Le web3 pour les entrepreneurs, c’est soit le truc qui va tout révolutionner, soit la énième arnaque techno qui sera oubliée dans 18 mois. Flavie Prévot – ancienne cadre dirigeante reconvertie solopreneur, co-fondatrice du collectif Fleet spécialisé Web3, et host du podcast le Board – a une opinion assez tranchée là-dessus. Et ce qui est intéressant, c’est pas son opinion sur la techno. C’est ce qu’elle dit sur les usages concrets, les cas business, les trucs qu’on peut commencer à tester maintenant sans avoir à comprendre ce qu’est une clé privée.
J’ai passé du temps sur la transcription de l’épisode 148 du Podcast du Marketing, animé par Estelle Ballot. Et franchement, j’en suis sorti avec trois ou quatre idées que j’aurais dû avoir il y a deux ans. Pas sur la spéculation crypto. Sur le marketing.
Web1, Web2, Web3 : la version courte pour ceux qui n’ont pas le temps
Petit rappel qui évite de se perdre. Le Web1, c’était les sites statiques des institutionnels, au début d’Internet. Coder était réservé aux initiés. Le Web2 – celui qu’on utilise encore aujourd’hui – a tout changé : les blogs, les podcasts, les réseaux sociaux. N’importe qui pouvait publier. Démocratisation totale, en apparence.
Sauf que le Web2 a un gros problème que Flavie résume assez bien.
On prend le pouvoir mais on gagne pas d’argent ou peu puisque c’est les plateformes qui centralisent en fait tout ce contenu.
Voilà. Twitter, Meta, Google – ils ont bâti des empires sur ton contenu. Et toi tu as eu… des likes.
Le Web3, avec la blockchain comme technologie sous-jacente, propose une alternative. Un internet plus décentralisé où les créateurs récupèrent une partie du pouvoir. Du moins en théorie – Flavie est honnête là-dessus, les dérives existent déjà. Mais l’idée de fond est là. Et ce qui va dans le sens de la durée, ce n’est pas seulement la techno. C’est la culture qui va avec : décentralisation, transparence, communautés d’élection. Des valeurs qui sont déjà partout dans la société, indépendamment du Web3.
Pour les solopreneurs et indépendants qui se demandent si ça les concerne, la réponse courte c’est : oui. Mais pas forcément de la façon dont on le vend en ce moment.
NFT : arrêtons de parler de Bored Apes et parlons de ton business
Le problème avec les NFT, c’est l’image. On pense spéculation, on pense JPEG de singe vendu 300 000 dollars à des influenceurs qui ont trop de liquidités. Et du coup on passe à côté d’un outil qui, décapé de tout le bruit, est assez malin.
Flavie donne un exemple que j’ai trouvé particulièrement concret. Une amie qui lance une marque de chemises éco-responsables pour femmes entrepreneurs. Au lieu d’un crowdfunding classique – avec ses récompenses physiques, sa logistique, ses mails de relance – elle pourrait vendre 100 NFT à 100 euros pièce.
Vous participez à la création, je vous partage l’envers du décor et cetera. Et pourquoi c’est mieux qu’un crowdfunding ? C’est que derrière, les gens qui ont ton NFT ben déjà ils font partie du club, tu sais qui c’est, tu peux leur donner un accès privilégié à certaines choses.
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et ça l’est, techniquement parlant.
Le mécanisme qui change tout : les détenteurs peuvent revendre leur NFT. Si la marque décolle, le NFT prend de la valeur. Du coup les premiers acheteurs ont un intérêt direct à faire la promotion du projet – pas par altruisme, par intérêt. Et toi en tant que créatrice, tu touches des royalties à chaque revente si tu paramètres ça (Flavie cite 5% comme exemple courant).
Ce qui m’agace dans la façon dont on parle du web3 pour les entrepreneurs, c’est qu’on se focalise toujours sur les cas Gucci ou Louis Vuitton. Gucci qui vend des skins sur League of Legends pour habiller des avatars – des milliards générés, des marchés entièrement nouveaux ouverts. C’est inspirant, certes. Mais c’est pas utile si tu gères une activité de formation ou un SaaS B2B à 20 clients.
