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La stratégie d’acquisition de l’une des plus grosses newsletter de France avec Leonor de Roquefeuil – Episode 249 – on parle d’emailing

Épisode diffusé le 12 septembre 2024 par Estelle Ballot

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Une stratégie newsletter qui donne 65 000 abonnés en quatre ans, sans compte Instagram actif, sans chaîne YouTube, sans un seul article de blog – juste un email qui arrive à 6h30 du matin. Si quelqu’un t’avait décrit ça en 2020, tu aurais probablement changé de sujet. Et pourtant c’est exactement ce qu’a construit Léonore de Roquefeuil avec Vox, un média d’information féminin qui tourne avec deux ingrédients : une newsletter quotidienne et un programme de formation en ligne. Pas de superflu. Pas de présence multi-plateforme façon ‘on doit être partout’. Juste une obsession – que les lectrices ouvrent leur mail le matin et qu’elles en parlent à leurs copines.

Le taux d’ouverture tourne entre 45 et 55 %. Chaque jour. Sur 65 000 personnes. Pour ceux qui font de l’emailing depuis un moment (et c’est mon cas), ce chiffre-là ne s’explique pas par un bon objet d’email. Ça s’explique par quelque chose de beaucoup plus fondamental.

Ce que la plupart des médias font et que Vox a décidé d’arrêter

Février 2020. Léonore lance la Quotidienne de Vox et fait comme tout le monde : elle ouvre un compte Instagram. Logique, non ? La cible c’est les femmes de 25-45 ans, trentenaires connectées, forcément sur Insta. Donc une équipe, des posts réguliers, une stratégie de contenu dédiée. Les chiffres montent doucement – 17 000 abonnés en quelques années, 100 à 200 likes par post. Pas déshonorable.

Sauf que deux ans plus tard, quand ils font les comptes vraiment, le résultat est brutal.

On a fait le calcul que chaque abonné nous avait coûté 70 euros. 70 euros là où avec le referral ça va te coûter peut-être 5 euros et avec Meta ça va te coûter 1 euro.

70 euros par abonné acquis via Instagram. Pour comparaison : entre 1 et 2 euros via de la pub Meta, 5 euros via le referral. Et encore – les abonnés Instagram ne sont pas les plus engagés, ni les plus fidèles. Ce sont souvent des gens qui voulaient rester sur Instagram, pas rejoindre une newsletter.

Décision prise : stop. Le compte existe encore – ils l’utilisent comme une page de garde, un panneau directionnel vers la newsletter. Une story tous les trois mois si quelqu’un les tague et que c’est vraiment pertinent. Sinon, rien. Et cette logique de remettre en question sa stratégie réseaux sociaux est plus courante qu’on ne le croit – mais peu osent l’assumer publiquement.

Ce qui m’a frappé dans cette décision, c’est pas le courage qu’elle demande. C’est la clarté qu’elle révèle sur la vraie stratégie newsletter de Vox : tout ce qui n’alimente pas directement la base email, c’est du bruit.

Trois tiers, un seul objectif : faire grossir la base

La stratégie newsletter de Vox repose sur trois sources d’acquisition distinctes, et Léonore les présente dans un ordre qui dit tout sur ses priorités.

Premier tiers : l’acquisition organique. Bouche-à-oreille diffus, recherche Google, RP occasionnelles. Environ 30 % de la croissance. Impossible à vraiment piloter – donc on n’en parle pas trop, on ne compte pas dessus.

Deuxième tiers : la publicité payante sur Meta. Facebook et Instagram en mode acquisition pure, pas en mode animation de communauté. Une nuance qui change tout dans l’allocation des ressources. Entre 1 et 2 euros l’abonné en temps normal, parfois 3 euros quand les enchères s’emballent – à ce moment-là, Vox coupe le robinet et déplace le budget ailleurs.

Troisième tiers : le referral. Et c’est là que ça devient vraiment intéressant.

