créer une agence digitale en partant littéralement de rien – pas de clients, pas de réseau, un salaire de 963 euros par mois dans une startup belge de car sharing – c’est le pari que Danilo Duchesnes a réussi en moins de deux ans. Fondateur de DHS Digital, une agence qui aide les e-commerçants francophones à scaler leurs campagnes Facebook, il a raconté son parcours sur le podcast Les Entrepoteurs d’Alex Vizeo. Et franchement, c’est une de ces histoires qui dérangent un peu. Parce qu’elle est trop nette, trop linéaire pour être vraie – sauf qu’elle l’est.
Ce qui m’a accroché dans cet épisode, c’est pas le côté ‘success story à la française’. C’est la série de décisions qui auraient pu mal tourner. Un refus d’offre d’emploi à Malte. Une première cliente non payée. Un concurrent licencié un an plus tard. Et un blog lancé presque par accident en juin 2017, qui tourne aujourd’hui à plus de 100 000 visiteurs mensuels.
La question que tout le monde se pose – et que personne ne pose vraiment – c’est : est-ce que c’était du talent ou juste un bon timing ?
Un blog lancé par accident, une agence construite par opportunisme – au bon sens du terme
Juin 2017. Danilo est encore en alternance dans une startup bruxelloise spécialisée dans le car sharing. Il sait que son contrat s’arrête deux mois plus tard. Alors il fait ce que font les gens qui ont un peu trop de temps et pas assez de certitudes : il lance un blog. Sur la stratégie digitale et la publicité Facebook.
Ce qui est intéressant, c’est que l’intention n’était pas claire dès le départ. Il voulait peut-être une crédibilité pour trouver un emploi dans une agence. Ou construire une activité de consulting. Ou vendre des formations. Ou tout ça en même temps. Du flou, assumé.
« Il y avait à la fois créer une autorité et une crédibilité au cas où je cherche un emploi dans une agence, mais le but final, c’était de l’utiliser pour soit construire un business de consulting, de formation, une agence. Et j’avais toutes ces idées en tête mais j’étais très flou étant donné que je connaissais pas encore grand-chose en business. »
Ce flou-là, je le reconnais. C’est souvent de là que partent les projets qui tiennent dans le temps.
Quatre à cinq mois après le lancement, des gens commencent à le contacter. Des milliers de visiteurs par mois, quelques messages du genre ‘c’est super bien expliqué, est-ce que vous pouvez gérer nos campagnes’. La première cliente ? Une chocolatière en ligne. Et Danilo lui propose quelque chose d’assez radical : un mois de gestion gratuite, pour prouver qu’il peut livrer des résultats.
« Écoute, j’ai pas d’expérience là-dedans, je sais même pas combien te facturer. Est-ce que ça te dérange pas que je gère tes campagnes et si après dans un mois, on a des résultats, tu me donneras ensuite de l’argent. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais à 963 euros par mois, c’est pas rien de parier sur soi.
Le refus de Malte – la décision qui a tout changé
Fin novembre 2017. Une agence digitale à Malte lui fait une offre sérieuse. 1600 euros par mois – presque le double de son salaire d’alternant. Une expérience à l’étranger, ce qu’il cherchait. Un job dans son domaine. Coché, coché, coché.
Il prend cinq jours pour réfléchir. Ses parents l’écoutent (son père lui demandait encore quand il allait trouver ‘un vrai métier’). Et il dit non.
La raison ? Pas une révélation mystique. Juste une intuition que ses petites missions de freelance – même à moitié gratuites – représentaient quelque chose que l’agence ne pouvait pas lui donner : la construction de son propre truc. Pour ceux qui hésitent encore entre salariat et indépendance, les leçons après 3 ans d’entrepreneuriat qu’il a détaillées ailleurs donnent une idée de ce que ce choix a produit concrètement.
Six mois après ce refus, Danilo se payait plus ou moins l’équivalent du salaire maltais – après impôts et charges. Et il venait d’intégrer un co-working à Bruxelles.
« Je me suis dit en vérité finalement même si j’aurais… si je pouvais pas savoir… déjà après un an, je savais déjà que j’avais fait le bon choix puisque le salaire que je gagnais finalement que je pouvais me payer en tant qu’indépendant était plus élevé. »
Un an plus tard, Vincent – le recruteur maltais qui l’avait suivi sur LinkedIn depuis son refus – lui revient avec une mission pour Nestlé. Danilo envoie une offre. Vincent disparaît une semaine. Puis revient : licencié. Le pôle digital de l’agence venait d’être fermé. (Ce genre de coïncidence, ça ne se fabrique pas.)
Pourquoi Facebook Ads et pas le SEO, l’influence ou le brand content
La question d’Alex Vizeo est directe : pourquoi Facebook Ads ? Dans le digital, il y a le SEO, l’influence, le brand content, Google Ads, le content marketing. Danilo aurait pu partir dans n’importe quelle direction.
Sa réponse tient en quelques arguments qui se tiennent vraiment. Google Ads, il trouvait ça ‘trop geek’ – les mots-clés à inclure, ceux à exclure, une logique nébuleuse sans partie créative. Le SEO, il y croit pour son blog, mais pas comme service vendu à des clients : ‘tu mets du temps, t’es pas sûr que ça va marcher, il y a beaucoup de concurrence’. Le brand content, il adore en créer – mais pour lui. Pas pour un client dans un secteur qui ne le passionne pas.
