syndrome de l'imposteur entrepreneur

1/3 Les 10 meilleures stratégies du Podcast du Marketing – Episode 100

Épisode diffusé le 18 novembre 2021 par Estelle Ballot

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Le syndrome de l’imposteur entrepreneur touche plus de 70 % des personnes au moins une fois dans leur vie – et ce chiffre, Alexis Minchella l’a sorti dans le 100e épisode du Podcast du Marketing comme si c’était une évidence. Sauf que c’est tout sauf une évidence. Parce que quand tu te retrouves seul à 24 ans à facturer plusieurs milliers d’euros à des boîtes, tu te dis pas ‘oh super, je fais partie des 70 %’. Tu te dis que tu es le seul à te sentir comme ça.

Cet épisode spécial – une mini-série en trois parties orchestrée par Estelle Ballot – compile les interventions des dix invités préférés des auditeurs. Premier volet : le mindset. Trois experts, trois angles radicalement différents. Alexis Minchella sur les peurs du lancement, Max Piccinini sur le reconditionnement du cerveau, Béatrice de Montille sur la chance qu’on fabrique. Ça dure 31 minutes. Ça fait réfléchir beaucoup plus longtemps.

Ce qui m’a frappé en écoutant – et en relisant la transcription plusieurs fois – c’est que les trois interventions se répondent sans le vouloir. Comme si les peurs, les croyances et la chance formaient un seul système. Pas trois sujets séparés. Un seul.

Ce que personne n’ose dire sur le syndrome de l’imposteur entrepreneur

Alexis Minchella, auteur du livre Freelance, une aventure dont vous êtes le héros, a choisi de commencer son bouquin par les peurs. Pas par les outils, pas par les méthodes, pas par les tarifs. Par les peurs. C’est un choix éditorial qui en dit long sur ce qu’il a compris du terrain.

Le syndrome de l’imposteur entrepreneur, dans sa version classique, c’est le conseil qu’on te donne à longueur d’article Medium : ‘affronte-le’, ‘bats-toi contre lui’, ‘rappelle-toi ta valeur’. Alexis prend le contrepied total. Sa thèse – et elle est déstabilisante la première fois qu’on l’entend – c’est qu’il faut assumer d’être un imposteur.

Oui quand j’ai lancé le podcast, j’étais un imposteur parce que j’étais pas un podcaster professionnel. Oui quand j’ai écrit mon premier livre, j’étais pas un auteur professionnel. Et donc en fait c’est OK.

Dit comme ça, ça a l’air presque trop simple. Mais attends.

Ce qu’Alexis pointe, c’est la dissonance entre deux situations qu’on traite différemment sans raison logique. Quand tu postules à un CDI, tu te poses pas la question de ta légitimité à chaque ligne de ta lettre de motivation. Tu envoies. Tu passes les étapes. Tu vois. Mais quand tu te lances en indépendant, la même logique – convaincre quelqu’un que tu es la bonne personne – devient soudainement paralysante. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de carcan. Plus de route tracée. Et le cerveau déteste ça.

Le syndrome de l’imposteur entrepreneur est donc – en partie au moins – une réaction normale à l’absence de cadre. Ce qui est utile à savoir. Parce que ça change complètement la posture à adopter face à lui.

Alexis cite Serena Williams. Et Lady Gaga. Des exemples qu’il tire de leurs documentaires Netflix respectifs – pas des anecdotes inventées, des citations extraites de leur bouche. Serena Williams qui a copié sa sœur Vénus pendant des années parce qu’elle ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait. Lady Gaga qui flippait. Le PDG de Starbucks à sa première prise de poste, jamais préparé à diriger une boîte qui pèse plusieurs milliards.

Je prends volontairement des exemples un peu extrêmes de superstars dans différents domaines pour montrer qu’en fait ça n’arrive pas qu’aux gens lambda comme toi et moi.

Voilà. Et ça – franchement – c’est le truc qui fait vraiment du bien à entendre. Pas parce que c’est rassurant de façon molle. Mais parce que ça normalise quelque chose qu’on s’acharne à traiter comme un dysfonctionnement personnel.

Pour aller plus loin sur le parcours d’Alexis Minchella et sa vision du freelancing, l’épisode complet avec Alexis Minchella sur Marketing Mania vaut le détour – il détaille comment il a construit sa crédibilité depuis zéro.

Reconditionner son cerveau : la méthode en 3 étapes de Max Piccinini

Là on change complètement de registre. Max Piccinini, c’est une énergie qui passe même à travers une transcription. Et sa vision du mindset entrepreneur est beaucoup plus technique qu’elle n’y paraît.

