La réactivation base email inactive est l’un de ces sujets dont tout le monde parle et que personne ne traite vraiment bien. Pas de conseils génériques ici – on va disséquer un cas réel, chiffres à l’appui, avec une professionnelle qui a passé vingt ans à faire parler les données pour des marques comme Procter & Gamble et LVMH. Le résultat ? Plus d’un abonné sur deux qui ouvre chaque newsletter. Sur une grande base. C’est le genre de chiffre qui fait tiquer.
Céline Bokobza, responsable CRM et engagement chez Avent Media Group (groupe Olyn), a raconté ce cas dans le podcast d’Estelle Ballot. Ce qu’elle décrit n’est pas une recette miracle – c’est un travail méthodique, parfois douloureux, qui commence par ouvrir le capot et regarder ce qui se passe vraiment.
80% de la base Avène n’ouvrait plus rien. Les actifs restants cliquaient peu. La marque – dermatologique, sérieuse, Pierre Fabre derrière – envoyait des emails techniquement corrects. Scientifiquement précis. Et profondément ennuyeux pour quelqu’un qui veut juste savoir comment soigner sa peau sèche après le Covid. Voilà le point de départ.
Quand 80% de ta base ne t’écoute plus
Ce qui m’a frappé en écoutant Céline, c’est la simplicité du diagnostic initial. Pas de grand audit data à six chiffres. Elle s’est abonnée à la newsletter Avène. Elle a regardé ce qu’elle recevait.
« On était au sortir du Covid, c’était un contexte assez anxiogène. Les gens avaient besoin de s’évader, de renouveau et on était sur des messages assez anxiogènes où on voyait des plaies en gros plan, on voyait des choses un peu angoissantes. »
Dit comme ça, c’est évident. Mais combien de marques auraient eu ce réflexe ?
Le problème n’était pas technique. Les emails arrivaient en boîte de réception (a priori), les objets étaient rédigés, les visuels soignés. Le problème, c’est que la marque parlait d’elle – de ses actifs, de ses pourcentages d’efficacité, de sa technologie – et pas du consommateur. La différence entre les deux n’est pas qu’un nuance de ton : c’est la différence entre un monologue et une conversation.
Avène disait « peau atopique ». Le consommateur cherchait « j’ai la peau sèche ». Ce gap sémantique-là, il tue des campagnes entières. Si tu veux comprendre à quel point le langage de ta cible compte, les sciences comportementales ont beaucoup à dire sur ce décalage entre ce qu’on croit vouloir et ce qu’on fait vraiment.
Le pivot : sortir la marque de son propre discours
La réactivation base email inactive ne commence pas par des emails de réactivation. Ça commence avant. Bien avant. Par une question inconfortable : est-ce que ce qu’on envoie mérite vraiment d’être lu ?
Avent Media a proposé un changement de paradigme complet pour Avène. Fini le mode « expert qui explique ». Bonjour le mode « proche qui comprend ». En pratique, ça s’est traduit par deux nouveaux rendez-vous mensuels.
Le premier s’appelle « En coulisse ». En début de mois, un membre de l’équipe Avène – chef de produit, directeur de marque, expert scientifique – explique quels produits il aime, comment se passe le lancement d’une crème, quels sont les galères du quotidien. C’est le principe du behind-the-scenes appliqué à une marque pharmaceutique. Et ça marche.
« Si la chef de produits adore ce produit-là, c’est qu’il doit avoir quelque chose en plus parce qu’elle le connaît de l’intérieur. Et ça ramène toute une crédibilité additionnelle. »
Voilà. La preuve sociale vient de l’intérieur, pas d’un influenceur payé.
Le deuxième rendez-vous s’appelle « Le produit chouchou ». On y trouve Hailey Bieber qui utilise l’eau thermale Avène pour ses boutons, Vogue qui la plébiscite pour fixer le maquillage des modèles pendant les défilés. La marque dermatologique sort de la pharmacie pour apparaître dans des contextes qu’elle n’aurait jamais imaginés. Sans perdre sa crédibilité scientifique – en la renforçant, paradoxalement.
La réactivation base email inactive passe donc d’abord par une question de contenu. Pas par des séquences automatisées de relance.
La réactivation base email inactive, ça ne se fait pas en un send
Un point que Céline martèle et que la plupart des marketeurs n’ont pas envie d’entendre : tout ça prend du temps. Les rendez-vous « En coulisse » ont été installés en janvier 2023. L’engagement s’est construit sur 18 mois. Pas sur 3 campagnes.
« C’est exactement comme un enfant. Moi j’ai un fils. Je l’abandonne pas jusqu’à son prochain bulletin. Je regarde au quotidien les notes et s’il y a un problème, il faut intervenir régulièrement. »
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – et ce que Céline dit ici clairement – c’est que la confiance ne s’achète pas avec une campagne de réactivation bien ficelée. Elle se construit envoi après envoi, rendez-vous après rendez-vous. Pour les Comptoirs de la Bio, une autre marque accompagnée par Avent Media, trois ans de newsletters bimensuelles ont suffi à dépasser significativement les concurrents sur des indicateurs de préférence de marque mesurés en baromètre. Trois ans.
Ça contraste violemment avec la logique des dashboards en temps réel. Mais le résultat est là.