Les usages proches de toi, ils sont là. Crowdfunding avec communauté intégrée. Contrôle d’accès pour tes formations en ligne (fini le partage de mots de passe). Certification des compétences de tes apprenants. Fidélisation client avec badge inviolable.
Le Metaverse n’est pas ce que tu crois – et tu l’utilises peut-être déjà
Gather, g-a-t-h-e-r. C’est le nom de l’outil que Fleet utilise pour ses réunions d’équipe en remote, aux quatre coins du monde. Des petits avatars pixélisés – version Sims basse résolution – qui se croisent dans un espace virtuel, et quand deux avatars se rapprochent, une fenêtre de visioconférence s’ouvre automatiquement. Marrant. Et surtout plus naturel qu’une réunion Zoom à douze où tout le monde se regarde dans le blanc des yeux sans oser parler.
Flavie pointe quelque chose que personne ne dit vraiment sur le Metaverse.
moi je vis déjà dans le Metaverse. Je suis chez moi toute la journée, soit sur LinkedIn, c’est ma machine à café, soit sur mes Google Meet, c’est ma salle de réunion. Le soir, je suis sur Netflix. mes potes ils sont sur WhatsApp.
C’est exactement le problème avec le débat autour du Metaverse. On parle de casques VR et d’avatars 3D ultra-réalistes comme si c’était le point d’entrée. Alors que la vraie question c’est : est-ce qu’un espace virtuel partagé peut recréer quelque chose de plus humain que ce qu’on a avec Zoom ?
Estelle Ballot raconte une anecdote qui illustre bien le truc. Chez Microsoft, sa manager directe, elle ne l’a jamais vue en vidéo pendant un an entier. Elles se parlaient tous les jours, mais caméra éteinte. Du coup Estelle s’était fabriqué une image mentale complète de cette personne – qui ne ressemblait absolument pas à la réalité. Quand elles se sont rencontrées en vrai, c’était saisissant.
Le Metaverse, dans cette optique, c’est pas une fuite du réel. C’est une tentative de ré-humaniser quelque chose que la technologie a déshumanisé. Si ça marche ou pas, c’est une autre question. Mais l’intention n’est pas folle.
Pour ceux qui gèrent des équipes distribuées – et c’est de plus en plus le cas, la question du télétravail efficace se pose maintenant différemment avec ces outils.
web3 pour les entrepreneurs : la vraie révolution, c’est les communautés coactionnaires
Là où Flavie m’a vraiment accroché, c’est sur un exemple podcast. Carlos Diaz, Silicon Carnet. Pour sa 4e saison, il a émis des NFT – disons une centaine. Si t’en achètes un, tu deviens coproducteur du podcast. Concrètement : tu récupères un pourcentage des ventes de NFT, donc des revenus du podcast.
tu as intérêt à ce que les NFT se vendent. donc ça se trouve tu vas faire la pub du podcast, tu vas en parler, tu es coactionnaire. et imagine là je vois la tête des entrepreneurs qui nous écoutent, avoir des clients coactionnaires de son résultat, de sa boîte, c’est carrément plus fort qu’avoir des clients juste des clients.
C’est ça, la phrase clé. Des clients qui peuvent partir chez un concurrent versus des coactionnaires qui ont intérêt à ce que ton business marche. La différence est fondamentale.
Flavie appelle ça les stock-options de la communauté. Et la comparaison est juste – c’est le même mécanisme d’alignement d’intérêts, mais accessible à n’importe quel créateur de contenu ou entrepreneur, pas seulement aux startups qui lèvent des fonds.
On parle beaucoup de community-led growth en ce moment – Notion en est l’exemple parfait, avec ses créateurs de templates qui font la promotion de l’outil en construisant leur propre activité dessus. Les NFT poussent ce modèle un cran plus loin : la communauté n’est plus juste utilisatrice ou ambassadrice, elle est financièrement impliquée. C’est une différence de nature, pas de degré.
Bon. Est-ce que ça veut dire que tout entrepreneur devrait lancer sa collection NFT demain matin ? Non. Flavie le dit clairement : des grandes marques se sont plantées en lançant des NFT qui ne servaient à rien, sans utilité réelle pour l’acheteur. La question à se poser avant tout, c’est toujours la même qu’en marketing classique – qu’est-ce que j’apporte à celui qui achète ?
