaient dans la fenêtre 7-28 jours. Ces achats ont eu lieu. Facebook ne les voit plus.

Et puis il y a le remarketing. Laura Albenois est directe là-dessus :

Principalement sur les clients e-commerce et notamment sur le remarketing j’ai vu une énorme baisse parce que les audiences sont beaucoup beaucoup baissé, c’est plus vraiment les mêmes tendances qu’on observe les audiences baissent, du coup on dépense moins de budget et donc on a des performances qui sont vraiment mauvaises quoi.

C’est exactement le problème. Les audiences custom basées sur le pixel rétrécissent – et un remarketing avec 200 personnes dedans, c’est de l’argent brûlé.

Ce que personne n’anticipait vraiment, c’est la vitesse. Théo Lyon rappelle que l’adoption d’iOS 14 était à 44 % au moment du webinaire (mi-juin 2021). La douleur est progressive, pas instantanée. Et elle n’est pas finie.

Le bidouillage noble : comment les pros modélisent ce qu’ils ne peuvent plus mesurer

Face à des données tronquées, les praticiens ont sorti les vieilles méthodes. Pas par nostalgie – par nécessité.

Joseph Donio a formalisé une approche que beaucoup appliquaient vaguement : la modélisation de conversion. Avant le déploiement d’iOS 14.5, il avait noté sur certains comptes la répartition entre conversions à 7 jours et conversions à 28 jours. Si 80 % des achats se faisaient dans les 7 premiers jours et 20 % entre 7 et 28 jours, il applique aujourd’hui un coefficient multiplicateur de 1,25 sur les données actuelles. C’est de la statistique basique. Mais c’est ce qu’on a.

Danilo Duchesnes a poussé la logique encore plus loin – dans le sens opposé à la sophistication :

On a essayé d’estimer le nombre de conversions générées par la pub en se basant sur le nombre de clics. On disait voilà, il y a eu 3000 clics et on prenait ensuite un taux de conversion historique sur par exemple 6 mois mais avant iOS 14 et on disait ben voilà potentiellement c’est ce qu’il y a eu comme conversion sur ton site.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais pour que ça tienne, il faut avoir eu l’intelligence de conserver ces données historiques – dans des tableurs, par email, peu importe. Ceux qui ne l’ont pas fait partent de zéro.

Il mentionne aussi un croisement intéressant avec Facebook Analytics (encore disponible à l’époque) : comparer le chiffre d’affaires que l’outil remonte avec celui du site du client. Si Analytics dit 30 000 € et le client voit 50 000 € dans son back-office – gros problème de pixel. S’il dit 35 000 €, c’est une perte marginale, le pixel tient la route. (Ce genre de triangulation est ce qui sépare les bons media buyers des techniciens qui ne regardent que le Business Manager.)

Pour mesurer l’impact réel d’iOS 14 sur vos campagnes, cette approche par triangulation des sources reste l’une des plus fiables à ce jour.

Rester dans l’écosystème Facebook : la stratégie que l’algorithme t’impose

Joseph Donio a lâché une observation que j’ai trouvée franchement pertinente – et un peu inconfortable :

J’ai l’impression que quelque part cette mise en place de l’ATT ça arrange un peu Facebook parce que ça va nous obliger à rester dans l’écosystème Facebook. De plus faire des redirections vers des sites ou des applis.

Voilà. Facebook perd de la data tierce, mais récupère une dépendance accrue à ses propres formats. Les formulaires natifs, le shopping intégré, les vidéos pour créer des audiences custom – tout ça reste invisible à Apple. Et tout ça génère des signaux que Facebook peut encore exploiter librement.

Concrètement, Joseph a basculé plusieurs campagnes de lead gen de l’objectif « conversion sur landing page » vers les formulaires natifs Facebook. Résultat : zéro perte de données. Tout reste dans l’environnement Facebook, le pixel ne sort jamais de la boîte.

Sur comment continuer à performer sur Facebook Ads après iOS 14, cette stratégie de rester « dans le jardin clos » de Facebook est souvent sous-estimée.

Il y a une concession à faire ici : la qualité des leads via formulaire natif est souvent inférieure à celle des leads venus d’une landing page bien construite. L’utilisateur clique sur le formulaire pré-rempli en deux secondes, sans avoir lu la proposition de valeur. Le taux de conversion en client final est généralement plus bas. C’est un arbitrage – pas une solution parfaite. Laura Albenois le dit clairement : elle a basculé ses clients lead gen sur les formulaires, mais elle distingue MQL (lead marketing) et lead sales. L’intention derrière la campagne change tout.