Son point de départ : personne ne rêve d’une vie moyenne. Les enfants veulent être astronautes, princesses, superstars. Et puis l’éducation arrive. ‘Sois raisonnable.’ ‘C’est pas réaliste.’ Répété, répété, répété. Jusqu’à ce que le rêve se contracte.

Mais – et c’est là que ça devient intéressant – ce conditionnement est réversible. Max parle de ‘reconditionnement’. Un mot qu’il choisit précisément, pas par effet de style. Son process tient en trois étapes, et la deuxième est celle que tout le monde zappe.

Étape 1 : prendre conscience de ses schémas, ses croyances, ses peurs. Pas les combattre. Juste les voir.

L’étape 3, c’est la répétition. Reconditionner de nouvelles croyances par répétition, émotion et conviction. Ce que Max appelle ‘appuyer sur le bouton record’.

Mais l’étape 2 – la vraie – c’est casser le schéma. Et c’est là que la plupart des approches de développement personnel plantent.

En marketing, toi qui connais le marketing très bien, c’est le pattern interrupt. C’est le fameux – c’est comme sur un fil de Facebook, si y’a rien qui nous interrompe, qui nous surprend, on va pas continuer.

Ce que j’aime dans cette analogie, c’est qu’elle est parfaitement juste – et qu’elle vient de quelqu’un qui parle de neurosciences en utilisant un exemple marketing pour expliquer comment le cerveau fonctionne. Retournement complet.

Concrètement : Max utilisait un élastique. Quand son cerveau lui murmurait ‘tu vas pas y arriver’, snap – coup d’élastique. Le cerveau reçoit un signal physique inattendu, sort du schéma automatique, et là – et seulement là – tu peux écrire quelque chose de nouveau par-dessus.

L’ancienne musique gagne toujours. Parce que le cerveau dit attention, j’ai survécu pendant 20 ans avec ça ou 30 ans, tu m’envoies cette nouvelle musique, la nouveauté pour le cerveau c’est toujours un danger. Donc il aime pas.

C’est brutal comme formulation. Et c’est exactement le problème avec les affirmations positives qu’on colle sur des post-its sans avoir d’abord rayé le disque.

Il donne l’exemple du 11 septembre. Tout le monde se souvient exactement où il était ce jour-là. Le lendemain à la même heure ? Aucune idée. Le cerveau retient ce qui est émotionnellement fort. Donc pour reconditionner, il faut de l’émotion – pas de la routine douce.

Ce que la méthode Piccinini pointe – et c’est la vraie limite à signaler honnêtement – c’est qu’elle demande une discipline réelle. L’élastique, ça marche si tu le fais vraiment, systématiquement, pendant des semaines. Pas si tu le fais deux fois et tu oublies. Ce n’est pas une baguette magique. C’est de l’entraînement.

Et Max dit quelque chose de vertigineux en fin d’intervention : la seule chose qu’on peut changer dans sa vie, ce sont ses pensées, ses émotions et ses actions. Tout le reste – les autres, le contexte, le marché – zéro contrôle. Alors pourquoi passe-t-on notre vie à essayer de contrôler ce sur quoi on n’a aucune prise ?

Sur ce sujet du développement personnel appliqué à l’entrepreneuriat, l’épisode avec David Laroche sur la pratique délibérée explore un angle complémentaire – moins ‘cerveau’ et plus ‘terrain’.

Make your own luck : Béatrice de Montille et l’art de construire sa chance

Béatrice de Montille est à la tête de Merci Maman, une marque de bijoux. Et son histoire avec Kate Middleton, on aurait pu la raconter comme un coup de chance extraordinaire. Elle l’a vécue autrement.

Voilà les faits bruts. Pippa Middleton – sœur de Kate, future belle-sœur du futur roi d’Angleterre – passe une commande sur le site Merci Maman. Ce n’est pas rare en soi : Pippa commande des articles régulièrement comme n’importe quelle cliente. Ce qui se passe après, en revanche, relève d’une intelligence entrepreneuriale assez rare.

Béatrice savait une chose que la plupart ignorent : Kate Middleton n’a légalement pas le droit d’accepter des cadeaux. Donc contact direct = inutile. Mais Pippa, si. Béatrice envoie deux bijoux à Pippa – un pour Kate, un pour elle – au moment de la naissance du prince George, en juillet 2013. Pas de réponse. Pendant six mois, silence total.

