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[Best Episode] Se fixer des objectifs – Episode 105

Épisode diffusé le 2 décembre 2024 par Estelle Ballot

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Se fixer des objectifs, tout le monde dit que c’est essentiel. Et pourtant, la quasi-totalité des entrepreneurs arrivent en décembre avec la sensation vague d’avoir couru dans tous les sens sans vraiment aller quelque part. Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing, a consacré un épisode entier à disséquer ce rituel de fin d’année – non pas pour en faire un énième tuto mindset, mais pour proposer une mécanique concrète, étape par étape, qui change vraiment la donne.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode, c’est qu’elle commence par le bilan – pas par les objectifs. Ce détail change tout. On arrive souvent à la phase de projection avec des angles morts énormes sur ce qu’on a vraiment fait (ou pas fait) pendant 12 mois. Et sans ce diagnostic, les objectifs qu’on se fixe sont souvent des copies conformes des objectifs ratés de l’année précédente.

Mais commençons par le début.

Pourquoi se fixer des objectifs change quelque chose dans le cerveau

42 %. C’est le chiffre qui m’a arrêté net dans la transcription. Le Dr Gale Matthews, de l’Université de Californie, a conduit une étude en 2015 qui montre que l’écriture manuscrite d’un objectif donne 42 % de chances supplémentaires de le réaliser par rapport à un objectif formulé à l’oral ou tapé sur un clavier. Pas 5 %, pas 10 %. 42.

Et Estelle Ballot va encore plus loin sur la mécanique cérébrale derrière tout ça :

Votre cerveau fonctionne à la répétition. En fait, le cerveau a des millions de choses à faire en permanence, des millions de décisions à prendre. Donc il va chercher la simplicité. Et la simplicité, ça veut dire aller vers la décision qui a la plus grande probabilité d’être vrai.

Autrement dit : ton cerveau ne distingue pas vraiment un objectif inatteignable d’un objectif réaliste si tu te le répètes assez souvent. Il finit par traiter l’information comme probable. Ce n’est pas de la pensée positive – c’est du conditionnement cognitif. Et ça a des implications pratiques concrètes, on y revient.

Ce que personne ne dit, c’est que se fixer des objectifs sert aussi à une chose beaucoup plus basique : créer un prétexte pour célébrer. Estelle le dit sans détour – et j’ai trouvé ça honnête. On parle de motivation, de cap, de focus. Mais parfois, la vraie raison pour se donner du mal en décembre, c’est juste d’avoir une occasion de faire la fête en décembre suivant. Et pourquoi pas.

Le bilan d’abord – et c’est là que ça coince le plus souvent

Avant de se fixer des objectifs pour l’année à venir, Estelle Ballot insiste sur une étape que la plupart des gens bâclent ou sautent complètement : regarder ce qu’on a réellement fait pendant les 12 mois écoulés. Pas ce qu’on voulait faire. Ce qu’on a fait.

Si vous n’aviez pas d’objectifs l’année précédente (ce qui est le cas d’une bonne partie des indépendants, soyons honnêtes), elle propose une méthode simple : reprendre l’agenda semaine par semaine et matérialiser les projets lancés, terminés, abandonnés. Ce travail-là est inconfortable. Estelle le dit franchement – ça peut générer des émotions. Il vaut mieux le faire en plusieurs sessions plutôt qu’en une seule.

Ce qu’on cherche dans ce bilan, c’est quatre choses : ce qui a marché, ce qui a moins bien marché, ce qu’on aurait voulu faire différemment, et ce qu’on n’a pas encore fait mais qu’on aimerait ajouter. (C’est cette dernière catégorie qui est souvent la plus révélatrice, au passage.)

Sur la question de ce qu’on aurait dû faire différemment, Estelle Ballot a une formulation qui m’a bien plu :

Peut-être que lorsqu’on a mis en place ce projet, on n’avait pas les connaissances nécessaires ou le recul nécessaire tout simplement pour se rendre compte qu’on n’était pas exactement en train de faire les choses comme il faut. C’est ultra intéressant de documenter ce genre de choses parce que d’une part ça va nous éviter de refaire les mêmes potentielles erreurs à l’avenir.

Voilà. Ce n’est pas parce que quelque chose n’a pas fonctionné qu’il faut tout jeter. Parfois, c’est juste un ajustement à la marge. Et c’est souvent cet ajustement-là qui débloquerait l’année suivante.

Pour les indépendants et solopreneurs qui travaillent seuls, ce moment de bilan est particulièrement critique – personne ne vient le faire à leur place, et c’est souvent ce qui les distingue de ceux qui stagnent.

Se fixer des objectifs en 3 niveaux – la technique qui fait baisser la pression

Voilà la partie que je trouve la plus utile – et la moins connue – de cet épisode.

Estelle Ballot ne se fixe pas un objectif. Elle en pose systématiquement trois, pour chaque grand projet. Un niveau ambitieux mais réaliste. Un niveau « toutes les planètes sont alignées ». Et un niveau inatteignable.

