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Croissance soutenue vs croissance violente : les coulisses de DHS Digital en janvier | Chronique #28

Épisode diffusé le 4 février 2022 par

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La croissance agence digitale, c’est souvent racontée comme une success story propre sur LinkedIn – des courbes qui montent, des équipes qui doublent, des photos de team building ensoleillés. Danilo Duchesne, fondateur de DHS Digital, une agence Facebook Ads de 7 personnes basée en France, a choisi de raconter autre chose : la friction, les erreurs de casting, les réunions qui partaient en vrille. Et ça, c’est nettement plus utile.

Janvier 2022. L’agence gère 20 clients, dépense 234 422 € sur l’ensemble de ses comptes Facebook, et affiche une croissance de 10 % par rapport à décembre. Sur le papier, tout va bien. Mais Danilo a décidé cette année de changer la façon dont il mesure ce ‘tout va bien’. Et c’est là que ça devient intéressant.

Ce qui suit, c’est une plongée dans les décisions concrètes d’une agence qui grandit sans se brûler les ailes. Pas de formule magique. Pas de growth hack. Juste des choix, avec leurs conséquences.

Quand viser trop haut finit par dégoûter de la croissance agence digitale

Trois ans de suite. Trois fois des prévisions trop ambitieuses. Et à chaque fin d’année, malgré une vraie progression, Danilo terminait avec un goût amer dans la bouche.

« Malgré le fait de voir une évolution, de voir les revenus augmenter, j’avais toujours un peu ce sentiment de déception, à la fois durant l’année et à la fin de l’année parce que je me disais qu’on n’était pas aussi bien que ce que j’avais prévu au départ. »

C’est exactement le problème. On se crée un plafond imaginaire, et on passe l’année entière à regarder en l’air plutôt que le chemin parcouru.

En 2020, DHS avait fait +120 % de croissance par rapport à 2019. En 2021, +60 % – au lieu des 80 % prévus. Et pourtant : frustration. Le chiffre d’affaires comme unique baromètre du succès, c’est une vision froide – et Danilo le dit lui-même. Trop froide pour une boîte construite par passion, trop froide pour des équipes qui bossent vraiment.

Du coup, pour 2022, il a changé de focale. Exit la comparaison prévisionnel vs réel. Place à l’évolution mois par mois. La croissance agence digitale ne se lit plus comme un écart à combler, mais comme une direction à confirmer.

Est-ce que ça règle tout ? Non. Mais ça évite de finir l’année déçu d’avoir fait +60 %. Et franchement, peu d’entrepreneurs auraient cette lucidité-là à 40 ans de chiffre d’affaires croissant.

Le recrutement, ce gouffre temporel que personne ne documente vraiment

Vingt heures. C’est le temps que Danilo a passé en janvier à faire des entretiens pour un seul poste d’account manager. Quinze entretiens. Huit candidats. Cinq heures par semaine, tout le mois.

Le contexte : DHS fonctionne en business units – des cellules internes composées d’un account manager, un media buyer et un créatif. Deux business units en tout. Sauf que la deuxième n’avait que deux personnes au lieu de trois, ce qui créait un déséquilibre réel dans la charge de travail.

« C’est jamais facile de recruter quelqu’un, surtout que finalement j’ai recruté que six personnes. Donc pour l’instant, ça se passe très bien et donc à chaque fois, je suis hyper prudent sur la personne que je vais faire entrer dans l’entreprise. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais derrière cette prudence, il y a un vrai process en trois phases – découverte, évaluation des compétences, psychologie – que Danilo avait déjà détaillé dans sa chronique sur le recrutement d’A-Players. Ce que j’ai trouvé pertinent, c’est qu’il ne cherche pas seulement une compétence. Il cherche quelqu’un qui s’intègre dans une culture existante, avec une vision à 1-2 ans.

Ce qui m’agace avec beaucoup de contenus sur le recrutement, c’est qu’ils traitent ça comme un process RH propre et linéaire. Dans une agence de 7 personnes, c’est tout sauf ça. Chaque recrue change l’équilibre de l’équipe entière. Et 20 heures pour un seul poste, c’est le prix de cette réalité-là.

Croissance agence digitale et diversification : le cas Google Ads en marque blanche

L’année dernière, DHS a perdu des clients. Pas à cause d’un mauvais boulot. Pas à cause de résultats décevants. Mais parce que l’agence ne proposait pas Google Ads.

C’est brutal à entendre. Tu fais du bon travail, tu as une bonne relation client, et tu perds quand même parce que quelqu’un d’autre a un catalogue plus large. La croissance agence digitale, à ce niveau-là, dépend aussi de la complétude de l’offre – pas seulement de la qualité d’exécution.