On pensait que c’était fini, qu’elle l’avait pas transmis, que jamais on ne verrait ce collier autour du cou de Kate. Comme quoi il faut être patient et les bonnes choses arrivent.

En février 2014, une photo sort. Kate Middleton, sortant d’un Zara Home, portant le collier Merci Maman. Béatrice l’apprend non pas par une alerte Google mais par une maman de l’école de ses enfants – parce qu’elle avait tissé des liens humains là aussi, dans la cour d’école, loin de son bureau.

Ce qui se passe ensuite illustre parfaitement ce que ‘transformer l’essai’ veut dire. Elle partage la photo sur son Facebook perso avec un simple ‘yala’. Une autre maman – anglaise celle-ci, journaliste chez Hello Magazine – la voit et lui dit immédiatement : ne parle à personne, je vais voir l’éditrice de la famille royale. Embargo de 15 jours. Et pendant ces 15 jours, Merci Maman prépare la logistique pour le tsunami de commandes qui arrive.

Il y a une expression anglaise que j’aime bien rappeler, c’est ‘make your own luck’. Donc c’est fabriquer votre chance. Et je pense que c’est vrai que dans la vie d’un entrepreneur il y a une partie de chance, mais on peut provoquer la chance.

Six ans de travail en amont. Six ans de produits soignés, de packaging impeccable, de relations entretenues. La photo de Kate ne tombe pas du ciel. Elle arrive parce que le terrain était préparé.

Et le tsunami – Béatrice le dit elle-même avec une surprise évidente – n’était pas anglais en premier. Il était américain. Parce que les Américains ont capté la photo avant les Britanniques. Ce genre de détail qu’on ne peut pas anticiper, et qui rappelle que même quand on a tout préparé, la réalité se charge toujours d’un twist.

Cette notion de construire sa chance au fil des rencontres et du temps long résonne fort avec l’approche de la championne olympique qui parle d’entrepreneuriat en parallèle d’un emploi salarié – deux trajectoires différentes, même logique de patience et de préparation.

Le syndrome de l’imposteur entrepreneur vu par trois prismes différents – et ce que ça change vraiment

Ce qui est frappant dans ce 100e épisode, c’est la cohérence involontaire entre les trois interventions. Personne n’avait planifié que ça se tiendrait aussi bien ensemble.

Alexis Minchella dit : assume d’être un imposteur. C’est normal. C’est humain. Arrête de te battre contre ça.

Max Piccinini dit : une fois que tu as assumé, raye le disque. Casse le schéma automatique. Puis réécris quelque chose de nouveau.

Béatrice de Montille dit : et ensuite, travaille. Dans la durée. Les relations, les détails, la qualité. La chance suit.

Trois étapes. Pas présentées comme telles par les intervenants. Mais c’est exactement ça.

Ce qui m’agace dans la plupart des contenus sur le syndrome de l’imposteur entrepreneur, c’est qu’ils s’arrêtent à l’étape 1. ‘Tu n’es pas seul.’ Voilà. Fin de l’article. Merci d’être passé. Ici, on va quand même un peu plus loin – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je démarrais : savoir que c’est normal ne suffit pas. Il faut ensuite activer quelque chose.

Et la nuance de Max sur le cerveau est fondamentale : tu ne peux pas juste coller une pensée positive par-dessus une pensée négative profondément ancrée. Le cerveau a survécu des décennies avec ses vieilles musiques. Il va pas les lâcher parce que tu as écrit ‘je suis capable’ sur un post-it. Il faut d’abord dynamiter l’autoroute neuronale – c’est son expression, et elle est bonne.

La concession honnête à faire ici : tout ça demande du temps. Alexis a mis des années à comprendre sa légitimité. Max parle de reconditionnement par répétition, pas de transformation en une session. Béatrice a construit sa chance pendant six ans avant que la photo de Kate apparaisse. Il n’y a pas de shortcut dans ce que ces trois-là racontent. C’est peut-être pour ça que ça sonne vrai.

Pour les freelances qui se débattent avec ces questions au quotidien, l’épisode sur faut-il tout plaquer pour faire décoller son business pose une question connexe – et la réponse est moins binaire qu’on ne le croit.

Ce que Pippa Middleton et Lady Gaga ont en commun avec toi

Strictement rien, dans l’absolu. Et en même temps, précisément le syndrome de l’imposteur entrepreneur.