L’effet terrasse et le bandeau RGPD : le problème que personne ne voyait venir

Un auditeur du webinaire a posé une question qui a visiblement touché une corde sensible : est-ce que l’effet iOS 14 n’est pas partiellement biaisé par les nouveaux bandeaux de consentement RGPD ?

La réponse collective a été : oui, clairement, et on n’en parle pas assez.

Danilo Duchesnes a noté une chute significative entre le nombre de clics et les vues de page de destination – et cette chute remonte à février-mars 2021, pas à avril. Le déploiement des bandeaux de consentement renforcés a précédé iOS 14.5 et a déjà commencé à amputer la remontée d’événements du pixel. Les deux phénomènes se superposent, et la plupart des annonceurs attribuent tout à Apple.

Théo Lyon, lui, a nommé un troisième phénomène : l’effet terrasse. En juin 2021, les performances s’effondrent pendant quelques semaines. L’explication la plus simple ? Les gens sortent de chez eux. Ils passent moins de temps sur Facebook. Les CPM baissent différemment selon les secteurs. Là encore, ça se mélange avec iOS 14 dans les rapports. Séparer les causes, c’est un travail d’analyse que la majorité des annonceurs ne fait pas.

Et Théo tire la conclusion qui s’impose :

Ce qu’il faut dire c’est que cette data en fait toutes les solutions Facebook et cetera, c’est vraiment dépluissant. Cette data elle est partie, on l’aura plus et en fait il faut se réadapter à cette nouvelle réalité.

Ce n’est pas du défaitisme. C’est le seul point de départ sérieux.

Les comptes bloqués et les pop-ups rouges : Facebook anxiogène par défaut

Julien de Méviville a évoqué une période post-élections américaines marquée par des rejets de pubs incompréhensibles et des comptes désactivés sans raison apparente. Frédéric Puxdu confirme qu’en janvier-février 2021, il a vu plusieurs comptes clients se faire bloquer en rafale – une vague algorithmique, pas des violations réelles.

Jérémy Pou (ex-Facebook, donc il sait de quoi il parle) reconnaît que la plateforme a correctement préparé les annonceurs en amont : guides dans le Business Manager, vérification de domaine guidée étape par étape, notifications dans l’interface. Mais il pointe un problème d’exécution :

Les pop-ups qui reviennent à l’infini, ça c’est pas faux. On est toujours… je peux plus moi ces pop-ups. C’est insupportable. Parfois on fait la manipulation, mais si on veut plus te dire qu’on l’a fait on la voit toujours et les clients nous disent mais pourquoi est-ce qu’il me dit encore de vérifier mon domaine.

Et c’est souvent là que ça coince avec les clients. Ils voient une bannière rouge dans leur Business Manager et appellent en panique. Six mois après le déploiement, la plateforme continue d’alerter sur des choses déjà traitées. Ce n’est pas un bug – c’est un choix de design. Un choix qui coûte du temps et de la confiance.

Pour éviter que votre compte publicitaire Facebook soit bloqué, la documentation et la propreté des comptes restent les meilleures assurances – surtout en période de turbulence algorithmique.

Trois directions concrètes pour piloter dans le brouillard

Joseph Donio a articulé ce qui ressemble à la feuille de route la plus pragmatique du webinaire.

Première direction : les audiences custom de source Facebook. Vidéos vues, interactions avec les formulaires, visiteurs du profil Instagram – tout ce que Facebook peut mesurer sans dépendre du pixel tiers. Pour le retargeting Facebook après iOS 14, ces audiences « first party Facebook » deviennent le nouveau remarketing.

Deuxième direction : élargir les fenêtres de remarketing. Avant, Joseph faisait du retargeting à 7 ou 14 jours avec des audiences fines. Aujourd’hui, avec des audiences qui rétrécissent, il élargit à 30, 60 jours. Moins de précision chirurgicale, mais assez de volume pour que l’algorithme travaille.