Ce dernier niveau est contre-intuitif. Les écoles de commerce apprennent exactement l’inverse – un objectif SMART, atteignable, mesurable, tout ça. Mais elle défend ce troisième niveau avec un argument qui tient la route :

Cet objectif là inatteignable, moi j’ai décidé que c’était impossible. Mais j’ai envie de le mettre parce que qu’est-ce que ce serait beau quand même si ça pouvait arriver. Et bien souvent, on se sous-estime et on n’imagine pas tout ce qu’il est possible de faire.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai lancé mon premier freelance – enfin, ce que j’aurais voulu entendre – c’est exactement ça. On rate souvent non pas parce qu’on visait trop haut, mais parce qu’on se bloquait mentalement avant même d’essayer.

Le vrai bénéfice de cette technique, c’est la lisibilité en cours d’année. Si en avril vous avez déjà atteint votre objectif ambitieux, vous savez exactement quoi faire : passer au niveau suivant. Pas besoin de vous interroger. La route est tracée. À l’inverse, si vous êtes loin du premier niveau en octobre, vous avez quand même deux points de référence pour comprendre où vous en êtes – et décider si vous réajustez ou pas. (C’est souvent là que les vrais entrepreneurs se distinguent des optimistes chroniques.)

Un point à ne pas louper : Estelle conseille de rester sous les trois grands objectifs par an. Pas parce qu’on ne peut pas en avoir plus, mais parce que diluer son énergie sur trop de projets simultanés, c’est le meilleur moyen de ne vraiment progresser sur aucun. Ça vaut pour un solopreneur comme pour une multinationale.

Quantifier ou ne pas se fixer des objectifs du tout

Un objectif non quantifié, ça n’existe pas. C’est une intention. Et une intention sans mesure, ça ne vaut rien opérationnellement.

Estelle Ballot prend l’exemple du podcast – son propre terrain de jeu. « Lancer un podcast » n’est pas un objectif. En quelques clics sur un hébergeur comme Ocha, c’est fait. En revanche, « publier un épisode toutes les deux semaines pendant un an » – soit 26 épisodes – là, on parle. C’est binaire. Atteint ou pas atteint. Et ça se mesure.

Ce principe s’applique à tout. Nombre d’abonnés newsletter, nombre de clients signés, montant de chiffre d’affaires, nombre d’articles publiés, nombre de collaborations lancées. Tout se quantifie si on cherche un peu. Le piège classique, c’est de se cacher derrière la complexité pour éviter de se mettre une vraie cible dans le dos.

Sur le chiffre d’affaires, elle propose plusieurs approches pour la décomposition mensuelle : division linéaire (objectif annuel divisé par 12), croissance progressive (ajouter un pourcentage ou un montant fixe chaque mois), ou modélisation saisonnière (si août est mort, on ne met pas le même objectif qu’en mars). L’essentiel, c’est de choisir la méthode qui ressemble le plus à votre réalité – pas celle qui paraît la plus rigoureuse sur papier.

Et si vous démarrez cette année, si c’est votre premier vrai exercice de planification : fixez des objectifs quand même, même approximatifs. Ça ne sert peut-être pas à grand chose la première année. Mais ça crée un historique. Et c’est cet historique qui vous permettra d’itérer l’année suivante avec des données réelles. C’est aussi pour ça qu’une stratégie digitale construite sur des bases solides prend du temps à calibrer – le premier cycle sert surtout à apprendre.

Le rétro planning – l’outil que personne n’utilise correctement

Planifier. Le mot fait peur ou fait ricaner selon les profils. Estelle Ballot, elle, ne plaisante pas avec ça :

Lorsque vous avez des projets, si un projet n’est pas planifié, si vous n’avez pas tout simplement un rétro planning, je ne comprends pas comment on peut le réaliser. En tout cas, là je parle pour moi. Je l’ai vu dans ma carrière professionnelle, des gens qui partaient sur un projet sans avoir de rétro planning. Très sincèrement, on le sait tous, ça ne marchera pas.

Direct. Et honnête.

Son outil ? Excel. 52 colonnes (une par semaine), les étapes en lignes. Pas de Notion, pas d’Asana, pas d’outil à dix fonctionnalités cachées. Un fichier qui se voit avancer. Ce qui m’agace dans le discours dominant sur la productivité, c’est qu’on passe plus de temps à choisir son outil qu’à planifier vraiment. Estelle Ballot coupe court à ça.

Le point crucial, et c’est là que la plupart ratent : toujours laisser du mou. Ne jamais remplir le planning à 100 %. Un rétro planning bien fait, ça n’est pas un planning réaliste – c’est un planning qui anticipe les glissements inévitables. Parce que les choses ne se passent jamais comme prévu. Jamais. Et le rétro planning n’existe pas pour vous dire que vous avez réussi ou raté – il existe pour vous permettre de faire glisser les étapes, supprimer le superflu, et continuer à avancer.