C’est la force de l’argument d’Alexis Minchella : prendre des exemples aussi extrêmes que Serena Williams ou Lady Gaga n’est pas une technique de motivation cheap. C’est une démonstration. Si ces gens-là – avec leurs équipes, leurs succès, leurs galons – continuent de douter, alors le doute n’est pas un symptôme de faiblesse. C’est une constante humaine.

Serena Williams a copié sa sœur Vénus pendant des années. Pas parce qu’elle manquait de talent – elle allait devenir la meilleure joueuse de l’histoire du tennis. Mais parce qu’elle ne savait pas encore qui elle était dans le jeu. Le PDG de Starbucks qui prend son premier grand rôle – personne ne l’avait préparé à diriger une multinationale. Il a fait quand même.

Faire quand même. C’est peut-être la seule vraie leçon de cet épisode.

Le syndrome de l’imposteur entrepreneur ne disparaît pas avec le succès – Alexis insiste là-dessus, et les exemples qu’il cite le prouvent. Il change de forme, peut-être. Il devient moins paralysant, avec l’expérience. Mais il reste. Ce qui change, c’est la relation qu’on entretient avec lui.

Assumer. Casser le schéma. Reconditionner. Et construire sa chance, un détail bien fait après l’autre, une relation entretenue après l’autre, jusqu’au jour où une maman d’école te dit que Kate Middleton porte ton collier.

Pas de conclusion propre là-dessus – parce qu’en vrai, où est-ce qu’on met le point final sur un sujet pareil ?

Questions fréquentes

Le syndrome de l'imposteur entrepreneur est-il normal ? +
Oui, et les chiffres le confirment : plus de 70 % des personnes le ressentent au moins une fois dans leur vie. Alexis Minchella, dans le Podcast du Marketing, cite des exemples aussi extrêmes que Serena Williams ou Lady Gaga pour montrer que le doute n'est pas réservé aux débutants. La clé n'est pas de le combattre mais de l'assumer - et de continuer quand même.
Comment surmonter le syndrome de l'imposteur entrepreneur concrètement ? +
Max Piccinini propose trois étapes : d'abord prendre conscience de ses schémas de pensée négatifs, ensuite casser ces schémas par un signal physique ou émotionnel fort (ce qu'il appelle le 'pattern interrupt'), et enfin reconditionner de nouvelles croyances par répétition avec émotion et conviction. L'erreur classique est de passer directement à l'étape 3 sans avoir rayé le disque existant.
Pourquoi les freelances ressentent-ils plus le syndrome de l'imposteur que les salariés ? +
Alexis Minchella explique que c'est lié à l'absence de cadre. Quand tu postules à un CDI, tu envoies ton CV et tu passes les étapes sans trop te questionner sur ta légitimité. En freelance, il n'y a plus de route tracée, et le cerveau interprète cette absence de structure comme une menace. Le processus est pourtant identique : convaincre quelqu'un que tu es la bonne personne. Mais sans carcan, le doute s'installe beaucoup plus facilement.
Peut-on vraiment construire sa chance en entrepreneuriat ? +
Béatrice de Montille, fondatrice de Merci Maman, en est la démonstration vivante. Quand Pippa Middleton a commandé un bijou, le 'coup de chance' existait. Mais transformer ça en tsunami de commandes mondial, ça a demandé six ans de travail en amont, une connaissance précise du protocole royal, des relations humaines entretenues - y compris dans la cour d'école de ses enfants - et une réactivité logistique impeccable. La chance se provoque.
Qu'est-ce que le 'pattern interrupt' et comment l'appliquer ? +
C'est une technique de rupture de schéma cognitif. En marketing, c'est ce qui arrête le scroll sur un fil Facebook - une image inattendue, quelque chose de surprenant. Appliqué au cerveau, c'est la même logique : quand une pensée négative automatique s'enclenche, tu lui opposes un signal fort et inattendu (coup d'élastique, geste brusque, exclamation). Le cerveau sort du pilote automatique, et c'est à ce moment précis qu'on peut reconditionner une nouvelle pensée.
Le syndrome de l'imposteur entrepreneur disparaît-il avec le succès ? +
Non. C'est l'un des points les plus déstabilisants de l'épisode. Alexis Minchella cite des superstars mondiales - Serena Williams, Lady Gaga, le PDG de Starbucks - qui continuent de ressentir ce syndrome même au sommet. Ce qui change avec l'expérience, c'est la relation qu'on entretient avec lui : on apprend à l'assumer plutôt qu'à le combattre, et il devient moins paralysant. Mais il reste une constante humaine.

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