Ces trois leviers ne fonctionnent pas en silos. Ils s’alimentent. La base referral, plus qualitative, nourrit les lookalike audiences Meta, qui font baisser le coût d’acquisition payant, qui libère du budget pour investir encore. Un cercle – enfin, si tout est bien calibré au départ.

Le referral : la stratégie newsletter que tout le monde devrait copier

7 % de la base Vox a déjà partagé la Quotidienne. Sur 65 000 abonnés, ça fait plus de 4 500 personnes qui ont activement recommandé la newsletter à leur entourage. Bénévolement. En échange de goodies.

Le principe est simple – tellement simple qu’on se demande pourquoi si peu de médias le font en France. Chaque abonnée reçoit un lien tracké unique. Elle le partage. Pour chaque personne qui s’inscrit via son lien, elle monte dans des paliers de récompenses.

  • À partir de 3 parrainages : Vox fête ton anniversaire dans la newsletter – devant 65 000 personnes.

À 5 parrainages, tu peux faire passer ta petite annonce. Ton side project, ta boîte que tu viens de lancer, ton service – une visibilité qui vaut bien plus que les quelques euros économisés sur une campagne Meta. Et les paliers continuent : mug, accès à un cours de l’école Vox à 15 parrainages, etc.

La logique financière derrière le choix des cadeaux est assez élégante. Léonore l’explique sans détour :

On sait que quand on fait de l’acquisition via les réseaux sociaux, aujourd’hui une abonnée va nous coûter entre 1 et 2 euros. Voir trois quand les prix explosent sur Meta. Si une personne abonne 5 personnes, finalement elle nous a fait économiser 5 euros. Pour la rétribuer, il faut que ça vaille à peu près ça, voir un peu plus pour l’encourager.

Dit comme ça, c’est un calcul de ROI basique. Mais dans la pratique, elles ont aussi fait quelque chose que beaucoup oublient : appeler les utilisatrices. Après deux ans de fonctionnement, elles ont contacté celles qui parrainaient le plus, et celles qui avaient atteint le premier palier sans jamais aller plus loin. Pour comprendre les freins. Et ajuster les goodies et le processus en conséquence.

L’outil utilisé : Spark Loop. Il existe aussi Viral Loops (testé puis abandonné). Spark Loop gère le tracking des inscriptions, les paliers, et pourrait théoriquement traquer aussi les achats via referral – une fonctionnalité que Vox n’exploite pas encore pleinement (et c’est souvent là que ça coince, dans les fonctionnalités avancées qu’on laisse dormir).

La vraie question que ce système pose : est-ce que les abonnés acquis par referral sont meilleurs ? Morning Brew – la newsletter business américaine de 8 à 12 millions d’abonnés qui a inspiré Léonore – a mené l’étude. Vox l’a vérifiée sur sa propre audience. Résultat : trois fois plus qualitatif que l’acquisition via achat média. Ces abonnés restent plus longtemps, ouvrent plus, convertissent mieux.

Intuitif ? Oui. Mais c’est une chose de le sentir, une autre de le mesurer. Et construire une audience engagée autour d’une communauté reste l’un des leviers les plus sous-exploités dans les stratégies de croissance organique.

Pourquoi la stratégie newsletter bat Instagram sur tous les tableaux – enfin, presque

Il faut être honnête ici. Cette démonstration vaut pour Vox, avec sa cible, son positionnement, son ton. Une marque de mode avec une équipe créative qui adore produire des Reels, ça ne va pas forcément conclure pareil.

Mais ce que Léonore expose va au-delà des chiffres. Il y a un argument de cohérence éditoriale que je trouve plus solide que les ratios CAC :

Sur les réseaux sociaux, le but c’est quand même de générer du clivage, de faire du bruit, d’appâter, de te choper ton attention sur les deux premières secondes. Et il y avait un peu un truc où on se disait nous en fait c’est pas le type de média qu’on a envie de faire. Nous on a envie d’être un média du calme, du repos.