« Certaines de ces entreprises sont parties vers d’autres agences parce que d’autres agences proposaient un service plus complet que le nôtre. Vous imaginez bien que ça crée des frustrations de se dire qu’on fait du bon travail, on a une bonne relation avec nos clients, mais certains finissent par partir. »

Voilà. Et la réponse de Danilo n’est pas de recruter un expert Google Ads en interne – ce serait trop lourd pour une boîte de 7. À la place : un partenaire en marque blanche. Quelqu’un qui délivre la prestation sous le nom de DHS, pendant que l’agence apprend à maîtriser le sujet. Si ça marche, internalisation possible. Sinon, pas de coût fixe superflu.

C’est une approche que je trouve cohérente avec la vision marathon qu’il défend. (Et c’est rare dans le secteur, où beaucoup d’agences promettent tout, livrent à moitié, et sous-traitent dans l’urgence sans structurer la relation.) La question qui reste ouverte : comment tu gardes la qualité quand tu externalises quelque chose que tu ne maîtrises pas encore toi-même ?

Ce que les réunions de DHS Digital révèlent sur l’organisation d’une agence qui grandit

Danilo parlait 80 % du temps lors des réunions hebdomadaires. Il l’a réalisé en discutant avec son équipe – pas tout seul dans son coin. Et au lieu de défendre sa posture de chef, il a changé.

Deux types de meetings maintenant. D’abord les réunions opérationnelles clients – chaque personne expose ses problèmes sur ses comptes, l’équipe réfléchit ensemble aux solutions. Ensuite les réunions de growth – toutes les deux semaines, avec Danilo, Géraldine (opérations) et les account managers – pour suivre les chiffres, les prospects, les projets.

Ce qui a changé concrètement ? Chacun a du temps de parole. Le sentiment d’implication est là. Et Danilo n’est plus le seul à porter la vision de la croissance agence digitale – elle devient collective, ce qui est loin d’être évident à mettre en place. Pour ceux qui cherchent à mieux organiser leur temps de travail en équipe, cette séparation opérationnel/stratégique vaut vraiment le coup d’être testée.

Il y a aussi le passage au full remote. L’année dernière : présence au bureau les lundis et vendredis. Résultat : une ambiguïté constante. Est-ce qu’on vient ? Est-ce qu’on est pénalisés si on ne vient pas ? Cette demi-culture remote créait plus d’anxiété qu’elle n’en réduisait.

« Cette culture à moitié remote n’était pas l’idéal pour tout le monde parce que déjà certaines personnes étaient en remote par la force des choses. »

Résolution radicale : full remote, point. Et ça marche. (Ce qui n’est pas garanti pour toutes les agences – ça demande une infrastructure de communication solide et une vraie discipline individuelle.)

Dernier changement organisationnel : les sprints de 2 à 4 semaines pour tester des idées internes. Exemple concret : remplacer Slack par l’email pour la communication client. L’idée paraissait contre-intuitive en 2022 – tout le monde était sur Slack. Mais la pression des notifications permanentes nuisait à la concentration et à la qualité des réponses. Testé pendant 2 semaines. Concluant. Adopté.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais aimé lire quelque part – c’est que la vraie innovation organisationnelle dans une agence, c’est souvent d’arrêter de faire des choses que tout le monde fait parce que tout le monde les fait.

Les chiffres de janvier 2022 : ce que la croissance agence digitale ressemble vraiment

234 422 €. C’est la dépense totale gérée sur l’ensemble des comptes Facebook de DHS en janvier 2022. Pas le chiffre d’affaires de l’agence – la dépense publicitaire des clients. C’est le vrai indicateur de volume dans ce métier.

Sur les revenus propres de l’agence : +10 % par rapport à décembre 2021. Pas spectaculaire. Mais positif, et surtout – aucun client perdu. Taux de fidélisation de 100 % sur le mois. Deux nouveaux clients signés. 80 créas produites pour l’ensemble du portefeuille.

Côté podcast : 20 330 écoutes en janvier, contre 13 698 en décembre. Soit +48 %. Meilleur mois depuis le lancement. (Avec un petit flou sur les chiffres – Chartable affiche 27 000 écoutes, l’hébergeur 20 330. Danilo a choisi de garder les chiffres de l’hébergeur. Ce genre de transparence sur les données imparfaites, c’est rare.)

Ce qui m’a frappé dans cette présentation des chiffres, c’est l’absence de benchmarking externe. Pas de ‘nos concurrents font X’. Pas de ‘la moyenne du secteur c’est Y’. Juste : est-ce qu’on va dans le bon sens par rapport à nous-mêmes le mois dernier ? C’est cohérent avec la philosophie marathon qu’il défend – et c’est aussi une façon de protéger sa santé mentale dans un secteur où les chiffres des autres sont constamment brandis comme des étendards.