Troisième direction, et c’est Théo Lyon qui l’a formulée le mieux : piloter sur des indicateurs macro plutôt que micro. Exit le cost per purchase campagne par campagne. Bonjour le ROMI (Return on Marketing Investment) global. Est-ce que Facebook génère de l’incrémentalité sur le chiffre d’affaires total ? C’est la question qui compte. Et pour y répondre, les sondages post-achat, le croisement Google Analytics – Business Manager, la comparaison des périodes – c’est ce qui reste quand le pixel ne suffit plus.

Et ça, c’est finalement revenir à ce que le marketing a toujours été avant que le tracking parfait nous rende paresseux : de l’observation, de la modélisation, du jugement. Pas très sexy comme conclusion. Mais c’est là où on en est.

Pour les annonceurs qui veulent aller plus loin sur la stratégie Facebook Ads basée sur la data, l’analyse fine des indicateurs macro est probablement la compétence la plus sous-développée dans les équipes actuelles.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'iOS 14 a changé concrètement pour facebook ads ios 14 ? +
Apple oblige désormais chaque app à demander explicitement l'autorisation de tracker l'utilisateur hors de son environnement. Pour Facebook, cela signifie que le pixel ne remonte plus les événements des utilisateurs ayant refusé le tracking - soit une majorité d'utilisateurs iOS. La fenêtre d'attribution a aussi été réduite de 28 jours à 7 jours, ce qui fait disparaître mécaniquement 20 à 30 % des conversions sur certains comptes e-commerce avec des paniers élevés.
Comment gérer l'attribution facebook ads ios 14 quand les données manquent ? +
Plusieurs approches coexistent. La modélisation par coefficient : si historiquement 20 % de vos conversions tombaient entre 7 et 28 jours, appliquez ce facteur correcteur sur vos données actuelles. La triangulation : comparez ce que Facebook Analytics remonte avec le chiffre d'affaires réel de votre client. L'estimation par clics : prenez votre volume de clics actuel et appliquez un taux de conversion historique calculé avant le déploiement d'iOS 14. Aucune de ces méthodes n'est parfaite, mais combinées elles donnent une image raisonnablement fiable.
Le remarketing est-il encore viable avec facebook ads ios 14 ? +
Le remarketing basé sur le pixel classique souffre fortement - les audiences custom site web s'effondrent faute de signaux. Deux alternatives tiennent la route : les audiences custom de source Facebook (vidéos vues, interactions avec les formulaires natifs, engagement Instagram) qui ne dépendent pas du pixel tiers, et l'élargissement des fenêtres de remarketing à 30-60 jours pour conserver du volume. Ce n'est pas le même remarketing qu'avant. C'est moins précis. Mais ça reste utilisable.
Faut-il passer en formulaires natifs Facebook pour contourner les problèmes ios 14 ? +
C'est la solution la plus radicale et la plus efficace pour préserver le tracking : tout reste dans l'écosystème Facebook, Apple ne peut pas y toucher. Le problème, c'est la qualité des leads. Un formulaire pré-rempli en deux clics génère souvent des contacts moins qualifiés qu'une landing page qui a pris le temps de convaincre. La décision dépend de votre objectif : volume de leads (formulaire natif) ou qualité maximale (landing page avec acceptation du taux de déperdition sur le tracking).
L'effet d'iOS 14 sur facebook ads est-il vraiment séparable du RGPD ? +
Honnêtement, non - et c'est un angle que peu d'analyses abordent. Les bandeaux de consentement RGPD renforcés ont commencé à impacter la remontée d'événements pixel dès février-mars 2021, avant même le déploiement d'iOS 14.5 en avril. Les deux phénomènes se superposent dans les données. Ajouter l'effet saisonnier (la terrasse, la météo, le comportement des utilisateurs qui sortent en été) et vous avez trois causes simultanées que la plupart des annonceurs attribuent entièrement à Apple.
Comment piloter ses campagnes facebook ads ios 14 quand le tracking est dégradé ? +
La réponse des praticiens du webinaire converge vers le pilotage macro. Exit le cost per purchase campagne par campagne comme seul indicateur. Il faut regarder le ROMI global (Return on Marketing Investment) : est-ce que mes dépenses Facebook génèrent de l'incrémentalité sur mon CA total ? Pour répondre à cette question, croisez Google Analytics, le Business Manager, les données CRM et si possible des sondages post-achat. C'est plus laborieux que de lire un tableau de bord Facebook. Mais c'est ce qui reste quand le pixel ne voit plus tout.

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