Voilà. Un média qui se définit par la lenteur et la nuance ne peut pas être présent de la même façon sur une plateforme dont le modèle économique repose sur l’urgence et le clivage. C’est une contradiction que la plupart des équipes marketing absorbent sans jamais vraiment la résoudre – en produisant du contenu Instagram générique qui ne ressemble à personne et ne sert personne.

Ce que Vox a compris, c’est que la stratégie newsletter et la stratégie Instagram ne s’additionnent pas mécaniquement. L’une peut cannibaliser l’énergie de l’autre. Et choisir ses canaux en fonction de sa vraie ambition, pas par réflexe de présence, c’est une décision stratégique rare.

La limite réelle de cette approche ? La dépendance à Meta pour un tiers de l’acquisition reste une fragilité. Les coûts fluctuent, les algorithmes changent, les comptes se font parfois suspendre. Une stratégie newsletter 100 % basée sur le referral organique serait plus résiliente – mais aussi bien plus lente à scaler. L’équilibre à trouver, chacun le trouve à sa façon.

Le lookalike : comment une bonne stratégie newsletter fait baisser tes coûts pub

Un détail technique que Léonore glisse presque en passant, et qui mérite qu’on s’y arrête. Quand ta base email grossit via du referral – donc avec des profils ultra qualifiés – tu peux l’utiliser comme signal pour Meta.

En pratique : Meta interroge ta base de données (techniquement, c’est Meta qui fait le rapprochement côté serveur, pas toi qui uploades les emails – question de conformité RGPD). Il identifie les patterns communs à tes abonnées les plus engagées. Et il va chercher des profils similaires dans sa base d’utilisateurs.

Plus ta base d’origine est homogène et qualitative, plus le lookalike est précis. Plus le ciblage est précis, moins tu dépenses par abonné acquis. Léonore résume :

Vu que ta base de base elle est de plus en plus qualifiée, tu vas demander à Meta d’aller targeter des gens qui lui ressemblent et en fait ce targeting il va être de plus en plus fin. Tu finalement c’est un cercle qui est super vertueux sur l’ensemble de tes leviers.

En gros, le referral améliore la qualité de la base, qui améliore le lookalike, qui fait baisser le coût Meta, qui libère du budget pour faire plus de referral. Certes, ça prend du temps à s’enclencher. Mais une fois que ça tourne…

Ce mécanisme-là, je ne l’avais pas vu articulé aussi clairement dans les discussions habituelles sur l’email marketing. On parle souvent des canaux séparément. Rarement de la façon dont ils se nourrissent mutuellement quand la stratégie newsletter est pensée comme un système, pas comme une liste d’outils.

Ce que Vox dit sur le contenu – et que personne ne veut entendre

65 000 abonnés, 50 % d’ouverture. Il y a forcément une question sur le contenu lui-même. Comment est-ce qu’on écrit une newsletter que les gens veulent vraiment lire tous les matins ?

Léonore décrit un personnage fictif : Chloé de Vox. Cette bonne copine qui a lu tous les journaux à ta place et qui te résume l’actu en 5 minutes, sans jargon, avec le ton de quelqu’un qui te connaît. Pas une agrégation de dépêches. Pas un digest formaté. Une voix.

Et le format – email uniquement, tous les matins à 6h30, du lundi au vendredi – n’est pas un accident. C’est une contrainte choisie. Pas de site. Pas de flux RSS. Pas d’app. Juste ta boîte mail. Ce format-là crée une habitude, et les habitudes créent de la fidélité. La régularité dans une stratégie de contenu est souvent ce qui sépare les projets qui durent de ceux qui s’essoufflent au bout de six mois.

Ce qui m’agace un peu dans le discours ambiant sur les newsletters, c’est qu’on parle beaucoup de fréquence, d’objets d’email, de segmentation. Et peu de la question fondamentale : est-ce que tu as quelque chose à dire que les gens ont envie de lire ? Vox a une réponse claire là-dessus. La stratégie newsletter de Léonore commence par là – par une proposition éditoriale forte et cohérente – avant de s’intéresser aux canaux d’acquisition.