Ce travail de planification s’articule naturellement avec une réflexion plus large sur les leviers de croissance qui font vraiment bouger votre business – parce qu’un plan sans les bons leviers identifiés reste un plan creux.

Ce que cet épisode dit en creux sur le rapport à la réussite

Il y a quelque chose qui ne se dit pas explicitement dans la transcription, mais qui traverse tout l’épisode : le fait de se fixer des objectifs, c’est aussi accepter de se confronter à l’échec potentiel. Et ça, c’est inconfortable. Beaucoup d’entrepreneurs préfèrent ne pas se fixer d’objectifs précis pour ne jamais avoir à se dire qu’ils les ont ratés.

Estelle Ballot démonte ce mécanisme de protection avec la technique des trois niveaux. Si vous avez trois cibles plutôt qu’une, il est beaucoup plus difficile de « rater » complètement. Et psychologiquement, c’est libérateur.

Elle insiste aussi sur une nuance que j’apprécie : pour les indépendants, l’objectif « ambitieux » ne veut pas dire croissance chiffrée à tout prix. Ça peut vouloir dire travailler deux jours par semaine tout en maintenant un certain niveau de revenu. L’ambition se définit selon vos propres valeurs – pas selon un standard externe. Ce point rejoint des réflexions plus profondes sur ce que signifie vraiment le succès en entrepreneuriat.

Un dernier truc pratique qu’elle recommande et qui coûte rien : partager ses objectifs avec quelqu’un et présenter son avancement chaque semaine. Pas pour rendre des comptes – pour créer un engagement externe qui s’ajoute à l’engagement interne. C’est le principe de l’accountability, et les études cités en ouverture de l’épisode confirment que ça marche. Ce n’est pas réservé aux coachs de vie. N’importe quel binôme d’entrepreneurs peut faire ça, informellement.

Pour ceux qui veulent aller plus loin sur le passage concret à l’action – parce que se fixer des objectifs c’est une chose, mais encore faut-il démarrer – le sujet du passage à l’action et des blocages qui freinent les entrepreneurs mériterait un épisode à part entière. Et ça tombe bien, il existe.

Mais bon. Tout ça ne sert à rien si le bilan de l’année écoulée n’est pas fait honnêtement. C’est toujours par là qu’il faut commencer.

Questions fréquentes

Comment se fixer des objectifs quand on est indépendant ou freelance ? +
Commencez par faire le bilan honnête de l'année écoulée avant de projeter quoi que ce soit. Identifiez ce qui a marché, ce qui a raté, ce que vous auriez voulu faire différemment. Ensuite, posez un à trois grands objectifs maximum - quantifiés - et déclinez chacun en trois niveaux : ambitieux mais réaliste, idéal si tout se passe bien, et inatteignable. Cette structure réduit la pression et clarifie la route en cours d'année.
Pourquoi écrire ses objectifs à la main donne-t-il plus de chances de les atteindre ? +
Le Dr Gale Matthews de l'Université de Californie a démontré en 2015 que l'écriture d'un objectif augmente les chances de le réaliser. Écrire à la main plutôt qu'à l'ordinateur ou à l'oral donne 42 % de chances supplémentaires. L'explication tient à l'engagement cognitif plus fort que demande l'écriture manuscrite, et à la façon dont le cerveau traite une information répétée comme probable.
Combien d'objectifs se fixer pour une année ? +
Maximum trois grands objectifs. Au-delà, vous diluez votre énergie et vos ressources sur trop de fronts simultanément. Chaque grand objectif doit ensuite être décliné en trois niveaux de quantification pour garder de la flexibilité en cours d'année.
Comment se fixer des objectifs quantifiés quand on ne travaille pas sur du chiffre d'affaires ? +
Tout se quantifie si on cherche le bon indicateur. Nombre d'épisodes de podcast publiés, d'articles de blog, d'abonnés newsletter, de clients signés, de collaborations lancées. L'idée est de trouver un système de référence binaire : atteint ou pas atteint. Un objectif vague comme 'lancer un podcast' n'est pas un objectif - 'publier 26 épisodes en un an' en est un.
Comment suivre ses objectifs en cours d'année sans se décourager ? +
Divisez votre objectif annuel par périodes - mois, trimestres, selon ce qui vous parle. Construisez un rétro planning simple, même sur Excel, avec les étapes et les semaines. Laissez toujours du mou - un planning rempli à 100 % se casse à la première imprévue. Et partagez vos objectifs avec quelqu'un en qui vous avez confiance, avec un point hebdomadaire sur l'avancement. Ça crée un engagement externe qui complète l'engagement interne.
À quoi sert de se fixer un objectif inatteignable ? +
C'est contre-intuitif mais documenté : le cerveau traite une information répétée comme probable, même si elle ne l'est pas. Se projeter régulièrement dans un objectif inatteignable conditionne le cerveau à le considérer comme accessible. Et accessoirement, on se sous-estime souvent. Ce qui paraît inatteignable aujourd'hui peut devenir réel dans 18 mois.

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