Facebook Ads, par contre, c’est mesurable. Immédiat. Et créatif à sa façon.
Ce point sur la créa est sous-estimé. Beaucoup de gens voient Facebook Ads comme du paramétrage pur : audiences, ciblage géographique, budgets. Danilo insiste sur autre chose – le texte publicitaire, le visuel, la logique de l’accroche. C’est là que se joue l’essentiel. Sans créa qui convertit, le paramétrage ne sert à rien. Pour ceux qui veulent aller plus loin sur la publicité Facebook et les tendances à suivre, c’est un bon complément à ce qu’il explique ici.
créer une agence digitale : les trois façons d’apprendre la pub Facebook quand on part de zéro
Alex pose une question que beaucoup de petits entrepreneurs se posent sans oser la poser : comment apprend-on Facebook Ads quand on est coiffeur, artisan, ou solo sans budget pour un prestataire ?
Danilo donne trois pistes. Pas théoriques – il les a testées lui-même.
La première, c’est Facebook Blueprint, le programme de certification officiel. Gratuit, complet, avec des certifications reconnues. Mais il prévient :
« Ils sont lourds, ils sont mal foutu, désolé Facebook mais ils sont… c’est pas toujours très bien expliqué, c’était parfois technique et tu sentais pas que tu pouvais l’appliquer directement. Tu avais la partie technique et pas stratégique. »
Voilà. Utile pour valider des bases, pas pour apprendre à piloter.
La deuxième piste – et c’est celle qui lui a vraiment servi – c’est d’aller chercher chez les Américains. Deux noms en particulier : Eric Medi et Jon Loomer. Des podcasts, des blogs, des épisodes hebdomadaires. Danilo prenait des notes dans Evernote, copiait-collait les frameworks, les appliquait. Et c’est ces mêmes notes qui ont alimenté ses premiers articles de blog – ceux qui ont été lus et qui lui ont ramené ses premiers clients. La boucle est là. Pour comprendre comment ce type de contenu construit une vraie crédibilité sur le long terme, l’épisode sur le pouvoir de la communauté pour les freelances apporte un éclairage complémentaire intéressant.
La troisième piste, il commence à l’évoquer mais l’épisode s’arrête avant qu’il la détaille vraiment. Ce qui est frustrant, mais honnête.
Ce que personne ne dit sur le pricing quand on démarre
963 euros par mois. C’est le salaire exact que Danilo gagnait en alternance chez Ubico. Il le cite avec une précision qui n’est pas anodine – c’est le repère contre lequel il a mesuré chacune de ses premières missions freelance.
Ses premières prestations payées ? Quelques centaines d’euros pour une école de langues à Bruxelles. Pas des milliers. Pas de gros contrat clé en main. Du pragmatisme total. Et une erreur classique de pricing qu’il reconnaît explicitement dans l’épisode – sans trop s’y attarder ici, mais qu’il a creusée dans d’autres formats.
Ce qui est contre-intuitif dans sa trajectoire, c’est que la première mission a été faite gratuitement – et c’est précisément ce qui lui a permis de la décrocher. Pas de négociation tarifaire, pas de questionnement sur sa légitimité. Une proposition simple : prouve d’abord, facture ensuite. Pour ceux qui se battent encore avec comment fixer le prix d’une prestation de services, cette séquence ‘gratuit puis payant’ mérite vraiment d’être réfléchie.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – enfin, ce que j’aurais voulu lire dans un article plutôt que de l’apprendre en regardant des freelances galérer – c’est que le premier client gratuit n’est pas une faiblesse de négociation. C’est un investissement en preuve sociale. Pas scalable, évidemment. Mais au démarrage, c’est souvent ce qui débloqueautres.
créer une agence digitale : ce que le personal branding a vraiment changé
100 000 visiteurs mensuels sur un blog. C’est le chiffre qu’Alex Vizeo glisse dans son intro comme si c’était normal. Ce ne l’est pas. La plupart des blogs de consultants en marketing plafonnent à quelques milliers de visites et finissent à l’abandon après six mois.
Ce qui a fonctionné pour Danilo, c’est une combinaison que peu de gens réussissent à tenir : un sujet ultra-spécifique (Facebook Ads pour l’e-commerce francophone), une régularité de publication construite sur des notes réelles de terrain, et une crédibilité ancrée dans des résultats mesurables – pas dans du personal branding vide.
Son blog n’était pas un outil de SEO au départ. C’était une preuve de compétence. Le SEO est venu après, presque par accident. Et c’est précisément pourquoi le contenu tient – il a été écrit pour convaincre des clients potentiels, pas pour plaire à un algorithme. La nuance est énorme. Et c’est là que la plupart ratent quand ils essaient de créer une agence digitale en copiant la forme sans comprendre la logique.
Alex Vizeo – ex-influenceur voyage reconverti en coach en personal branding – le perçoit immédiatement dans l’interview. Il insiste : ‘toi tu mets tes tripes dedans’. C’est peut-être le seul conseil qu’on ne peut pas templater. La question de la régularité éditoriale sur plusieurs réseaux est d’ailleurs un vrai sujet dès qu’on commence à vouloir amplifier ce type de présence.
Mais bon. 100 000 visites par mois, c’est aussi trois ans de travail. Et Danilo est le premier à dire que le SEO, ça lui donne pas de frissons. Il le fait parce que ça marche, pas parce qu’il adore ça. La différence entre les deux…

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