La communauté, le référencement par les lectrices, le bouche-à-oreille naturel qui représente 30 % de l’acquisition : tout ça découle du produit. Créer une communauté vraiment engagée n’est pas une question d’outil. C’est une question de ce que tu proposes et à qui.

Bref. Est-ce que ça marche uniquement pour un média d’empowerment féminin avec une communauté forte ? Ou est-ce qu’une stratégie newsletter basée sur le referral peut fonctionner pour n’importe quel type de contenu ? La réponse courte : les mécanismes sont universels. La mise en oeuvre, elle, dépend entièrement de la force du lien que tu as construit avec tes lecteurs avant de leur demander quoi que ce soit.

Questions fréquentes

Comment faire croître une stratégie newsletter sans être actif sur les réseaux sociaux ? +
Vox en est la preuve la plus directe : 65 000 abonnés sans compte Instagram actif. Leur approche repose sur trois leviers - acquisition organique, publicité Meta en mode acquisition pure (pas animation), et un programme de referral structuré. Le compte Instagram existe mais sert uniquement de page de garde vers la newsletter. La croissance vient du produit lui-même et du bouche-à-oreille qu'il génère.
Qu'est-ce que le referral dans une stratégie newsletter et comment ça marche ? +
Le referral newsletter consiste à donner à chaque abonné un lien tracké unique. Quand une personne s'inscrit via ce lien, l'abonné parrain monte dans des paliers de récompenses. Chez Vox, les paliers vont de l'anniversaire fêté dans la newsletter (3 parrainages) jusqu'à l'accès à des cours en ligne (15 parrainages). L'outil Spark Loop gère le tracking automatiquement.
Quel taux d'ouverture est considéré comme bon pour une newsletter ? +
Les benchmarks varient selon les secteurs, mais au-dessus de 25-30 % c'est déjà solide. Vox tourne entre 45 et 55 % sur 65 000 abonnés - ce qui est exceptionnel. À titre de comparaison, la plupart des newsletters de marque tournent entre 15 et 25 %. La qualité de la base (abonnés engagés vs abonnés captés par pub froide) explique en grande partie cet écart.
Combien coûte l'acquisition d'un abonné à une stratégie newsletter via différents canaux ? +
D'après l'expérience de Vox : entre 1 et 2 euros via publicité Meta (jusqu'à 3 euros en période de forte enchère), environ 5 euros via referral, et jusqu'à 70 euros via une stratégie d'animation Instagram en comptant les coûts d'équipe. Le referral est plus cher que Meta à l'unité mais génère des abonnés trois fois plus qualitatifs selon les mesures de Vox et Morning Brew.
C'est quoi Spark Loop et pourquoi l'utiliser pour sa newsletter ? +
Spark Loop est un outil spécialisé dans le tracking de parrainages pour newsletters. Il gère les liens uniques par abonné, comptabilise les inscriptions générées, et peut déclencher des récompenses par paliers automatiquement. Il peut aussi traquer les achats via referral. L'alternative principale est Viral Loops. Spark Loop est notamment utilisé par Morning Brew, la newsletter business américaine de plusieurs millions d'abonnés.
La stratégie newsletter lookalike Meta, comment ça fonctionne concrètement ? +
Meta interroge ta base emails existante et identifie les caractéristiques communes de tes abonnés. Il va ensuite cibler des utilisateurs Meta qui partagent ces caractéristiques - c'est ce qu'on appelle une audience lookalike. Plus ta base d'origine est qualitative et homogène, plus le ciblage est précis et moins tu dépenses par abonné acquis. C'est pourquoi une base email enrichie via referral (donc très qualifiée) fait mécaniquement baisser les coûts publicitaires Meta.

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