Pour aller plus loin sur la structuration des objectifs d’une agence, le bilan 2021 et les objectifs 2022 de Danilo donne un contexte utile sur la logique de progression sur plusieurs années.

Ce que cette chronique dit vraiment sur la croissance agence digitale aujourd’hui

Marathon, pas sprint. Danilo le dit, et ce n’est pas une posture – c’est une décision qui coûte quelque chose. En visant 77 % de croissance pour 2022 au lieu de 120 %, il laisse potentiellement de l’argent sur la table. Ou il se préserve. Ou les deux.

Ce que j’ai trouvé honnête dans cette chronique, c’est la concession sur LinkedIn. Il regarde les bilans des autres entrepreneurs – ceux qui passent de 5 à 20 salariés en un an, qui affichent des chiffres monstrueux – et qui admettent eux-mêmes être au bord du burnout. Et il dit clairement : ce n’est pas ce que je veux pour moi.

C’est une position qui ne plaira pas à tout le monde. Certains diront que c’est de la rationalisation pour une croissance moins forte. Peut-être. Mais dans un secteur où la croissance agence digitale est souvent mesurée uniquement en clients acquis et en chiffre d’affaires, voir quelqu’un intégrer explicitement le bien-être de l’équipe et le sien propre comme KPI – c’est au moins une conversation à avoir.

Pour ceux qui construisent leur propre structure, les réflexions de Maxime Baumard sur comment construire une équipe marketing apportent un contrepoint intéressant depuis l’univers scale-up. Et si la question de passer de consultant à agence vous travaille encore, Danilo en avait parlé dans un autre format – beaucoup moins rose que les posts LinkedIn habituels sur le sujet.

Mais bon. La vraie question que cette chronique laisse ouverte, c’est celle-ci : à quel moment la croissance agence digitale devient-elle un objectif en soi plutôt qu’un moyen ? Et est-ce que quelqu’un a vraiment une réponse à ça ?

Questions fréquentes

Comment gérer la croissance agence digitale sans burnout ? +
La clé, selon Danilo Duchesne de DHS Digital, c'est de mesurer la progression mois par mois plutôt que de se comparer à des prévisions arbitraires fixées en début d'année. Viser une croissance soutenue - 60 à 77 % par an - plutôt qu'une explosion à 120 % qui épuise les équipes. Et intégrer explicitement le bien-être comme indicateur de réussite, pas seulement le chiffre d'affaires.
Quelle organisation pour une agence en full remote ? +
DHS Digital a remplacé une présence partielle au bureau par un full remote complet, avec deux types de réunions séparées : une réunion opérationnelle hebdomadaire sur les comptes clients, et une réunion de growth bimensuelle sur les objectifs et la stratégie. La communication client est passée de Slack à l'email pour réduire la pression des notifications.
Comment facturer Google Ads quand on est une agence Facebook Ads ? +
La solution adoptée par DHS Digital : le partenariat en marque blanche. Trouver un consultant Google Ads externe qui délivre la prestation sous le nom de l'agence, sans recruter en interne. Si les résultats sont au rendez-vous, internaliser par la suite. Cela évite un coût fixe lourd pour une compétence non encore maîtrisée.
Combien de temps prend le recrutement dans une agence de taille intermédiaire ? +
Pour un seul poste d'account manager, Danilo Duchesne a consacré environ 20 heures sur un mois - 15 entretiens avec 8 candidats. Soit 5 heures par semaine. Ce chiffre est souvent sous-estimé dans les plans de recrutement des petites agences.
Quelle est la croissance agence digitale réaliste pour une agence Facebook Ads en 2022 ? +
DHS Digital visait 77 % de croissance pour 2022, après avoir réalisé 60 % en 2021 et 120 % en 2020. Ces chiffres élevés s'expliquent en partie par une base de revenus encore modeste en 2019-2020. Une croissance soutenue de 50 à 80 % est atteignable pour une agence bien positionnée, mais elle demande une organisation solide et des clients fidèles.
Comment structurer les réunions d'équipe dans une agence marketing ? +
Séparer opérationnel et stratégique. Un meeting hebdomadaire où chaque membre expose ses problèmes clients et propose des solutions collectivement. Un meeting bimensuel avec les managers pour suivre les chiffres, les prospects et les projets de croissance. Cette séparation évite que le fondateur monopolise la parole et que les opérationnels soient noyés dans des discussions stratégiques qui ne les concernent pas directement.

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