Sur le plan purement opérationnel, la méthode pour ne pas se perdre pendant ces 18 mois, c’est le test permanent. Pas le A/B test heroïque qu’on fait une fois par trimestre – le test systématique, méthodique, un paramètre à la fois. Jour d’envoi. Heure. Objet avec question vs affirmation. Prénom dans l’objet ou pas. Et on relève les compteurs après chaque envoi, pas après six mois.
Un seul paramètre à la fois. Toujours. Si tu en testes deux simultanément, tu ne sais plus ce qui a fait la différence. C’est du pifomètre habillé en science. Et avec les nouvelles règles de délivrabilité Gmail et Yahoo de 2024, se planter sur la pertinence de ses envois a des conséquences encore plus directes sur la réputation de domaine.
Segmenter, oui – mais pas pour segmenter
La segmentation est le sujet qui déclenche le plus de débats stériles en emailing. « Il faut absolument segmenter » vs « la segmentation complexifie inutilement ». Céline tranche, et sa position est plus nuancée que ce que j’entends habituellement.
Pour Avène, la segmentation par type de peau fait 100% sens : la marque a une gamme large, et quelqu’un avec une peau grasse n’a pas les mêmes besoins que quelqu’un avec une peau atopique. Pour une marque capillaire (exemple qu’elle donne), la segmentation par type de cheveux – colorés/non colorés, fins/bouclés – est logique parce qu’elle change radicalement le produit pertinent.
Mais pour un mono-produit ? La segmentation par âge ou par CSP n’apporte souvent rien si elle ne change pas le message envoyé. Ce qui compte, c’est la segmentation par maturité d’achat (quelqu’un qui découvre la marque vs quelqu’un qui a déjà acheté trois fois), pas la segmentation pour faire semblant d’être data-driven.
L’exemple le plus concret que Céline cite : une marque de mode 100% féminine qui envoyait trois newsletters par semaine à toute sa base. Y compris aux 15-20% d’hommes inscrits – probablement venus pour des idées cadeau. Résultat prévisible : désabonnements, inactivité croissante, réputation d’expéditeur dégradée.
La solution n’est pas de les exclure de tout. C’est de les contacter uniquement sur les moments pertinents : Noël, fête des mères, anniversaire du premier achat. Et d’accepter de renoncer au reste. Ce renoncement-là – envoyer moins pour que chaque envoi compte davantage – c’est ce qui distingue une stratégie email saine d’une stratégie qui s’auto-détruit.
Ce que les chiffres ont dit à la fin
Plus d’un abonné sur deux ouvre chaque newsletter Avène. Taux d’ouverture unique. Sur une base large – plusieurs dizaines de milliers de contacts, donc des taux naturellement tirés vers le bas par la loi des grands nombres.
Pour rappel, un taux d’ouverture moyen dans le secteur beauté/cosmétique tourne autour de 20-25%. Avène était à 80% d’inactifs au départ. La réactivation base email inactive a produit un renversement complet de la dynamique – pas par magie, mais parce que chaque décision (ton, contenu, segmentation, fréquence) était orientée vers le lecteur, pas vers la marque.
Ce qui m’agace, c’est que tout ça paraît évident à lire. Et pourtant, combien de newsletters corporate enverront demain matin un email avec une plaie en gros plan pour démontrer leur expertise ?
La qualification de la base est l’autre chantier que Céline mentionne – récupérer progressivement le type de peau, la date de naissance, les préférences – pas avec un formulaire de 20 questions dès l’inscription, mais par accumulation d’informations au fil des interactions. C’est lent. C’est indispensable si on veut personnaliser réellement plutôt que de juste mettre le prénom dans l’objet.
Et ça soulève une question que Céline ne résout pas entièrement dans l’épisode : à partir de quel niveau de qualification commence-t-on vraiment à personnaliser ? Quand a-t-on assez de données pour que la segmentation vaille le coût de gestion supplémentaire ? (C’est là que ça coince pour la plupart des équipes CRM en sous-effectif.)
Le vrai enseignement : la marque comme personnage
Ce qui traverse tout le cas Avène, c’est une idée que Céline formule clairement et que j’aurais du mal à contester : une marque fonctionne comme une personne dès lors qu’on lui crée une personnalité cohérente. On lui fait confiance ou pas. On a envie de l’écouter ou pas. Et cette confiance-là, elle précède l’achat – elle ne le suit pas.
En pratique, ça ressemble à du personal branding appliqué à une entité collective. La transportation narrative – cette technique qui consiste à faire entrer le lecteur dans une histoire plutôt qu’à lui présenter des arguments – fonctionne exactement sur ce mécanisme. Avène n’a pas changé ses produits. Elle a changé la façon dont elle les raconte.
Le rendez-vous « En coulisse » n’est pas un contenu supplémentaire plaqué sur une stratégie existante. C’est la stratégie. Créer de la préférence de marque maintenant, pour que le prochain lancement produit soit mieux reçu demain. C’est un investissement en attention, pas en conversion directe.
Bref, la réactivation base email inactive ne commence pas par un email de réactivation. Elle commence par une honnêteté sur ce qu’on envoie et pourquoi les gens ne l’ouvrent plus. Et cette conversation-là, beaucoup de marques n’ont pas encore envie de l’avoir avec elles-mêmes.
Si tu veux aller plus loin sur comment construire une base email engagée depuis le début – avant même d’avoir un problème d’inactifs – ces 3 stratégies pour faire grossir ta base email posent les fondations qu’on oublie trop souvent.


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