Ce que la blockchain change vraiment à la sécurité (et à la transparence)
Un point que j’aurais tendance à sous-estimer, et que Flavie traite bien sans tomber dans le techno-évangélisme : la blockchain n’est pas un bouclier de sécurité magique. C’est d’abord un registre transparent.
Toutes les transactions sont visibles, vérifiables, traçables. Qui a acheté quoi, quand, à quel prix. Et ce registre n’est pas contrôlé par une seule entité – c’est l’ensemble des nœuds connectés au réseau qui valide. Du coup, falsifier un bloc déjà validé nécessite de convaincre une majorité de ces validateurs simultanément. En pratique : extrêmement difficile et coûteux.
Les cas d’usage concrets que ça génère : certification de diplômes et badges de compétences inviolables (Fleet l’utilise pour ses propres formations), preuve de propriété sur des biens physiques ou numériques, contrôle d’accès à des contenus premium sans gestion de mots de passe partagés.
Ce dernier point m’a frappé. Si tu fais des formations en ligne, tu connais le problème : une personne achète, dix utilisent. Avec un NFT nominatif, c’est terminé – l’accès est lié à une adresse de wallet unique, pas à un mot de passe reproductible. Et en plus, ça donne un objet digital un peu trendy à l’acheteur. Double effet.
Attention quand même – et c’est la nuance que Flavie glisse sans insister : les arnaques existent, les marchés de NFT ont connu des fluctuations violentes, et beaucoup de projets qui promettaient la lune ont disparu. L’adoption de masse n’est pas là. On est encore dans une phase early, avec tout ce que ça implique de risque et d’opportunisme. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Ça veut dire qu’il faut comprendre dans quoi on met les pieds. Pour ça, l’analyse avant le passage à l’action reste indispensable, Web3 ou pas.
Comment intégrer le web3 pour les entrepreneurs sans se perdre dans le jargon
Flavie est directe là-dessus. Elle ne prétend pas maîtriser tous les aspects techniques – pour lancer une vraie collection NFT avec ses smart contracts et sa tokenomics, elle redirige vers des spécialistes. Ce qu’elle fait, c’est identifier les cas d’usage qui ont une logique business claire.
Sa grille de lecture tient en une question : quelle est l’utilité pour mon acheteur ? Si tu ne peux pas répondre à ça en deux phrases simples, n’y va pas. Le NFT qui sert à rien – même avec un beau design 3D et un grand nom derrière – ça ne marche pas. Parce que les détenteurs comprennent vite que c’est un effet de mode.
En revanche, si tu peux dire clairement – « en achetant ce NFT, tu fais partie du club des 50 premiers soutiens, tu as accès au Discord privé, tu touches 2% des revenus futurs et tu peux revendre ton accès si tu le souhaites » – là tu as quelque chose. C’est pas mystérieux. C’est du marketing de communauté avec une infrastructure différente.
Les stratégies de fidélisation client classiques – programme de points, accès VIP, early adopters – ont toujours reposé sur ce principe d’appartenance. Le Web3 le rend plus tangible, plus échangeable, potentiellement plus rentable pour l’acheteur. C’est une évolution, pas une rupture.
Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – c’est que le web3 pour les entrepreneurs n’est pas un sujet de dev ou de spéculateur. C’est un sujet de business model et de relation client. Et vu sous cet angle, ça devient beaucoup moins effrayant. Beaucoup plus intéressant, aussi.
Reste une question ouverte : quelles technologies vont réellement s’imposer dans les 5 ans ? Les blockchains vont évoluer, des projets vont mourir, d’autres vont émerger. On est vraiment à l’équivalent des débuts d’Internet – et on sait tous comment les boîtes qui avaient vu le potentiel du Web2 il y a vingt ans s’en sont sorties. Flavie dit qu’elle repassera dans un mois et qu’il y aura de nouveaux exemples. Je la crois. Pour rester dans la dynamique, les stratégies pour attirer de nouveaux clients évoluent aussi avec ces nouveaux canaux – autant les connaître.











